Pour en finir avec l’affaire Al Doura

Et pour commencer à rétablir la vérité

Publié le 26 mai 2008 à 14:21 dans Société

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Il aura fallu près de huit ans, et le travail opiniâtre de quelques personnalités animées du souci de la vérité et de la justice pour que la chape de plomb que France 2 prétendait maintenir sur l’affaire Al Doura soit soulevée et que les doutes, plus que légitimes, relatifs à la véracité de ce reportage deviennent une vérité judiciaire.

Dès le premier jugement, d’ailleurs, pourtant favorable à France 2, il était établi que rien ne permettait à Charles Enderlin, qui n’était pas sur place, d’affirmer dans son commentaire du journal de 20 h que l’enfant était mort victime des tirs venus de la position militaire israélienne.

La Cour d’appel va plus loin, en affirmant que Philippe Karsenty a bien diffamé Charles Enderlin (c’est-à-dire, au sens propre, porté atteinte a son honneur et à sa réputation professionnelle) mais que “l’examen des rushes ne permet plus d’écarter les avis des professionnels entendus au cours de la procédure et qui avaient mis en doute l’authenticité du reportage”. En clair, cela signifie que, pour les juges, les accusateurs de France 2 ont de bonnes raisons d’estimer qu’Enderlin s’est fait le complice, volontaire ou involontaire, d’une mise en scène macabre réalisée à Gaza par son cameraman Talal Abou Rahma.

Ces derniers, aujourd’hui, tirent prétexte d’un recours en cassation, qui rappelons-le ne se prononcera que sur la forme, et non pas le fond du jugement, pour maintenir leurs positions : selon eux, les images diffusées et les commentaires reflètent l’exacte vérité de ce qui s’est passé le 30 septembre 2000 au carrefour de Netzarim.

Il faut rendre hommage à la présidente de la 11e chambre de la Cour d’appel de Paris, Laurence Trébucq, d’avoir exigé de France 2 la diffusion devant les juges et le public des rushes tournés par Talal Abou Rahma à Gaza. Leur rétention ou leur diffusion restreinte devant un public trié sur le volet ne relevaient pas comme l’affirmait la direction de la chaîne d’un “souci de protection des sources”. Cette attitude s’explique beaucoup plus prosaïquement par le malaise qu’elles produisent chez tout professionnel, et même toute personne de bonne foi qui les regarde. On n’y trouve pas les “scènes insoutenables” de l’agonie de l’enfant que Charles Enderlin prétendait avoir coupé au montage, mais en revanche des mises en scènes répétées de blessures factices dont auraient été victimes les manifestants. Quant à la scène du père et de l’enfant abrités derrière un baril subissant des tirs nourris venus de la position israélienne, elles posent également des questions jusque là restées sans réponses : pourquoi aucune trace de sang n’apparaît-elle sur le t-shirt blanc de Jamal (le père) alors qu’il affirmera, plus tard avec été blessé par au moins huit balles, dont plusieurs dans la partie supérieure du corps ? Pourquoi voit-on une dernière image de l’enfant (coupée au montage), bougeant et même jetant un regard furtif en direction de la caméra alors que Charles Enderlin l’a déclaré mort ?

Ce ne sont là que quelques-unes des questions et interrogations surgies au cours de plusieurs années d’enquête menées parallèlement par plusieurs personnes, dont l’auteur de ces lignes. Toutes se sont heurtées à l’impossibilité de mener des investigations à Gaza, et Talal Abou Rahma a été interdit de parole par France 2, après avoir tenus des propos imprudents, en 2002, dans un documentaire de la chaîne ARD réalisé par la journaliste allemande Esther Shapira.

Comment alors établir la preuve absolue de la mise en scène, quand son ou ses auteurs présumés sont claquemurés dans le bunker de Gaza où règne la loi des islamistes ?

D’ores et déjà, l’affaire “Al Doura” apparait comme un scandale médiatique de première grandeur, dont l’étouffement a failli réussir.

Aujourd’hui, France 2 et Charles Enderlin doivent la vérité au public qui leur a fait confiance. Pas une vérité bricolée à la va-vite en fonction des urgences judiciaires, mais celle qui surgit de la confrontation publique des éléments réunis par toutes les parties : les défenseurs, comme les accusateurs de France 2. Un élément nouveau, de première importance a surgi à la veille de la dernière audience de la Cour d’appel : le professeur Yehuda David, de l’hôpital Tel Hashomer de Tel Aviv, a rendu public le dossier médical de Jamal Al Doura. Le père présumé de l’enfant prétendu mort a été soigné et opéré en 1994 en Israël à la suite de nombreuses blessures à l’arme blanche reçues au cours d’une rixe à Gaza… Or, un “reportage” réalisé en octobre 2004 par Talal Abou Rahma, montrant des cicatrices a été présenté, devant un parterre de journalistes choisis, par la direction de France 2 comme la preuve absolue de la réalité des affirmations de Charles Enderlin. Selon le professeur David, les cicatrices apparentes sur les diverses parties du corps de Jamal Al Doura ne peuvent en aucun cas avoir été causées par des balles. Un examen médico-légal effectué par un praticien indépendant et expert de ces types de blessures s’impose donc : oui ou non Jamal al Doura a-t-il reçu entre huit et douze balles (selon ses diverses déclarations) ayant justifié des soins à l’hôpital Shifa de Gaza, puis à Amman en Jordanie ? La réponse est facile à obtenir, pour autant que les autorités de Gaza autorisent la sortie du territoire de Jamal al Doura.

Le président du CRIF, Richard Prasquier, propose la constitution d’une commission d’enquête internationale et indépendante qui examinerait toutes les pièces du dossier, procéderait à des auditions des témoins directs de la scène, tant israéliens que palestiniens et remettrait ses conclusions au public. A plusieurs reprises, Charles Enderlin s’est déclaré disposé à remettre tous les documents en sa possession et à témoigner devant une telle commission. Pour lui, le moment est venu de passer des paroles aux actes.

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  • 1 June 2008 à 0h27

    Charlotte dit

    @ Patrick,

    Entièrement d’accord avec votre dernier paragraphe: c’est ce qui m’importe le plus.
    Mais c’est aussi vrai que je n’ai pas bcp d’expérience dans la bologosphère.
    Venez rejoindre le débat dans (sur?) l’article récent d’E. Lévy – “Il N’y a Pas d’Affaire Enderlin” sur ce site.

  • 31 May 2008 à 18h00

    Patrick dit

    Bidule, Gued J, Guedj… de curieuses similitudes dans l’expression, dans la prose bancale, dans la véhémence clinique. Et cette manière paterne d’accorder le pardon à une prétendue jeune fille nommée Charlotte, presque trop naïve pour être vraie : «[…] bien sûr que j’accepte vos excuses;le malentendu est insignifiant.»
    Le malentendu, à l’évidence, est insignifiant ; en revanche, le ton de Bidule et consorts, leurs menaces et imprécations ne le sont nullement, insignifiants.
    L’affaire Al Doura est trop grave pour n’être commentée que par des énervés vindicatifs. Elisabeth Lévy et Gil Mihaelly ont appelé au respect des adversaires : il est plus délicat, mais plus efficace, de démolir les arguments de l’autre par la valeur du raisonnement et par la qualité d’ironie de la plume, que par l’exclusion et la menace.
    D’autre part, il me semble qu’ici, très au-delà des Juifs et des Palestiniens, il est question de l’éventuelle nuisance de la parole officielle des journalistes, du pouvoir de désinformation des images de la télévision.
    Si le «mensonge» est avéré, nous pourrons être beaucoup plus exigeants, à l’avenir, SUR TOUS LES SUJETS que traitera l’information.

  • 30 May 2008 à 22h20

    Charlotte dit

    @ Bidule

    Je vous épargne (pour seule cause de solidarité amicale!) l’interprétation dans le genre “vous prenez vos désirs pour des réalités, une fois de plus”, tirée du Manuel de la Parfaite Mauvaise Foi. Et aussi celle, devenue un peu banale, du lapsus freudien ô combien révélateur de votre amour parental forcément rétrograde. Et réac, pendant qu’on y est.
    En regrettant tout d’un coup de ne pas avoir choisi une carrière médiatique. Avec mon fabuleux talent pour la chose (voir ci-dessus, et n’essayez surtout pas de démentir parce que je suis faible et ça me blessera, ce qui me permettra de me poser en victime) mon salaire se serait rapproché (à un ou 2 zéros de plus, mais quelle importance?) de celui qui vous a valu les gentilles enguelades…

    Sérieusement, merci pour la précision. Et mon admiration pour votre fils. Si je comprends bien, il est dans la recherche fonda et n’envisage pas (encore?) un job dans l’industrie, plus rémunérateur mais, pour lui, moins passionnant.