Pétanque à Kandahar
Anne Nivat sort du brouillard notre guerre en Afghanistan
Publié le 04 novembre 2011 à 14:27 dans Monde
Mots-clés : Afghanistan, Anne Nivat, Kandahar, Les brouillards de la guerre

Province de Kandahar. Photo : lafrancevi.
Voilà que vient de paraître un livre de plus, que vous ne lirez sans doute jamais, sur la guerre en Afghanistan : Les brouillards de la guerre. Dernière mission en Afghanistan. Vous ne le lirez pas parce que la guerre en Afghanistan ne vous intéresse pas. Faisant preuve d’une grande lucidité, son auteur, Anne Nivat, remarque : « Tout conflit qui dure finit par lasser et on préfère finalement l’oublier ». En effet, hormis une brève période de « grâce médiatique » à son déclenchement à l’automne 2001, la guerre en Afghanistan avait presque réussi à se faire oublier. Jusqu’au 18 août 2008 au moins, date à laquelle une section de parachutistes du 8e RPIMa et un élément du régiment de marche du Tchad (RMT) sont tombés dans une embuscade dans la vallée d’Uzbin, les Français faisaient semblant d’ignorer qu’ils avaient des soldats engagés en Afghanistan. Mais il est difficile d’ignorer la mort au combat de dix hommes. S’est alors produit ce que Jean-Dominique Merchet appelle « l’effet Palestro » en référence aux gorges de Palestro en Kabylie où un groupe de soldats français s’était fait décimer, le 20 mai 1956. Le choc de l’opinion publique à l’annonce de leur mort avait provoqué la prise de conscience collective de la participation de la France à une guerre atroce. Comme cela avait été le cas pour la guerre d’Algérie, il a fallu attendre un événement dramatique pour que l’opinion se « réveille » et reconnaisse, nonens volens, que la France était activement engagé dans une guerre en Afghanistan. Et Jean-Dominique Merchet en spécialiste des questions militaires de noter : « Le temps de l’opinion publique n’est pas celui des historiens ni celui des acteurs politiques. Il n’est même pas celui des journalistes. ». Un constat qui n’est que partiellement juste…
Car il y a encore quelques journalistes qui, comme Anne Nivat, revendiquent le droit à « la lenteur » et s’octroient le luxe de pratiquer le reportage « à l’ancienne ». Cela suppose une présence quasi continue sur le terrain, une considérable prise de risques, un mélange de patience, d’abnégation, et d’humilité afin de nouer un réseau de contacts locaux sans chercher à séduire les lecteurs. Anne Nivat se consacre au journalisme anti-scoop. Cela force le respect. Mais cela peut également agacer… Car dans l’idée du « reportage à l’ancienne » il y a une promesse, sinon une prétention, à présenter « tous » les points de vue, une pléthore d’opinions diverses pour ne pas dire contradictoires. De fait, Les brouillards de la guerre décrit la guerre telle qu’elle est vécue des deux côtés : par les soldats de l’OTAN comme par la population afghane.
L’immense mérite de cette approche est de restituer la complexité de la situation, analysant minutieusement les us et coutumes des militaires d’une part, des civils afghans d’autre part, révélant le décalage entre les intentions des premiers et le ressenti des seconds.
Cependant, cette méthode fait de l’Afghanistan d’Anne Nivat un pays dilué dans l’objectivité journalistique. Un pays où tout le monde a quelque part raison, ce qui revient à dire que personne n’a complètement tort, que tout le monde est d’une manière ou d’une autre responsable du regain de violence et donc que personne n’est entièrement responsable. Mais le souci d’impartialité de l’auteur semble aussi lui interdire tout sens de l’humour. Anne Nivat remet à ses lecteurs un document sérieux, un témoignage prude et sans la moindre concession à toute ironie ou persiflage aussi innocents qu’ils puissent être. Comme si l’absurdité de la guerre en général, et de cette guerre en particulier, interdisait tout rire ou sourire.
Un exemple parmi d’autres : à l’hiver 2010-2011, Anne Nivat fait un passage à Kandahar Airfield, dite KAF, deuxième base militaire alliée en Afghanistan après celle de Bagram. L’extravagance louftingue des lieux n’échappe pas au regard du grand reporter : les promenades baptisées du noms de grandes villes américaines, les salons de massage, les centres de récréation, les pancartes plus hilarantes les unes que les autres, comme celle avertissant le personnel féminin du risque d’ « assauts sexuels » ou telle autre incitant les soldats français à s’inscrire à un concours de pétanque. Bref, c’est savoureux. Reste que le style choisi pour la narration n’a pas assez de fougue pour libérer un fou rire cathartique chez le lecteur.
Cette insipidité stylistique, volontaire ou non, n’est pas sans intérêt lorsque Anne Nivat s’attaque aux questions tactiques de la chose militaire. La sacro-sainte stratégie de la contre-insurrection (COIN), défendue successivement par le général Stanley McChrystal, ancien commandant des forces de la coalition, puis par son successeur, David Petraeus, est ainsi examinée à l’épreuve du terrain pour conduire au décevant constat de son inadéquation quasi totale au caractère du conflit. Trop coûteuse et trop exigeante en termes de durée de l’engagement (il faudrait au moins vingt ans pour instaurer une confiance mutuelle entre les militaires et la population), elle s’avère aussi trop contraignante pour être efficace. Ne serait-ce qu’en ce qui concerne les « règles d’engagement » ou, autrement dit, le corpus des droits en matière d’ouverture du feu. La COIN, dans l’objectif est de protéger les civils, impose des restrictions tellement sévères que les insurgés peuvent in fine agir sans être trop inquiétés. Embarquée avec une compagnie de parachutistes québécois, Anne Nivat recueille en outre les paroles de soldats frustrés et désorientés qui lui confient leurs difficultés à accomplir un travail humanitaire pour lequel ils n’ont été aucunement préparés.
En dépit d’efforts de compréhension et de cohabitation pacifique, sans parler des liasses de billets verts distribuées à gogo, les soldats de l’OTAN restent des étrangers aux yeux des Afghans. Ceux avec lesquels la journaliste, dissimulée sous son châdri bleu, partage son quotidien, comparent la situation actuelle avec l’époque de l’invasion soviétique et qualifient les soldats alliés d’« occupants ». Détrompez-vous, il ne s’agit pas uniquement d’insurgés ou de primitifs barbus. D’ailleurs, Anne Nivat répète à qui veut l’entendre que les talibans constituent « une émanation de la population et pas son élément extérieur ». Le problème est que la majeure partie de la population afghane aspire à vivre en dehors du diktat des occidentaux, dans la paix, certes, mais selon ses propres lois et traditions. Que faire des enquêtes indiquant que les Afghans appuient le retour de la charia et les exécutions publiques ? Que dire aux 80 % de parents afghans qui refusent à laisser leurs filles aller à l’école quand bien même les occidentaux passent leur temps à construire des bâtiments scolaires dans les zones les plus reculées d’Afghanistan ? Comment s’en sortir ?
Bien sûr, Anne Nivat évoque la solution dont tout le monde parle depuis un moment : « l’afghanisation ». Cette appellation désigne le transfert progressif des responsabilités politiques et militaires des forces de l’OTAN aux forces afghanes. En théorie, ça sonne bien. En réalité, il n’y a personne vers qui transférer les responsabilités de quoi que ce soit, étant donné l’extrême faiblesse du pouvoir politique, à commencer par la présidence contestée de Hamid Karzaï et l’incompétence de la jeune police afghane. Quant au niveau d’entraînement de l’armée nationale afghane (ANA) il est facile de se le représenter dès qu’on réalise que les soldats onusiens craignent, plus que toute autre chose, les tirs accidentels de leurs camarades de l’ANA.
Que reste-il donc à faire ? Le livre d’Anne Nivat n’apporte pas de réponse à cette question. Il serait bien de débattre, dit l’auteur, sur l’engagement de la France en Afghanistan, comme d’autres pays européens engouffrés dans le même pétrin l’ont déjà fait. 56 % des Français souhaitent le retour de leurs soldats. Mais sur quels arguments et quelle connaissance de la situation se basent-ils ? Il est sain et sensé de s’opposer à une guerre, surtout lorsqu’on ignore sa raison d’être, son déroulement, ses tenants et ses aboutissants. Certes, l’incompétence de la société française en la matière ne résulte pas uniquement de son très faible intérêt pour les problèmes géopolitiques en général et la situation afghane en particulier. Les Français, dont 50 000 soldats sont passés par l’Afghanistan depuis 2002, ont du mal à se représenter une guerre qu’on ne leur montre ni ne leur explique qu’à de rares occasions, souvent liées à des événements tragiques. La responsabilité de cet état de fait revient autant à l’armée qui communique mal et se méfie des journalistes, qu’aux journalistes qui se focalisent sur les événements spectaculaires mais pas nécessairement représentatifs de processus plus généraux.
En ce sens, contrairement aux souhaits d’Anne Nivat, il paraît peu probable que la campagne présidentielle de 2012 se saisisse rationnellement du sujet. On peut le regretter mais sans doute assisterons-nous à un échange d’arguments politico-politiciens, en total décalage avec la réalité de la situation vécue sur place. Les brouillards de la guerre sur la table de chevet d’un Nicolas Sarkozy ou d’un François Hollande… Vous y croyez, vous ?
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L'auteur
Paulina Dalmayer est journaliste et travaille dans l'édition.
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Saul dit
Pierre Jolibert.
je rebondis sur votre question à la possibilité d’un 3ème choix autre que conscription et mercenariat :
la milice, c”est à dire le peuple en armes, une sorte de reserve, mais sans la rigidité de la discipline etc
c’était un vieux dada de la gauche, notamment en France, qui voulait substituer ce système à l’armée de conscription.
mais sur le plan militaire ça n’a aucune valeur : pendant la guerre d’Espagne, bon nombres de troupes républicaines étaient constituées d’unités de ce type, notamment les milices anarchistes. Mais très vite, face à l’inneficacité de ces milices sur le plan militaire (pas de hierarchie, aucune discipline bref c’était le boxon complet), et devant les reculs sur le terrain face aux nationalistes, le gouvernement républicain a décidé de leur “militarisation” (c’est à dire mise en place de structures hierarchoiques, grades, discipline militaire etc).
Ajoutons que la majorité des pays ont eu des troupes de ce genre, qui servaient de troupes de réserve ou de seconde ligne, et qui étaient rarement envoyée au feu (une des rares exceptions : waterloo, la plupart des troupes prussiennes de Blucher étaient en fait des unités de Landwher).
Concernant le mercenariat, on pourrait voir dans la mode actuelle consistant à faire appel à eux, une resurgence et un retour au passé : avant la Révolution, sous les guerres de religion par exemple, la plupart des armées comprenaient une forte proportion de mercenaires (lansquenets par exemple)
pirate dit
c’est pas une mode, c’est l’évolution du modèle militaire et des conflits. Or le conflit aujourd’hui est essentielement urbain (la guerre urbaine c’est l’avenir ouais !) qui réclame certaine compétence plutôt pointue et une technologie spécifique.
Saul dit
mais ces compétences et cette technique, l’armée les possède déja, ils n’ont pas besoin des mercenaires pour cela (qui ne sont franchement pas plus brillants dans la contre insurrection, ils sont même pires… de toute façon, la contre insurrection, beaucoup ont théorisé, mais personne n’a su appliquer efficacement…à chaque fois, ça bute sur l’adhésion de la population, écueil pourtant bien identifié par les théoriciens militaires).
ce choix est plutôt dicté, ce que tu soulignais, par des critères économiques
Saul dit
ajoutons que sur l’action pour obtenir l’adhésion des populations ou leur neutralité, les Français ont toujours été vus comme meilleurs dans ce domaine, même par les teutons : durant la seconde guerre, ils avaient employé la LVF dans certaines zones du front russe, afin de d’arriver à une limitation de l’aide apportée par les populations aux partisans.
concernant la guerre urbaine, c’est le thème principal des exercices de l’armée française depuis une dizaine d’années. ce qui susciterait quelques inquiétudes parmi les officiers supérieurs : mais quel serait donc cet ennemi qui ne fait que du combat urbain ?
pirate dit
non justement. La question économique est pregnante c’est certain, mais il se trouve que ces mercenaires sont bien au contraire plus compétents que l’armée traditionnel. Et pour cause, la plus part sont issu d’unités d’élites (film à voir à ce sujet, que je n’ai pas encore vu : Irish Road, de Ken Loach) ou des SR. Cependant s’ils sont incompétants comme tu le décrit c’est pour plusieurs raison (comme la guerre de contre insurrection tel qu’appliqué par les USA par exemple, qui répète apparement inlassablement les mêmes erreurs stratégiques d’un conflit à l’autre) d’une part, à l’exception notable des forces anglaises, et des forces française, les forces armées sont peu porté sur le pur travail de sécurité civile (faire les flics en gros) d’autres part, l’usage actuel des mercenaires est équivalent à celui des mines dans les arémes démunis. Faute de pouvoir gérer complètement un territoire on le confie à la responsabilité de groupe armé qui n’obéissent plus à une stratégie globale, mais à des intérets privés, voir strictement personnel. sur ce sujet les mercenaires sont extrêment mal employés, et peu encadrés par l’armée régulière qui n’a pas de poids sur eux, vu que ce n’est pas l’armée régulière qui les paye, mais les gouvernement. Or, pour autant les contractants agissent en général en uniforme national et au compte des armées nationale. C’est d’ailleurs le danger qui guette la sécurité en France, d’une part ue formation approximative pour ne pas dire médiocre, d’autre part un laissé aller dans l’utilisation de cette incompétence qui tôt ou tard va créer de véritable incident (M6 consacre une émission là dessus la semaine prochaine “le business de la sécurité”). ensuite sur l’application de la guerre de contre insurrection, il n’y pas que la non-adhesion de la population qui implique ces ratages. Cette adhesion pourrait être parfaitement obtenu (selon les pays, parce qu’il y a également la question purement géographique que souligne Galula) s’il n’y avait pas systématiquement des ruptures de ton, de politiques, des mesures si en déséquilibre les unes par rapport aux autres; Comment accepter d’être déplacé dans une région x si par ailleurs il s’agit d’être parqué dans un camp, totalement à contrario de ses habitudes. Comment emporté l’adhesion d’un paysan pauvre quand il voit débarquer des frigos volant distribuant coca et burger sur le champ de bataille. comment admettre qu’il s’agit d’une guerre de libération, quand KBR, groupe de pétrolier US détourne à son profit des unités de Marines pour protéger ses convois (“la guerre du fromage” c’est le surnom que les Marines ont donné à la guerre en irak, à cause des convois de l’agro alimentaire). On pourrait citer à ce sujet, sur la guerre de contre insurrection et ses dérives, l’opération Phénix entre 1967 et 71 au Vietnam qui est un modèle du genre, qui s’est terminé en carnage, alors que le plan, la construction et l’intention de départ était assez brillant.
pirate dit
pour la guerre urbaine, il n’est pas question d’un ennemi qui ferait que du combats urbains, c’est simplment une évolution qui se vérifie, Grozny, Sarajevo, Bagdad, Modagiscio, Beyrouth, Freetown, Bassora, les combats les plus meurtier ces dernières années se sont passé dans des villes. Or une bataille qui se déplace dans une ville devient forcément redoutable, les civils se retrouvent, et extrêment difficile à remporter sans d’importantes pertes humaines. C’est tout l’enjeu, et c’est un enjeu qui va d’autant se développer avec la popérisation des populations et la généralisations des crises sociales. Techniquement une ville peut devenir l’endroit le plus dangereux au monde, même pour des soldats bien entrainé. D’où cette évolution dans l’entraiment des troupes.
pirate dit
pour la guerre urbaine, il n’est pas question d’un ennemi qui ferait que du combats urbains, c’est simplment une évolution qui se vérifie, Grozny, Sarajevo, Bagdad, Modagiscio, Beyrouth, Freetown, Bassora, les combats les plus meurtier ces dernières années se sont passé dans des villes. Or une bataille qui se déplace dans une ville devient forcément redoutable, les civils se retrouvent, et extrêment difficile à remporter sans d’importantes pertes humaines. C’est tout l’enjeu, et c’est un enjeu qui va d’autant se développer avec la popérisation des populations et la généralisations des crises sociales. Techniquement une ville peut devenir l’endroit le plus dangereux au monde, même pour des soldats bien entrainé. D’où cette évolution dans l’entraiment des troupes.
pirate dit
pour la guerre urbaine, il n’est pas question d’un ennemi qui ferait que du combats urbains, c’est simplment une évolution qui se vérifie, Grozny, Sarajevo, Bagdad, Modagiscio, Beyrouth, Freetown, Bassora, les combats les plus meurtier ces dernières années se sont passé dans des villes. Or une bataille qui se déplace dans une ville devient forcément redoutable, les civils se retrouvent, et extrêment difficile à remporter sans d’importantes pertes humaines. C’est tout l’enjeu, et c’est un enjeu qui va d’autant se développer avec la popérisation des populations et la généralisations des crises sociales. Techniquement une ville peut devenir l’endroit le plus dangereux au monde, même pour des soldats bien entrainé. D’où cette évolution dans l’entraiment des troupes.
Saul dit
oui je n’avais pas en tête ce cote anciens des forces spéciales chez les mecenaires, ce qui fait que dans leurs rangs on trouve en effet une plus forte proportion de combattants d’élite.
(ce que semble d’ailleurs tendre les armées étatiques, la française du moins : arriver à n’avoir que des forces spéciales et des unités de logistique derrière, mais plus d’unités fantassins type “chair à canon”)
Saul dit
ah toi aussi ça buggait la validation du commentaire ? :-D
pirate dit
déolé pour la répétition ce site déconne le bot inutile a disparu, et le mc qui a programmé ce site est pas des pus compétant apparement. Oui l’évolution de l’armée française voulu par N.S va dans le bon sens, à mon avis, puisque il s’oriente vers les forces du COS et le renseignement. Question de moyen et de spécialisation qui évolue d’autant avec la généraliation des methodes terroriste et de la guerrilla urbaine. Les forces de l’ordre s’en rendent compte tous les jours.
Pierre Jolibert dit
Messieurs, soyez remerciés pour cette discussion riche et passez une bonne journée.
pirate dit
J’avais entendu Nivat raconter sa visite dans le camps des canadiens, et elle avait une certaine ironie sur le sujet, un peu la même que celle qu’utilise la décidément excellente Mlle Dalmayer. Alors en effet il s’agit peut-être d’évacuer tout, excepté une vision dégagé de la moindre émotion. Mais le principe de l’afghanisation, si chère à l’armée américaine dès lors que la guerre lui coûte trop cher, n’a jamais fonctionné, ni ici, ni au Vietnam, où des méthodes similaires de contre insurrection ont été conçu. Et sans doute pour les mêmes raisons. non seulement il n’y avait personne auprès de qui faire se transfers de responsabilité, mais également une certaine connivence entre les parties (sud contre nord) et surtout, la motivation n’était pas vraiment là. La question est toujours la même, comment assoir sa légitimité quand elle a été mis en place par d’autre et que ces autres s’en vont ? Et particulièrement dans le cadre afghan où de toute évidence les talibans sont en terrain connu et reconnu, et sur une idéologie et une foi dans laquelle se reconnaissent les afghan (ce qui n’était pas exactement le cas du sud vietnam).
Ensuite j’aimerais répondre à Pierre sur les SMP. Il y a une escroquerie de base sur ce sujet, en France le mercenariat est interdit, c’est pourquoi un député UMP a affirmé qu’on ne pouvait assimiler la question de “conseiller” à celui du mercenariat. Du reste on ne parle pas de mercenaire, mais de contractant. Or il faut bien comprendre que la sécurité privé est un marché de 10 milliards d’euro et que déjà 30% des questions de sécurité, gendarmerie compris, est assuré par le domaine privé. Pour le moment, selon une relation qui travaille dapour une SMP, la France est en retard sur le sujet, les SMP française ne sont pas très réputés, contrairement à Northbridge (UK) Dyncorp ou Xe (ex blackwater). Les SMP sont un phénomène naturel et consécutif à la fin de la Guerre Froide. Les armées ont cessé d’occuper certaine région, des centaines de soldats (elite ou non) se sont retrouvé sans emplois, tout naturellement ils se sont d’autant orienté vers ces SMP qu’elles même ont trouvé un tout nouveau marché avec le départ des forces. Il faut sécuriser le transport maritime (Golfe d’Aden, Mer de Chine) sécuriser des régions entière afin de protéger les intérêts privés (voir les mésaventure d’Areva récemment qui est essentielement un manque complet de sérieux sur ce sujet) et cela requiert non seulement des compétences techniques, mais des moyens, et une infrastructure solide à base de renseignement, de sécurité économique, que seul d’ex militaire peuvent assurer. Le second contigent en Irak était les contractants, 50.000 mercenaires de toutes les nationalités. Or les mercenaires proposent de nomreuses solutions pour les politiques. leur travail est ponctuel, et limité dans le temps (1500 à 2000 euros par jour), la mort d’un mercenaire ne coûte pas le moindre vote, pas de pention à verser, pas d’armée à entretenir et à entrainer, d’ailleurs à ce sujet Xe propose aujourd’hui d’entrainer les forces Delta et SEAL, c’est dire si les rôles s’inverse. Sans compter que le matériel nécessaire aux interventions, est autant assuré par l’armée, mais surtout par les SMP elle-même. En gros ça devient une question puement économique devant laquelle les nations se retire d’autant qu’on a de plus en plus de mal à accepter de mourir pour la défense de certaine valeur en réalité parfaitement relativiser par les causes réelles de ces guerres, certainement pas la défense de la démocratie.
Pierre Jolibert dit
Delta ? Delta ? ça me dit quelque chose. Groupe Delta.
Ah oui, c’est dans le roman que je lis en ce moment le soir.
D’ailleurs il y a un personnage qui dit : «Tu te demandes vraiment, cette nuit, ce qui mérite le plus ton respect ou ton sacrifice. Une société où neuf couples sur dix, en sortant du cinéma, avant même de s’adresser la parole, rallument leur portable ou celle où une jeune fille voilée est capable de se faire exploser à un poste frontière au nom de son peuple et de sa foi ?» Bon je rassure tout le monde, c’est un personnage de fiction, qui boit trop cette nuit-là. Très bon roman. Ce chapitre-là m’a fait mettre à genoux. En reparler quand je l’aurai fini.
C’est pas seulement Delta qui m’y fait penser, c’est tout ce que vous dites, pirate. Merci. Et merci pour les informations elles-mêmes.
pirate dit
Les force delta ont été constitué en 1976 suite à la guerre du vietnam en s’inspirant du modèle des SAS, leur rôle est essentielement le contre terrorisme, après l’échec de l’opération eagle claw (libération des otages américain en iran) ils ont été été placé sous commandement du JSOC, service de commandement interarme, avec le Team 6 des SEAL, adjoint d’une organisation de renseignement très pointue, dépendant de la navy, l’ISA (Intelligence Support Activity) et qui prépare le terrain pour les Delta. Officielement pas plus les Delta que l’ISA n’existe, même si tout le monde sait, l’US Army garde le plus grand secret sur ces sujets, l’ISA a de nombreux nom de code qui les désigne. Grey Fox Cemetary Wind… etc… tout un programme. Du pur cinéma… sauf que ce n’en est pas du tout. (d’ailleurs dans les années 80 Delta Force était une série de film minable avec Chuck Norris et Lee Marvin)
Saul dit
vous êtes un homme de gout Pierre Jolibert.
très bon roman que celui que vous lisez.
j’ai adoré aussi.
la fin surtout
Thalcave dit
Cet article aborde un sujet difficile comme le précédent du même auteur, au mois d’octobre “Soldats inconnus”. Ajouter à la question épineuse de l’utilité et du bon usage de l’armée, les réflexions d’Anne Nivat n’est pas la meilleure façon d’éclairer la question. J’ai lu il y a plusieurs années, après l’entrée en guerre des USA en Afghanistan, son livre “Islamistes, comment ils nous voient, 2006, Le Livre de Poche, 2010″ qui développe l’idée simple exposée par Goebbels devant la Société des Nations en septembre 1933 : « Messieurs, Charbonnier est maître chez lui. Nous sommes un État souverain et tout ce que dit cet individu ne vous regarde pas. Nous faisons ce que nous voulons de nos socialistes, de nos pacifistes, de nos juifs et nous n’avons à subir de contrôle, ni de l’humanité, ni de la Société des Nations. » à la suite de la plainte déposée par un juif de Haute-Silésie, Bernheim, devant le Conseil de la Société des Nations « contre les pratiques odieuses et barbares des hitlériens à l’égard de leurs propres compatriotes réfractaires au régime ». C’est ce que Goebbels aurait dit aux ONG, aux French Doctors qui sont apparus sous la houlette de Kouchner lors de la guerre du Biafra en 1967. A propos des exactions au sud Soudan, on trouve une position pas très éloignée de Rony Braumann président de Médecins Sans Frontières France de 1982 à 1994 sur la non légitimité d’interférences dans ce pays car les occidentaux ne mesureraient pas la complexité des problèmes et feraient des interventions inappropriées. C’est aussi ce que défend tous les vendredis, Védrine sur France Culture.
La fin de la conscription à laquelle se substituent des mercenaires, ne facilite pas les jugements sur le bien fondé des interventions militaires off shore.
Personnellement, moi qui suis d’une génération qui a été enrôlée dans la guerre d’Algérie, je m’en tiens aux fondamentaux. L’armée est l’épine dorsale de la Nation et de la Démocratie comme nous le prouve l’histoire des Spartiates, des Athéniens et des cités grecques. C’est parce qu’ils avaient un intérêt commun que les propriétaires et les prolétaires grecs, les uns à cheval, les autres à pied armés d’une lance et d’un bouclier ou aux rames d’une trirème ont fondé une Nation solidaire et une armée, capable de repousser l’invasion des Perses du grand roi Xerxes. Ils avaient compris qu’ils avaient un bien commun : échapper à la spoliation et à l’esclavage, et que l’art de la guerre leur permettait d’unir efficacement leurs forces. C’est ce qui a fondé la démocratie par la reconnaissance des droits politiques des prolétaires qui avaient payé le premier impôt, celui du sang. L’exemple contemporain de la CEE est explicite. Elle s’était avérée incapable de créer une armée européenne après avoir refusé la CED sous commandement de l’OTAN, face à la menace soviétique qu’avait aiguisée la guerre de Corée. La CEE a du se résoudre devant l’impossibilité de reconnaitre un bien commun digne d’être défendu militairement de chercher un intérêt commun purement économique par le Traité de Rome dont l’unique principe était de supprimer les frontières économiques pour donner le champ libre à une concurrence, seule capable de faire sauter les monopoles et autres archaïsmes empêchant la modernisation des pays membres. C’était laisser le soin de défendre la liberté en Europe à l’OTAN. Inutile de s’étonner aujourd’hui qu’il n’y a pas de Nation européenne ni de sentiment de solidarité qui puisse justifier que les impôts d’un pays servent à un autre. Pas de Nation Européenne, on ne peut faire accepter une Europe des transferts. Dès lors pourquoi aller payer l’impôt du sang en Afghanistan? Parce qu’elle abritait des camps d’entrainement de terroristes qui ont attaqué à plusieurs reprises le territoire voire le bien commun des américains? Les américains ont contenu la menace soviétique en Europe de l’Ouest et préservé sa liberté. Certes, mais ses lointains et peut être y avaient ils intérêt parce c’était leur débouché économique. On reconnait l’argument qui a échoué au G20. L’Europe reste un grand débouché économique mais aucun pays riche parmi les émergents n’a cru utile de prendre des engagements pour abonder le FESF et constituer cette fameuse force de frappe de 1000 milliards qui va sauver l’Italie après la Grèce. L’armée est le garant qu’il existe des intérêts premiers solidaires entre des groupes
humains. Il n’y en a pas en Europe : les Polonais, Tchèques, etc.. compte plus sur la défense de leurs intérêts par les USA que par l’Europe. C’est l’histoire qui le leur a enseigné. Chez nous, ce sentiment est quasiment inexistant depuis qu’en 1966 on a expulsé les bases américaines de France. On peut s’interroger sur la raison pour laquelle l’UE a couru derrière l’OTAN pour s’élargir en toute hâte aux pays qui avait en premier lieu intégré cette organisation militaire qui a mené la guerre en Afghanistan. La défense de ses intérêts est un principe premier des Nations. Cela ne ressort pas de vos articles
Pierre Jolibert dit
Passant sur le débat lié à votre 1er §, je souhaiterais vous demander timidement ceci, en lien avec la suite de votre exposé impressionnant : il n’y a donc pas de troisième choix possible entre conscription-Nation et mercenaires-… ?
Thalcave dit
Votre timidité est de façade.
Je ne suis pas un spécialiste des questions militaires et n’ai pas de compétences militaires mises à part celles recueillies pendant mon long séjour de conscrit dans l’armée dont je suis sorti lieutenant de réserve et vite rayé des cadres à 35 ans. Je n’ai pas oublié que je dois mon expérience militaire sur le terrain à Guy Mollet et aux députés communistes qui l’ont appuyé en 1956 à l’occasion du vote sur l’envoi du contingent en Algérie.
Je n’ai pas spécialement réfléchi à votre question. Comme tout le monde, je sais qu’aux USA, la conscription ne touche qu’une fraction des jeunes hommes; je ne sais pas selon quel mécanisme. Il me semble que les Anglais n’avaient pas instauré la conscription en 1914-18 et que leur effort de guerre reposait sur le seul volontariat ce qui me laisse bouche bée. Je n’ai pas eu la curiosité jusque là de regarder comment ils ont procédé pour la WWII. Le fait est qu’il n’avait pratiquement pas d’armée de Terre. A Tobrouk, en Crète et autres hauts lieux du début de la guerre où les Rostbeaf étaient tout seuls face à Hitler, ils ont eu recours aux néo-zélandais, australiens, sud -africains, et autres troupes du Commonwealth.
Aujourd’hui, la conscription se heurterait en France au problème de la technicité des armes devenues très savantes. Mais les Israéliens ont résolu ce problème à leur avantage. C’est ainsi qu’ils constituent la force de travail de base de leur industrie High Tech qui est impressionnante à en juger par le nombre de sociétés israéliennes cotées au NASDAQ.
Pour les mercenariats, je crois aussi qu’il y a beaucoup d’évolution pas tant dans le recrutement qui ressemble à celui des équipes de football que dans les poursuites qu’engagent les familles contre le commandement après la mort d’un des leurs et qui finiront bien pas trouvé une oreille favorable auprès des magistrats affiliés au syndicat de la magistrature. Peut être sans dommage, parce que l’Europe, comme la France, poussées par leurs opinions (démocratie directe) tendent à devenir de grosses Suisse.
Pierre Jolibert dit
Mais je ne suis que façade.
J’ai lu, mais je relirai plus tard, car là c’est Anne Boleyn qui me sollicite.
C’est ça le problème aujourd’hui :
_ Les Perses attaquent !
_ Ah oui, mais là je vois c’est l’heure de mon programme télé.
À plus tard.
Pierre Jolibert dit
Bon.
Merci pour votre réponse d’ailleurs, et croyez que je suis sincère au moins quand je dis être impressionné, parce que c’est vrai.
Votre lien entre la crédibilité militaire et la situation financière, par le biais de la notion d’intérêt commun (si je comprends bien), c’est très impressionnant.
Il me semble bien que les Britanniques, pour la IIWW, ont mis en place une conscription. On a des principes, mais on sait s’adapter aux circonstances.
Votre dernier paragraphe est du petit-lait. Je suis seulement un peu chagrin du rôle que vous y donnez à la Suisse. C’est très intéressant, la Suisse. C’est une Nation fondée sur la démocratie locale, qui plaît à ceux qui voient là un triple pléonasme. Il y a une armée, un intérêt commun, une mythologie. Mais la même chose en plus gros, ce ne serait plus la Suisse, et ce n’est peut-être pas en effet ce que quelque chose de plus gros se doit d’être. Merci encore.
Thalcave dit
Plaisir partagé. Merci aussi. Il y a des discussions fructueuses qui forcent à formuler ce qui n’était jusque là que de vagues perceptions.
Sur les liens éclairants entre l’armée, les mentalités et les nations, j’ai découvert il y a deux ans un excellent livre d’histoire (les lectures que je préfère) : l’histoire de la guerre de John Keagan. C’est très révélateur du sens profond des nations tout autant que l’histoire de l’impôt un autre fondement du pouvoir qu’il soit autocratique ou démocratique.
Aujourd’hui la nation sent le soufre chez nous en France où l’identité nationale est prise pour un concept “nauséabond” selon l’expression détournée de Berthold Brecht. La nation se dissout aussi dans la mondialisation mais curieusement pas les impôts comme nous allons le vérifier tantôt à notre désagrément.
Dommage.
L'Ours dit
Je ne voulais plus commenter les textes de Paulina Dalamyer, non pas qu’ils sont mal écrit, au contraire, mais parce que je goûte peu le style première personne en reportage, mais là j’ai trouvé cet article de très grande qualité, à tous points de vue.
Pierre Jolibert dit
Arratsaldeon, skardanelli,
vous êtes bien indulgent. Soyons plus simple : pour que le mot paix ait un sens, il faut que le mot guerre ait le sien. Félicitons-nous de ce qu’ETA ait mis fin à la guerre, vous pourrez aller de Sarlat à Santander sans craindre les éclats.
skardanelli dit
Hello Pierre, j’ai aimé ce billet, j’ai aussi aimé votre commentaire.
Pierre Jolibert dit
Mes respects Mademoiselle,
c’est un compte-rendu séduisant pour un livre attirant, que je ne lirai sans doute jamais, comme vous le dites au début.
Vous encadrez le tout par une analyse fort juste des rapports de la société avec cette guerre, et on pourrait encore élargir : «En effet, hormis une brève période de « grâce médiatique » à son déclenchement à l’automne 2001, la guerre en Afghanistan avait presque réussi à se faire oublier.»
«Les Français, dont 50 000 soldats sont passés par l’Afghanistan depuis 2002, ont du mal à se représenter une guerre qu’on ne leur montre ni ne leur explique qu’à de rares occasions, souvent liées à des événements tragiques.»
Mais il me semble aussi encore plus simplement que cette guerre n’était pas avouée, au début, car pas nommée. Il me semble bien encore entendre le président Sarkozy, vers le début de son mandat, dire «ce n’est pas une guerre» (tiens, comme pour l’Algérie en son temps, non ?), montrant en cela que sa prétendue rupture par rapport aux dirigeants précédents était fort partielle. Et c’est sincère, car le mot guerre pour lui veut dire quelque chose qu’il faut pas, ce qu’on voit bien à sa remarque d’hier soir, en compagnie du président Obama, se félicitant que tous les soldats envoyés près de ou au-dessus de ou en Libye soient rentrés à la maison. Car on en revient toujours là : l’idéologie du zéro-mort. Quand y a zéro mort c’est pas guerre c’est intervention bien comme il faut.
Donc, non, on n’imagine pas le livre d’Anne Nivat sur la table de chevet des deux candidats, mais on peut du moins espérer que le Goncourt de cette année, lui, leur sera envoyé, qui est bien attirant aussi.
Votre texte invite à partir dans beaucoup de directions, comme avec le passage sur les soldats québécois frustrés –> texte du colonel Thiéblemont, que j’ai cent fois mentionné ici, etc., mais il faut que je me calme et vous prie de recevoir mes sincères hommages renouvelés, moi qui suis, Mademoiselle, votre sincère serviteur,
La Folle de Bassan