Peut-on rire de rien ?
Roger-Pol Droit, “philosophe et homme d’esprit” : deux raisons de rigoler
Publié le 24 mars 2008 à 21:29 dans Culture
Mots-clés : Livres, Philosophie, Roger-Pol Droit
Le “rire de résistance”, vous connaissez ? Non, ça ne date pas de l’occupation allemande, mais d’aujourd’hui. Plus précisément, d’un cycle de conférences organisé par Jean-Michel Ribes (d’ordinaire mieux inspiré) en son théâtre du Rond-Point. En tout, une vingtaine d’exposés pieusement relayés par France Culture, qui n’en rate pas une !
Mais alors, dira-t-on, “résistance” à quoi? Une fois de plus, ce sont les Inrocks qui m’ont éclairé : nous avons, à ce qu’il paraît, un “devoir de résistance politique (…) contre l’époque sarkozyste (…) par la subversion de nos rires”. Rien que ça !
Mais quels rires, au fait ? A vrai dire, on n’en a guère entendu durant la conférence de Roger-Pol Droit, “philosophe et homme d’esprit” comme le présentait (sans rire) l’animateur.
Faire croire aux lecteurs du Monde, auquel il collabore, que ce Roger-Pol là est un philosophe, passe encore ; après tout, ils croient bien lire un “grand quotidien de référence”… Mais le faire passer pour un “homme d’esprit”, c’est à la limite de la diffamation !
Toujours est-il que notre ami a choisi, pour accomplir son “devoir de résistance”, de s ‘en prendre à… Staline, à l’occasion du 55ème anniversaire de sa mort. On n’est pas plus audacieux.
Circonstance aggravante, notre Mondain avait imprudemment choisi pour arme le deuxième degré, qu’il manie avec une rare balourdise – crachant alternativement une ironie de plomb et des jeux de mots laids, qui à coup sûr seraient refusés aux “Grosses Têtes” ! Me croirez-vous, le ressort comique de cet interminable one-intello-show, c’est d’appeler Staline… le “GPS” !
Ravi de sa trouvaille, R.-P.D. va la décliner trente minutes durant, du “Grand Penseur Staline” au “Guide Parfait des Soviets” en passant par le “Gourou Prolétarien Systématique”. A ce niveau d’à-peu près foireux et de nullité facile, on se croirait sur Rire et Chansons… Et encore, en écrivant ça, je risque le procès (avec la station).
Soudain, R.-P.D. nous informe qu’il a cessé de plaisanter pour causer sérieux. Une précision bien utile au demeurant, puisqu’on rit au moins autant qu’avant ! Que dis-je, on rit beaucoup plus quand, par exemple, au lieu de ses vannes à deux kopeks, l’orateur cite des blagues de prisonniers du Goulag qui savaient, eux, de quoi ils plaisantaient !
– Combien tu as pris ?
– Moi, 20 ans !
– Pourquoi ?
– Pour rien !
– Menteur ! Pour rien, c’est 10 ans !
Mais on ne peut s’empêcher de sourire aussi quand notre humoriste enfile son costume de “Grande Conscience » pour clamer : “Staline a trompé l’espérance ! Il a mué le socialisme en dictature !” Les nouvelles vont vite, chez RPD…
Pour sa conclusion, l’homme d’esprit a choisi de re-redevenir drôle. Je ne peux que citer : “Merci, camarade Staline, d’avoir montré jusqu’où peut se porter la bêtise, même chez les savants et les philosophes…” Mais si ça se trouve, on en a eu d’autres exemples depuis, n’est-ce pas Roger-Pol ?
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L'auteur
Basile de Koch est chroniqueur des nuits parisiennes à "Voici" et du PAF à "Valeurs actuelles". Il est aussi essayiste à 16h.
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Toto dit
“Merci, camarade Staline, d’avoir montré jusqu’où peut se porter la bêtise, même chez les savants et les philosophes…”