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Plutôt Karl que Mario

Pour surmonter la crise, soyons (un peu) marxistes !

Publié le 01 décembre 2011 à 17:25 dans Économie

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Image : Denis Collin, Le cauchemar de Marx.

Nos élites monétaires et politiques pataugent dans cette interminable crise financière et ne parviennent pas à éteindre l’incendie des marchés. Elles devraient se remettre à l’étude de … Marx ! Il est bien sûr très difficile de faire reconnaître à la droite que les théories de Karl Marx ne sont pas toutes à jeter aux oubliettes. Dans le même temps, comment une gauche modérée ayant accepté l’avènement des marchés oserait-elle extraire Le Capital des rayons poussiéreux de sa librairie ?

Il est pourtant indéniable aujourd’hui, en pleine crise financière, que l’esprit du grand homme renaît de ses cendres. Ne sommes-nous pas ainsi aux premières loges pour assister impuissants à une « accumulation » (qu’il dénonçait et qu’il prévoyait) de « richesses à un pôle » concomitante à une « accumulation de misère » à un autre pôle ? Quel est aujourd’hui le parti politique ou l’observateur avisé qui n’est pas choqué – au moins en son for intérieur – par cette quête effrénée de profits et de productivité des investisseurs et des entreprises ? Cette boulimie débouche « naturellement » sur son pendant : la création (pour reprendre les termes de Marx) d’une « armée de réserve industrielle », c’est-à-dire de laissés pour compte que l’on ne convoque que pour les payer une misère ! En 2011, le conflit entre capital et travail n’est même plus larvé : il crève les yeux.

Conformément au procédé décrit par Marx, les entreprises réduisent leurs coûts et évitent les embauches afin de gonfler leurs profits. Les bénéfices des grosses entreprises ne sont-ils pas au mieux de leur forme depuis plus d’un demi-siècle alors que le chômage au sein de nos nations « développées » bat des records ? Les États, dominés par des entreprises et des établissements financiers à taille hyperbolique, ont cru pouvoir masquer cette réalité à leur population en les anesthésiant avec l’opium du crédit. En réalité, cette aisance populaire en trompe l’œil consacrait – et dissimulait– le creusement d’une intolérable inégalité de revenus qui se retrouve aujourd’hui au même niveau que dans les années 1920 ! Ces élites économiques vont pourtant recevoir le boomerang en pleine figure car elles vont s’apercevoir qu’elles ont quand même besoin de cette fameuse « armée de réserve » pour consommer les produits de leurs entreprises… Marx (encore lui !) avait bien noté le paradoxe entre surproduction et sous-consommation : difficile de faire tourner industries et commerce alors que les capacités de production ont été étirées à leur extrême et que l’armée des consommateurs est à genoux…

Comment faire comprendre à nos responsables politiques et à nos élites économiques que leur succès et leurs richesses sont directement proportionnels au confort matériel de cette « armée » ? Comment les persuader d’enfin adopter des mesures énergiques entièrement dédiées au redressement des classes populaires ? Qu’on se le dise une fois pour toutes : cette crise, qui est loin d’être provisoire, ne sera jamais réglée par l’austérité imposée aux populations ! La seule et unique clé consiste en une régression durable du chômage qui ne pourra s’opérer qu’à la faveur d’une réduction substantielle de la fiscalité des employeurs et d’encouragements massifs des entreprises aux nouvelles embauches. Il est ainsi impératif de rétablir le pouvoir d’achat afin de relancer la demande et d’éviter la spirale déflationniste, quitte à rééchelonner, voire à éponger, les lourds endettements des ménages (américains principalement). Parallèlement, les États doivent contraindre les banques de financer plus généreusement les PME mais aussi de recapitaliser et de prendre le contrôle (au moins pendant quelques années) des banques qui se sont retrouvées dans une situation périlleuse de leur propre fait. Les banques centrales, enfin, devraient jouer le jeu en achetant généreusement les papiers valeurs émis par les gouvernements et les entreprises. Il faudra qu’elles se résignent à transgresser leurs propres règles en tolérant une inflation modérée qui rendra le fardeau de l’endettement plus supportable.

Il est donc vital d’entreprendre sans tarder toute une batterie de mesures entièrement destinées au bien-être des classes pauvres et moyennes. Car, comme le disait Marx : « la raison ultime de toutes les crises reste la pauvreté et la consommation restreinte des masses »

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  • 2 December 2011 à 12h24

    L'Ours dit

    ACL,

    je ne pense pas que votre solution soit la bonne (une amie pensait exactement la même chose que vous) pour une raison simple: ce qui compte pour qu’une nation fonctionne économiquement, c’est de produire du consommateur dans ladite nation. Hors pour cela, une seule méthode: l’emploi, auquel on additionne grâce à lui les autres consommateurs car il finance les caisses:  retraités, chomeurs, malades…
    Or une société qui ne produit pas de consommateurs (en employant), ne viendra sur un marché que pour profiter de ceux financés par ses collègues patrons.
    Au final, elle n’aura fait que pirater sans profiter à la société.

    C’est pourquoi je préfère mon système de charges égales selon la dimension d’une entreprise, (ou dit d’une autre façon mais ça demanderait plus d’explications, selon la captation de consommateurs que provoque une entreprise), charges qui ne seraient plus soutenues que par ceux qui emploient, ce qui est une aberration totale! 

  • 1 December 2011 à 18h30

    L'Ours dit

    J’ai écrit il y a une trentaine que le paradoxe vient du fait que l’entrepreneur eveut deux choses contradictoires:
    - qu’il y a le moins possible d’employés dans SA société.
    - qu’il y ait le plus d’employés possible dans LA société.

    il ne pourra se départir de cette ambivalence mortifère à long terme que lorsqu’à taille égale, les entreprises paieront très exactement les mêmes charges, qu’elle aient des employés ou pas!

     

  • 1 December 2011 à 18h22

    Marie dit

    @ACL
    “diminution drastique des cotisations salariales et patronales compensée par l’augmentation des taxes sur la consommation, ” vous voulez taxer la consommation? allez expliquer ça aux gens qui râlent déja sur le passage de 5 à 7 sur la restauartion!

    • 1 December 2011 à 18h32

      ACL dit

      Mais oui ; moins de lignes sur le bulletin de paie, c’est plus de salaire net en bas pour un même salaire brut en haut.

  • 1 December 2011 à 18h09

    ACL dit

    Comme d’habitude, la solution de bon sens, diminution drastique des cotisations salariales et patronales compensée par l’augmentation des taxes sur la consommation, va être balayée avec un sourire entendu par ceux qui sont aux manettes ; ils sont tellement plus intelligents que les citoyens !
    C’est qu’ ils veulent garder leur fromage ; tout ce bel argent, le rendre aux contribuables pour qu’ils en décident la destination, quelle horreur !
    Un patron c’est là pour payer des taxes, cotisations, prélèvements … Qui a dit que c’est un employeur ? Faites taire ce dangereux qui pourrait convaincre la masse de s’attaquer à nos privilèges. Nous, les bureaucrates et politiques nous le tenons bien ce pays et n’allons pas le lâcher.

    • 1 December 2011 à 18h33

      Mangouste1 dit

      S’il y avait une solution simple, on l’appliquerait. Et je ne suis pas sûr que les pays “bureaucratiques” s’en sortent plus mal que les autres dans la crise que l’on connaît – mais si quelqu’un d’un peu informé pouvait nous en dire plus à ce sujet, ce serait vraiment chic de sa part. 

      • 1 December 2011 à 18h42

        ACL dit

        Ce que je propose n’est pas simple ; c’est seulement la remise en cause de privilèges et cela a été fait dans de nombreux pays pour leur plus grand bénéfice.

  • 1 December 2011 à 18h06

    Mangouste1 dit

    Impat, 

    Des embauches qui sont souvent rendues inutiles en pressant le citron (pardon, les employés) à coups d’heures sup’ ou en sous-traitant à gogo à des entreprises qui paient leur propres gars, mal formés, au lance-pierre. Un bel exemple fut donné à dix kilomètres de chez moi par M Mittal, qui a finalement décidé, après avoir joué avec ses ouvriers et la Région Wallonne, de mettre fin aux festivités en délocalisant la ligne de production d’acier “à chaud”. Pas assez productive, justement. Le marché. Comme toujours. Les actionnaires à payer. Comme toujours.

     Alors je veux bien que l’on discute des détails, mais le déséquilibre dont parle Santi, entre la plupart des travailleurs d’un côté et, de l’autre, des actionnaires et quelques privilégiés occupant des postes intéressants, ce déséquilibre me crève effectivement les yeux.

  • 1 December 2011 à 17h57

    skyhigh dit

    Le problème n’est pas ce que pensait Marx et que je trouve pertinent, c’est la façon dont certains ont essayé de le traduire dans le réel avec les dommages collatéraux qui ont suivi.

  • 1 December 2011 à 17h45

    Impat1 dit

    …les entreprises “évitent les embauches afin de gonfler leurs profits”…

     Une vérité ainsi tronquée devient aussi absurde que mensongère. La vérité honnête eut été d’écrire “évitent les embauches en surnombre afin de gonfler leurs profits”.
    Car les “profits” viennent de l’activité (de production ou de services) donc de l’effectif donc des embauches…nécessaires.

     Jusqu’à l’effectif nécessaire, les embauches génèrent le profit. Au-delà, elles génèrent les pertes. 

    • 1 December 2011 à 17h49

      isa dit

      Ne parlons même pas du Droit du travail et des procédures de licenciement (dans les PME).