Pierric Guittaut: «La France d’aujourd’hui ressemble au Liban de 1973» | Causeur

Pierric Guittaut: «La France d’aujourd’hui ressemble au Liban de 1973»

Entretien exclusif

Auteur

Daoud Boughezala

Daoud Boughezala
est rédacteur en chef de Causeur.

Publié le 13 octobre 2016 / Culture Société

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Après avoir ausculté la banlieue ensauvagée dans Beyrouth-sur-Loire, le romancier Pierric Guittaut s'attaque au versant opposé de la France occultée: la campagne berrichonne, ses chasses communales, ses superstitions et ses rebouteux. Quand la Série Noire se met au vert, ça reste sombre...
pierric guittaut guerre civile banlieues

Pierric Guittaut, photo: Daoud Boughezala

Daoud Boughezala. Je t’ai découvert il y a quelques années avec Beyrouth-sur-Loire, dont l’action se déroule en banlieue. Toi qui vis au fin fond du Berry, comment connais-tu si bien les territoires perdus de la République ?

Pierric Guittaut. Je suis né et j’ai grandi à Melun, puis j’ai été « emploi jeune » dans les quartiers Nord de Bourges entre 1998 et 2003. J’y officiais à la fois comme journaliste de quartier pour la revue Vivre ici et en tant qu’animateur de suivi scolaire au sein de l’association culturelle maghrébine « El Qantara ». À la fin des années 1990, c’était la grande mode des voitures qui brûlaient. Même dans la banlieue de Bourges, le centre commercial y était passé. À l’époque de mon premier roman, je ne comprenais pas pourquoi si peu d’auteurs de polars en parlaient. J’ai alors appliqué un conseil de Stephen King : « Écrivez sur ce que vous connaissez. »

C’est l’embrasement des banlieues qui t’a donné envie d’écrire Beyrouth ?

Pendant les émeutes de novembre 2005, j’ai compris que cela dépassait la simple délinquance urbaine et qu’il y avait un problème de fond dans la société française, dont une fraction était entrée en sécession. Des bandes de villes différentes se reconnaissaient dans un mouvement national destructeur, où l’objectif était de tout cramer, y compris des structures à leur usage telles que des « points rencontre jeunesse » ou des médiathèques.

Une partie des jeunes de banlieue a dit : « On est des Français, mais pas des Français comme vous ! » On a vu écrit sur les murs : « Pas de mosquée dans le quartier, émeutes toute l’année ! » Évidemment, les médias ont expurgé tout ce qu’il y avait de communautaire, d’identitaire et de religieux dans ces soulèvements, pour en faire une sorte de révolte des damnés de la Terre. Ce n’était pourtant rien de moins qu’un phénomène de sécession identitaire et communautariste.

[...]

D’Ombres et de flammes, Pierric Guittaut, Gallimard Série noire, 2016.

  • causeur.#39.bd.couv

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    publié dans le Magazine Causeur n° 98 - Octobre 2016

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    • 18 Octobre 2016 à 20h35

      walkyrie dit

      Tant qu’on caressera les racailles dans le sens du poil, rien ne changera. Une racaille est une racaille et sa place n’est ni sur les médias, ni dans les locaux des psychologues, mais en taule, voire au bagne. Tout excuser c’est nier la responsabilité humaine, et partant, la liberté. L’assistanat social est une approbation colonialiste et esclavagiste. Ceux qui donnent aux associations plus ou moins bidons par ailleurs, se font en vérité complices desdits esclavagistes.

    • 15 Octobre 2016 à 9h55

      keg dit

      La France des banlieues est devenue libanisée…. C’est Beyrouth sur châtillon!

      A quand l’entrée en seine des milices shit?

      http://wp.me/p4Im0Q-1kv

    • 14 Octobre 2016 à 12h13

      Thalcave dit

      Article utile. J’ai acheté le “Beyrouth sur Loire” paru en 2010 pour mon kindle. Pour 4,99 €, ça vaut la peine. En comparant au livre de Thierry Jonquet, “Ils sont votre épouvante et vous êtes leur crainte”, paru en 2009 déjà éprouvant, on voit la rapide évolution des banlieues. S’il était encore en vie, Jonquet ne pourrait plus écrire un roman évoquant “leur crainte”. Comme le prouve la tentative d’assassinat de Viry-Châtillon, il n’y a plus de crainte. La police n’a pas les moyens matériels, financiers face aux trafiquants de drogue qui les surclassent. Ce n’est pas une question d’effectifs comme le bêlent les scribouilleurs de la presse bobo. C’est une question d’intelligence. Les américains, même ceux d’Obama ne pourchasse pas l’Etat islamique avec de grandes armées. Ils innovent, utilisent les ressources de la technologie. Que peuvent faire une poignée de policiers confinés dans 2 petites voitures à qui on a interdit d’user de leurs armes. C’est les envoyer à l’abattoir des sauvageons de Cazeneuve, la triste figure de l’impuissance d’un gouvernement de gauche élu grâce aux voix de la diversité. En mai dernier, un policier qui avait pu se dégager d’une voiture assaillie aux cocktails molotov, a été décoré et titularisé parce qu’il n’avait usé de son arme ni arrêté ses agresseurs qui courent encore! Après des années de Taubira et quoiqu’en ait dit Manuel Valls, les policiers ne sont pas armés juridiquement. Il faudrait les équiper de casques bleus. Avec Alain Juppé, le centriste ( le nouveau mantra de l’impuissance), on va perdre encore 5 ans. Quels polars écriront alors les rares auteurs qui s’aventurent dans ces jungles en 2020 et pas chez Gallimard qui préfère les lettres d’amour de Mitterand, écrites pour la postérité?

    • 13 Octobre 2016 à 20h02

      thierryV dit

      Au début ils nous ont dit : Le multi culturalisme ? Pouah ! C’est une tare des pays anglos saxons ! Regardez leur guerres de banlieues ! Nous c’est la république qui assimile . ET vas y donc !
      Combien nous ont bourré le mou ? Ils sont tous a mettre devant la machine a baffes . On va maintenant se coltiner les conséquences de la république a la française. Vous savez ? celle qui regardait le monde du haut de son école triomphante . Avec un Lang qui se traine de plateau en plateau pour nous resservir la soupe bobos de la réussite de l’école de la république . Pathétique.

    • 13 Octobre 2016 à 15h21

      Fioretto dit

      De toute façon la France va perdre encore 5 ans avec Alain Juppé et ensuite je pense qu’il sera trop tard objectivement.

      • 14 Octobre 2016 à 9h14

        petitzouzou dit

        tout a fait d’accord.

    • 13 Octobre 2016 à 14h33

      Sadim dit

      Oui ce monde se meure, la Grande Revolution Technologique qui vient va tout engloutir….

    • 13 Octobre 2016 à 14h24

      alain delon dit

      La photo a été prise quelques années avant que Jean Dujardin n’intègre le Cours Florent

    • 13 Octobre 2016 à 14h23

      persee dit

      Il existe un pays qui a compris la nécessité de ne pas laisser proliférer le nombre de musulmans et de veiller aux équilibres comme le lait sur le feu. C’est l’Inde , on pourrait s’en inspirer,car eux savent que dés que l’islam est en force , tous les autres groupes sont en danger et ils l’ont expérimenté.

    • 13 Octobre 2016 à 14h07

      Zinho dit

      Il y a 50 ans le Liban comptait 60% de chrétiens et 40% de musulmans et le pays du cèdre était une merveille. Aujourd’hui après une guerre civile et des dizaines de milliers de morts il y a 70% de musulmans et 30% de chrétiens et c’est l’enfer.