PPDA : parce que je le vaux bien
Etes-vous bankable ?
Publié le 20 septembre 2008 à 11:40 dans Médias
Vous avez remarqué ? Depuis qu’il a été odieusement remercié pour cause d’impertinence, PPDA a quitté l’air vaguement bougon qu’il avait lorsqu’il débarquait dans notre salon – et dont je parierais qu’il explique au moins la moitié de son succès auprès des ménagères et ménagers (moi, j’adorais). L’ex-présentateur-vedette-du-journal-le-plus-regardé-de-France est un homme libre – bien entendu, nous ne saurions insinuer que jusque-là, il ne l’était pas1. Libre dans sa tête à défaut de l’être de son temps – parce que depuis qu’il est au chômage, il ne chôme pas. À TF1, il disposait de trois jours, du jeudi soir au lundi, pour se ressourcer et échapper, ne fût-ce que quelques brefs instants, à son écrasante responsabilité. Question horaires, la vie de pigiste multicarte risque de lui faire drôle. Au moins, après avoir, toutes ces années, fait don de sa personne à la France d’en bas, pourra-t-il enfin laisser s’exprimer sa véritable personnalité. On vous le dit, ça va swinguer.
D’abord, chapeau bas : passer de TF1 à Arte, c’est chiquissime, quand que le contraire serait considéré comme une déchéance dictée par l’avidité. Ce sera haute culture et grandes questions : PPDA “fera” Pivot et peut-être aussi Hulot, Jérôme Clément, le patron de la chaîne, le verrait bien présenter un grand Journal de la Planète. Excellent choix : avec son genre gentleman-baroudeur, il a le look idéal. Cela dit, s’il monte en gamme, il ne change pas vraiment de registre. C’est sur RTL que l’on découvrira le PPDA nouveau. Je ne sais pas qui est le petit malin qui a eu l’idée de le recruter dans l’équipe de “On refait le monde”, l’émission animée par Nicolas Poincaré, mais c’est un joli coup. La maison Bertelsmann s’est d’ailleurs payé quelques encarts de pub pour saluer la première de son nouveau “polémiste” mercredi. Oui, aussi étrange que cela puisse paraître, PPDA a des opinions. Son sacerdoce lui interdisait de les laisser paraître. À défaut de plaire à tout le monde, le présentateur durable doit s’efforcer de ne déplaire à personne. Ses idées, il est prié de les garder pour lui. Alors forcément, on finit par oublier qu’il en a.
Au début, on a une drôle d’impression, comme si un inconnu parlait avec la voix d’un proche – ce que PPDA était pour tous les Français. Non pas qu’il dise des choses renversantes, même si ses remarques sur Edvige sont plutôt sensées. Mais il suffit qu’il donne son avis, qu’il émette un jugement et il est un autre homme. Un homme tout court d’ailleurs. Voilà qui a contrario en dit long sur l’exercice demandé au présentateur du JT, sommé d’être à la fois présent et transparent. Comme un produit de luxe.
La conversation porte maintenant sur Jean Sarkozy qui pousse un coup de gueule contre la presse people. “Poivre” prend sa défense avec conviction. Affaire de solidarité. Le harcèlement, les paparazzis, il connaît lui aussi. “Heureusement qu’il y a des lois pour protéger les citoyens contre ces agressions… Parce que vous savez, ce n’est pas drôle.” Comment ne pas compatir à un tel calvaire ? Géraldine Muhlmann ne compatit pas. Elle semble même très agacée. Est-ce parce que Poivre l’a un peu draguée, fort maladroitement d’ailleurs, pendant la discussion précédente ? L’air de ne pas y toucher, elle lui balance un scud. “Je me pose une question, dit-elle, faussement candide. Comment expliquez-vous que des gens très connus, qui sont souvent dans le poste, comme le présentateur du “20 heures” sur une très grande chaîne, parviennent à conserver la plus grande discrétion sur leur vie privée ? Ne serait-ce pas parce qu’ils ont toujours montré la plus grande fermeté ?” L’allusion à Pujadas est claire.
Evidemment, ça l’énerve PPDA, d’entendre parler de son ex-concurrent qui a eu le culot de lui survivre au “20 heures”. Du coup, il lâche le morceau. Fini la drague. “Chère Géraldine, dit-il avec l’air de penser qu’elle ne comprend rien, ce n’est pas ça du tout. Si la presse people ne s’intéresse pas à ces gens, c’est parce qu’ils ne sont pas bankable !” Etre bankable, voilà ce qui compte. En clair, contrairement à PPDA, ces pauvres abrutis qui n’ont jamais été traqués par un paparazzi n’ont aucune valeur marchande. Croyez-vous que c’est pour lui faire plaisir que Match, Gala ou VSD lui ont consacré tant de “unes” ? Bernique. PPDA fait vendre et il en est plutôt satisfait. Win-win game : le magazine engrange et chaque “cover” fait grimper l’action du bankable.
Surtout, ne croyez pas qu’on naît bankable. Non, on le devient à la force du poignet – il faut beaucoup téléphoner. Faire de sa vie une marchandise n’est pas donné à tout le monde. PPDA a assurément atteint les sommets de la bankabilité. Son nom est devenu une marque. C’est pas la Ferrari qui pourrait en dire autant. Les temps changent. Jusque-là, on accusait les journalistes d’être vendus. Désormais, on leur reproche de ne pas être vendables.
- Quand les langues se délieront et que les archives s’ouvriront, on découvrira qu’il a mené un combat opiniâtre et secret pour protéger la rédaction des visées liberticides du pouvoir. ↩
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L'auteur
Elisabeth Lévy est journaliste et essayiste.
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AKFAK dit
Le saviez-vous?
PPDA est ségolinste!
FAREWELL dit
Chère Elisabeth Levy, sur ce « coups » là je ne m’associerai pas à la curée anti-PPDA.
A l’aune de son adversaire de la 2, un prompteur organique qui syntonise entre 300 à 400 Hz (malheureusement pour nos gracieux tympans) ce qu’il à bien pu dégurgiter de l’AFP du Monde, Nouvel Obs. et des instructions de son ministère de tutelle le Quai d’Orsay, il n’y a pas photo ! Comme dirait André Théron à l’arrivée d’un prix d’Amérique ou même JL Lagardère était rendu méconnaissable noyé derrière les coiffes des Elégantes.
Certes, qui ne regrette pas le prince Greco – Russe de la télé alias Yves Mourousi, élément brillant qui n’avait pas besoin de prompteur ni de moumoute et qui avait autrement plus de pertinence que nos indigents « journalistes citoyens » à la petite semaine donneurs de leçon.
Un match Mourousi – Poutine ça cela aurait eu de la gueule !
Nina dit
Il faut qu’il revienne sinon les mecs ne pourront jamais constater les miracles des implants capillaires !
Pascal dit
Quand PPDA a fini de parler,c’est encore du PPDA qu’on écoute…
Votre commentaire commençait bien,pourtant:une relative bienveillance me laissait penser que tout sentiment chrétien ne vous avait pas abandonnée.
Patatras!
la fin de votre commentaire est cruelle pour un homme qui avait fait don de sa personne et de tout le reste à son prompteur.
Elisabeth Levy dit
Chère Vicky,
C’était du second degré, une blague, quoi, vous savez, ce truc qui fait rire ! Bref, je ne crois pas vraiment que PPDA est un chômeur…
C’est dimanche, vous avez des excuses, bonne semaine !
Bien à vous,
Elisabeth
Vicky dit
Je n’arrive pas à comprendre comment il est possible de dire que PPDA est au chômage ! Cela n’a rien à voir. Vous mélangez tout chère Elisabeth ! PPDA a gagné un argent fou durant ttes ces années, donc il peut très bien vivre… en ne faisant rien ! Simplement, son ego en a pris un coup et il s’est senti, comment dire, abandonné par les siens ! Mais, je sais qu’il est très demandé et a déjà rejoint Nicolas Poincaré sur RTL le mercredi… Bcp de personnes au chômage et qui triment n’ont pas la chance d’avoir tant d’argent de côté. Bonne semaine.
Jérôme Presti dit
Cela fait songer à une nouvelle de Stéphane Denis, “Deux sur la couverture”, recueillie dans “Elle a maigri pour le festival (nouvelles des gens célèbres). Il y est question de la “une” d’un magazine à sensation, de ce que représente ce genre de réclame pour une vedette – dont le compagnon est moins “bankable” précisément. Une nouvelle fort amusante à lire pour poursuivre la réflexion que suscite l’article d’Elisabeth Lévy.
Joëlle dit
PPDA serait poursuivi par les paparazzi parce qu’il est bankable. Voilà un raisonnement qui tourne en rond comme une tautologie. Pourquoi est-il plus bankable que Pujadas, pour reprendre cet exemple?
On peut juste faire des hypothèses. Peut-être envoie-t’il les bons signaux? Il a bien une face discrète, celle de l’homme qui susurre à l’oreille des ménagères, de l’homme modeste qui baisse le regard, mais en même temps, une face “show off”( comme on dit en ce moment), exhibitionniste et doloriste, qui attire les regards. Sa jubilation à être là, sur l’écran, son salaire qu’on suppose important, lui donnent un intérêt, un prix et une aura bling-bling. Il se rapproche un peu de l’œil du cyclone, là où tournoient les stars du show-business.
PS : bienvenue à Ludovic en Paca.
Ludovic Lefebvre dit
Poujadas (ouf, j’ai résisté à la tentation de Pujade as) a un peu le profil du statisticien qui va boire son chocolat chaud le soir chez sa maman et qui joue au train électrique en loucedé, Non ? (où vais donc chercher de telles méchancetés ?) Poivre d’Arvor avec son arbre qui cache la forêt a un tout petit peu raison hélas pour le bankable, c’est tout à fait anormal, mais ce métier d’image ne joue plus que sur l’image. La forêt étant le notoire bizness du procès contre Entrevue ou Voici pour se payer des vacances et la corrélation entre médiatique sans fond et et presse à scandales.
Quelle femme n’a pas été draguée par PPDA qui n’est guère regardant en plus ?
J’ai la conviction qu’il a dû parvenir à son joyeux objectif bien souvent, tant mieux pour lui.
Il me fut remarqué par un de ses amis que Poivre d’Arvor (aussi noble que je suis roux) n’était pas le piètre écrivain que je pensais, je n’ai pas eu le loisir de le lire, simplement de l’entendre à Ex-libris et ne suis pas convaincu d’avoir tort donc. Son défenseur étant lui même un phraseur devant l’éternel, le soupçon a de quoi s’alimenter.
En ouvrant Var Matin après un périple côte d’azuréen (un bain de pied), j’ai eu la surprise de lire un billet de Philippe Bouvard (ces gens ne meurent-ils jamais ?), ayant quelques chances de travailler pour ce quotidien de qualité, je ne vais dire de mal de cet hypothétique futur confrère pour l’instant. Il me faudra attendre sa retraite ou plus probablement la mienne.
robespierre dit
@florent
noooonnnn ?! z’etes sur ? Quel gros beta je fais.
L’OURS dit
PPDA n’a donc pas pu résister à une petite vanité qui lui cause pourtant des tourments. Celle de la peste des paparazis. (Il n’y en a pas un qui me poursuit, mais je les abhorre!)
Sinon, j’aime bien la formule qu’il a trouvé pour se définir depuis son débarquement:
“je suis un journaliste déchaîné!”
Florent dit
PS : Robespierre, “bankable” ne veut pas dire “baisable” : c’est un terme qui vient du cinéma, et qui signifie rentable. Pour qu’un producteur donne son “greenlight” à un projet, il faut qu’il soit “bankable”.
Florent dit
Vous êtes méchante, Elisabeth. Vous le reconnaissez vous-même : vous adoriez le petit air bougon de PPDA, alors que Pujadas, je le devine, vous laisse relativement froide. En ce sens, PPDA a raison : il est plus “bankable” que Pujadas. On s’intéresse à sa vie, mélange de Largo Wynch et de Tintin, on veut en savoir plus, c’est un peu le Corto Maltese de la télé. Alors que Pujadas, il vous rappelle votre facteur, c’est moins glamour.
robespierre dit
J’ai tout compris : bankable n’est que la version unisexe et ploutocratique de “baisable”.
Peut-on être bankable et baisable ? Rarement. Il y a Angelina Joly pour les femmes (ou les hommes) et Brad Pitt pour les hommes (ou les femmes).
Et pour Elisabeth L, quid ?
Bankable et/ou baisable ? Pour celui-là je n’ai pas l’impression et pour celui-ci je ne la connais pas assez..,
En ce qui me concerne, je ne suis pas assez l’un pour être plus facilement l’autre.
Bankable est donc une clause de style
Gil Mihaely dit
@Pirée : Lehman Brothers vient de lancer un fonds de placements spécialisé qui investit dans les options sur les vedettes bankables. il paraît que le risque est zéro : si vous gagnez, vous gardez les bénéfices, si vous perdez c’est la maison blanche qui paye.
Pirée dit
Existe-t-il un marché à terme?