Pas de Printemps pour Martine
Le PS et le Livre Noir des Libertés : hors sujet !
Publié le 23 mars 2009 à 14:00 dans Politique
Mots-clés : Martine Aubry, Parti socialiste
Mille cinq-cents participants selon les organisateurs. Quiconque a fait un peu de politique est capable de ramener ce chiffre vers sa valeur réelle : à tout casser, mille clampins, non plus selon les organisateurs mais en comptant les organisateurs. Ce qui nous ramène à huit cents spectateurs. Une fois déduits de ceux-ci les six autocars de militants du Nord-Pas de Calais réquisitionnés pour faire la claque et on arrive au grand maximum à cinq cents Parisiens ou banlieusards venus de leur plein gré. On n’ose même pas imaginer le chiffrage si le “grand” rassemblement du PS n’avait été agrémenté d’un concert gratuit de Sanseverino. Auquel cas nos amis socialistes auraient aussi bien fait de fêter le Printemps des Libertés sous un préau d’école du Pré-Saint Gervais.
La cata, le bide absolu, la Bérézina. Même Martine n’a pas pu le cacher aux participants, et s’est trouvée forcée d’abandonner dans son allocution le principe de déni absolu qui tient lieu de langue vernaculaire aux politiques de tous bords, bref de cracher le morceau : “Alors on nous dit qu’on n’est pas très nombreux !” Oui, Martine, on te le dit, vous n’étiez pas très nombreux, en vérité vous étiez ridiculement peu nombreux ; et comme on n’est pas des méchantes filles, on va même t’expliquer pourquoi.
Arrêtons-nous d’abord à l’hilarante thèse officielle du parti, à savoir le manque de préparation et le calendrier trop chargé du fait des mouvements sociaux. Manque de préparation, manque de temps ? De qui se moque-t-on ? Le Livre Noir du PS sur les libertés publiques – socle de ce rassemblement – annoncé depuis des mois, a été présenté il y a dix jours, accompagné d’un tonnerre de louanges dans la presse et imprimé à des dizaines de milliers d’exemplaires.
Manque de bol pour Martine et Marie-Pierre de la Gontrie, son auteur, si ce livre a probablement enthousiasmé Laurent Joffrin et Edwy Plenel, ce ne sont pas eux qui sont chargés de diffuser cet excellent ouvrage sur les marchés, dans les manifs ou au porte-à-porte. A peine imprimés, des dizaines de milliers d’exemplaires sont allés s’entasser dans les sous-sols des sections, impitoyablement livrés, comme disait Tonton Karl “à la critique rongeuse des souris”.
Sur place, au Zénith, même les plus vaillants militants renâclaient à lâcher un billet de 5 euros pour acquérir la chose. C’est que l’enthousiasme, lui, n’était pas à son zénith et la vision des travées vides donnait l’impression de s’être trompé d’endroit ou d’heure. Il est fort regrettable que la sauterie n’ait pas été programmée une semaine plus tard. Il y avait alors moyen d’exciper de la difficulté du passage à l’heure d’été et de son heure de sommeil en moins pour justifier l’ambiance sépulcrale.
D’ailleurs, deux petits signes ne trompent pas : les facebookiens socialistes ayant annoncé avec tambours et trompette sur leurs status du dimanche matin qu’ils filaient Porte de Pantin, se sont bien gardés de faire des commentaires élogieux le soir venu sur leur activité dominicale. Et lisons les leftblogs : sinistrose, sinistrose, le matin après les débats sur les collectivités locales. “À la fin de l’intervention, rien, pas un appel pour manger ensemble, partager un verre, sinon par ses propres moyens. Tout le monde faisait la gueule dans les rangs. Les militants venus en car pour voir, les intervenants sur scène, sans doute les chefs au premier rang. Et moi qui me demandais si j’avais bien fait de perdre une heure de métro pour venir me plomber le moral (…) J’ai donc eu un coup de blues. Pas longtemps. Juste le temps de sortir, parce qu’après le parc de la Villette, avec Géode, canal de l’Ourcq, cité des Sciences, est très sympathique, même sous un ciel grisouille1.” Des militants socialistes se sont cachés dans le jardin au milieu des joueurs de djembé et des enfants en bas âge, sauras-tu les reconnaître ?
Côté excuses à deux balles, on retiendra aussi celles de quelques hiérarques solfériniens présents sur place, tel David Assouline, qui a osé expliquer que l’affluence n’était pas si nulle pour assister à un “colloque”. Bien, bien, David. Mais as-tu le programme : “Rassemblement républicain pour la défense des collectivités locales et des droits de l’opposition”, “les libertés d’expression menacées, avec témoin slam”, sans oublier la clôture par Sanseverino, néo-chanteur français sautillant. Vous avez dit colloque ?
Quant à l’hallucinante antienne du mouvement social qui a gêné la préparation elle laisse sans voix. Heu, c’est quoi un parti gravement handicapé par un développement exponentiel du mécontentement populaire ? Normalement, c’est l’UMP. Ben non, ce coup-ci, c’est le PS. Et autant le dire tout de suite, en se cherchant des excuses à la va-vite pour justifier sa contre-performance de dimanche, Solférino, pour une fois, s’est approché de la vérité. Nous avons croisé des centaines de socialistes dûment badgés dans le cortège parisien jeudi dernier. Rien que devant le Cirque d’Hiver, point de rendez-vous des militants, ils étaient, au minimum un bon millier (c’est-à-dire plus qu’au Zénith, mais ne soyons pas cruels). Eh bien, pas un qui nous ait proposé d’acheter ce fichu Livre Noir, et à peine deux ou trois pour distribuer le tract du Printemps. Les autres, on se demande pourquoi, préféraient massivement distribuer le dépliant consacré aux problèmes du moment : “Réagir avec les socialistes”. Interrogé par nous-mêmes sur ce manque d’enthousiasme libertitudophile, un maire de la grande couronne nous a tranquillement expliqué qu’il se refusait absolument à diffuser un livre où l’on laissait entendre “que la justice était trop dure avec les petits voyous” avant de conclure, un rien agacé : “Marie-Pierre, quand elle veut, je l’emmène dans une cité !” Bref, oui, le mouvement social a plombé le Zénith des Libertés, pas pour cause de contretemps technique, mais de contresens stratégique. En clair, la direction du Parti a été incapable de voir qu’en bas, la mayonnaise sociétaliste ne prenait pas, qu’une fois franchies les frontières de l’hypercentre parisien, le militant lambda se contrebattait de la grande affaire du moment.
Le pire est qu’avec un soupçon de clairvoyance, on aurait pu éviter le naufrage : il suffisait, il y a une semaine, de changer de cap et transformer le raout “pour les libertés” en rassemblement pour le pouvoir d’achat ou contre les licenciements ou même pour l’abrogation immédiate du bouclier fiscal. Mais changer le programme des festivités, c’était alors prendre le risque de se fâcher avec la Ligue des Droits de l’Homme, le Grand Orient, les associations gaies lesbiennes ou trans, sans parler des SM ou du SM… C’était aussi prendre le risque d’avoir des choses concrètes à dire aux Français en matière d’emploi, de salaires, de protectionnisme.
Alors cessons d’accuser le temps ou le timing, la fatigue ou la haute tenue intellectuelle des débats. Si personne n’est venu, c’est qu’encore une fois le PS est à côté de la plaque. On avait pu croire qu’avec la défaite à la présidentielle, le retour de maman Martine, alias “La dame des 35 heures, du Nord et de ses usines”, le parti allait revenir aux fondamentaux. On sait que le PS est un parti de profs, de fonctionnaires, d’élus, de bac+5 bien pensants, mais on n’efface pas l’histoire comme ça. Dans les esprits, la gauche est du côté des petits. En clair ceux qui en bavent au boulot, dans des fonctions absurdes, mal payées ou guère mieux, dans des usines (excusez-nous pour le gros mot), des entrepôts ou des open space à la Défense. Et que c’est auprès de ces pouilleux-là, aujourd’hui encore plus qu’hier, que le PS doit aller chercher des électeurs. Et accessoirement tacler Sarkozy et la droite.
Croire que la droite est gênée aux entournures sur le mariage gay ou les sans-papiers est une erreur létale. Nadine Morano lance la polémique sur le “statut du beau-parent”, en clair pour les parents homo, ou bien s’étrangle sur les propos de Benoît XVI sur le préservatif et le sida ? La droite s’en fiche. Roger Karoutchi fait son coming-out médiatique ? Les militants UMP continuent à se demander qui est Roger K, sans s’interroger sur sa vie sexuelle.
Croire surtout que les électeurs de gauche ou même du centre font de ces thèmes une question centrale est une monumentale ânerie. Plus que tout le mal que nous avons pu dire sur ce penchant suicidaire, la fête de la libertitude en a fait la démonstration. On a voulu, une fois de plus, faire au Zénith du ségolénisme sans Ségolène. Bien vu !
- Lu sur le blog Au café Royal. ↩










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Baurelyre dit
N’est-elle pas un peu court taillée dans un vieux bois, cette idée qu’à l’inverse des cols blancs le petit peuple se contre-branle des libertés civiles ?
Et veut-on vraiment croire qu’il y aurait eu cohue de bleus de chauffe et de chemises à capuche au Zénith, si les aubrystes y avaient battu l’estrade autour du prix des nouilles ?
Merci aux auteurs de leurs rosseries, leur candeur les rachète.
B.
Hirondelle dit
Martine à la fête
Episode un peu moqueur mais pas dénué de sens. Le programme du colloque ne semblait pas très captivant en effet, ce qui explique tout. C’est une bonne nouvelle car dans le cas contraire, on aurait à coup sûr parlé d’un boycott des ségoléneux. Sans quoi ils auraient été 2500, au moins, sans compter les paparazzi. Il manque toujours aux socialistes un bon leader, un bon programme et de bonnes idées. Mais ils ont déjà une bonne salle, et un bon chanteur ! … en tout cas j’aime bien, moi, Sanseverino …
Gaspard dit
L’insécurité, schneider, n’est qu’un sentiment entretenu par une pression politico-médiatique, et absolument rien n’est fait par ce gouvernement afin de mener une politique sociale, seule capable de prévenir délinquance et criminalité.
Quant au PS, entre vous qui le voyez uniquement se cantonner à la lutte pour les libertés et l’Ours qui vient me dire qu’il est trop socialiste à son goût, on comprend vite qu’il y aura toujours matière à critique pour les éternels mécontents.
Tout cela n’est pas sérieux alors répondons plutôt au cynisme d’Aimée Joubert et de Marc Cohen par le cynisme, en regrettant que la machine à remonter dans le temps où le seul droit des femmes et des juifs en France était de se taire, n’est pas encore été inventée pour les envoyer tous deux à cette époque et qu’ainsi, ils puissent vérifier par eux-mêmes le niveau d’importance de la liberté du citoyen.
marc vasseur dit
Décapage en règle… rien à rajouter
schneider dit
@Gaspard
Oui et non Gaspard. Je ne suis pas expert en Marcohenologie (et en Aiméejoubertie encore moins), mais il me semble que le reproche qui est fait au PS, c’est juste de se concentrer sur les questions de liberté.
Dit autrement, le problème n’est pas que le PS défende les “libertés”, mais plutôt que le PS ne défende QUE les “libertés”.
Dit d’une troisième manière, en soi, le sociétal pourquoi pas, mais seulement si le social est défendu en amont.
Mais il y a également une deuxième critique faite par ce texte qui est également audible. La lutte contre l’insécurité nécessite des moyens qui peuvent faire vaciller certaines libertés. A partir de là, quel point d’équilibre choisir? Il est confortable de placer le curseur loin dans le camp des libertés quand on parle des centres-villes. Quand on subit l’insécurité en première ligne, la question se pose déjà dans d’autres termes. La position du PS dans ce débat semble fortement influencé par la sociologie de ses cadres et de son électorat.
Tout ceci ne me paraît pas être une position risible, même si la question des libertés publiques ne doit pas être jetée à la mer comme vous le signalez très justement.
L’Ours dit
Gaspard,
“…et qui rient de l’importance de la lutte pour les libertés dans le discours des sociaux-démocrates…”
Parce que vous trouvez que le PS se comporte et a un dicours de démocrates-sociaux? Alors on n’a pas la même oreille, je n’entends rien de tout ça. Sinon je serais largement moins critique à leur égard!
Je dirais même que le PS a manqué une chance historique de se revendiquer comme tel!
Gaspard dit
Oh, le discours ringard ! Hormis Frédéric Lefebvre (et lui, au moins, il a une excuse, c’est un clown sarkozyste, et rien de ce qui raconte ne doit être pris au sérieux) je ne croyais même pas que cela pouvait encore exister des moisis comme Aimée Joubert ou Marc Cohen.
Des neuneus, hétéros, mariés, divorcés, pères, mères et oisifs qui considèrent que la gauche doit se limiter à du Besancenot light et uniquement veiller à ce que la vie en usine soit juste rémunérée pour que leur pavillon de banlieue ne crame pas dans les émeutes, et qui rient de l’importance de la lutte pour les libertés dans le discours des sociaux-démocrates, cela ne peut qu’être qu’une blague pourtant déjà éculée au XIXème siècle !
C’est cela, Aimée et Marc, j’ai deviné, hein ? C’est un poisson d’avril avec une semaine d’avance, votre truc, là !
Lagavulin dit
Le problème, c’est que si ces drôles deviennent efficaces, ils vont se faire taxer illico de populisme, le genre d’ânerie à se faire refuser une table chez Lipp…
Pascal dit
Solferino-Sanseverino,ça rime bien pour un bide….
Pirée dit
Cette distinction entre libertés nominales et libertés concrètes me rappelle quelque chose.
Yanka dit
Savoureux article.
schneider dit
@Cyrano34
Bof. Le coeur ne me dit pas de me lancer dans un débat de 30 ou 40 post, mais votre lien entre libéralisme et liberté est le numéro de claquette libéral le plus éculé qui soit.
La tradition de gauche (trahie depuis un bail) était de s’interroger sur les conditions de la liberté. En gros il s’agissait de ne pas prendre les libertés pour leur valeur nominale, mais de les saisir dans leurs conditions concrètes d’exercice.
Pour prendre l’exemple sans doute le plus simple, le péquenot du fin fond de l’Ardèche bénéficie nominalement de la liberté d’expression. Sauf que la liberté d’expression nécessite l’existence d”un espace public permettant le débat politique, lequel espace est mis à mal par exemple par la concentration des entreprises médiatiques.
De même, un type qui habite un immeuble et un quartier où sont concentrées les franges les plus pauvres de la population, qui est allé dans une école sans moyens, et ne bénéficiant toute sa jeunesse que de services publics paupérisés n’en reste pas moins nominalement un citoyen libre de réaliser ses potentialités humaines. Pour être tout à fait complet, ces libertés ne sont pas purement nominales puisqu’il y en a quelques uns qui s’en sortent tout de même, mais statistiquement, c’est extrêmement peu. Libertés nominales contre libertés concrètes.
C’est de cette tradition, de celle qui tente de saisir les libertés dans leurs conditions concrètes (notamment, mais principalement économiques !) d’exercice, que je vous parle pour vous dire qu’à mon sens, le libéralisme est l’ennemi des libertés, les libertés concrètes nécessitant un constant travail d’équilibrage de la production et de la distribution par l’Etat.
Les mots ont un sens effectivement, mais une l’analyse ne peut se réduire à la pure sémantique, ou alors cela porte un nom : un artifice rhétorique.
L’Ours dit
Le PS a tort de vouloir centrer son ordre de marche sur la privation des libertés (bien que je le répèterai à chaque fois, la suppression du juge d’instruction sans que plus aucun pan de la justice ne dépende du pouvoir soit la chose plus grave décidée par Sarkozy, ce qui ne déclanche pourtant pas de tollé), les français ont des soucis très prosaiques en ce moment!
De la même façon, il semble que Sarkozy veuille de nouveau avoir comme cheval de bataille, la sécurité.
Il se fourre le doigt dans l’oeil. Si ce n’est plus le problème numéro un, il reste important, mais les français ne croient plus en lui sur ce point, il n’a absolument rien fait!
Sa chance est qu’on est sûr que la gauche ne fera pas plus! Elle ne ferait rien de plus sur le reste non plus. Concernant les idées, la gauche ouvre grand la bouche, mais elle est aphone!
Cyrano 34 dit
On ne peut pas taper sur le libéralisme à longueur d’année et prétendre ensuite qu’on veut défendre la liberté. Les mots ont un sens.
Impat dit
A Woland: Oui, pour preuve une extraordinaire pancarte affichée dans le dos d’un manifestant le 19 mars:
“Je ne veux pas gagner plus, je veux que les riches gagnent moins” !
Woland dit
de toutes facons les militants socialistes sont obnubiles par l’egalite, concept oppose a la liberte. Donc c’est sur que leur proposer ce genre de reunion ne les branche pas. Ils auraient du faire un livre noir de l’egalite, il serait parti comme un petit pain.
Caméraria ohridella dit
“Qui cherche dans la liberté autre chose qu’elle-même est fait pour servir…” Tocqueville – L’Ancien Régime et la Révolution.
Et oui quand nos amis Socialistes arrêteront d’instrumentaliser la Liberté (ou plutôt les libertés car la minuscule est plus en adéquation avec la portée de leur discours et la sincérité de leur indignation) et partant de se définir en creux par rapport à la Sarkonnerie, ils pourront peut-être s’élever au statut d’objet et non plus de simple sujet de leurs fantasmes et de leurs vues électoralistes de court terme (l’extrême gauche du NPA comme absolu inaccessible alors qu’il serait grand temps de dissoudre ce ramassis de commissaires de la pensée dans un bon bouillon de réalisme démocratique). De là à ce qu’ils soient un jour acteurs de la Liberté…
nadia comaneci dit
Je laisse la parole à Manuel Valls (une fois n’est pas coutûme !) : “Le livre noir est un mélange d’ultra-gauchisme infantile et d’antisarkozysme obsessionnel”. Il parle du livre noir ou du PS ?? Mais des deux mon capitaine !! Manuel, sautez pendant qu’il en est encore temps !
brennec dit
Cher Mark Cohen, vous êtes très cruel. Je vous soupçonne même d’être méchant.