L’envers de l’uniforme | Causeur

L’envers de l’uniforme

Il y a des êtres humains sous les gilets pare-balles.

Auteur

Marie Céhère

Marie Céhère
Sophistique, littérature.

Publié le 23 octobre 2016 / Culture

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police hugo boris-couverture

Hugo Boris, POLICE, couverture.

POLICE, sur la couverture, s’étale en lettres majuscules, inversées en miroir. C’est de l’intérieur d’une voiture sérigraphiée, de l’intérieur d’un uniforme marqué de ce terme, que nous sommes invités à appréhender ce que nous appelons aussi, d’un vocable ronflant, les forces de l’ordre.

Derrière, ni force, ni ordre, mais des hommes et des femmes. Il y a toujours eu beaucoup à dire de la police. Des « CRS SS », de la fraternité improvisée entre les civils et les agents lors du défilé du 11 janvier 2015, des affrontements, des jets de pierre, des incendies de poubelles, des séries télévisées idéales… Aucun de ces aspects, saisi à part, sur le vif, comme des clichés saccadés pris au cours d’un long combat, ne montre des hommes.

Comment devient-on gardien de la paix ? Qui s’entête à croire aux beaux rêves, à la justice, à la veuve et à l’orphelin. Qui prend une revanche facile sur des petites frappes de cité et des lycéens pleins d’idées encombrantes. Il y a des êtres humains sous les gilets pare-balles, que nous, civils, ne voudrions pas voir, pas entendre. Que ces surhommes n’aient aucune faille, ils ne sont pas là pour ça.

Hugo Boris s’est emparé de cette peur de la faille et nous la renvoie en plein visage. POLICE est un huis-clos étouffant. À bord d’un véhicule siglé, Virginie, Erik et Aristide conduisent à l’aéroport Charles-de-Gaulle un clandestin tadjik : une procédure d’éloignement. Une expulsion. Le romancier aurait pu s’arrêter là, il avait son pesant de « question de société », de « matière à débat ». Hugo Boris ne s’en contente pas. Il aborde tous les sujets qui fâchent, un à un, porté par une écriture calibrée. La place des femmes au travail, l’adultère, l’avortement, l’immigration clandestine, le racisme, le Tiers-Monde, la violence infiltrée partout, le doute qui s’immisce dans l’esprit de celles et ceux qui, payés pour appliquer une loi, la voient tout à coup perdre toute sa légitimité.

Les esprits s’échauffent, les corps se dégagent des uniformes, c’est une tragédie à la mode antique, avec la mort pour tous en bout de piste. Virginie, jeune mère délaissée, doit interrompre une grossesse  non désirée, fruit de sa liaison avec Aristide, un gentil beauf de trente-quatre ans que cette (més)aventure a transformé malgré lui. Tous deux sont tentés d’abuser de leur position pour faire évader le Tadjik.

« - Vous êtes vraiment des trous du cul ! postillonne Érik en punchant le volant pour évacuer le trop-plein de tension. On est pas les soeurs de Bon Secours, merde ! On est la police ! LA POLICE ! »

À chaque chapitre, ou presque, le débat pourrait être ouvert. On imagine une discussion de bistrot ou de salon de coiffure: « moi, à sa place, … »

À chaque chapitre, ou presque, la tentation commune, par les temps qui courent, se fait jour: demander au texte pourquoi, pourquoi ceci plutôt que cela, pourquoi pas ci, pourquoi pas ça. Pourquoi décrire un avortement aussi crûment, pourquoi avoir choisi un clandestin tadjik menacé de mort dans son pays plutôt qu’un « fiché S » maghrébin, pourquoi faire entorse à une loi plutôt qu’à une autre ..?

Faire de la politique avec tout, de l’idéologie avec rien, voilà à quoi nous servent trop souvent les mots. POLICE est un roman si « engagé » qu’il ne l’est finalement pas. La réalité ne porte en elle aucune idée fixe, aucune orientation. La littérature n’est pas faite que pour écrire des harangues. Nous avons le droit, parfois, de ne pas choisir, de ne pas réagir, d’extraire les faits de leur magma d’actualité et de, simplement, les considérer.

Hugo Boris, POLICE – Grasset, 198 pages

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    • 26 Octobre 2016 à 15h36

      Terminator dit

      Il est clair pour tout le monde que sous la rude écorce (l’uniforme) il y a un petit ou un gros coeur qui bat… Sauf que les mêmes qui vous alignent impitoyablement pour un (petit) excès de vitesse ou un stationnement aléatoire sont les mêmes qui se refusent maintenant à recueillir votre plainte pour agression verbale ou physique, même assortie de menace pour votre intégrité physique ou celle de votre famille. Alors, qu’ils se fassent casser la g… par les barbares comme un citoyen lambda ne m’émeut pas plus que ça !

    • 24 Octobre 2016 à 10h41

      keg dit

      La police est-elle citoyenne?
      Vaste dilemme…..
      Quand elle le sera, je serai de son côté. On ne peur demander à un escroc (à la grande ou petite semaine) de faire ami-ami avec son ennemi…. Ce serait abuser!

      http://wp.me/p4Im0Q-1lo

    • 24 Octobre 2016 à 7h22

      Orwell dit

      « Des « CRS SS », de la fraternité improvisée entre les civils et les agents lors du défilé du 11 janvier 2015 » (oui l’homme en uniforme incarnant l’autorité, soit le respect de tous, est tour à tour vilipendé ou acclamé selon les circonstance. Telle est la nature humaine, portée à la fausse rébellion contre toux eux qui, au nom de la loi, embêtent le bourgeois qui acclamait les braillards de 68 depuis leurs luxueux appartements des beaux quartiers. Mais qui, lorsqu’il se sent personnellement en danger, les adule, par lâcheté. Et ce sont les mêmes bourgeois des beaux quartiers ! )
      « Aucun de ces aspects, saisi à part, sur le vif, comme des clichés saccadés pris au cours d’un long combat, ne montre des hommes. » (Les médias, comme les bourges qui les remplissent d’aise, feignaient d’ignorer que derrière ces CRS, se trouvaient certainement d’anciens résistants, des Juifs miraculés d’Auschwitz, ainsi que des malgré nous alsaciens et mosellans°
      « Comment devient-on gardien de la paix ? Qui s’entête à croire aux beaux rêves, à la justice, à la veuve et à l’orphelin » ? Mon père y croyait lorsqu’il devint flic en 1962 , mais c’était une autre époque. Le représentant de la République y était respecté. Aujourd’hui, nous sommes tombés dans un tel monde de fous que la Crasse postillonne sur nos institutions les plus sacrées. Pourquoi seraient- elles sacrées, d’ailleurs ? 68, cette gauche bobo de plus en plus ignobles, avec la complicité de nos envahisseurs basanés, pourquoi se géneraient-elles ? N’a-t-elle pas le pouvoir ?

    • 24 Octobre 2016 à 1h00

      i-diogene dit

    • 23 Octobre 2016 à 21h13

      Singe bleu dit

      Incroyââble mais les flics seraient des êtres humains comme vous et moi ma chèèère !

      • 23 Octobre 2016 à 21h51

        Jérôme Leroy dit

        Vous avez aussi du mal avec les femmes? Vous savez que même d’extrême-droite, même délateur anonyme, même manifestant pour tous, vous avez le droit d’assumer votre homosexualité? Vous pouvez aussi essayer d’écrire. Bon, à compte d’auteur, évidemment.

    • 23 Octobre 2016 à 17h23

      alain delon dit

      Hugo Boris, pour moi vous êtes titulaire indiscutable en équipe de France, n’allez donc pas perdre votre âme à écrire des romans de gare

    • 23 Octobre 2016 à 17h14

      isa dit

      Ca vous coûte très cher le ” droit” de faire des articles ici…
       

      • 23 Octobre 2016 à 21h15

        Singe bleu dit

        Moi madame, moi je sais !
        Un cierge à saint Claude et saint Jérôme !
        http://www.pipe.fr/pipes-de-st-claude,fr,2,2.cfm

        • 23 Octobre 2016 à 22h14

          Jérôme Leroy dit

          Ah,le confort de l’anonymat… En revanche, votre misère sexuelle saute aux yeux, si je puis dire. Ne changez pas de main, vous pourrez continuer à taper avec l’autre.

        • 23 Octobre 2016 à 22h19

          alain delon dit

          Décidément Camarade Leroy, on reste dans le registre sous la ceinture ce soir… En panne d’inspiration (ou d’érection)?