Un second tour et puis s’en vont… | Causeur

Un second tour et puis s’en vont…

Comment la grande histoire fait l’amour avec la petite

Auteur

Jérôme Leroy

Jérôme Leroy
est écrivain.

Publié le 01 avril 2017 / Culture

Mots-clés : , , ,

Elections législatives à Hénin-Beaumont, 2012. SIPA. 00638740_000009

La Nuit du second tour d’Éric Pessan est, à sa manière, une exception. Il faut savoir qu’en ces temps de campagne présidentielle, le roman « électoral » est devenu un genre en soi. Le problème, c’est que ces dizaines de livres oscillent entre le documentaire, le roman à clefs, le tract antifasciste vintage, le fantasme extrême droitier de guerre ethnique, et que la littérature n’y trouve pas vraiment son compte. Pire, que ces produits seront périmés dès la mi-mai 2017 et parfois le sont déjà. Il faut donc lire La Nuit du second tour parce que ce roman est d’abord et surtout une exploration des enjeux intimes que peut provoquer le simple geste de mettre un bulletin dans l’urne. Ou, pour le dire autrement, comment la grande histoire fait l’amour, plutôt mal d’ailleurs, avec la petite.

Éric Pessan suit deux personnages, un homme et une femme, durant la nuit où l’on peut penser que le Front national a gagné les élections. Mais l’intelligence de l’auteur, c’est de ne jamais nommer la chose, plutôt d’en faire une toile de fond oppressante, légèrement désespérée, qui pourrait être la même ailleurs et à une autre époque. Une toile de fond sur laquelle se débattent David et Mina qui se sont aimés naguère. David, cadre à bout de souffle, solitaire, ne rentre pas chez lui ce soir-là, va au cinéma et retrouve sa voiture brûlée dans les émeutes. Mina, elle, a quitté David. Elle s’est embarquée, au même moment, sur un cargo. Elle a emporté Cervantès et Henri Michaux, et elle fait semblant de croire, avec le poète, que « la mer résout toutes les difficultés ». Ce qu’elle emporte avec elle, surtout, c’est la même mélancolie que David, c’est-à-dire le sentiment d’avoir raté sa vie, sans que l’on sache au juste si c’est à cause d’un défaut de fabrication que l’on portait en soi ou si c’est la conséquence de la vie dans la France d’aujourd’hui. Une France de petites soumissions quotidiennes dans des décors désenchantés, habités par une violence latente qui ne demande qu’à se déchaîner.

Éric Pessan ne répond pas à

[...]

 

  • causeur.#44.bd.couv

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    publié dans le Magazine Causeur n° 103 - Mars 2017

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    • 2 Avril 2017 à 10h36

      keg dit

      Etre cocu, en France, c’est facile et même très facile…; Il suffit d’être autorisé à s’isoler….. légalement. Une minute de puissance pour 55 ans d’impuissance, c’est ce que l’on appelle le pouvoir du bout des doigts….

      http://wp.me/p4Im0Q-1Cv

    • 1 Avril 2017 à 17h28

      Sancho Pensum dit

      Alors ça c’est pas gentil ! Restreindre la lecture d’un article, dans un journal à petit tirage, consacré à un très instantané roman, aussi vite oublié que publié, d’un auteur que pratiquement personne ne connaît.
      Le pauvre gars est pas au bout de ses peines.
      Ha ha ha ha !

      • 1 Avril 2017 à 23h07

        Clairette de Sebago dit

        Si j’ai bien suivi (j’ai totalement déserté Causeur qui s’embourbe dans des voies bien tortueuses), cet article s’inscrit dans un numéro dont le seul but était la crucifixion d’un candidat non identitaire et non revanchard.
        Comme il ne semble pas y sacrifier, rendons lui grâce.

        • 1 Avril 2017 à 23h16

          Martini Henry dit

          Causeur ne soutient pas Macron… C’est vraiment très étonnant comme nouvelle, ça! Vous lisiez Causeur depuis longtemps?

        • 1 Avril 2017 à 23h24

          durru dit

          Non identitaire? Si anti-identitaire veut dire ça, peut-être. Non revanchard, par contre, j’ai des gros doutes. Il ne parle que de ça.