Poutine, ce joueur d’échecs sans affect | Causeur

Poutine, ce joueur d’échecs sans affect

Pourquoi a-t-il annoncé le retrait des forces russes de Syrie?

Auteur

Hadrien Desuin
est expert en géo-stratégie, sécurité et défense.

Publié le 15 mars 2016 / Monde

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Une volonté de garantir d'abord les intérêts de son pays plutôt que de chercher comme tant d'autres dirigeants politiques un succès d'estime, une façon aussi d'envoyer un message aux Occidentaux et à Bachar Al-Assad, voilà qui peut expliquer le dernier coup de Vladimir Poutine.

Vladimir Poutine, fin 2015 (Photo : SIPA.AP21824316_000005)

Animal politique au sang-froid, dépassionné et calculateur, Vladimir Poutine ne cesse pas d’intriguer en Occident où l’émotion fait office de stratégie depuis tant d’années. Ce joueur d’échec a souvent un coup d’avance mais il peut aussi adopter « la stratégie du fou » pour mieux déstabiliser son adversaire. Stratégie dissuasive qui contraint l’adversaire à une posture défensive de peur de provoquer une réaction irrationnelle de sa part. Par un enchaînement de grandes transversales audacieuses et de retraits inattendus, la tactique poutinienne fascine les analystes de stratégie parce que le joueur parvient toujours à conserver l’initiative sur le grand échiquier mondial. La liberté d’action, un des trois principes de la guerre de Foch, est à la base de tous les succès politico-militaires.

Son annonce, le 14 mars, a ainsi surpris tout le monde. Commencer à retirer « le gros de ses troupes » en Syrie à la veille d’un nouveau round de négociations à Genève, alors que l’armée syrienne commence le siège de Palmyre et qu’une victoire aussi symbolique que prestigieuse est à portée de main, n’est-ce pas renoncer au plus mauvais moment ? N’est-ce pas un très mauvais signal envoyé à ses alliés, un abandon dans la dernière ligne droite ?

Après six mois de contre-offensive, « les objectifs fixés au ministère de la Défense ont été atteints », a laconiquement déclaré le président de la fédération de Russie à la télévision. Comme s’il voulait donner une leçon de pragmatisme et d’humilité aux Occidentaux qui ne parviennent pas à quitter l’Irak et l’Afghanistan après quinze ans d’enlisements successifs. Difficile de le contredire car nul ne sait quels objectifs Poutine avait lui-même fixé à ses troupes. D’ailleurs l’étendu du retrait est tout aussi mystérieux.

L’auteur de ces lignes avait imaginé comme objectifs probables russes à l’automne dernier la reconquête du couloir Damas-Alep, la protection de ses bases autour de Lattaquié et Tartous et sans doute la reprise de Palmyre. On y est presque. La Syrie utile est de nouveau sous contrôle, le gros de la ville d’Alep est désenclavé, la coalition « rebelle » autour d’Al-Qaïda est très affaiblie et le régime syrien est sauvé. Le compte est bon pour le maître du Kremlin. La Russie ne souhaite pas épuiser ses forces pour les beaux yeux syriens.

Pas de nouvel Afghanistan pour la Russie à l’horizon

Avec Poutine, il n’y a pas d’affect. L’essentiel est de garantir les intérêts de la Russie, pas de chercher un succès d’estime. Les futurologues qui avaient prédit un nouvel Afghanistan à l’Armée rouge sont renvoyés à leurs prophéties de comptoir.

Sans doute l’annonce du 14 mars est-elle aussi une nouvelle main tendue aux Occidentaux comme Poutine en a fait régulièrement par le passé. Il veut montrer que son jeu syrien n’est pas strictement militaire mais que sa volonté de rechercher un accord politique international est sincère. Quitte à revenir dans la mêlée si son offre est à nouveau déclinée. Le retrait partiel russe peut aussi être interprété comme une mise en garde à l’égard de Bachar Al-Assad, au cas où ce dernier ne jouerait pas sincèrement la carte du dialogue national.

Le plus probable est que Poutine a tout simplement fixé et atteint ses objectifs. Par réalisme, autant que par prudence, il ne préfère pas se laisser embarquer dans un conflit durable en Syrie dont il ne connaît pas l’issue. Faire le travail des Occidentaux contre Daech sans obtenir de contreparties, quel intérêt ? La probabilité de ne pas réussir à l’emporter une bonne fois pour toute en Syrie face à une rébellion djihadiste, toujours financée par la Turquie et les monarchies du Golfe, est trop importante. Se laisser entraîner dans une contre-insurrection contre des groupes armés éparpillés sur tout le territoire, il ne saurait en être question. Le risque est trop grand pour la Russie de s’épuiser dans un conflit au long cours. Autant empocher les gains et se retirer provisoirement de la bataille.

Plus qu’un visionnaire, Poutine est un calculateur prudent qui connaît son Histoire. Il n’est pas certain de l’emporter. Alors, il préfère prendre du champ et se retirer des premières lignes tout en gardant un œil vigilant sur ses intérêts à long terme au Moyen-Orient. Combiner effet politique et manœuvre militaire. Du grand art de la guerre.

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    La rédaction de commentaires est impossible pour cet article

    • 18 Mars 2016 à 17h57

      Pepe de la Luna dit

      M’enfin… Tous les avions russes ne partent pas et ceux qui restent continuent les bombardements sur Daech. Poutine réduit la voilure pour ne pas exposer ses bidasses mais n’abandonne pas la Syrie, loin de là : http://www.chroniquesdugrandjeu.com/2016/03/la-decision-parfaite.html

    • 17 Mars 2016 à 19h31

      IMHO dit

      Poutine, ce psychopathe sans affect .

      • 18 Mars 2016 à 17h53

        salsapicamucho@hotmail.com dit

        Beau temps à Langley ?

    • 17 Mars 2016 à 1h44

      Bibi dit

      Il paraît que le CdG est sur le retour à Toulon. Mission accomplie?

    • 16 Mars 2016 à 23h27

      Flo dit

      Et si tout simplement la Russie n’avait pas les moyens financiers de continuer à faire la guerre ? Il me semble évident que la Russie est intervenue pour donner un coup de main à son allié qui était en train de couler, Tartous étant stratégique pour elle. Maintenant que la situation s’est retournée, que la Russie a probablement un accord avec les USA pour une partition, elle retire une grosse partie de ses troupes. C’est tout simplement du bon sens.

      • 17 Mars 2016 à 0h01

        Bibi dit

        Bien sûr. Et le prix pour revenir au MO + se placer dans le camp des puissances est celui mis, pas un Kopek de plus. Et ne surtout pas s’enliser comme l’URSS en Afghanistan. De plus, les “rebels” semblent avoir été équipés de joujoux capables de heurter des avions de chasse, ce qui augmente les risques pour les bombardiers qui tapissaient le sol (pas de l’EI).
         
        Le principal motif est de renforcer la position russe, le “coup de main à l’allié” est un prétexte. Si le boucher de Damas tombe, personne au Kremlin ne va le pleurer.

        • 17 Mars 2016 à 19h46

          cage dit

          d’autant plus que les bouchers Hallal, ce n’est pas ce qui manque, la relève est donc garantie.
           

    • 16 Mars 2016 à 11h02

      cage dit

      bêtement optimiste, j’ai pensé qu’il y aurait un aggiornamento au sein de l’Islam, compte tenu de ses tensions, de l’évidence de son archaïsme. La modernité ne le fait pas imploser non plus. Il ne se réformera pas, il continuera de vivoter, sa mythique grandeur derrière lui. Il piochera, grapillera, volera, tuera ici et là, bricolage de tribus d’Iznogoud comme il le fait depuis 15 siècles. L’idée d’un état du Kurdistan dans la région me semblait une belle promesse, de deux états (Israel) portant un fond de valeurs démocratiques et égalitaires.
      Rien donc à attendre, si ce n’est une avance technologique et militaire pour contenir ces tribalismes, vu que Intervenir ou ne pas intervenir de toute façon, c’est pire…

      • 16 Mars 2016 à 15h39

        Bibi dit

        https://www.youtube.com/watch?v=qWlf3uhjWIg
        La décennie à venir verra un re-modelage de la région, et il sera sage de laisser les gens se charger de leur propre avenir.

        Sinon, ça vient de tomber, Vlad entend discuter des questions de sécurité avec Bibiyahu.

        • 16 Mars 2016 à 16h23

          cage dit

          merci pour le sujet Tv .
          attendons…
          V n’ BB, discussion entre gens sérieux et responsables.
          1 million de Russes, ça compte. 

        • 17 Mars 2016 à 0h08

          Bibi dit

          Ils ne sont plus russes, et il y a une bonne partie qui ne l’ont jamais été (ex-républiques soviétiques).
          Par ex., un excellent pianiste et chef d’orchestre arménien, marié à une juive, qui ont perdu leur fils lors d’une attaque hamasienne sur l’unité tsahalienne où il a servi. 

        • 17 Mars 2016 à 0h44

          Fioretto dit

          Bibi, il semblerait selon la librairie de science po que cruella après avoir balancé pendant des années des horreurs sur les juifs sur les plateaux de télé et dans les conférences dans le monde vient de faire une déclaration d’amour via un livre dont le titre est déjà louche et qui parlera comme d’hab de sa petite personne.

        • 17 Mars 2016 à 0h55

          Bibi dit

          Il y a plusieurs prétendantes au titre, c’est laquelle?

        • 17 Mars 2016 à 1h07

          Fioretto dit

          Cruella et les 101 souchiens, l’éditeur c’est bien sûr comme d’hab la Fabrique de la haine.J’ai mis le lien sur l’article de la lévy sur la gauche.

        • 17 Mars 2016 à 2h12

          Bibi dit

          En Israël, des membres du clan Zoabi ont la possibilité et l’espace médiatique pour exprimer leur dissensions vis à vis de la vénéneuse Hanin. Apparemment, en France, ce n’est pas encore le cas pour des racistes du genre Cruella. 
          Tjrs HS,
          http://www.dailymail.co.uk/news/article-3480561/Outrage-EU-claims-diplomatic-immunity-using-aid-money-meddle-Middle-East-building-disputed-West-Bank-land.html 

      • 16 Mars 2016 à 16h06

        Bibi dit

        • 16 Mars 2016 à 16h46

          cage dit

          je subodorais bien certaines choses…
           :o))