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Aux élections législatives de dimanche, Poutine a perdu des électeurs…mais combien ? Les soupçons de fraudes durant le scrutin brouillent la photographie électorale de la Russie, au lendemain d’un vote qui (selon les chiffres officiels) accorde à Russie Unie[1. Le parti de Poutine et Medvedev.] une majorité de 238 sièges sur 450. Soit 49% des suffrages contre 64% en 2007. Une assise confortable à la Douma et une majorité absolue arrachée de justesse… A quelques mois des élections présidentielles, combien de russes restent véritablement fidèles au duo Poutine-Medvedev ?

Un scrutin « ni juste, ni libre » : la diplomatie américaine a déjà condamné les résultats tandis que sur place, plusieurs ONG et observateurs indépendants notaient la présence de « liasses de bulletins déjà remplis ».
Le porte-parole du ministère chinois des Affaires étrangères, Hong Lei, s’est, lui, montré très satisfait, indiquant avant-hier que ces élections ouvraient une nouvelle phase de coopération bilatérale : « Nous croyons que les résultats de l’élection bénéficieront à l’unité sociale, à la stabilité nationale et au développement économique de la Russie ».

Tout aussi satisfaits, les dirigeants russes minimisent l’ampleur du reflux électoral. Car pour le ministre Dmitry Peskov, porte-parole du Premier Ministre russe, la chute de popularité du pouvoir en place est rendue inévitable par la crise économique mondiale. Il estime même que celui qui vient aujourd’hui de déposer à la Commission électorale centrale les documents nécessaires à son inscription en tant que candidat, un certain Vladimir Poutine, garde toutes ses chances pour la présidentielle de l’an prochain.

Cette sérénité apparente, la journaliste Yulia Latynina la balaie d’un revers de main. Dans un article du Moscow Times, elle explique que ce pourrait être la dernière élection de Vladimir Poutine, désormais assimilé au statu quo et surtout discrédité par la corruption qui ronge le pays. Les exemples abondent. Le plus cocasse est l’histoire de ce prêtre, Alexei Pluzhnikov, que les autorités locales ont convoqué un après-midi après l’office. Avec une demande : encourager les fidèles de sa paroisse à voter Russie Unie. Peine perdue. Le prêtre est allé conter sa mésaventure sur son blog. Avec la multiplication de ce genre d’histoires, Russie Unie s’est fait un nom : le « Parti des escrocs et des voleurs ». Et ce sont bien les soupçons de fraudes et de corruption qui ont poussé plusieurs milliers de manifestants à descendre dimanche dans la rue, peu après l’annonce des résultats.

Les Russes sont-ils devenus plus intolérants face à la corruption ? C’est l’hypothèse formulée par le journaliste Hugo Natowicz, selon lequel une classe moyenne « généralement jeune, éduquée et férue d’internet » est de plus en plus sensible à la « rhétorique contestataire » et se reconnaît de moins en moins dans le système politique qui gravite autour de Russie unie.

Représentant près de 15% de la population en 1990, ces classes moyennes ont doublé en dix ans. Elles constituent d’ores et déjà 40% de la population active et formeront la majorité de la population en 2020. Alors que les classes moyennes se sont largement développées au cours du mandat de Poutine, elles menacent aujourd’hui son pouvoir, qui semble faire les frais de ce paradoxe.

Verdict en mars prochain pour un deuxième et dernier round, à l’occasion du rendez-vous présidentiel…

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