À moins d’avoir passé les 15 dernières années sur Mars, vous êtes certainement averti qu’il convient d’arrêter de fumer, de mangerbougerpointtruc, de se déplacer à vélo, de bouffer 5 portions de fruits et légumes par jour, de lire les conneries de la mère Angot, de réaffirmer haut et clair la liberté d’expression, de condamner l’offense faite aux musulmans à tout propos, de feuilleter Le Nouvel Obs ET… de trier vos poubelles !!!!! Très important, ça, le tri des poubelles. Les poubelles non triées, c’est une vraie calamité, des tortues marines à la couche d’ozone ajourée, ça emmerde tout le monde. À commencer par vous qui ne savez plus où les mettre, mais c’est secondaire, il s’agit de sauver la planète, vous n’allez quand même pas refuser ?

Bon, donc, on trie. Dans la joie. Las, le mieux est l’ennemi du bien, toutes les feignasses vous le diront et elles auront raison. Car s’il est de grands trieurs assidus, pointant leur regard bleuté vers les landes enneigées et tendant leurs sacs poubelles, bleutés eux aussi, vers les aurores boréales, ce sont bien nos Vikings de proximité, les Suédois. Il fut un temps où ils firent trembler l’Europe du haut de leurs drakkars, pillant, saquant et violant, mais tous les indicateurs tendent à prouver qu’ils se sont nettement assagis. Il paraît même que c’est pour épargner leur sensibilité d’ondine diaphane qu’on ne peut plus cloper dans les troquets ni bouloter des fromages au lait cru ! Voyez le chemin parcouru !!! Donc, les Suédois trient leurs poubelles avec une constance que n’eût pas reniée Saint-Benoît lorsqu’il édictait sa fameuse règle à une bande de clampins moyennement motivée.

Mais comme je l’affirmais plus haut avec cette ferveur zélote qui fait parfois ma honte, mais pas trop longtemps, les feignasses s’accordent à estimer, avec des mines convaincues qui cachent vaille que vaille leur impérieux désir de rejoindre l’apéro, que point trop n’en faut ! Les feignasses et moi n’avions pas Thor, à force d’en faire des tonnes, nos amis les Suédois se trouvent maintenant face à une pénurie peu commune : une pénurie de déchets.
Voici comment les descendants de Fifi Brindacier en sont arrivés là : 1 % des ordures ménagères suédoises finissent dans des décharges, contre 38 % pour la moyenne des pays européens, selon les derniers chiffres d’Eurostat. Dans le détail, 36 % de ces déchets sont recyclés, 14 % sont compostés et, accrochez-vous !, 49 % sont incinérés, ce qui les place bien au-dessus de la moyenne européenne qui marine dans les 22 %.

Au moyen d’incinérateurs de plus en plus performants parce que l’on n’arrête pas le progrès, cette combustion des ordures génère aujourd’hui suffisamment d’énergie pour assurer 20 % du chauffage urbain du pays (810 000 foyers) et un approvisionnement en électricité pour 250 000 foyers, selon le Swedish Waste Management. Et nous n’avons aucune raison de mettre en doute les chiffres du Swedish Waste Management, qui, de prime abord, semble regrouper des gens sérieux.
Tout cela est très chouette et nous fait croire en l’homme, sauf que les capacités d’incinération du pays s’avèrent bien supérieures aux quantités de déchets produits (2 millions de tonnes chaque année). Donc, pour faire tourner ses usines, et à défaut de pouvoir faire cramer l’intégral du stock des tables basses KLUBBO de chez Ikëa[1. Ce qui serait pourtant un service à rendre à l’humanité.], Stockholm a commencé à importer des ordures depuis l’Europe : 800 000 tonnes par an !
Dorénavant, et parce qu’il n’y a aucune raison que la solidarité européenne joue uniquement en faveur des cigales grecques, vous annexerez à vous poubelles « papiers », « verre », « plastique », « compost », etc… une nouvelle encoignure intitulée « SU-EDE ! SO-LI-DA-RI-TE » et vous enverrez vos immondices incinérables à Malmö.

Ce sera certes un peu casse-bonbons, cette manutention, mais c’est peut-être à ce prix que vous aurez droit, cet été, au bord de la piscine, à un nouveau Millenium ressuscité d’entre les morts. Et vous penserez, entre le Pastis et les cigales : « Qui sait ? C’est peut-être chauffé par mes résidus pommes de terre sarladaises que l’auteur inspiré écrivit ce chapitre… »

*Photo : Bart and Co.

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