Poutine a sauvé l’unité de la zone euro, c’est à Poutine que l’Eurogroupe doit le maintien de la Grèce dans ses rangs – et dans les clous.

Ce ne sont pas là les allégations avinées de quelques piliers de bar eurosceptiques égarés au Cap d’Agde en cette folle saison caniculaire mais « l’information la plus sous-estimée de l’année » selon le quotidien suisse Le Temps.

Avec des yeux que l’on imagine ébahis, le lecteur y apprenait, ce jeudi 23 juillet, ce que le journal hellène To Vima (marqué à droite) considère comme la clé du revirement inattendu d’Alexis Tsipras après le référendum du 5 juillet. Reprenons. Au soir de la victoire du oxi, on a cru assister à un printemps des peuples qui remettrait à sa place Merkel et la Troïka. Un enthousiasme très (trop) rapidement douché par la démission de Yanis Varoufakis, le flamboyant ministre des finances, et l’empressement de Tsipras à accepter les conditions posées par les créanciers pour obtenir un énième plan d’urgence et éviter la faillite, comme le réclamaient depuis le début, précisément, Merkel et la Troïka…

Vladimir Poutine Alexis Tsipras Grèce euro

L’explication, qui ne semble pas être une rumeur infondée puisqu’une vingtaine de parlementaires issus de la droite conservatrice grecque ont exigé des éclaircissements, est la suivante. Depuis son accession au pouvoir, en janvier dernier, Alexis Tsipras aurait eu pour projet de rompre progressivement avec Bruxelles et de se rapprocher de la Russie. Pour ce faire, révèle le média grec, Athènes avait sollicité un prêt de 10 milliards de dollars à la Russie afin de financer un Grexit. En effet, pour pouvoir de nouveau battre monnaie, l’État avait besoin d’importantes réserves dans une monnaie forte et stable. La mise en circulation d’une nouvelle drachme avait été examinée de près par des technocrates et l’idée semble avoir été un secret de polichinelle dans les couloirs du Parlement grec.

Le rêve des artisans du Grexit sauce russe s’est arrêté au moment où celui des europhobes de tous les pays commençait. Le 5 juillet au soir, Poutine a définitivement notifié à Tsipras qu’il refusait de lui accorder le prêt escompté. C’est donc la queue entre les jambes que ce dernier s’est employé dès le lendemain à exécuter son timide plan B: obtempérer.

Que celles et ceux qui ont intérêt à remercier Poutine lèvent la main bien haut.

*Photo : Alexander Zemlianichenko/AP/SIPA/XAZ132/704021526869/1506191650

Vous venez de lire un article en accès libre.
Causeur ne vit que par ses lecteurs, c’est la seule garantie de son indépendance.
Pour nous soutenir, achetez Causeur en kiosque ou abonnez-vous !
Marie Céhère
étudie la sophistique de Protagoras à Heidegger.Elle a publié début 2015 un récit chez L'Editeur, Une Liaison dangereuse.
Lire la suite