Politesse, l’art de l’effacement | Causeur

Politesse, l’art de l’effacement

Un dictionnaire pour Donald Trump

Auteur

Jérôme Leroy

Jérôme Leroy
est écrivain.

Publié le 15 janvier 2017 / Culture

Mots-clés :

Frédéric Rouvillois nous offre un Dictionnaire nostalgique de la politesse qui est aussi un cours magistral de discrétion.

Scène galante, miniature tirée d'"Yvain ou le chevalier au lion", Chrétien de Troyes, XIVe siècle

On pourrait être, de prime abord, surpris par le titre du dernier livre de Frédéric Rouvillois, Dictionnaire nostalgique de la politesse. Et pourtant, à se promener dans cet ouvrage élégant, érudit, discrètement ironique et joliment illustré, on comprend vite le pourquoi de l’adjectif. De fait, à une époque qui ne cesse de faire l’éloge du naturel, de la spontanéité, de la bonne franquette, la politesse ne peut être qu’une nostalgie, c’est-à-dire une vertu que notre temps, si impunément épris de lui-même et de son absence de manières jusque dans la langue, trouve forcément haïssable. La politesse appartient au paraître et le paraître contrarie le naturel qui est lui-même confondu avec la sincérité et l’égalité mal comprise. C’est le cas, par exemple, dans « l’antipolitesse » états-unienne, dont l’auteur nous dit qu’elle recherche une simplicité tellement affectée qu’elle confine vite à la vulgarité et tient pour une insupportable hypocrisie les bonnes manières du vieux monde, pour se concentrer uniquement sur le plan civique, au point d’en devenir agressivement chauvine : on est poli, là-bas, seulement avec la Constitution.

Ce contresens qui ouvre la voie à une barbarie douce, Frédéric Rouvillois n’a de cesse de le dissiper. Les entrées de son ouvrage vont des « asperges », que le comte de Paris nous autorise à manger avec les doigts surtout dans les dîners entre hommes au « silence aux toilettes », où l’usage veut qu’on se taise car « la chose est trop sérieuse, la situation trop

[...]

  • causeur.#42.couv.bd

    Article réservé aux abonnés

    publié dans le Magazine Causeur n° 101 - Janvier 2017

  • X

    Article réservé aux abonnés

    Déjà abonné, connectez-vous


    mot de passe oublié | Vous n'arrivez pas à vous connecter ?
     

    PAS ENCORE ABONNÉ ?

    causeur.#42.couv.bd
  • La rédaction de commentaires est impossible pour cet article

    • 17 Janvier 2017 à 0h42

      Lector dit

      faut se souvenir de ce premier procès qui avait eu lieu dans les 90′s aux USA pour sexisme (précisons soi-disant misogyne) parce qu’un homme avait tenu la porte à une femme… exit la galanterie depuis un bail. D’où les pousses au jouir de la campagne de Trump alors même que le candidat avait fait depuis longtemps la promotion des femmes à des postes de direction dans son entreprise immobilière (Cf. document de la soirée américaine sur la 8). Quel numéro !

    • 15 Janvier 2017 à 19h50

      alain delon dit

      Question: pourquoi les commentaires apparaissent-ils en italique ce soir?

    • 15 Janvier 2017 à 19h14

      Habemousse dit

      « Comment rester poli sans se faire remarquer dans un monde où ( presque ) plus personne ne l’est… ? »

      Et pourquoi plus personne ne l’est ? Parce qu’une certaine idéologie, appuyée par le mépris de certaines communautés, juge cette pratique bourgeoise ou au mieux rétrograde.

      Comment imposer la politesse quand ceux qui doivent donner l’exemple, trouvent ce mode de respect d’autrui démodé ?

      Continuer à donner le mauvais exemple reste la solution dans les endroits le vivre bien ensemble existent.

      • 15 Janvier 2017 à 19h15

        Habemousse dit

        … les endroits où le vivre bien ensemble existe.

    • 15 Janvier 2017 à 17h06

      Jérôme Leroy dit

      On se connaît? Sachez que la titraille et le chapô ne sont pas de moi, que l’article que vous n’avez pas lu ne parle pas de ça et que la politesse n’est pas le monopole d’une classe sociale. Pour le reste, très poliment et sans vous tutoyer, je vous emmerde.

      • 15 Janvier 2017 à 22h34

        Mkutch dit

        C’est rigolo, il suffit d’une petite provoc. pour que le vernis craque. Monsieur Leroy, vous êtes devenu un dinausaure rassis et, surtout, inutile.

      • 15 Janvier 2017 à 22h37

        Mkutch dit

        La vie est ailleurs, vous êtes obsolète.

      • 15 Janvier 2017 à 23h28

        Jérôme Leroy dit

        Ce n’est pas une petite provoc, c’est juste le réflexe pavlovien qui a peur du rouge comme les bêtes à cornes. La vie est obsolète, je suis ailleurs.

    • 15 Janvier 2017 à 16h19

      Mkutch dit

      Rectif.: cachectique et …jalouse inavouée.

    • 15 Janvier 2017 à 12h04

      Villaterne dit

      Comme le disait Tristan Bernard, on ne perd rien à être poli sauf sa place dans métro !
      « La politesse appartient au paraître et le paraître contrarie le naturel qui est lui-même confondu avec la sincérité et l’égalité mal comprise. »
      Cette phrase qui a toute les apparences de la justesse me paraît être un sophisme. Certes la politesse demande un effort sur soi mais elle n’a aucun rapport avec le paraître. C’est un usage essentiel dans les rapports humains dans une société civilisée. C’est comme le disait Giraudoux :
      « Le respect d’autrui et de soi-même qui s’appelle d’ailleurs, à juste titre, l’urbanité »
      Alors on peut effectivement avoir la nostalgie de la politesse car on sent bien que sa disparition entraîne celle d’un monde avec ses codes du fameux « vivre ensemble » tant mis en avant aujourd’hui. I

      • 15 Janvier 2017 à 19h49

        alain delon dit

        “vivre ensemble” peut se traduire par: accepter les dégâts collatéraux.

        La politesse, et plus généralement la courtoisie appartiennent définitivement à l’ancien monde. Le choix du thème de ce papier jette un pont inattendu entre J.Leroy et A.Finkielkraut.

    • 15 Janvier 2017 à 11h19

      A mon humble avis dit

      Je ne vois pas le rapport avec Trump, qui ne me semble pas plus malpoli que beaucoup d’autres, et même moins que certains.
      Je le vois en revanche avec Fillon, homme poli et discret s’il en est, même quand il est candidat, même quand il prononce un discours, même quand il est interrogé par un journaliste rudoyant, même quand il est opposé à un rustre, même quand un comique tente de le tourner en ridicule.
      Mélenchon cultive aussi la politesse, bien qu’avec beaucoup moins de discrétion, mais ne ne demandez pas de voter pour lui, sinon je risque de ne pas être poli.