Pierre Péan n’est pas raciste ! | Causeur

Pierre Péan n’est pas raciste !

La fin lamentable de l’expédition africaine de Sos-Racisme

Auteur

Marc Cohen

Marc Cohen
est rédacteur en chef de Causeur.

Publié le 09 novembre 2008 / Médias

Nous apprenons avec soulagement que Pierre Péan et son éditeur Claude Durand viennent d’être relaxés par la 17e chambre du Tribunal correctionnel de Paris.
L’affaire que nous avions évoquée ici il y a un mois et portait sur Noires fureurs, blancs menteurs (Fayard, 2005), un livre écrit par l’enquêteur sur les massacres inter-ethniques rwandais était à la fois pénible et curieuse.

Pénible parce qu’il n’est jamais agréable de voir des gens aussi insoupçonnables que Péan et Durand traînés devant les tribunaux pour incitation à la haine raciale. La cour a balayé cette infamie d’une relaxe pure et simple (tout comme l’accusation conjointe de diffamation) et c’est très bien comme ça.

Mais l’affaire était aussi curieuse, et à plus d’un titre. C’est SOS-Racisme qui est à l’origine de la campagne anti-Péan, puis du procès qui s’en est suivi, constamment soutenue et relayée par l’UEJF, l’Union des Etudiants Juifs de France. On se serait attendu à ce que l’Etat rwandais, très attaché à réécrire de façon univoque l’histoire des massacres de 1994 et du rôle supposé de la France dans l’affaire, aurait été partie prenante au procès ou aurait au moins téléguidé, comme cela se fait couramment, une association croupion pour se faire représenter. Cela n’a pas été le cas ou, plutôt, c’est SOS qui tenait ce rôle.

Quant à l’UEJF, on a beau savoir qu’elle entretient des relations plus qu’étroites avec SOS-Racisme, et donc, de fait, avec certains dirigeants du PS, on se demande vraiment ce qu’elle allait faire dans cette aventure. Ou plutôt on se le demandait jusqu’au 2 septembre dernier, date à laquelle son ancien président Benjamin Abtan, s’est livré à un exercice particulièrement abject devant le tribunal. Nous sommes au deuxième jour du procès et Benjamin Abtan pense avoir trouvé l’arme absolue contre Péan et Durand. Il déclare avoir tenté de remplacer le mot “tutsi” par “juif” dans l’ouvrage de Pierre Péan, et n’avoir pu s’empêcher de faire le lien avec Mein Kampf. D’après l’AFP l’ancien président de l’UEJF, a par ailleurs affirmé avoir rencontré des rescapés des massacres rwandais qui étaient saisis de peur à l’évocation du nom de Pierre Péan, “une émotion qui dans les références qui sont les miennes ne peuvent que me rappeler l’effet du nom Faurisson sur les rescapés de la Shoah”.

Voilà donc à quoi servait l’UEJF dans ce dispositif : à exciper de sa raison sociale juive pour poser l’équation : Rwanda = Shoah, et donc Péan = négationniste = raciste. Partant de là, la cour savait ce qui lui restait à faire… On sait que le tribunal a préféré ramener ces accusations à de plus justes proportions, c’est-à-dire à néant.

N’empêche, ces procédés inqualifiables, de banalisation, d’instrumentalisation et quasiment de prostitution de la Shoah, en disent long sur la moralité de leurs auteurs et la bêtise ne saurait être une circonstance atténuante. Elles en disent long aussi sur la contre productivité absolue d’une certaine hystérie mémorielle et judiciaire, dont l’extinction n’est pas à l’ordre du jour. D’ailleurs, dans cette affaire, SOS-Racisme a annoncé son intention de faire appel. Une déclaration un rien imprudente, à mon avis, au vu du dossier, Dominique Sopo et ses amis feraient mieux d’en rester là, et c’est sûrement ce qu’ils feront, même s’ils affirment pour l’instant l’inverse.

Ce ne serait pas la première fois que SOS-Racisme fait l’exact contraire de ce qu’elle dit vouloir faire, comme le prouve amplement son seul nom…

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    La rédaction de commentaires est impossible pour cet article

    • 24 Novembre 2008 à 14h00

      Lucrèce dit

      Bravo, monsieur Cohen, pour cet article honnête et courageux.

    • 16 Novembre 2008 à 21h33

      Gisor dit

      J’adore la présentation que fait de lui-même notre plumitif : “De l’Autonomie ouvrière à Jalons, en passant par l’Idiot International, la Lettre Ecarlate et la Fondation du 2-Mars, Marc Cohen a traîné dans quelques-unes des conjurations les plus aimables de ces dernières années. On le voit souvent au Flore”

      Je m’étonne qu’il n’ait pas signalé la conjuration à laquelle il participe activement depuis longtemps : celle des imbéciles.

      Un autre éclairage sur l’affaire Péan ici : http://www.menapress.com/article.php?sid=2238

    • 15 Novembre 2008 à 16h42

      Mono dit

      Honte à vous Marc, vous avez choisi le mauvais camps, celui des génocidaires.

    • 11 Novembre 2008 à 11h43

      Pirée dit

      Monsieur Péan me semble plus journaliste qu’historien. J’entends par là qu’il travaille vite. Il n’aime ni les nobles, ni les bourgeois ni les Watoussi. Il aime les paysans et les Bahoutou. Il a compris Tonton, alias Dieu.

    • 10 Novembre 2008 à 19h54

      Philippe dit

      Merci à Marc Cohen pour cet article.
      Les quelques pages du livre “Noires fureurs, blancs menteurs” concernant mensonge et Tutsis sont maladroites, elles ne justifient cependant en aucun cas l’ignominie des attaques lancées contre Pierre Péan.
      Comme vous le dites fort justement, la bêtise de certains de ses détracteurs ne saurait être une circonstance atténuante.
      Si Pierre Péan est ainsi attaqué, c’est probablement que la thèse qu’il soutient dans son livre dérange le pouvoir en place à Kigali et ceux nombreux qui le soutiennent.
      Ce sont, selon le juge Brugyère, des mercenaires à la solde de Kagamé qui ont abattu le 6 avril 1994 l’avion qui transportait le président rwandais Juvémal Habyarimana. Cet assassinat a déclenché le génocide de 1994.
      Dans son livre, Pierre Péan démontre que ce génocide ne fut qu’un épisode d’une guerre civile ignorée voulue depuis octobre 1990. Kagamé était prêt à tout pour conquérir le pouvoir à Kigali, y compris à laisser massacrer les Toutsis de l’intérieur qui lui étaient majoritairement hostiles.
      Pour Pierre Péan, Kagamé est probablement le plus grand criminel de guerre encore en activité.
      A ma connaissance, à ce jour, aucun élément crédible n’est venu infirmer ce qui est développé dans le livre de Pierre Péan, c’est même plutôt le contraire qui s’est produit.
      En s’attaquant à Pierre Péan, ses détracteurs se trompent de cible. Ils commettent une faute d’autant plus lourde que leur action contribue à brouiller les cartes à un moment où les tueries dans la région des Grands Lacs pour contrôler le Kivu redoublent d’intensité. Kagamé est derrière, il a montré qu’il n’est pas à un massacre prêt.

    • 10 Novembre 2008 à 17h20

      Chris du Fier dit

      SK… Désolé, mais Péan n’ est ni mon ami ni mon ennemi….

      Mais comme il se veut comme un homme publique, la liberté permet (encore) à ce qu’un lambda comme quoi récuse ses affirmations très, très litigieuses d’ historien-enquêteur très, très politisé….

      Je me fiche royalement qui des Tutsis ou des Hutus avaient raison de génocider les uns d’ abord, les autres ensuite (voir informations de ce jour), mais je me suis toujours méfié de ce type qui a voulu réécrire l’ histoire récente du Liban et moins récente de l’ Algérie en vouant aux gémonies tout ce qui ne se pliait pas à la pensée socialiste et mittérandienne de l’ époque.

      Désolé, mais pour moi, votre Péan n’est ni un enquêteur et encore moins un historien.. Il n’est qu’un chroniqueur très orienté.

      Maintenant, à chacun ses goûts; Nous n’ avons pas les mêmes. Tant mieux.. sinon, on s’ emm…rait royalement sur cette terre.

    • 10 Novembre 2008 à 12h04

      SK dit

      @Chris du Fier : Péan n’est pas votre ami, alors, tant mieux pour lui, même s’il est poursuivi par la hargne des ennemis de la liberté qui sont eux-même vos ennemis, c’est cela ? Vous pourriez vous réjouir que Péan découvre les nouveaux ayatollahs en effet, mais vous êtes un peu dans la position( toute proportion gardée) de l’aristocrate conservateur pendant la Terreur qui se réjouirait qu’on décapite les bourgeois libéraux : cela n’annonce rien de bon.