Pataquès à Beyrouth
Le leader druze Walid Joumblatt sème le souk politique
Publié le 19 août 2009 à 9:52 dans Monde
Les dernières péripéties de la vie politique libanaise n’ont pas fait l’objet d’une attention, même minime, de médias français qui, pourtant, ramaient péniblement de marronnier en marronnier. On peut les comprendre, car la complexité du jeu politique au pays du Cèdre est de nature à décourager le mieux disposé des lecteurs, surtout lorsque les affrontements restent verbaux, donc non producteurs d’images sanglantes.
Néanmoins, l’incapacité du pays à se doter d’un gouvernement, plus de deux mois après les élections législatives du 7 juin dernier, est révélatrice d’une situation dégradée et préoccupante pour l’avenir immédiat.
Les Occidentaux s’étaient un peu trop vite réjouis de la victoire, lors de ces élections, du bloc du 14 mars, emmené par le leader sunnite Saad Hariri, sur celui du 8 mars, une alliance du Hezbollah chiite avec les maronites du Courant patriotique libre (CPL) du général Michel Aoun.
Le bloc majoritaire, alliant aux sunnites diverses factions chrétiennes et le Parti socialiste progressiste (PSP) du chef druze Walid Joumblatt avait comme ciment l’opposition à la mainmise de la Syrie sur le Liban. Il s’était constitué après l’assassinat, le 14 février 2005, de l’ancien premier ministre Rafic Hariri, attribué par ses partisans aux services secrets syriens.
La guerre de juin-juillet 2006, déclenchée par Israël à la suite de provocations du Hezbollah le long de la frontière sud du Liban a eu pour conséquence le retrait, imposé par l’ONU, des forces syriennes stationnées au Liban. Damas acceptait également, pour la première fois dans l’histoire des relations syro-libanaises, d’établir des relations diplomatiques avec Beyrouth, une manière de reconnaître une souveraineté libanaise toujours contestée par son voisin.
Damas, cependant, gardait un pied politique et militaire au Liban par l’intermédiaire du Hezbollah et de sa puissante milice armée, dont l’approvisionnement en armement venu d’Iran transite, pour l’essentiel, par la Syrie.
Jusqu’au mois de mai 2008, celle-ci, par l’intermédiaire de ses alliés libanais, empêchait l’élection du président de la République, qui doit être un chrétien maronite selon la Constitution. L’opposition boycottait le scrutin, qui nécessite un quorum de deux tiers des députés présents. Cet obstacle fut surmonté à la suite des accords de Doha en juillet 2008 : l’opposition acceptait l’élection du général Michel Sleiman à la présidence, en échange d’une minorité de blocage dans le gouvernement d’union nationale qui devait être constitué après les élections législatives de juin 2009. Ces accords, cependant, faisaient l’impasse sur la question du désarmement de la milice du Hezbollah, pourtant exigée par l’ONU dans la résolution 1701 qui mettait fin à la guerre avec Israël.
Un mois avant les élections, le 7 mai, le Hezbollah passait à l’offensive armée contre les quartiers sunnites de Beyrouth et les Druzes de Walid Joumblatt, sous le futile prétexte du renvoi de ses « contrôleurs » de l’aéroport international de Beyrouth (en réalité des miliciens chargés de couvrir les trafics en tous genres du Hezbollah).
En fait, il s’agissait de faire comprendre aux alliés les plus fragiles de la coalition pro-occidentale où se situait la force réelle, quel que soit le résultat des élections.
L’apparente équanimité et le surprenant fair-play manifestés par les dirigeants du Hezbollah a la suite de leur défaite, le 7 juin, de l’alliance du 8 mars n’était pas, comme certains se sont plu à le croire, la manifestation d’adhésion du Parti de Dieu au code des bonnes mœurs démocratiques.
D’ores et déjà, les barbus étaient persuadés que cette coalition hétéroclite ne bénéficiait ni des moyens, ni des soutiens intérieurs et extérieurs susceptibles de mettre en œuvre le programme électoral souverainiste intransigeant sur lequel elle avait été élue.
Le retrait, le 4 août dernier, du PSP de Walid Joumblatt du bloc du 14 mars n’est pas une surprise pour ceux qui avaient eu connaissance des propos qu’il avait tenus, avant les élections, devant une assemblée de chefs de clans druzes, dans la montagne libanaise qui est le fief de cette minorité religieuse dissidente de l’Islam. En substance, il constatait que le « pays légal », tel qu’il ressortait des élections, était dangereusement éloigné du pays réel. Non seulement le découpage électoral permet à une coalition minoritaire en voix de se retrouver majoritaire au Parlement – ce qui s’est produit le 7 juin –, mais l’absence de recensement depuis 1960 distord encore plus ces résultats. En effet, la répartition des sièges dans les différentes circonscriptions est communautarisée en fonction de l’appartenance religieuse de la population. Chrétiens de diverses obédiences, musulmans sunnites et chiites, druzes se retrouvent ainsi représentés au parlement proportionnellement à leur importance démographique. Le « gel » de ce recensement est hautement politique : il vise à masquer le dramatique recul démographique des chrétiens, dû à un taux de natalité inférieur à celui des musulmans, et à une émigration massive vers l’étranger (France, Etats-Unis, Canada) pendant la guerre civile 1975-1990. A l’inverse, les chiites ont considérablement accru leur poids démographique dans la société libanaise.
Dans ce contexte, les Druzes, fidèles à leur tradition de soutenir les plus forts dans les Etats où ils se trouvent ( Liban, Syrie, Israël) en échange d’une large autonomie concédée à leurs clans, font le calcul qu’à moyen terme, le rapport de force devrait basculer du côté chiite, et qu’il convient, en conséquence de se rapprocher d’eux…
Walid Joumblatt n’en est pas à son coup d’essai en matière de renversement d’alliances : Son père, Kamal fondateur du PSP et lui même furent, dans les années 70-80 les soutiens de l’OLP de Yasser Arafat quand ce dernier défiait le pouvoir libanais et avait constitué un Etat dans l’Etat palestinien au pays du Cèdre.
Le rapprochement des Occidentaux avec la Syrie de Bachar el Assad n’incite pas non les Libanais à montrer leurs muscles face au grand voisin qui n’a pas renoncé à tirer les ficelles à Beyrouth. On attend toujours, d’ailleurs, l’arrivée d’un ambassadeur de Syrie dans la capitale libanaise. La commission internationale d’enquête sur l’assassinat de Rafic Hariri se fait très discrète depuis quelque temps, à l’inverse de Hassan Nasrallah, le chef du Hezbollah qui prétend être en mesure de bombarder Tel Aviv.
À part ça, on se baigne toujours en bikini sur les plages de Beyrouth-est. Pour combien de temps ?
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L'auteur
Luc Rosenzweig est journaliste.
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MLF dit
C’est pour quand la fin du “simplisme”?.
Serons-nous grands un jour?.
Pauvres-nous.L’époque.
nadia comaneci dit
Je crois que je saurai m’en rappeler le moment venu, cher Têtu. Les juifs et les homos comme baromêtre ultime des endroits à éviter sur la planète. L’idée est plaisante, non ?
Têtuniçois dit
Nadia , si les juifs sont mal vus au EAU , les homosexuels eux , y sont passibles de la peine de mort ! C’est un pays obscurantiste et arriéré , n’allez pas gacher des années de votre vie dans ce repère de barbus primates .
Averell dit
A Nadia Comaneci
Vous avez raison de signaler la beauté de certaines réalisations architecturales dans des petits Etats du Golfe. Je les détaille volontiers dans des revues spécialisées. Je pourrais également vous évoquer de fort belles mosquées contemporaines, comme la mosquée Hassan II, à Casablanca, édifiée entre 1986 et 1993, l’une des plus grandes mosquées du monde. Le répertoire de l’architecture traditionnelle arabo-musulmane, tant publique que privée, est parfaitement harmonieux et fonctionnel.
Vous connaissez certainement les réalisations de l’architecte espagnol Santiago Calatrava, ses constructions quasi-cinétiques, ses structures de radiolaires, des architectures inspirées de Michel-Ange, du plus bel escalier du monde, celui de la Biblioteca Medicea Laurenziana, et des coupoles de Guarino Guarini. Les structures de Santiago Calatrava sont d’une élégance rare, ses ponts (volontiers à haubans), ses gares, ses aéroports. Peut-être vous souvenez-vous du pavillon du Koweit pour l’Expo’ 92 à Séville. Et je suis resté bouche bée devant le réaménagement du Reichstag.
Connaissez-vous le projet architectural de l’écrivain Alberto Vázquez-Figueroa, originaire des îles Canaries ? Ce colossal projet inspiré de la Mésopotamie et de l’Egypte semble intéresser les Emirats Arabes Unis.
jemerappelle dit
D’acord, Tétuniçois, mes crittiques je les garderai pour moi.
Dire que c’est grâce à ce mot que l’humanité s’éveille à la raison, au nom de la liberté de critiquer que la Bastille fût prise, démolit pour que jamais quiconque ne soit emprisonné pour avoir osé critiquer, encore un symbole sans doute?
nadia comaneci dit
Têtu, c’est sûr que si je me mets à balancer des seaux d’eau froide par ma fenêtre sur le planton en dessous, c’est en Corée du Nord que je vais me retrouver vite fait. “Nos vestiaires”… Ma parole, vous confondez la maison avec le Stade de France !
Dubaï, c’est dans 3 ans, j’ai le temps de réfléchir. Au final, c’est encore moi qui choisis. Qui peux dire ce qu’il fera dans 3 ans, hein Têtu ? Vous, par exemple, je vous vois bien à la tête d’un club de rugby a-mateur.
nadia comaneci dit
Joaozim,
Dans la plupart de nombreux pays musulmans, il est impossible ou peu recommandé d’envoyer des diplomates d’origine juive, même si cette règle reste non écrite. Là encore, ce n’est pas le cas des EAU. Maintenant, je n’ai pas dit que j’en rêvais la nuit, mais c’est une partie du monde disons, porteuse, en terme de carrière. C’est tout et comme le notait très justement Impat, les EAU font figure d’ilôt relativement éclairé dans la région. Par une ampoule à 20 watts, pas un gros néon, ça vous va ?
Têtuniçois dit
Nadia vous auriez pu lui jeter seau d’eau fraiche ou mieux lui proposer une douche dans vos vestiaires …
A Dubai , vous allez vous emmerder , à part le shopping ….vous aurez quand même Causeur pour vous évader de ce pays prison .
Joaõzim dit
Nadia, la comparaison d’un pays arabe quel qu’il soit avec l’Arabie Saoudite sort forcément à l’avantage du pays en question… puisque dans le royaume wahabbite 95% de la richesse est détenue par la famille royale et assimilés et qu’une femme n’a en théorie même pas le droit de conduire un véhicule !
Les expatriés occidentaux, eux, y vivent dans des sortes de résidences fermées… les émirats sont un peu mieux lotis mais la pratique de l’islam y reste quand même très rétrograde.
La situation est différente dans des pays comme la Syrie ou même l’Iran, ou les femmes ont le droit de vote et peuvent assumer des responsabilités professionnelles…
Impat dit
Nadia, concernant les Emirats je pense, moi, que vous avez raison. Il y règne une vie culturelle importante, sinon intense, même aux échelons les moins élevés de la société arabe. Mais il faut préciser que ces échelons arabes les mons élevés ne sont pas vraiment la « société d’en bas », dont la population est en grande partie importée d’Asie, en particulier des Philippines
nadia comaneci dit
Têtu
Le gendarme a fondu, je ne le vois plus (c’est vrai en plus, il était juste sous ma fenêtre).
La perfide Albion est et restera la perfide Albion, vous n’avez pas idée. Je vous laisse à votre gargantuesque appétit, je fais un télégramme à mon collègue roumain pour vous interdire de séjour quand l’équipe est en stage intensif de préparation.
nadia comaneci dit
Je n’ai pas dit que c’était la démocratie à l’athénienne non plus, Joaozim. C’est juste une exception notable dans le désert. Voyez-vous, je me renseigne, il y a quelques chances que Dubaï soit mon prochain poste (le plus tard possible). La vie y semble plus facile pour nous qu’en Arabie Saoudite. Je ne peux pas vous en dire beaucoup plus.
Alpin dit
@joaõzim
Tout à fait d’accord ,il suffit d’aller à Londres,emplie des élites sociales
arabes et d’ailleurs sièges de nombreux
journaux comme “al-hayat”,pour constater
que l’ouverture et la séduction anglaise
ne retire en rien la fermeture de l’islam
traditionaliste.
En général pour tester une thèse sur
l’islam il suffit de prendre une approche
empirique, c’est éclairant pour qui veux
voir.
Têtuniçois dit
Nadia un rugbyman par jour , c’est possible en 15 jours . Quant au petit gendarme pensez à lui apporter une bassine d’eau froide pourqu’il puisse se rafraichir les pieds ….
On va encore dire que je détourne le sujet de l’article mais je sais comment faire le lien entre le rugby et le Liban , mon grand père qui a joué au rugby dans les années 30 au stade français a aussi été dans l’armée du Levant au Liban .
Je me souviens qu’il m’a raconté que malgré le fait que la France et le Royaume Uni soient alliés , ce sont les Anglais qui armaient les Druzes qui combattaient les Français .
Et voilà comment on retombe sur ses pattes .
Admirez l’acrobatie .
Joaõzim dit
nadia comaneci a écrit :
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“L’appauvrissement intellectuel généralisé du monde arabo-musulman est certes préoccupant Averell, d’autant que la manne pétrolière aurait pu jouer le rôle de catalyseur mécénique. Notez toutefois l’exception remarquable des émirats”
En parfait désaccord avec vous Nadia. Les émirats sont des paradis fiscaux, des îlots de richesse certes, mais dans lesquels la charia s’excerce à plein régime et où le pouvoir est détenu par quelques poignée de princes, descendants de chefs bédouins enrichis… le très relatif enrichissement culturel sponsorisé par les investisseurs ne profite qu’aux rejetons des familles riches, et je passe sur le traitement réservé aux travailleurs immigrés…
Le citoyen arabe lambda, même s’il pâtit d’une situation économique moins confortable, a sans doute une vie quotidienne plus enviable dans des pays comme la Syrie, l’Algérie ou le Maroc… leurs dirigeants fussent-ils des dicateurs corrompus ou des monarques autocrates.
Lanonyme ,le sans grade dit
A lire les échanges on en voit certains et selon les circonstances changer d’étiquette politique au gré du vent !
Faites comme moi votez EVA JOLY ,sans élire DCB !
Bien vu Averell,rien à rajouter .
Alpin dit
Nadia ,
Je ne saurais trop vous conseillez de lire
le beau et passionnant “JUSTINIEN”
de l’historien récemment disparu:
Georges TATE,un grand connaisseur du
moyen -orient,homme de terrain qui
n’hésitait pas à être conseiller culturel à
l’ambassade d’Irak en pleine tourmente.
Ce texte est plein d’enseignement pour
notre basse époque et ses menaces.
nadia comaneci dit
Têtu
Toute l’équipe ? Vous savez que le rugby se joue à 15 ? Vous avez les yeux plus gros que… le ventre, espèce d’iconoclaste.
Quant au massage de mes collègues, je gage que je n’aurais pas beaucoup de succès, ils voteront tous pour le nouveau petit gendarme VSL qui fait planton dehors en ce moment par 45 à l’ombre.
nadia comaneci dit
L’appauvrissement intellectuel généralisé du monde arabo-musulman est certes préoccupant Averell, d’autant que la manne pétrolière aurait pu jouer le rôle de catalyseur mécénique. Notez toutefois l’exception remarquable des émirats. On peut désapprouver le style pharaonique de leurs tours, mais tous les architectes du monde s’y pressent, le Louvre et la Sorbonne y ouvrent une antenne. Excusez du peu !
Quant aux autres, ils s’engluent avec l’Islam comme seul horizon. Un peu court pour favoriser les beaux esprits. Le renouveau viendrait du pays d’où le mal théocratique est parti ? L’histoire nous a habitués à de fameux pieds de nez, celui-là ne serait pas mal non plus.
Têtuniçois dit
Nadia , Chabal ou Armitage , je vous les laisse en revanche je prends toute l’équipe roumaine de rugby .
Pour ce qui est des archives , cette paperasserie ne sert à rien , demandez donc à l’Ambassadeur qu’il vous y installe un sauna et un hamam . Je suis sûr qu’il y aura plus de monde …..
Vous pourrez vous occupez du massage de vos collègues , vous serez bien sûr , payé en heure sup