Polygamie: la porte ouverte | Causeur

Polygamie: la porte ouverte

Le mariage gay bientôt instrumentalisé par les islamistes?

Auteur

Thibaud Collin

Thibaud Collin
philosophe et auteur de Les lendemains du mariage gay

Publié le 18 mars 2016 / Politique Société

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Marion Maréchal-Le Pen n'a pas commis de "dérapage" : il existe bien un lien logique entre déconstruction du mariage traditionnel et légalisation de la polygamie. Quand plus aucun obstacle ne sera posé au consentement mutuel, les "trouples" parachèveront le mariage pour tous.
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Sipa. Numéro de reportage : AP21756850_000020.

« Dérapage », le mot est lancé. Ainsi Marion Maréchal-Le Pen, invitée de la Ligue du Nord à Milan, aurait perdu la raison en affirmant mercredi 16 mars que le mariage gay ouvre la voie à la reconnaissance de la polygamie. Par le mot dérapage les maîtres de la bien-pensance qualifient un propos qu’une personne « normalement » constituée ne peut tenir ou en tout cas, ne peut assumer ; un « dérapage » appelle une rétractation, voire des excuses publiques. Le stratagème rhétorique, pour être usé qu’il soit, produit toujours son petit effet sur l’auditeur de France Inter ou le lecteur du Monde.

Non seulement le propos de Marion Maréchal-Le Pen n’est pas un dérapage mais il exprime fort bien la logique sous-jacente aux législations redéfinissant le mariage civil. Que cette logique ne soit pas perçue ou qu’elle soit l’objet d’un déni ne change rien à son existence.

En effet, quelle était, avant la loi Taubira, la référence dont on déduisait les conditions objectives du mariage civil: différence des sexes, interdit de l’inceste, monogamie, âge des conjoints ? La transmission de la vie humaine ; celle-ci ne pouvant être assurée que par l’union d’un homme et d’une femme, ce qui fait… deux personnes et non pas trois ou quatre! Or puisque la revendication homosexuelle veut à tout prix maintenir le lien entre mariage et filiation (« sociale »), il faut trouver un substitut à cette référence. Par quoi la remplacer ? Les volontés contractuelles d’individus, quelle que soit leur orientation sexuelle.

Triomphe de la volonté

Mais si la seule volonté suffit à légitimer l’articulation entre mariage et filiation, au nom de quoi continuer à rendre obligatoires les autres conditions, elles aussi déduites de l’étayage sur la procréation naturelle ? Pourquoi, par exemple, conserver la monogamie ? Pourquoi ne pas enfin reconnaître que jusqu’à maintenant seuls les monogames ont pu se marier et qu’ainsi les polygames ont été injustement discriminés puisqu’ils n’ont pu se marier qu’en niant leur désir polygame ? A cette question, que j’ai posée lors de mon audition à la Commission des lois de l’Assemblée nationale (13 décembre 2012), il m’a été répondu, en la personne du député EELV Sergio Coronado, que le peuple français n’était pas (encore) prêt à accepter cette grande réforme sociétale. Il est donc évident que la loi Taubira reste « polyphobe » et qu’aucun argument sérieux ne peut être opposé à la revendication de l’ouverture du mariage civil aux individus voulant contracter un mariage à n partenaires. S’ils s’aiment et qu’ils veulent vivre ensemble, s’ils désirent assumer un projet parental à trois, quatre ou cinq, au nom de quoi les clercs officiant dans leur chaire médiatique pourraient-ils leur interdire le bonheur ?

Polyamour et polygamie

On pourrait m’accuser de chipotage ou d’aveuglement, car enfin comment mettre sur un pied d’égalité le « polyamour » d’habitants de Belleville ou de Montreuil  vivant en « trouple » et le huis-clos sordide de femmes musulmanes contraintes de vivre avec leur potentat de mari? Outre son caractère « nauséabond », une telle différenciation des situations oublie que la revendication des droits de l’individu = x fait, par définition, abstraction des contenus de vie concrets.

Il y a donc bien une alliance objective entre les libertaires réclamant à la suite de Jacques Derrida1 un mariage à n partenaires et les partisans traditionnels de la polygamie. Les cris d’orfraie poussés en réaction aux propos de Marion Maréchal Le-Pen manifestent l’inconséquence des progressistes béats qui pensent que la volonté peut, à elle seule, déterminer une limite infranchissable. L’arbitraire de la volonté est potentiellement sans limite.  Pour une fois, Sergio Coronado est d’accord avec Marion Maréchal-Le Pen.

  1. Dans son dernier entretien donné au journal Le Monde quelques semaines avant sa mort, le 19 août 2004.
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    La rédaction de commentaires est impossible pour cet article

    • 22 Mars 2016 à 9h18

      jcm dit

      Amalgame grossier entre la polygamie et le multipartenariat.
      Aucun intéret, et je pense que les gens ne sont pas dupes.

      le mariage chrétien est complètement out et impose une fidélité sexuelle qui n’a aucun sens pour un gay.
      point de vue général, plus probant, concernant les couples hétéros .
      Pourquoi tant de couples hétéros choisissent aujourd’hui le PACS à la place du mariage ? A cause de cette question sur l’obligation d’exclusivité sexuelle, qui a encore du poids chez certains , mais ne signifie plus rien pour beaucoup d’autres.

      C’est bien la peine de venir cracher sur le gender si c’est pour castrer les hommes avec cette fidélité antique à la con.

    • 21 Mars 2016 à 0h32

      saintex dit

      i-diogene dit, Bah, si les gens s’ aiment, la polygamie, je n’ y vois aucun problème..:
      i-Diogène valide l’article avec la plus grand naturel et il a bien raison. Il fait un peu fi de la fiscalité qui doit, si j’ose dire en la circonstance, y retrouver ses petits. Mais à partir du moment ou le sens du mariage est changé, pourquoi ne pas recouvrir et ouvrir à ce qui existe.
      Il faut s’y faire, le changement de paradigme a eu lieu et le sens du mot mariage a changé. Et il ne changera pas de nouveau, au sein de la même société. C’est à dire que tant que l’occident sera ce qu’il est aujourd’hui, il n’y aura pas de retour à une autre vision du monde. Et je ne crois pas qu’il change sans une guerre, civile ou militaire, ce qu’il n’est pas sesnsé de pronostiquer à court terme.
      Le mariage entre homosexuels n’est tout au plus que le reflet de ce changement. Si on veut remonter le fil, c’est bien comme dit l’auteur, dans l’argumentation qu’il faut chercher. Il y a bien sur eu une volonté de division des Français avec la loi Taubira telle qu’elle est formulée, et de la façon conflictuelle qu’elle a été menée à terme. Mais cette volonté conflictuelle, si elle avait pour but de servir des intérêts politiques, n’a fonctionné que parce qu’elle s’appuyait sur un changement de repères. Et celui-ci, particulièrement en ce qui concerne le mariage, n’est ni récent, ni une idée du lobby homosexuel. Ce dernier n’a fait qu’intégrer plus ou moins consciemment l’évolution qui est, “le mariage est l’aboutissement et l’expression sociale d’un désir naturel, et essentiellement, sinon seulement cela”.
      A partir du moment ou cette assertion est dans l’esprit d’une majorité de gens, il n’y a aucune raison de refuser le mariage entre homosexuels. Pire, leur refuser est obligatoirement ressenti comme une forme de rejet, le refus de prise en compte de leurs désirs, pulsions et plus globalement amour.
      C’est forcément difficile, et dur à avaler dans un monde d’individualisme où déjà l’écolier devient le

      • 21 Mars 2016 à 0h33

        saintex dit

        Il était théoriquement possible d’exprimer légalement une reconnaissance légale de la relation et de l’union homosexuelle, et ce à un même niveau institutionnel. Il était même possible de dire cette volonté en préambule d’une loi. A partir de cet instant, la différence intrinsèque que la bonne foi ne peut dénier, entre couple homosexuel et couple hétérosexuel avait possiblement la possibilité de faire consensus.
        Il y avait ici, pendant les débats sur cette loi, était un des militants les plus actifs de la loi Taubira sur Causeur. Homosexuel, son pseudo était Olyvier. Toujours au cours de ces débats, des intervenants très tranchés ont assigné chacun à des positions réductrices d’homophobes ou homophiles, assorties de cathorancisme, voire effenisme. Ma manie de la synthèse (syntex error) m’a situé contre mon gré et ma pensée, dans les homophobes.
        J’avais émis l’idée de la création d’un “maryage” dont le changement de lettre permettait de faire une différenciation. Les questions de filiation pouvaient être traitées indépendemment et la loi Taubira être largement consensuelle.
        Même s’il est clair que les idées émises par les lecteurs sur le forum de Causeur n’ont pas d’influence directe et immédiate sur la pensée en France, je me demande si une telle vision exprimée depuis un autre endroit, était encore possible ? Je peux dire par là, acceptable par les politiques en fonctions des engagements et des jeux d’influences. La réponse d’Olyvier me donne cet optimisme, et il est de ceux qui ont fait que je parle encore. 22 Janvier 2013 à 16h31, Olyvier dit : J’adore votre idée de maryage, en tout cas. (Article : Quel réac sociétal êtes-vous ? Daoud Boughezala – le 21 janvier 2013).

        • 21 Mars 2016 à 23h38

          i-diogene dit

          Saintex, 

          Ton problème est très simple à résoudre:

          Rien ne t’ interdit d’ écrire “marYage”, si “mariage” te gène.. Personne ne t’ en voudra, vu la réforme libérale de l’ orthographe..!^^

          Après, je ne vois pas ce que ça change sur le fond.. 

        • 22 Mars 2016 à 0h24

          saintex dit

          Mon problème est d’autant plus simple à résoudre que n’en ayant pas, je n’en ai exprimé aucun.
          Que tu ne vois pas ce que cela changerait ou pourrait changer est normal puisque je l’ai écrit. Par conséquent tu ne l’as pas lu et c’est entre autres pour ça que ta fille est sourde.
          Tout ceci fait que si je me retrouve confronté à un problème personnel, je te promets de ne pas te le soumettre afin que tu puisses éventuellement m’apporter une solution. Ou le contraire, va savoir avec toi )))
          Ps. A propos d’orthographe, ” si “mariage” te gène” ne manque pas de sel.

        • 22 Mars 2016 à 18h31

          i-diogene dit

          Bin, Saintex, pourquoi proposes-tu une orthographe différente si le MPT ne te gène pas…? 

          D’autre part, je suis heureux d’ apprendre que ce que tu écris est “normal”..!^^  

    • 20 Mars 2016 à 19h19

      walkyrie dit

      Et on en arrivera même aux mariages avec les animaux pour les zoophiles. Un singe, ça vous tente ?

      • 20 Mars 2016 à 21h26

        Fixpir dit

        Oui, mais, si ils s’aiment ?

      • 20 Mars 2016 à 23h49

        Parseval dit

      • 21 Mars 2016 à 7h47

        François dit

        Il y a longtemps que ça existe. Les épouses sont plutôt des chèvres. Elle donne du lat toute l’année, ont des cornes et ne porte jamais plainte…

      • 21 Mars 2016 à 11h09

        saintex dit

        Les animaux n’entrent pas dans cette logique. L’évolution du sens et du but du mariage reste dans l’entre-soi de l’homme devant la société humaine. Sans compter que l’expression de l’animal le prive du rite, “oui je le veux”.
        Par ailleurs, quoique pratiquée par défaut, la zoophilie est souvent honteuse. Y faire référence comme une possibilité dans le cadre des extensions passées et à venir du mariage revient à comparer les sexualités humaines avec celle-ci, ce qui est désobligeant, voire blessant.

    • 20 Mars 2016 à 17h52

      gerryq dit

      J’attends avec intérêt le débat sur la polyandrie qui, n’en doutons pas, devra venir en même temps que celui sur la polygamie. Qu’en penseront ceux qui se voient à la tête d’un harem, et qui n’imaginent pas qu’ils pourraient un jour faire partie d’un “troupeau”?

      • 21 Mars 2016 à 16h29

        i-diogene dit

        Globalement, la polygamie comprend aussi la polyandrie, donc, en effet, le sujet sera débattu..

    • 20 Mars 2016 à 16h37

      adadaf dit

      Toute cette littérature mélange les sujets. Le mariage est un objet juridique froid. Il peut être étendu au grand bonheur des avocats et des commerçants qui vendront leurs objets ou leur prestations. Mais c’est sans intérêt.
      La vraie question est dans les progrès constants de la science et de la médecine : Combien de partenaires en 50 ans de vie ? Combien en 100 ans ou en 1000 ans de vie ? Combien de femmes seules lorsque les hommes disparaissent plus tôt ?
      L’avenir est effectivement à la polygamie, qu’on soit d’accord ou non. Les convictions religieuses des âges obscurs, de 5 ou de 20 siècles, n’y changeront rien.
      Victor Hugo et Herbert George Wells auraient apprécié. Tant mieux.

      • 20 Mars 2016 à 16h58

        François dit

        L’écart d’espérance de vie homme/femme se réduit depuis qu’elles travaillent à l’extérieur, fument et boivent autant si ce n’est plus que les hommes. Les infarctus féminins explosent. Les travaux à pénibilité accrue sont encore le lot du masculin, mais la robotique s’employant à les remplacer, ils ne sont plus que… 1950 à mourir d’accident du travail par an pour effectivement 50 femmes.
        J’ai du mal à croire à polygamie souhaitée  dans des sociétés comme les nôtres où les jeunes hommes préfèrent de plus en plus leur console jeu à leurs compagnes.
        Au Japon, 85% des jeunes hommes de 18/34 ans ne s’intéressent plus au sexe.
        Alors la polygamie… A moins de faire une loi pour la rendre obligatoire… 

      • 20 Mars 2016 à 17h25

        cioranpat dit

        C’est surprenant cet esprit de la modernité s’inscrivant dans la polygamie (qui est pourtant bien vieille) comme ouverture et relation aux autres (cherchez l’ironie, elle là, quelque part!).

        C’est curieux que “adadaf” nous la fasse dans le quantitatif et en plus en termes de science, de médecine et de partenaires (combien de légions… ?). Il oublie qu’une femme seule aujourd’hui et pire demain, sera apte à tâter le terrain des formes des consœurs. Je n’aborde même pas les pistes du capharnaüm sexuel où le pluriel, le nombre, les genres de…, voire l’animalité à quatre pattes (bien sûr, l’humanoïde peut se retrouver à quatre pattes, il sait faire et même bien!) pourra s’en donner à cœur joie.

        Vraiment dommage, il eut pu être intéressant dans son propos s’il avait été jusqu’au bout des possibilités… Et quel manque d’imagination!

        Par ailleurs, “François” soulève un point excellent : que faire de la polygamie si vos partenaires ont en main un joystick, sur la tête un casque pour réalité virtuelle et si en plus, ils se masturbent en traînant – ces bandes de voyeurs – sur les pages à photos, vidéos, textes qui les envoient au 4e ciel!

        Pour compléter le propos statistique de “François” : “dadadaf” sait-il que 15 à 20 % des individus (H ou F) ne peuvent se séparer de leur smartphone pendant les galipettes ou que carrément, ils ne veulent plus pratiquer l’art du “râle” ? Je suis pour l’orgie à coup de smartphones, quelle beauté, quel genre, quelle noblesse, tout dans le doigté! On ne se tripote plus, c’est sale, on se doigte sur écran, c’est plus lisse et c’est distancié.

        • 20 Mars 2016 à 17h30

          François dit

          Cioranpat, si vous me cédez vos droits d’auteur, je me permettrai de me resservir de certains passages de votre commentaire ?

      • 20 Mars 2016 à 17h48

        gerryq dit

        @adadaf
        combien de partenaires…en même temps? il y a longtemps que les partenaires successifs existent.
        Quant à légaliser ce type de comportement, comme le dit Coronado “c’est encore un peu tôt” mais ça viendra.
        MAIS, si on légalise la polygamie, il faudra AUSSI légaliser la polyandrie ; et je me marre  d’avance (sans doute de là-haut), en voyant la tête des ces braves machos, musulmans ou pas, qui, pour certains, devront s’accommoder d’une “partie” de femme!

        • 21 Mars 2016 à 13h57

          i-diogene dit

          La polygamie comprend aussi bien la polyandrie que la polygynie…

          Mais ces deux formes existent déjà depuis longtemps, même en dehors de l’ islam, combien de braves cathos ont-ils une femme et une maîtresse, un mari et un amant..? 

          C’ est-même les principal sujet des comédies et drames qui jalonnent notre culture..

          Evidement, pour le catho moyen, les plaisirs interdits ont plus de saveurs, donc, légaliser et banaliser cet état de fait ne pourra qu’ engendrer des frustrations..! Ptdr.. 

    • 20 Mars 2016 à 10h37

      Fixpir dit

      Fioretto, je ne sais comment s’est passé le débat du MPT sur ce forum ni ce que vous avez subi.
      Il n’empêche que, sauf erreur, le débat semble ici porter plus sur les arguments utilisés que sur la légitimité du mariage homosexuel.
      Le terme même “pour tous”, pour commencer. Puis l’argument “mais ils s’aiment”. Puis l’argument “mais c’est un nouveau droit pour d’autres qui ne vous retire rien, à vous”.

      En d’autres termes, les arguments utilisés n’ont pas consisté à demander un changement de paradigme des normes sexuelles acceptables. En tous cas en grande partie, les arguments ont été de refuser toute norme. L’argument a été du type “la société n’a pas à se mêler des relations entre les individus”.

      Je ne sais les raisons qui font que vous êtes favorable à ce mariage, ni les arguments que vous avez utilisé. Mais, il me semble, les arguments que j’ai cité sont indéniablement directement applicables à d’autres formes de sexualité, polygamie, relations intra-familiales voire autres.
      Je me trompe ?