Peillon l’impayable
Les absents ont-ils raison d’avoir tort ?
Publié le 19 janvier 2010 à 5:45 dans Politique
Mots-clés : Arlette Chabot, Vincent Peillon

Etonnant débat que celui auquel il nous a été donné d’assister jeudi dernier sur France 2. En théorie, il devait opposer tour à tour le Besson à la Le Pen puis au Peillon. Sauf que celui-ci s’est désisté au dernier moment.
Que dis-je, au dernier moment ? L’émission était commencée depuis un bon quart d’heure quand Arlette Chabot nous a annoncé, verte (plus verte que nous, pour être franc) la désertion du soldat Peillon. “Le matin même”, fulmina-t-elle en direct, le bonhomme était encore partant pour ce débat, dans des termes fixés depuis un mois.
Pour sa défense, Peillon avance qu’il n’aurait appris que peu avant l’horrible vérité : Marine Le Pen parlerait avant lui ! Pas question dans ces conditions, précise-t-il, de jouer les “idiots utiles”. Est-ce à dire que, s’il avait pris la parole en premier, il eût été inutile ?
Monsieur Vincent n’en dit rien. L’essentiel, explique-t-il, c’est d’avoir déjoué la “manœuvre” visant à “recentrer un débat indigne (sic) sur l’identité nationale en créant (re-sic) un clivage avec le F.N.”
Encore fallait-il, de son propre aveu, “empêcher France 2 de [le] remplacer”. D’ou l’idée géniale de notre stratège en chambre : non pas prévenir, mais “postvenir” la chaîne.
Admirons au passage ce que l’argument implique : à coup sûr, l’un ou l’autre de ses petits camarades, à sa place, eût sauté à pieds joints dans le “piège” tendu, selon lui, par France 2 et l’Elysée en personne…
Mais au-delà de ce charabia, et de la muflerie qu’il est censé justifier, il y a évidemment un coup d’éclat réfléchi. Jamais M. Peillon n’aurait bénéficié de telles “retombées” médiatiques en une petite demi-heure d’imprécations convenues contre la démagogie électoraliste de ce débat “indigne”, coin-coin.
Si ça se trouve même, son ancien pote Besson – qui a sur lui l’avantage de connaître par cœur les discours des deux camps – l’aurait mangousté en moins de temps qu’il n’en faut pour l’écrire !
Dans ces conditions, le pari peillonien, consistant à miser sur l’absence, ne pouvait être que d’un meilleur rapport – au sens PMU du terme. Au moins le bonhomme a-t-il su résister à ce besoin névrotique de se montrer qui ronge notre classe politique comme le reste du showbiz : sous prétexte d’ “aller se faire voir à la télé”, combien de ses collègues n’en sont jamais revenus…
Conclusion : Peillon avait raison ! La preuve : son absence fut le seul événement du débat… Pour le reste, rien à signaler : Besson n’est pas redevenu socialiste – et d’ailleurs, Mme Le Pen ne voit toujours pas de différence majeure entre majorité et opposition.
Heureusement, il y a Martine Aubry ! Cette dame méthodique ne vient-elle pas de retrouver, dans le grenier du PS, l’idée d’un “droit de vote pour les étrangers” – qui figurait déjà, sans me vanter, dans les 110 propositions du candidat Mitterrand en 1981.
Bref nous voilà avec une identité nationale qui a tout de… “régionales”.
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L'auteur
Basile de Koch est chroniqueur des nuits parisiennes à "Voici" et du PAF à "Valeurs actuelles". Il est aussi essayiste à 16h.
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nono dit
Monsieur Peillon est professeur de philosophie parait-il et, très franchement j’avais pour lui, de la sympathie
Sa ” fuite en avant” , lors du débat sur Antenne 2, m’a réellement déçu
Aymenon dit
Alpin,
OK, merci pour vos lumières. A qui attribuez-vous ce snobisme (relativiste) en France? Il s’agira dès lors pour moi de les éviter! Ou, plutôt, de les lire pour comprendre leur bêtise.
Alpin dit
@Aymenon,
Ma grande faute,je ne suis pas assez clair.
L’idéologie différentialiste très développée aux U.S.A ,ayant trouvée
aussi des esprits favorables au Canada,est favorisée par l’expérience
historique ET les cadres sociaux spécifiques à l’Amérique du Nord.
Combinée à l’influence post seconde guerre mondiale des U.S.A due à l’affaiblissement des européens ET à la perte de confiance de ceux ci dans
leur tradition politique qu’elle soit libérale (pas néo-libérale) ou républicaine,le différentialisme est devenu le pont aux ânes de
l’intelligentsia post 68arde.
Je vous donne un exemple concret que je cite pas du tout par
hostilité pour les américains(cela me fascine assez);
Il existe en Pennsylvanie une communauté ancienne(18° siècle)
les” amish” qui se refuse à accepter un grand nombres des règles
de la société globale .
Elle vit paisiblement ainsi depuis le début des années 1700 dans une
particularité impossible en Europe,car ici l’antériorité ancienne de
cultures indigènes ne peut accepter cette juxtaposition.
Cela traduit un régime de la vie sociale ,avec des règles de sociabilité
qui nous sont impossibles.
La maxime publique le dit:
“e pluribus unum”
Aymenon dit
Alpin,
L’expérience historique est différente, qui oserait soutenir le contraire? Mais je ne vois pas en quoi le fait de parler un “langage” commun peut être pris pour du relativisme, voire du snobisme.
Alpin dit
@Aymenon,
Cette rédaction était trop rapide.
A priori, vous avez raison,mais je tenais à souligner que l’usage des
catégorie différentialistes américaines,issues de plus ,d’une expérience
historique différente ,relevait d’un conformisme intellectuel et même
d’un snobisme,lorsque appliquées aux cas européens.
Le relativisme aurait besoin d’être relativisé.
Aymenon dit
Alpin,
Merci de votre réponse.
Je n’ai pas compris votre phrase:
“Un snobisme d’importation ici fréquemment masque cette forte différence qui s’adjoint au partage de la situation d’accueil des
diaspora modernes.”
Je crois que le républicanisme français doit encourager la démocratie délibérative, qu’il ne doit pas sombrer dans un antijuridisme en peau de lapin.
Alpin dit
@Aymenon,
Merci beaucoup pour vos liens et leurs références,je vais m’y plonger
dès que possible avec concentration et en faire profiter un ami qui travaille sur
un sujet voisin et que cela préoccupe aussi.
J’espère que cela intéressera d’autres causeurs(euses),car nous n’avons
pas fini de porter ces difficultés.
Mais je me permet de vous renvoyer,au moins temporairement à ce que
j’ai écris sur ce fil plus bas:il ne faut surtout pas confondre les situations historiques,politiques et culturelles des sociétés anciennes
d’Europe(anciennes et non vieilles car tout aussi contemporaines
que les nord-américaines),avec le rapport à la migration et la multiplicité des U.S.A par ex.
Un snobisme d’importation ici fréquemment masque cette forte différence qui s’adjoint au partage de la situation d’accueil des
diaspora modernes.
C’est à mon avis,essentiel pour aboutir à une évaluation politique
réaliste.
Aymenon dit
Oups, un oubli:
http://docs.google.com/viewer?a=v&q=cache:Q8uYjzFahRwJ:www.queensu.ca/edg/immd/2-EGuerarddeLatourpaper.pdf+Vers+la+r%C3%A9publique+des+diff%C3%A9rences+sophie+latour&hl=fr&gl=be&sig=AHIEtbTMaPsJJZazbvKJi1a91RDGeh8Q1w
Je ne suis pas certain que le lien vers google docs passe…
Aymenon dit
Bonjour Alpin,
Vous êtes un passionné, je me permets donc de vous signaler l’existence d’une synthèse entre l’acceptation du multiculturalisme et l’idée républicaine d’origine jacobine:
Sophie Guérard de Latour, Vers la république des différences, Presses universitaires du Mirail, Toulouse, février 2009
Une petite idée de son travail: http://www.dicopo.org/spip.php?article90
Au sujet du “débat” sur l’IN, je vous propose un article très pertinent de Tzvetan Todorov: http://www.raison-publique.fr/Le-debat-sur-l-identite-nationale.html
Alpin dit
Nation/Altérité?
Un point de vue canadien:
http://www.ledevoir.com/societe/actualites-en-societe/281502/au-sujet-de-l-interculturalisme-accueillir-sans-renoncer-a-soi-meme