Petrella : les pleureuses ont raison
Par pitié, qu’on cesse de ternir mes doux souvenirs des années de plomb
Publié le 30 juillet 2008 à 18:41 dans Société
Les arguments de Luc Rosenzweig en faveur de l’extradition de Marina Petrella sont plus que recevables, ils sont imparables. La douleur des familles de victimes n’a pas à être négligée et l’Italie, serait-ce celle du méchant Berlusconi, est un Etat de droit avec lequel nous avons signé toutes sortes de conventions bilatérales qui appellent ce type de dénouement. Ce n’est pas la même chose d’extrader une ex-brigadiste vers Rome qu’un illégaliste kurde vers Ankara. Jusque-là donc, je ne peux qu’être d’accord avec Luc et aussi avec Gil, Nina, Ludo et bien d’autres commentateurs : ils ont le droit de leur côté et ledit droit ne se divise pas – le causeur Klima est fort avisé de rappeler l’acharnement nonagénairicide de la gauche morale dans l’affaire Papon.
De plus, les pleurnicheries qui tiennent lieu d’argumentaires à maints défenseurs de Petrella sont consternantes. Pour tout dire, ces suppliques sont esthétiquement insupportables à tous les joyeux lascars de l’Autonomie ouvrière qui, comme moi, ne regrettent pas d’avoir crié dans leur jeunesse, à la fin des seventies des slogans enjoués mais tranchants du genre “Ni trop tôt, ni trop tard, nitroglycérine”, “Contre la vie chère, contre le chômage : vol, pillage et sabotage”, ou encore “Oui, Baader était un camarade !” (il y avait une variante avec Mercader en cas d’agression délibérée contre le S.O. de la Ligue).
Depuis ces temps bénis de ma jeunesse, j’ai beau être passé de la cagoule à la cravate Charvet et du cocktail Molotov au Daïquiri, procédant au passage à quelques aggiornamento idéologiques, c’est bien triste de retrouver trente ans plus tard le “camarade P38″ métamorphosé en bigote social-démocrate, comme si le temps qui passe et ma (relative) déchéance physique subséquente ne suffisaient pas à alimenter mon agacement. Je ne vous parle même pas des rappels incessants faits par les défenseurs de Petrella de sa condition de mère de famille, son dévouement inlassable de travailleuse sociale, son état dépressif – on attend incessamment que son comité de soutien excipe de son statut d’abonnée à Télérama ou de donatrice au Téléthon. Le travail, le social, la famille, les certificats médicaux, l’appel la mansuétude des juges : tout ça pour ça ?
Décidément ces repentis sont une calamité pour ceux qui, plutôt que de battre leur coulpe ad nauseam, se sont contentés de vieillir et de changer d’avis – mais ça, je l’avais déjà compris en essayant de lire les œuvres de vieillesse de Toni Negri. A tout prendre, les charlots décérébrés et anarchisants d’Action Directe (que, par purisme marxiste-léniniste, nous méprisions copieusement à l’époque, contrairement aux brigadistes ou à la RAF), ont eu infiniment plus de dignité du fond de leur cellule, refusant jusqu’au bout de monnayer des excuses aux familles de victimes en échange de leur conditionnelle et n’exigeant, pour leurs libérations, que la stricte application des textes en vigueur.
Tout ça pour dire, donc, que les arguments de Rosenzweig sont percutants autant que les libelles petrellistes sont gluants. N’empêche, on bute sur un truc, et de taille : l’honneur de la France. La parole donnée par François Mitterrand aux brigadistes en préretraite était probablement inopportune, régalienne, illégale et même (faute d’avoir été étendue aussi aux rangés des voitures d’extrême droite) inéquitable. So what ? C’est la parole de la France. Les Italiens – y compris les degauches – sont fous de rage, expliquent que la fiche Interpol de Marina est longue comme un jour sans gressin, que notre pays viole depuis quinze ans les règles du droit international : ils ont raison, mais qu’est-ce qu’on s’en fiche ? De toute façon, on était déjà fâché à mort avec eux à cause du coup de tête de Zidane et du rachat d’Alitalia. Et à part ça, d’où par où, comme dit ma maman, serions-nous tenus d’être en accord sur tout avec tout le monde, quel impératif catégorique pourrait-il nous empêcher de respecter notre parole quitte à bafouer allègrement le droit international ? Le droit international, il faut le respecter, sauf quand il faut le violer. Certaines nations, moins empotées que la moyenne, on su le faire à bon escient, de Guantanamo à Entebbe en passant par l’Abkhazie : à défaut d’être les plus aimés, ce ne sont pas les Etats les moins respectés, on les écoute quand ils parlent.
La France, elle, ne fera respecter sa parole qu’en respectant sa parole : désormais dépourvus ou presque d’industrie lourde, de forces armées et de rayonnement culturel, il ne nous reste plus grand chose, fors l’honneur.
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L'auteur
Marc Cohen est rédacteur en chef brèves de Causeur.
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nuage dit
Finalement ça ne vaux pas la peine de parler avec vous.
Restez donc dans vos certitudes.
«Contre la stupidité, les dieux eux mêmes luttent en vain »
PHIL dit
AU VRAI CHIC TERRORISTE
Soutenons Battisti, Petrella, Rouillan etc…
(Les groupies de l’ultra violence « de gôche »)
Après tout, cette Fred Vargas qui soutient Battisti doit être vraiment pleine aux as. C’est donc un petit valet (pardon une petite bobonne) du capitalisme de l’écœurante édition bourgeoise parisienne. Demain elle doit être abattue par nos camarades militants terroristes. Qu’on la jambise, qu’on l’élimine ! Sale traitresse! Bourgeoise anti prolétaire qui endort les masses avec ses polars à la noix pour les empêcher de se révolutionner. Vive le terrorisme ! A bas le polar pour bobos oppresseurs des gentilles masses prolétariennes ! Tuons-la et puis nous déposerons les armes pour couler une fin de vie tranquille chez les ritals. On nous pardonnera fastoche vu qu’on commet des crimes de « gôche », les bobos impuissants se pâmeront devant nos crimes tout en hurlant au fascisme au moindre petit contrôle d’identité.
Ah Fred Vargas… Elle est comme Libé et ses bobos gaucho antisémites alterdiodonnisés de l’esprit : un meurtrier ou une meurtrière terroriste et c’est l’orgasme. A chacun ses SS après tout. On a les héros que l’on mérite.
Alexis Trezier dit
La comparaison entre l’amnistie des gens de l’OAS et la protection accordée aux brigadistes italiens ne me semble pas pertinente : les crimes de l’OAS concernent directement la France alors que c’est l’Italie qui est en cause dans le second cas. Au nom de quoi la France déciderait-elle que des terroristes condamnés par des tribunaux italiens dans le cadre de procès équitables ne doivent pas purger leurs peines pour des crimes commis sur le sol italien ? On peut disposer de sa mémoire mais pas de celle des autres et il y a beaucoup de condescendance et de mépris pour la démocratie italienne dans l’attitude des défenseurs français de Battisti et Petrella. Précisons au passage que l’extradiction des brigadistes est réclamée autant par la droite berlusconienne que par la quasi totalité de la gauche italienne. Je conseille sur toutes ces questions la lecture du très bon livre de Guillaume Perrault “Génération Battisti” (Plon).
Pascal dit
@ Nuage,
Vous accusez les autres “d’ignorance”,de “mensonge”,de moraline et vous nous la jouez “modeste” pour finir.
Donnez vous la peine de lire:Marcel Meyer et Gil Mihaely vous ont répondu,il me semble.
Dois-je en conclure que votre ignorance n’a d’égale que votre arrogance?
L’OURS dit
Marc Cohen,
merci d’avoir rectifié.
Au demeurant, j’avais employé les termes : “je crois…”
J’ai lu les verbatim que vous avez mis en lien. Extraordinaire! Du Mitterrand pur jus!
On trouve tout et son absolu contraire en peu de phrases! Ce n’est même plus un subtile et détestable sophisme, c’est tout bonnement de la contradiction.
On trouve par exemple:
“…Tout crime de sang sur lequel on nous demande justice – de quelque pays que ce soit et particulièrement l’Italie – justifie l’extradition dès lors que la justice française en décide.
Tout crime de complicité évidente dans les affaires de sang doit aboutir aux mêmes conclusions”
et plus loin:
Ils posent un problème particulier sur lequel j’ai déjà dit qu’en dehors de l’évidence – qui n’a pas été apportée – d’une participation directe à des crimes de sang, ils ne seront pas extradés…”
Il reste donc à savoir:
La justice italienne est-elle si méprisable pour ne pas accepter ses demandes?
Que dit – si elle dit quelque chose – la justice française?
nuage dit
@Gil Mihaely
Démarche administrative, certes, mais c’est pas rien !
Le pardon est une chose, l’amnistie et la reconstitution de carrière une autre.
Je vois ici que l’on refuse le pardon aux terroristes italiens. C’est un point de vue que je respecte.
Mais, aux terroristes de l’OAS, M.Mitterand a donné beaucoup plus.
La reconstitution de carrière signifie qu’on les paye pour leurs «années de plomb».
Et que l’on a pas le droit de citer des noms en face des crimes commis.
Il me semble donc, au minimum, odieux d’insinuer que M. Mitterand a eu un favoritisme pour l’extrême gauche, comme l’insinue M. Cohen.
Et son pardon est effectivement allé de l’extrême droite à l’extrême gauche.
Je pense qu’il a eu raison : la vengeance prônée par les parents des victimes, et quelques professionnels du genre, ne mène pas à grand chose.
À mon avis du moins.
Mais si il a eu tort, au moins, ne l’accusez pas de partialité.
Bien qu’a mon avis, non étayé, c’est juste une impression, il ait plus fait, dans le pardon, pour l’extrême droite que pour l’extrême gauche.
Gilbert dit
Il faut rendre hommage au courage politique de François Mitterrand d’avoir pris cette décision, mais aussi à son courage personnel : il savait pertinemment ce qu’était le terrorisme, lui qui avait été victime d’un attentat contre sa personne en octobre 1959. Eh bien, il a pris sur lui pour pardonner. Chapeau bas, François Mitterrand.
nuage dit
@Marcel Meyer
Non, l’amnistie complète a été décidé par M. Mitterand,
Je me souviens encore nettement de polémique sur ce thème avec une amie dont le père, militaire, avait-été condamné pour refus d’obéissance (il avait refusé de massacrer quelques bougnoules), et n’avait pas eu droit à l’amnistie.
Attention de ne pas confondre amnistie et abandon des poursuites.
Dans le même genre on peut constater que ce n’est pas les gouvernements de «gauche» qui ont poursuivi M. Papon. Et que, on le lui a assez reproché, M. Mitterand a protégé Bousquet (encore un homme de gauche sans doute).
Gil Mihaely dit
@Nuage:
J’ajoute à ce que sit Marcel Meyer que par trois demarches (le décret du 22/3/1963 et lois du 23/12/1964, 17/6/1966, 31/7/1968 et 16/71974) les condamnations prononcées pendant ou après la guerre d’Algérie, sans exception, ont été annulées. ce qui restait à à Mitterrand était de faire une revision de carrière, une demarche essentiellement administrative.
Marcel Meyer dit
A « Nuage » :
Ce n’est pas François Mitterand qui a amnistié « les tueurs de l’OAS et tous les tortionnaires militaires de la guerre d ‘Algérie », c’est le Parlement français qui a adopté, le 31 juillet 1968, soit treize ans avant l’élection de Mitterand, une loi portant amnistie de l’ensemble des crimes commis pendant la guerre d’Algérie (tous bords confondus).
nuage dit
Une citation de l’article :
«faute d’avoir été étendue aussi aux rangés des voitures d’extrême droite»
C’est du mensonge ou, plus vraisemblablement, de l’ignorance.
M. Mitterrand a amnistié les tueurs de l’OAS et tous les tortionnaires militaires de la guerre d ‘Algérie (et on ne peut pas dire que c’est l’extrême gauche)
Je suis stupéfait que personne n’ai réagit plus tôt à cette erreur.
Avant d’avancer des faits essayer de les vérifier, même si il ne cadrent pas avec vos idéologies.
En tout état de cause je ne me fait guère d’illusions sur l’effet d’un message perdu dans une discussion où la moraline coule à flot.
Mais si l’auteur me lit et qu’il peut rectifier …
Marcel Meyer dit
Merci d’avoir répondu avec soin à mon interrogation, Cher Marc Cohen.
Je me souviens, maintenant que vous en parlez, de cet article de Robert Solé, journaliste irréprochable en effet et dont on s’étonne qu’il parvienne à rester au Monde, comme quelques rares autres, Luc Bronner ou encore Stephen Smith (mais ce dernier y est-il encore ?).
Lisant les textes pour lesquels vous avez si obligeamment fourni le lien, je retiens tout de même surtout que Mitterand affirmait que la justice française devait pouvoir décider l’extradition en cas de crime de sang :
« ils ne seront extradés que s’il est démontré qu’ils ont commis des crimes de sang. (…) si la justice française donne un avis positif, alors nous accepterons l’extradition. »
et aussi :
«Tout crime de sang sur lequel on nous demande justice – de quelque pays que ce soit et particulièrement l’Italie – justifie l’extradition dès lors que la justice française en décide. »
La parole de la France – une notion qui devrait nous être chère au-delà de tous les clivages politiques et dont la comparaison avec la mentalité maffieuse me paraît aussi sotte qu’injurieuse – ne semble donc pas vraiment engagée dans le cas Petrella puisque cette femme, ai-je lu, n’a jamais contesté les crimes pour lesquels elle a été condamnée. Cela dit, si on l’avait oubliée, cela ne m’aurait pas empêché de dormir.
Paul dit
Si c’est comme ça, je tiens à dire que M. Mitterrand n’est pas le bienvenu en Italie.
Marc Cohen dit
Cher Marcel Meyer
Je voudrais bien répondre de façon tranchée à votre question sur la «doctrine Mitterrand», comme le font abondamment, ces jours-ci , les plus embouchés des pro et des anti-Petrella. Pour ceux-ci et ceux-là le copier/coller est une preuve absolue, on va donc essayer d’être plus précautionneux, ce qui ne sera pas très difficile. Dès le déclenchement de l’affaire Battisti, en 2004, l’insoupçonnable médiateur du Monde, Robert Solé s’était posé la même question . Voilà sa réponse : « il y en a deux… l’une excluant les crimes de sang, l’autre n’en parlant plus »
Si on se réfère aux textes et aux verbatim sur la question publiés par l’Institut François Mitterrand, regroupés ici,
http://www.mitterrand.org/La-France-l-Italie-face-a-la.html
il semblerait même qu’il y a en trois, ou quatre, en tenant compte du caractère « direct » ou non de la participation au crimes de sang, et de l’ancienneté de ceux-ci ( avant 1981 ? avant 1986 ?) . Plutôt que de vous asséner une réponse, je préfère donc vous laisser vous faire une opinion. Néanmoins, la mienne est faite : ces textes étant manifestement flous et parfois contradictoires, le doute doit bénéficier aux accusés. Quand François Mitterrand dit à Bettino Craxi le 22 février 1985 « Ils sont de l’ordre de 300 environ – plus d’une centaine était déjà là avant 1981 – qui ont d’une façon évidente rompu avec le terrorisme. Même s’ils se sont rendus coupables auparavant, ce qui dans de nombreux cas est probable, ils ont été reçus en France, ils n’ont pas été extradés, ils se sont imbriqués dans la société française, ils y vivent et se sont très souvent mariés. Ils vivent en tous cas avec la famille qu’ils ont choisie, ils exercent des métiers, la plupart ont demandé la naturalisation. Ils posent un problème particulier sur lequel j’ai déjà dit qu’en dehors de l’évidence – qui n’a pas été apportée – d’une participation directe à des crimes de sang, ils ne seront pas extradés »
Le président de la République parle bien là d’ex-terroristes, donc de gens qui ont commis des crimes de sang. Et il ne considère manifestement pas que leur seule condamnation en Italie vaille preuve , ce qui est de bon sens compte tenu des remises de peine ou de l’impunité accordées aux « repentis » qui chargeaient leurs ex-collègues de travail.
Je serai enchanté de lire votre interprétation de ces textes.
Cordialement,
Marc
PS : il va de soi que François Mitterrand, même ivre mort, n’a jamais offert le droit asile à ces ex « à condition qu’ils ne commettent aucun crime de sang en France, une fois accueillis » comme on le lit ça et là . Il le conditionnait à l’absence d’activités souterraines maintenues en Italie…