Causeur salue Pierre Étaix | Causeur

Causeur salue Pierre Étaix

Hommage au cinéaste disparu le 14 octobre.

Auteur

Patrick Mandon

Patrick Mandon
est éditeur et traducteur.

Publié le 03 novembre 2016 / Culture

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Pierre Etaix, RODOLPHE ESCHER/JDD/SIPA Numéro de reportage : 00599685_000003

Pierre Étaix aura donc accordé son dernier entretien à Causeur, paru dans notre numéro double de juillet-août (Pierre Etaix, le grand cirque de ma vie). À cette occasion, j’ai passé un après-midi mémorable dans la compagnie d’un homme, que j’admirais depuis l’enfance, lorsque m’était apparu sur l’écran d’un cinéma son visage très pâle, parfaitement découpé, d’une beauté étrange, entre Belle-Époque et futurisme.
Nous devions nous retrouver en automne, pour parler de ses projets. Le 14 octobre, il succombait à une embolie pulmonaire. Il allait avoir 88 ans. En Amérique, l’annonce de son décès a provoqué une vive émotion dans le milieu du cinéma : le « French slapstick director and actor » y était très estimé. Il est vrai que Pierre Étaix, à une époque où leurs noms et leurs films s’estompaient quelque peu dans la mémoire des américains, vantait le génie de Buster Keaton, de Charlie Chaplin, de Laurel et Hardy, de Harold Lloyd. Dans le même temps, il rappelait au souvenir des français leur talentueux compatriote, Max Linder.
Il était fêté, attendu aux quatre coins du monde. Malgré cela, aux louanges qu’on lui adressait, il opposait un scepticisme amusé : il jugeait avec une sévérité excessive chacun de ses films, et c’est avec la plus grande réserve qu’il consentait à trouver réussies une ou deux scènes… Sa modestie n’était pas feinte ; il portait en lui une sorte d’idéal artistique, qui l’entraînait à concevoir une inaccessible perfection. Illustrateur remarquable, dessinateur, peintre, musicien, scénariste, metteur en scène, comédien, dramaturge, écrivain, il plaçait au-dessus de tout l’art du clown.
Pierre Étaix, artisan raffiné, inventa un monde presque silencieux, paisible en apparence, mais rapidement menacé par des individus grotesques, agressifs, et par des objets d’apparence banale, qui refusent d’assumer la tâche à laquelle ils sont destinés.
Causeur salue Pierre Étaix, horloger ironique, enchanteur contrariant, artiste accompli.

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    • 6 Novembre 2016 à 0h44

      Lector dit

      ah ouais j’oubliais, pas le droit à 2 liens ; pfff

      un pastiche de Murnau

      https://www.youtube.com/watch?v=F0uUXXbjquY

    • 5 Novembre 2016 à 12h05

      ReCH77 dit

      Au début des années 70, un professeur de français, cinéphile ardent, organise un cycle Pierre Étaix pour le ciné-club de mon collège. Avec d’autres godelureaux épatés, je découvre ses premiers films : “Tant qu’on a la santé”, “Yoyo” et “Le Soupirant”. C’est une révélation.
      https://www.youtube.com/watch?v=NZrC39UR7C8
      Au revoir et merci Monsieur Étaix.

    • 4 Novembre 2016 à 8h17

      L'Ours dit

      Pol de Caroitte,
      merci pour toutes ces précisions, je ne savais pas que le film était une adaptation d’un livre pour enfants.
      Le film reste pour moi un chef d’oeuvre.
      Et je souscris à la dénonciation du nombrilisme hollywoodien ainsi qu’au surestimation des films français qui se veulent “intellos, ou pire socio-intellos”, à quelques rares exceptions près (trop belle pour toi, par exemple).

    • 4 Novembre 2016 à 0h35

      Patrick Mandon dit

      Oui, Pierre Étaix fut un grand créateur, et vous avez parfaitement identifié, les uns et les autres, ce qui fonde son art, à nul autre pareil, même s’il peut revendiquer une prestigieuse ascendance. Soyez remerciés d’apporter votre propre contribution, faite d’analyses et de souvenirs, à l’hommage que Causeur lui rend ici. Mais quelque chose me dit que nous aurons dans quelque temps l’occasion de reparler de ce grand monsieur.
      À propos de ce que dit L’Ours (3 Novembre 2016 à 17h34) : “the artist” est un divertissement de bonne qualité, quant à Hugo Cabret, si j’ai été sensible à l’histoire, je ne suis pas parvenu à me débarrasser de la méfiance, voir de l’irritation que suscitent chez moi, depuis longtemps déjà, les productions de Scorsese. Le dernier excellent film du grand Martin S. fut Casino, mais après ? Je n’ai vu que célébration stylisée jusqu’au ridicule de la violence, du goût du lucre, et, d’une manière générale, de l’American way of life dans ce qu’il a de plus obsessionnel et de plus simpliste. Enfin, encore une chose à mettre au crédit de Cabret (mais l’idée se trouve dans l’histoire originale) : l’évocation d’une autre personnalité à l’origine du cinématographe, l’immense Georges Mélies !

      • 7 Novembre 2016 à 20h35

        ReCH77 dit

        J’ai revu “Le Soupirant”. Quel bonheur ! Tous les “passeurs” de ma jeunesse disparaissent. Je sais que c’est inéluctable mais chaque annonce du décès d’un maître, grand ou plus petit, me plonge dans une tristesse morose. Qui sont les maîtres aujourd’hui ? Quel créateur pourra revendiquer mon fils de 15 ans dans une dizaine d’années ? 

    • 4 Novembre 2016 à 0h04

      Pol de Caroitte dit

      Pierre Etaix a été l’un des plus grands du cinéma français, c’est à dire qu’il était plus grand que bien des gloires surfaites que l’on encense. Et pourtant le nombre de ses films est fort modeste, autant que ceux de Jacques Tati avec lequel il collabora. Les comédiens qu’on y voyait, chez l’un comme chez l’autre, n’étaient pas non plus des vedettes célébrées mais cela n’amoindrissait en rien la qualité de ces réalisations.

      Pierre Etaix était d’une très grande élégance, dans son jeu et dans ses réalisations, comme dans son allure. Il n’était pas sans ressemblances avec le dandy Max Linder. Mais il brillait aussi par sa modestie et sa discrétion.

      Il y a cinq ans, dans un festival sans tape-à-l’œil, je l’avais vu d’assez près, du troisième rang où j’étais. Malgré son âge c’était le plus jeune de toute la salle. Son sourire étonnait : il paraissait fendu presque jusqu’aux oreilles, comme celui des clowns, comme celui de l’affiche de Yoyo qu’il avait dessinée. Venu par TGV et arrivé pendant la séance, il n’était pas, comme on l’avait annoncé, un peu fatigué mais au contraire d’une fraîcheur et d’une vivacité d’esprit surprenantes.

      Lors de cette séance le film Yoyo fut projeté : un des chefs-d’œuvre du cinéma français. L’alliance de l’humour et de la poésie, mais l’humour n’est-il pas une forme de poésie ? Ce film est d’une grande beauté formelle, je l’avais vu des dizaines d’années auparavant et j’en avais gardé des souvenirs fidèles. La salle était conquise.

      • 4 Novembre 2016 à 0h14

        Pol de Caroitte dit

        P.-S. : The artist n’est pas sans rapport avec Yoyo. Michel Hazanavicius n’aurait-il pas adressé là un hommage aussi bien à Max Linder et à Pierre Etaix qu’au cinéma muet américain ?

        • 4 Novembre 2016 à 0h20

          Pol de Caroitte dit

          2e P.-S. : sachant que Yoyo de Pierre Etaix peut-être vu comme un hommage à Max Linder. La milliardaire de Yoyo ressemblait beaucoup au personnage de Max Linder, un dandy en queue de pie et chapeau haut de forme.

    • 3 Novembre 2016 à 18h06

      Villaterne dit

      « Pour faire pleurer les gens vous devez pleurer vous-même. Si voulez les faire rire vous devez garder un visage sérieux » écrivait Casanova.
      Il y avait du pierrot lunaire chez Etaix. Un peu comme chez keaton et Laurel. Comment ne pas aimer cet homme dont la modestie était inversement proportionnelle à ses innombrables talents. Et la modestie devenant si peu courante, cela en faisait un être rare.
      L’humour c’est l’écume de l’intelligence. Un imbécile n’a pas d’humour, il est semblable à une mer d’huile. Etaix était un homme intelligent.
      Selon Jules Renard nous devons rire ici-bas car nous ne le pourrons ni au purgatoire ni en enfer et au paradis cela ne serait pas convenable.
      Merci donc Pierre Etaix de nous avoir fait rire. Il est bien que Causeur le salue. J’eusse été fort marri qu’il ne le fasse pas.
      Merci cher Patrick

      • 3 Novembre 2016 à 22h43

        saintex dit

        Je peux mettre mon nom en bas, Villaterne ?

        • 4 Novembre 2016 à 8h26

          Villaterne dit

          Les cosignataires sont les bienvenus l’ami !

      • 5 Novembre 2016 à 11h59

        Habemousse dit

        Bon, alors j’en suis.

        • 6 Novembre 2016 à 10h03

          Hannibal-lecteur dit

          :-)))).          +++++!

    • 3 Novembre 2016 à 17h34

      L'Ours dit

      “En Amérique, l’annonce de son décès a provoqué une vive émotion dans le milieu du cinéma”
      On remarquera tout de même qu’en 2012 Hollywood a préféré récompensé un (bon) film français, “the artist” qui faisait l’éloge des débuts du cinéma américain plutôt qu’un film américain nettement supérieur (et même pour moi un chef d’oeuvre): “Hugo Cabret” qui faisait l’éloge d’un immense réalisateur des débuts du cinéma français.

      • 3 Novembre 2016 à 23h03

        Pol de Caroitte dit

        Les Américains, pour l’Oscar du meilleur film étranger, ne s’intéressent souvent qu’à ce qui évoque les USA. L’étranger ne les intéresse guère. Ainsi ils ont récompensé Indochine de Régis Wargnier parce qu’il leur remémorait leur propre guerre au Vietnam.

        Pour The artist, qui célèbre le cinéma muet et burlesque américain, ils se sont montrés tout autant intéressés.

        Mais le film Entre les murs, montrant la vie dans un lycée de la banlieue parisienne, ne pouvait pas intéresser aux USA. Il fallait la suffisance et la prétention du milieu français du cinéma pour s’attendre à un Oscar. Et ce film bien ordinaire n’a rien obtenu.

        Le film Hugo Cabret, de Scorcese, est en réalité l’adaptation d’un livre pour enfants, L’Invention de Hugo Cabret, écrit et illustré par Brian Selznick. Cet auteur n’est nullement cinéaste — même si son grand-père fut cousin du producteur Hollywwodien David O. Selznick ça ne compte pour rien. Ce livre est splendidement illustré, au crayon en noir et blanc. Les dessins sont d’une très grande qualité, même si on trouve d’autres auteurs montrant plus de virtuosité, ce qui n’ajoute pas grand chose. Selznick a reçu la Médaille Caldecott qui récompense l’illustrateur du meilleur livre pour enfant américain de l’année.

        Scorcese n’est donc pas le créateur de cette histoire, mais seulement l’adaptateur. Et l’intrigue se déroule à Paris, cela ne pouvait donc pas captiver les Américains autant que le film The artist, qui se passe à Hollywood.

        Sur Google, en faisant une recherche sur “L’Invention de Hugo Cabret”, on accède aux dessins de Brian Selznick. Un régal !

        • 3 Novembre 2016 à 23h18

          Pol de Caroitte dit

          Correction : Entre les murs se déroule dans un collège et non pas un lycée.

          Par ailleurs The artist a obtenu de très nombreuses récompenses, dont l’Oscar de la meilleure musique de film, pour Ludovic Bource. C’est un des gros problèmes du cinéma actuel : le manque de musiques originales, souvent remplacées par une compilation d’œuvres déjà existantes. Quand on entend les mélodies, par exemple, du Troisième homme, de 8 et demi, de Psychose ou de Taxi driver, on se remémore instantanément le film qu’elles accompagnent. Mais pour les compilations on ne se souvient de rien.

          Entre les murs a obtenu la Palme d’or à Cannes, mais pas The artist, cherchez l’erreur…

          https://fr.wikipedia.org/wiki/Liste_des_distinctions_de_The_Artist