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Ozon nous prend pour des potiches

Comment rater un navet

Publié le 25 novembre 2010 à 12:00 dans Culture

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La bande-annonce de Potiche est redoutable d’efficacité. Elle nous téléporte dans un univers seventies kitschouïlle, qui en fait théoriquement le parfait film du dimanche soir. L’intrigue, « librement inspirée » d’une pièce de Barillet et Grédy, promettait une bonne tranche de rigolade, certes au prix de quelques grosses ficelles. L’histoire en deux mots ? Dans la France des années Giscard, Pujol l’industriel – qu’incarne Fabrice Luchini – admoneste ses ouvriers et délaisse sa femme. Jusqu’au jour où une attaque le contraint à confier les rênes de l’usine à sa cocue d’épouse interprétée par une Catherine Deneuve au brushing impeccablement laqué. S’ensuivront une mini-révolution féministe et la transformation d’une petite ville de province patriarcale en avant-garde de la gynécocratie. En fait Potiche, c’est le kitsch de 8 femmes recouvert du papier peint féministe, le tout suintant d’un humour guimauve et niais.

Pauvres acteurs

À force d’avancer avec ses gros sabots, Ozon finit par s’essuyer les pieds sur le spectateur pendant 1h45. Sans craindre d’assumer son rôle de réalisateur démissionnaire. Comme ces parents qui laissent leur progéniture sortir jusqu’à pas d’heure, il s’amuse à martyriser ses comédiens en les mutant en acteurs de série Z. Quiconque a vu Luchini moquer l’empire du Bien au théâtre de l’Atelier, ne peut qu’être pris d’empathie pour le sort qu’Ozon lui réserve. Quel sens de la nuance psychologique fallait-il pour camper un grand patron tout à la fois cupide, volage, phallocrate et réac !

Que Luchini se console, le reste de la distribution n’est guère mieux loti. Tous récitent leurs poncifs lénifiants (« c’est le sens de l’histoire, partout les femmes prennent le pouvoir ») en pilotage automatique. Histoire de coller avec la pauvreté du script, ils font l’effort de (très) mal jouer. On le concède volontiers, cela finit par payer ! La seule trouvaille d’Ozon ? Convier une ex-gagnante de la Star’Ac à incarner Deneuve jeune et ses frasques filmées à la Marc Dorcel.

Soyons honnêtes, Ozon a au moins compris une chose : il est très difficile de rater un film. Potiche n’est pas une œuvre ratée mais un film manqué. Pour le rater, encore eût-il fallu essayer. Là où Ozon est impardonnable, c’est qu’il a loupé son ratage. Après tout, il y a des films ratés qu’on aime voir et revoir pour leurs rares instants de grâce ou leur mauvais goût extrême

Quitte à céder aux facilités d’un moralisme de supermarché – songez que le fin mot du film est « C’est beau la vie ! »- Ozon aurait dû pousser la provocation jusqu’au bout. Sans se contenter benoîtement de faire danser Deneuve sur du Michèle Torr, il aurait gagné à carrément dévaster son film : engager Max Pécas comme assistant-réalisateur aux côtés des toujours verts Jacques Balutin et Olivier Lejeune lequel, flanqué d’une moumoute blonde, aurait fait une Mme Pujol plus vraie que nature. Cela aurait eu de la gueule ! Mais à la consternation, la vraie, Ozon a lâchement préféré le son rassurant du tiroir-caisse. Après tout, les premiers chiffres du box-office lui donnent raison…

Faire triompher les avancées sociétales

Pourtant, Eclater de rire devant Potiche réclame un certain effort.
Du renversement des rôles sur lequel repose tout le film jusqu’aux amourettes entre le patronat en jupette et le syndicaliste bourru mais romantique, tout est strictement téléguidé. Les scènes aux couleurs guimauves s’enchaînent sans surprise et assaillent le spectateur de répliques ringardes et de sketches prévisibles. Alors devant la série affligeante de stéréotypes dégoulinants de conformisme, le spectateur ne peut qu’afficher un sourire convenu. Du créatif homo à la bourgeoise nympho, version Lady Chatterley relookée à la mode des seventies, du patron pourri aux employés exploités, Ozon ne va pas chercher très loin. De même que pour sa ridicule déduction : les femmes seraient de meilleurs patrons que les hommes, comme si les qualités morales étaient une affaire de sexe.

Mais là pas question de se moquer, il s’agit de faire triompher les avancées sociétales. Il est tellement plus confortable de se situer dans le camp des clichés officiellement admis comme vérités incontestables que de chercher à les perturber en inventant de réelles pitreries imprévisibles à l’ironie cinglante.

Le tableau final est donc consternant de bons sentiments. Femme libérée de la servitude liée à son sexe et à sa condition sociale, devenue le symbole d’un patronat moderne puis la super-woman d’une politique avant-gardiste, Mme Pujol aux côtés de son fils homo, désinhibé par son coming-out artistique, remporte la bataille menée contre l’archaïsme de la souveraineté patriarcale. Quelle leçon de drôlerie !

Mais Ozon atteint l’apothéose du kitsch lorsque, pour combler le vide du film, il s’adonne à aux clins d’œil anachroniques et faussement politiquement incorrects. Luchini ne cite plus Muray dans le texte mais Sarkozy. Des fameux slogans de la campagne présidentielle – « pour gagner plus, ils devront travailler plus » aux formules injurieuses – « casse toi pauvre con », voilà ce qui finit par faire rire le public. À croire que le sarkozysme est devenu dans le septième art la nouvelle ficelle du rire. Comme Mme Pujol qui fonde un parti « sans étiquette », François Ozon réalise un film qui tend vers le consensus mou pour mieux plaire à tout le monde. Potiche s’inscrit dans la lignée des films confortant les valeurs sacralisées de notre monde au lieu de s’en moquer.

Finalement, la seule potiche du film, c’est le spectateur.

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  • 27 November 2010 à 13h19

    Maxime dit

    Moi j’ai adoré le film et surtout Catherine Deneuve
    Et je n’ai pas lu la critique de ce torchon que l’on nomme Télérama

    Allez y, enfin, un film sympathique avec une grande actrice

  • 27 November 2010 à 13h16

    alaindeparis dit

    Vous êtes un peu durs, là !
    J’ai pris beaucoup de plaisir hier soir, dans une salle curieusement presque vide du 16è arrondissement, à regarder cette mise en perspective de la vie provinciale des années 70 (77 est-il dit). Plutôt années 60 finissantes, juste avant 68 auquel il n’est pas fait allusion.
    Décor un peu trop appuyé de papiers peints géométriques, de R16, d’Autobianchi, de transistor à piles, soit…
    Mais l’univers de fantaisie est campé dès les premières minutes, avec une Mme Pujol découvrant, avec des minauderies dignes d’Arielle Dombasle dans “le Maire et la Médiatèque” de Rohmer, la nature toujours recommencée, et les petits haïkus à sa façon qu’elle consigne de suite dans son calepin…
    La salle rugit de rire aux 2 citations “dans le texte” de notre Président (casses-toi, et travailler +), soit, mais dans 10 ans on aura tout oublié de ces références, et le film restera quand même : la trogne inénarrable des membres du CE affrontant la patronne, l’architecture très années 70 cette fois, de l’immeuble de la Mairie ou du Conseil Général, on ne sait, où Babin a son bureau, les scènes de campagne électorale au marché, les allusions de la mamy aux 11 enfants rencontrée elle aussi au marché, qui laisse Cath songeuse…
    Je ne suis absolument pas fan de Ferrat, mais la chanson de fin est une trouvaille, quand même, pour ce petit monde de bisounours, où chaque classe sociale restera chez elle
    Ne boudez pas votre plaisir, allez-y encore une fois, vous verrez

  • 26 November 2010 à 23h32

    xly dit

    Autant pour moi !

    Vérification fait : la critique de Télérama est très logieuse et assez fine. Ce qui prouve une fois de plus la justesse de l’aphorisme de Sacha Guitry “Il y a pire que le mensonge, c’est la conviction.”

  • 26 November 2010 à 23h22

    xly dit

    Dire qu’is se sont mis à deux pour écrire cette “critique “consternante, car ces deux-là n’ont pas compris que “Potiche” est d’abord un “pastiche” (osons un nom Chabrol), ensuite que c’est une farce et dans une farce surjouer fait partie du jeu. Par ailleurs il faut voir ce film au second degré et les clins d’oeil du réalisateur ne manquent pas pour nous le faire comprendre. Enfin ce film est la transcription (fidèle ou non, je ne sais pas le dire) d’une pièce de théâtre de boulevard dit “bourgeois” (quelle horreur pour Telerama et autres !) , avec tous ses tics et ses tocs (les portes qui claquent,les amours compliqués des parents et des enfants, les cris, les évanouissements, les rebondissements improbables), souvenons-nous par exemple du Oscar avec Louis de Funès dont les (premiers ) films étaient également du théâtre de boulevard surjoué.

    Ozon a réalisé un bon film de boulevard, qui évidemment trouvera un public qui ne sera évidemment pas celui de Causeur, heureusement pour lui.

  • 26 November 2010 à 15h15

    GPS dit

    Et puisqu’on parle presque de cinéma, un film recommandable : Memory Lane, de Mikhaël Hers. Oui, Le Point et L’Express ont trouvé que c’était chiant. En revanche, ils adorent Potiche.

  • 26 November 2010 à 15h13

    GPS dit

    @Bérénice
    Oui, c’est ce qui est dit : un film qui fait exprès d’être mauvais. On peut appeler ça ixième degré, ce que n’était pas Maillant (qui se contentait d’avoir de l’esprit). Il y a des gens qui pensent que c’est amusant d’être amusant (et difficile, aussi). D’autres qui se disent que c’est si amusant d’être nul. Et plus facile. L’application y suffit, le talent est facultatif. C’est l’école à laquelle appartient Ozon.

  • 26 November 2010 à 11h44

    pierrick777 dit

    C’est un peu un film à la guimauve. On dévore des yeux la sucrerie mais le sucre emporte la gueule et derrière ça manque de saveur.
    On garde un plaisir amusé de cette bonne distraction mais sans plus…