Oublier Pristina ? Pas si simple

Les Albanais voudraient entrer dans l’Europe pour sortir de l’Histoire. Ce n’est pas gagné

Publié le 21 août 2008 à 0:33 dans Monde

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Ce n’était pas une solution mais il n’y en avait pas d’autre. On ne saurait dire que les diplomates qui, à Pristina, Bruxelles, Paris, New York, Washington et Berlin, ont bricolé le Kosovo indépendant, soient très fiers de leur créature. Ils sont bien placés pour savoir que le nouveau confetti étatique qui vient de surgir dans les Balkans est un pur produit de leur impuissance. Incapables d’imaginer un autre chemin que celui sur lequel ils étaient engagés, ils se sont rués tous ensemble vers le précipice – encore une course de canards sans têtes comme dirait Luc Rosenzweig. La machine était lancée depuis juin 1999. Le plus simple était de s’en tenir aux promesses faites aux Albanais sans se montrer trop regardants sur les contreparties que l’on exigeait d’eux. Il est vrai qu’aux tarifs pratiqués par l’ONU et les autres boutiques internationales installées à Pristina pour guider le Kosovo vers un avenir radieux, on s’habitue vite à regarder ailleurs dès qu’un problème surgit et à éviter tout ce qui pourrait en créer. La MINUK, administration onusienne créée en 1999 pour gérer les affaires civiles du protectorat militaire de l’OTAN – et, accessoirement, garantir le caractère multiethnique des institutions s’est donc soigneusement employée à ne rien faire qui aurait pu froisser ceux à qui on avait promis les clés de la province.

Pas de vagues, des rapports encourageants à New York ou Bruxelles et quelques articles de presse enthousiastes : muni de ce viatique, n’importe quel petit malin bombardé conseiller d’un ministre fraîchement passé du treillis au costard-cravate est assuré d’avoir payé les traites de sa maison de campagne bien avant que le gouvernement du nouvel Etat soit en état de gouverner. Alors que les “onusiens” s’apprêtent mollement à plier bagages, les fromages les plus convoités ces jours-ci sont quelques dizaines de postes directement financés par la Commission européenne au titre du programme support police : 1200 € par jour, nets d’impôts, sans oublier le précieux per diem qui couvre les dépenses quotidiennes, sachant que voitures et téléphones sont à la charge de l’employeur, autrement dit du contribuable européen. Pour mériter ces largesses, il faut mener des enquêtes serrées sur Google, participer à d’innombrables réunions, boire des litres de café et prodiguer d’enthousiastes encouragements à des Albanais dont la bonne volonté est souvent l’unique compétence. Ainsi va le grand circus international.

Le plus cocasse est qu’à Pristina comme à Belgrade, l’unique horizon promis aux populations pour leur faire avaler la pilule du présent est l’adhésion à notre merveilleuse usine à gaz européenne. Et ça marche…Leurs grands-parents voulaient régénérer le genre humain. Epuisés par des décennies d’affrontements à plus ou moins bas bruit, gavés d’identité, Serbes et Albanais ont en commun une volonté farouche de s’adonner aux délices du marché mondial. Et ils pensent – peut-être à raison – que la baguette magique européenne transformera leurs citrouilles en carrosses avec le moins de casse possible. On veut du cash, pas des romans. Ce pragmatisme désenchanté explique que le logo européen opère comme un totem laïque, au point de figurer sur le drapeau – assez ridicule il faut bien le dire – du Kosovo nouveau. “Avec moi vous entrerez dans l’Union” : ce slogan est devenu l’archétype de la promesse électorale. Après tout, on peut les comprendre. L’Histoire, ils en ont soupé. L’Europe, c’est la promesse d’y échapper.

Seulement, il ne suffit pas d’empiler des technos, des grands principes, de l’argent international, des grosses voitures pour créer un Etat. En attendant la fin de l’Histoire, reste une situation inextricable, ubuesque sur le plan légal, incertaine politiquement et désespérante économiquement. Cinq membres de l’UE n’ont pas reconnu le nouvel Etat. Anticipant les ennuis, les ministres européens des Affaires étrangères avaient adopté une position commune en vertu de laquelle… chaque pays pourrait déterminer librement sa position (ce n’est pas une blague). Résultat : en théorie, l’Union ne peut pas, en tant que telle, avoir des relations avec cet Etat mal-né, reconnu seulement par 45 pays. Même chose, évidemment, pour l’ONU. Le hic, c’est que la MINUK est maintenant supposée refiler le bébé à EULEX (prononcer youlex), mission européenne chargée d’aider le gouvernement du Kosovo à accoucher d’un Etat de droit. Mais ni l’ONU, ni l’UE, entravées par leurs divisions, ne sont en mesure de définir les modalités, l’une de sa sortie, l’autre de son entrée en fonctions. Présent à Pristina depuis plusieurs semaines, le patron de EULEX, le général français Yves de Kermabon, peine à trouver des locaux pour ses troupes. Tout juste a-t-il pu négocier un accord technique sur le transfert de la MINUK à EULEX de certains équipements et du parc automobile, accord qui a immédiatement provoqué les hauts cris de Belgrade.

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  • 21 November 2008 à 22h34

    Nebo dit

    Nous avons perdu le Kosovo en 1389… nous ne l’avons récupéré qu’en 1912… nous avons un point commun avec les juifs, en effet… le sens de la patience. Donc, nous allons patienter, voilà tout… par contre, la prochaine fois… je crains vraiment le pire pour les albanais de la région…

  • 15 September 2008 à 15h18

    barry dit

    parsifal, enfin, vous avez réagi…

  • 10 September 2008 à 16h36

    parsifal dit

    à Barry : peut-on en savoir davantage sur le soutien serbe aux Juifs durant la Grande Guerre ?
    Bien cordialement.

  • 10 September 2008 à 16h32

    parsifal dit

    Que se passe-t’il au Kossovo et plus généralement dans cette europe centrale et balkanique post soviétique ?
    Qui tire quelles ficelles ? Comment caractériser l’intervention diplomatique et militaire des diverses instances internationales ?Amateurisme ? Approximation ? Pifomètre ? Calculs d’interêt ? Traffic d’influence ?
    Je sais bien que les diplomates ne travaillent pas dans les couleurs tranchées et qu’ils évoluent dans de subtils dégradés de gris , mais un peu de netteté de temps en temps cela fait du bien n’est ce pas Elisabeth ?
    Ils devraient venir à votre école et apprendre à voir clair et à raisonner juste !
    Bien amicalement .

  • 4 September 2008 à 13h51

    barry dit

    Je trouve qu’il y’a beaucoup d’indulgence sur les respnsabilités serbes quant à la naissance du Kosovo (j’ai ma petite idée sur la cause de ce soutien; les serbes ont soutenu les juifs pendant la grande Guerre).
    Oui, tout-à-fait Bernard da Costa, rattacher à la Serbie la région nord du Kosovo. D’ailleurs ça fait longtemps que cela aurait dû être fait.

  • 31 August 2008 à 20h15

    Devlin dit

    L’occident ne voulait pas de la grande Serbie !! résultat elle a fabriqué la grande Albanie !

  • 30 August 2008 à 12h41

    Bernard da Costa dit

    Le passé est le passé. La Serbie de Milosevic a voulu cette “reconquête” du Kosovo; elle en a payé le prix, au prix fort ajouterais-je. Elle a eu l’inintelligence de pousser à une confrontation Serbes/Albanophones, alors que la population kosovare était majoritairement d’origine albanaise et ouvertement autonomiste pour ne pas dire sécessioniste, ce qui conduisait inéluctablement à un conflit de type colonial expliquant largement les comportements génocidaires.
    Aujourd’hui, la raison et le bon sens commanderaient :
    1/ de faire cesser les exactions contre les Serbes au Kosovo. D’oppresseurs, ils sont devenus les opprimés et l’OTAN ainsi que L’ONU portent une lourde responsabilité dans l’absence de protection qui est leur lot quotidien
    2/ de rattacher à la Serbie la région nord du Kosovo, qui est majoritairement (voire exclusivement) serbe. Cela s’appelle le droit des peuples à leur autodétermination principe aussi important en droit international que celui d’intégrité territoriale.
    Avec son programme de “reconquête manu militari” de l’Ossétie du Sud et de l’Abkhazie, M. Saakashvili me fait l’effet de quelqu’un qui n’aurait pas médité la leçon kosovare.

  • 29 August 2008 à 13h30

    Ludovic Lefebvre dit

    Donc en résumé, ils ont créé l’Albanie et sont bien embêtés par les promesses faites à cet état mafieux donc ils font le mort. Combien de temps, la fuite en avant peut-elle durer ? Une preuve en sus de l’inéficacité européenne.

  • 27 August 2008 à 21h33

    blam dit

    Aujourd’hui on voit les kouchner et les Sarkos, les Américains, et les Jaap de hoop(mais comment peut on porter un nom pareil?) terrorisés par la boîte de Pandore qu’ils ont ouvert avec le Kosovo !

  • 26 August 2008 à 11h46

    MT dit

    Comme vous écrivez bien Elisabeth. Ainsi, le matin, avec mon pulco citron labellisé “equitable trade”, je contemple l’horizon et voit ainsi “Causeur” apparaître sur mon alignement arrière! Drôle de balise en définitive! Gageons que la pertinence de vos analyses équivaut à la tendresse qui se dégage de votre visage…Sinon, je déconseille vivement Pristina pour réussir vos vacances. Préférez ainsi le triangle sunnite, il paraît que le Rhum coule à flots et que la musique donne donne donne!

    Cordialement.

    MT

  • 24 August 2008 à 4h57

    Ludovic-Lefebvre dit

    Prenons garde de ne pas devenir aussi manichéen que Gluksman ou Lévy et de nous mettre à voir du Kosovo, de l’Albanie partout dès la rive du Rhin franchie.
    Si le rattachisme est bien là, les gouvernements, la situation géo-politique, les populations sont différents.

    Comme m’a dit une fois mon ami Saïd : Tbilissi à la jambe ou au bras ? Aïe, j’ai honte.

  • 22 August 2008 à 11h12

    barry dit

    Sa tactique est surprenante; peut-être voulait-il voir au delà de sa position politique, peut-être qu’il nourrit un grand dessein pour la Géorgie, quite à se faire évincer du pouvoir.
    Ou alors, c’est une histoire de pognon; pour un président après tout il y’a beaucoup d’argent à se faire dans le coin.

  • 22 August 2008 à 10h36

    Sam Ménerv dit

    BHL et Glucksmann usent des mêmes ficelles qui ont servi aux régimes staliniens.
    Leur seule explication est la diabolisation de Poutine et aujourd’hui de Medvedev, pour nous expliquer leur position sur ce nouveau conflit.
    Il serait temps d’admettre que cette époque est révolue.
    Je ne sais pas si Sakachvili a eu tord de provoquer la Russie, mais il semble être suffisamment stupide pour croire que les occidentaux vont mourir pour lui.

  • 22 August 2008 à 10h32

    Sam Ménerv dit

    BHL et Glucksmann usent des mêmes ficelles qui ont servi aux régimes staliniens.
    Leur seule explication est la diabolisation de Poutine et aujourd’hui de Medvedev, pour nous expliquer leur position sur ce nouveau conflit.
    Il serait temps d’admettre que cette époque et révolue.
    Je ne sais pas si Sakachvili a eu tord de provoquer la Russie, mais il semble être suffisamment stupide pour croire que les occidentaux vont mourir pour lui.

  • 22 August 2008 à 2h44

    Ludovic-Lefebvre dit

    Tu m’étonnes qu’ils soient contents.

  • 21 August 2008 à 21h42

    barry dit

    Je connais une famille de Kosovar; ils sont contents pour l’instant.
    On verra…

  • 21 August 2008 à 19h48

    Ludovic-Lefebvre dit

    Qui les détruiraient, ceux qui ont formé cet état indépendant à grands coups de cris d’orfraies ?
    Les serbes ne furent pas angéliques lors de la rupture yougoslave, mais ils reconnurent au moins leurs crimes. Leurs adversaires ne furent guères plus humains, cependant leurs agissements furent estompés, voir dans le déni. Normal, c’étaient les gentils du conte. On va commencer à vraiment voir le résultat dans une dizaine d’années. Oui, ils sont bien ennuyés des monstres kosovars et albanais qu’ils ont promulgués, mais mauvaise nouvelle, nous aussi.

  • 21 August 2008 à 17h03

    barry dit

    Quoi!? Aujourd’hui des camps d’entraînement d’al qaida au Kosovo?
    Ils doivent être vâchement balèzes dans ces camps si personne ne les a détruits jusqu’à présent…
    Mais les Ossetes, ils veulent l’indépendance tout en étant considéré comme russes?
    je ne comprends pas? J’abandonne pour aujourd’hui.

  • 21 August 2008 à 14h51

    Ludovic-Lefebvre dit

    Connaître le nom d’obscurs organismes onusiens, européens, celui d’une rivière en Albanie est déjà un tour de force, de savoir. Identifier le bourbier géo-politique qui ne pouvait être qu’une marmelade devient un exploit dans cet imbroglio opaque. Que peuvent-ils faire d’autres que de le compliquer à l’envi, au paroxysme, puisque “ce qui se dirige bien s’énonce clairement” pour faire dans la paraphrase ?

    Les politiciens, journalistes et intellectuels du Bien créèrent un monstre qui à l’instar de celui de Frankenstein va écouter de la musique ailleurs si ce n’est pas une leçon de l’Histoire , un coup de pied dans le cul des matamores du petit théâtre des médiocrates, le P S est encore un parti d’opposition et l’UMP un parti de droite.

    Lorsque je vois des putes albanaises sur les boulevards parisiens, des clans d’albanais hyper-agressifs à Luxembourg Ville, les camps d’entrainements d’Al Qaïda au Kosovo, je pense à Kouchner et je souris.

    Pas besoin d’être albanais pour songer à une place de fonctionnaire européen, mes voisins luxembourgeois- pourtant ô combien libéraux- rêvent presque tous aussi d’une bonne place au parlement européen, travailler moins pour gagner plus, comment résister ?

  • 21 August 2008 à 11h49

    barry dit

    “Il s’agit alors de décider ce que l’on fait des peuples benêts qui souhaitent s’émanciper d’une grande démocratie pour se rapprocher d’une atroce dictature”

    Ce territoire est-il vraiment pro-russe? J’ai cru comprendre que c’était bien plus compliqué que cela. Mais j’y connais rien.