“Pour faire des Français, il faut de l’héritage et du désir”

Entretien avec Renaud Camus

Publié le 20 juillet 2010 à 13:00 dans Société

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Renaud Camus

Renaud Camus.

Pour que cela ait un sens d’être français, il faut qu’il y ait des étrangers. Mais vous savez que ce ne sont pas des catégories figées : l’Histoire montre qu’on peut devenir français alors qu’il est sans doute presque impossible de devenir japonais. Donc, notre première question est simple : qu’est-ce qu’être français ? Cela a-t-il à voir avec l’ethnie (ou la race), la culture, le mode de vie, les droits, les devoirs ? Autrement dit, peut-on “fabriquer des Français” avec n’importe qui ou y a-t-il, selon vous, des populations inassimilables ?

Toutes les populations sont inassimilables. Il en va de l’acculturation et de l’assimilation comme de l’éducation : elles ne peuvent pas faire l’économie de l’individu. Ce sont des hommes et des femmes et des enfants qui peuvent être assimilés au sein d’un peuple, pas des peuples, surtout quand ces peuples ont une forte réalité, une culture, une civilisation, une langue, une religion, une puissance en dehors de la nation censée les assimiler. Pourquoi se renonceraient-ils eux-mêmes ? Deux éléments créent des Français et peuvent en créer encore : l’héritage (la naissance, l’ethnie, la race, les ancêtres, l’appartenance héréditaire) et le désir (la volonté, l’élection particulière, l’amour d’une culture, d’une civilisation, d’une langue, d’une littérature, des mœurs, des paysages). On peut certes être français par la culture, par Montaigne, par Proust, par Manet, par la montagne Sainte-Victoire, par le pain, par le vin, par la langue : encore faut-il les connaître et les aimer, et d’abord les désirer.

Concernant l’immigration arabo-musulmane, vous parlez de “contre-colonisation”, ce qui revient à affecter un coefficient forcément négatif à des mouvements migratoires qui sont aujourd’hui une réalité planétaire (et on peut aisément expliquer que les candidats à l’émigration se tournent naturellement vers l’ancien colonisateur dont ils connaissent la langue et les coutumes). Comment justifiez-vous ce terme provocateur ?

Rien n’est plus éloigné de mon esprit que la provocation. Face à la réalité historique à laquelle nous sommes confrontés, il s’agit bien de cela ! Mais si vous voulez, je veux bien dire “colonisation” tout court. Après tout, la Suisse, l’Autriche, la Suède n’ont jamais colonisé personne (enfin, pour le dire vite…), et ils ne sont guère moins colonisés à présent que la France. Le terme de “colonisation” est beaucoup plus adéquat à la situation actuelle qu’il ne l’est à l’ère dite “coloniale”, pour laquelle il constitue une sorte d’abus de langage. Sauf en Algérie et bien avant cela au Canada, la France ne “colonisait” pas, au sens propre, et je ne le dis pas pour diminuer ses torts : elle conquérait, elle fondait un empire, elle ne transférait pas sa population. L’ère dite “coloniale”, et que mieux vaudrait appeler “impériale” fut une brève parenthèse vite refermée. Tandis que la colonisation actuelle, dans l’autre sens, mérite bien mieux son nom, étymologiquement. Elle est d’ailleurs de conséquence mille fois plus grave, puisqu’elle implique ce que le parti de l’In-nocence appelle le “Grand Remplacement”, d’une population par une ou plusieurs autres. C’est de très loin le phénomène le plus important de l’histoire contemporaine, et peut-être de toute l’histoire du territoire appelé France. Il ne s’agit pas, cette fois, pour le peuple colonisé, de perdre son indépendance un moment : il s’agit de disparaître, de s’effacer, de se dissoudre et même, par le biais des champions de l’antiracistisme, d’être persuadé qu’il n’a jamais existé, qu’il a rêvé son histoire et son existence même.

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33

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  • 23 July 2010 à 10h27

    expat dit

    Présente ! d’accord avec Serge.
    Et pour Rackam, je confirme, Impat est un énigme.

  • 23 July 2010 à 10h11

    livia dit

    @ Impat1
    ..et muet (te)

  • 23 July 2010 à 10h07

    livia dit

    @ Impat1
    Oui, si, yes…
    l’approbation peut rendre pudique.

  • 23 July 2010 à 10h00

    laborie dit

    Rackam vous en êtes un autre…..

  • 23 July 2010 à 9h27

    livia dit

    @ Serge

    Parfaitement !

  • 23 July 2010 à 9h26

    dom dit

    A Lady et à tous, dans ce fil de discussion du parti de l’in-nocence, vous trouverez tout ce qui en fait le charme, et plus encore, ce qui le rend si addictif : la culture, le débat, la réflexion, l’échange, l’humour bien sûr et un style incomparable.

    http://www.in-nocence.org/public_forum/read.php?3,44598,44598#msg-44598

    Une petite demi-heure de lecture qui vous mettra de bonne humeur pour toute la journée.

  • 22 July 2010 à 20h23

    redrackam dit

    Impat,
    excellent.

  • 22 July 2010 à 20h16

    Impat1 dit

    Rackam…” je vous trouve tout gauche”…
    Vous avez tort. Ni gauche ni droite ni milieu ni dessus ni dessous. Ni ni-ni.
    Demandez à Expat: un énigme.

  • 22 July 2010 à 20h04

    redrackam dit

    laborie,
    je passerai par Saint Martin cet été, mais pas le même…
    Sinon: quelle forme aujourd’hui!

    Impat,
    moi aussi, je vous trouve tout gauche ces derniers temps…
    Un bon cognac vous ferait du bien, un Camus?

  • 22 July 2010 à 19h58

    laborie dit

    Heureusement Dieu nous préserve du pétomane Pignon qui lâche ses flatulences sans avoir à payer sa cotisation. On est filosof mais mais radin……

  • 22 July 2010 à 19h51

    Impat1 dit

    Bien vu, Serge. On peut ajouter que les commentateurs sont, toujours et par nature, un peu réticents pour approuver. La critique, c’est facile, mais quand il s’agit d’approbation on devient tout gauche, soudainement.

  • 22 July 2010 à 19h49

    laborie dit

    Lady (et les “voileux”) si d’aventure vous vouliez passer par Saint Martin-Sint Maarten, une petite balade en cata vous y attend, il y a du R.Camus à foison et on est de bonne Hummer……..

  • 22 July 2010 à 19h40

    serge dit

    Pour répondre au commentaire de Laborie qui déplore le peu de commentaires sur cet article. C’est parce que après cette lecture, il n’y a plus rien à dire, tout est dit et bien dit. Il y a commentaire quand il y a débat, polémique, désaccord, apport d’une nuance.
    Or Camus exprime d’une facon magnifique ce que beaucoup voudraient dire sans savoir ou sans pouvoir le faire.