Où est passé le réel tsigane ?
La gauche n’a pas le monopole du déni

L’effarante et indigne chasse aux sorcières tsiganes qui déferle dans notre pays depuis un mois à coup d’expulsions massives ethniquement ciblées n’a, en tant que telle, trouvé jusqu’à présent aucun écho dans Causeur. L’inquiétant phénomène – à savoir, le déchaînement, en actes et en paroles, d’un racisme d’Etat des plus détestables – a littéralement disparu, escamoté derrière la nuée bourdonnante des épiphénomènes.
Ce qui a retenu l’attention et suscité la colère de notre cheftaine Élisabeth Lévy, ce sont pour l’instant uniquement « les clameurs de vertu outragée qui, de Washington à Bruxelles, s’élèvent contre la France » et les leçons de morale administrées à la France par les gouvernants roumains, dont elle souligne à raison et avec humour le caractère résolument croquignolesque. Pourtant, seuls ces dérapages anti-français l’ont incitée à recourir à la véhémence de l’adjectif « insupportable ». Il me semble cependant que celui-ci s’impose davantage concernant la traque policière des Roms en France et les mauvais sorts lancés par Nicolas Sarkozy et au nom de la France contre les « gens du voyage » (hélas, cette expression ne désigne pas ici les touristes), qui constituent pour la dignité française – et pour celle des Roms, en premier lieu – une insulte et une blessure d’une envergure bien plus considérable.
Ce qui a ensuite retenu l’attention d’Elisabeth Lévy, c’est la subite passion pour Benoît XVI qui s’est emparée d’une grande partie de la gauche après la mise en garde adressée par celui-ci à Nicolas Sarkozy. Ce ralliement, s’il est comique, m’a semblé à moi fort bienvenu, tout comme l’intervention du Saint Père. Gil Mihaely a pour sa part développé d’intéressantes hypothèses sur les motivations politiciennes qui ont pu intervenir dans la défense des Roms par Benoît XVI et la rivalité entre Rome et les évangélistes.
Le rituel de la dénonciation des belles âmes
Dans la rhétorique de mes camarades nouveaux-réactionnaires, il est incessamment question du « réel ». Dans leurs discours, ce concept se construit invariablement selon le même mouvement et selon ces deux définitions strictes : 1) « le réel est tout ce qui échappe à la gauche » ; 2) « le réel est tout ce que la gauche ne veut pas savoir ». Le corollaire de ces deux définitions très singulières du « réel », c’est qu’il suffit d’être de droite pour que le réel se mette soudain à sauter dans vos bras et à vous lécher les mains comme un animal docile et reconnaissant. Le « réel » oublie ainsi peu à peu qu’il est né d’une négation pour devenir ce qui s’offre immédiatement à la sensibilité des nouveaux-réacs, dans la transparence de la pure évidence et, supposément, sans interprétation, sans aucune idéologie.
C’est l’enfermement dans cette définition du « réel » qui me semble par moments précisément clore l’accès au réel de mes camarades néo-réacs en les emprisonnant parfois eux aussi dans les ressassements de l’idéologie. Ils ont certes raison de pointer les ressassements et les concours de « belles âmes » d’une partie de la gauche. Mais leurs dénonciations prennent parfois un tour tout aussi automatique et rituel que les « cris d’orfraies » de la gauche. Je crois que nous gagnerions beaucoup à adopter deux définitions plus riches du « réel » : 1) « le réel est tout ce qui m’échappe » ; 2) « le réel est tout ce que je ne veux pas savoir ». Le « déni de réel » n’est pas le monopole de la gauche. Et le réel de la gauche excède infiniment ce fameux déni de réel qu’on lui prête si généreusement. Les dénis de réel des autres sont certes passionnants et instructifs, mais jamais autant que les nôtres. Le réel est ce vers quoi nous tâtonnons tous avec une difficulté extrême et dont l’excès nous échappe nécessairement. L’art, et notamment l’art du roman – et par exemple celui de Florina Ilis – y permettent parfois des percées vers des profondeurs inaccessibles au réductionnisme idéologique.
Dans le cas des persécutions contre les Roms lancées par Sarkozy, l’attention presque exclusive consacrée dans Causeur aux épiphénomènes a fonctionné, il me semble, comme un déni de réel. Mes amis néo-réacs ont, je crois, souvent tendance à fuir le réel par cette voie : oublier et négliger un phénomène massif et parfaitement concret pour ne parler que de ses épiphénomènes discursifs ou médiatiques, hissés au rang de réalité suprême. (En ce qui me concerne, on connaît mon éclectisme : je n’hésite pas à recourir à la fois aux méthodes de la gauche et à celles des néo-réacs pour mieux bondir en avant dans mes aveuglements.)
Jouissance raciste et jouissance antiraciste
Il y a enfin un autre présupposé « néo-réac » que je ne partage absolument pas : c’est celui selon lequel les seuls dangers sérieux et réels dans le présent viennent invariablement de la bête immonde antiraciste. C’est le présupposé qui inscrit racisme et antiracisme sur un axe temporel linéaire, qui renvoie systématiquement le racisme réel au passé et qui tient l’antiracisme pour le fait idéologique unique du présent. Je partage la critique de l’antiracisme, mais uniquement pour autant que celle-ci ne nous fait pas négliger le réel plus menaçant encore de la montée du racisme, du racisme « à l’ancienne », qui est hélas un fait tout ce qu’il y a de plus contemporain.
Lacan a pronostiqué un jour que la jouissance raciste avait un bel avenir devant elle – et il a ajouté que cela ne l’amusait pas du tout. Il ne s’est hélas pas trompé, je crois. C’est une erreur considérable de croire que la jouissance raciste a disparu à la faveur de la montée de la jouissance antiraciste. Ces deux jouissances ne se succèdent pas : elles coexistent dans notre présent. Et si chez Sarkozy la jouissance raciste est fort probablement simulée, comme Jean-François Kahn en avance l’hypothèse de manière très convaincante, ce fait privé est de peu d’importance. Elle n’en risque pas moins de provoquer dans le réel une contagion de jouissances racistes qui, elles, seront tout ce qu’il y a de plus sinistrement réelles.
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L'auteur
Bruno Maillé est un paria timide.
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Benjamin dit
Merci pour ce son de cloche dissonant chez causeur monsieur Maillé!
Tout élément de réflexion est bon à prendre pour tenter de saisir le “réel”.
Lisa dit
@Fiorino,
Je croyais vous avoir répondu, mais mon post a dû passer à l’as, je disais donc :
Comment pouvez-vous préjuger de ce que je pense ? mais ça ce n’est pas grave…
Ce que je veux vous dire, sans chercher à vous le faire croire, c’est que l’Eglise n’exclut pas les homos, elle leur demande de ne pas avoir une sexualité active, c’est différent.
Anne Gallet dit
Comment ça, c’est plus compliqué que ça ?! Oh là là ! J’en ai marre de ces trucs compliqués ! Je fais quoi cet aprèm’, je manifeste ou pas ?
Je pourrais y aller ! Ça fera un bon paquet ! J’aime bien les paquets ! Les gros paquets qui chantent d’une seule voix : «Sarko facho». Ça c’est de la réalité ! (Pas «Sarkofacho» mais le paquet).
Ce qui ne m’empêchera pas de changer de paquet quand il faudra voter pour intégrer, sédentariser, filmer, compter, statistiquer, facebooker, carted’identifier, normomifier ces nomades qui z’en font qu’à leur tête.
Tiens, un peu de Flaubert, pour finir. Très actuel, non ?
« Je me suis pâmé, il y a huit jours, devant un campement de Bohémiens qui s’étaient établis à Rouen. Voilà la troisième fois que j’en vois. Et toujours avec un nouveau plaisir. L’admirable, c’est qu’ils excitaient la Haine des bourgeois, bien qu’inoffensifs comme des moutons. Je me suis fait très mal voir de la foule en leur donnant quelques sols. Et j’ai entendu de jolis mots à la Prudhomme. Cette haine-là tient à quelque chose de très profond et de complexe. On la retrouve chez tous les gens d’ordre. C’est la haine qu’on porte au Bédouin, à l’Hérétique, au Philosophe, au solitaire, au poète. Et il y a de la peur dans cette haine. Moi qui suis toujours pour les minorités, elle m’exaspère. Du jour où je ne serai plus indigné, je tomberai à plat, comme une poupée à qui on retire son bâton. »
Gustave Flaubert à George Sand, le 12 juin 1867
Anne Gallet dit
Si «les» Roms sont des voleurs, pourquoi les expulser ? Faut les juger, les condamner, et les mettre tous en prison. C’est comme «les» hommes d’État, «les» maires, «les» PDG, «les» légionnés d’honneur… Pas d’expulsion, tous en prison !
Ah ! Y a aussi des gentils Roms ?
Mais alors… Oh là là, c’est trop compliqué pour moi ! Si c’est ça «la réalité», c’est trop compliqué ! Faut trouver un truc plus simple !
On a qu’à pas s’occuper des Roms ; on va juste s’occuper de ceux qui z’aiment bien les roms, et de ceux qui z’aiment pas Roms. Ça fait deux camps, c’est fastoche ! Les gentils et les méchants ; ou le contraire, c’est pareil, ça fait toujours les gentils et les méchants.
Mais Delanoe, il est dans quel camp ? Il est gentil ou méchant ? Il manifeste cet aprèm’ avec ceux qui z’aiment bien les Roms, mais pour ce qui est des terrains pour les «gens du voyage», des milliers de caméras de vidéosurveillance, des délégations de vigiles pour nettoyer Paris de ses errants, il fait comme ceux qui z’aiment pas les Roms. Merdalors, la réalité, c’est vraiment trop compliqué !
S’occuper des Roms, c’est vraiment compliqué. Au début, c’est romantique, et après c’est la réalité et ça devient compliqué. Ils veulent quoi, «les» Roms ? Voyager ou pas voyager ? [oui/non]. Un campement sous un échangeur d’autoroute ou un algéco à Pantin ? [oui/non]. Voler ou prier ? [oui/non]. Jouer de la guitare ou jouer du couteau ? [oui/non]. Des papiers d’identité ou des papiers gras ? [oui/non].
rackam dit
Ce fil ressemble à présent à une carcasse de voiture, criblée de balles, fumante, éventrée, laissant fuir des liquides multicolores.
Et si on passait charitablement une tête pour prendre des nouvelles du conducteur, il vous répondrait, le visage noirci, depuis le petit vélo d’à côté:
“C’est moi qu’on visait mais je n’étais pas dedans.”
A la sulfateuse: Gran Fiorino
Sur le vélocipède: Maillé, braisé.
Fiorino dit
Bruno Maillé
“J’espère avoir le temps d’écrire un article pour lever ces malentendus”
Et bien je hâte de découvrir comment vous allez nous faire passer pour de la philosophie les écrits de ce monsieur et son ami Frédéric Martel directeur du site qui depuis des années insultent les résponsables d’assos et se font insulter. Ils sont contre la victimisation des homos, par contre ils se posent en victimes des maléfiques assos homos. Eclairez nous aussi sur ses élucubrations sur les liens entre homosexualité et viol (vous voyez toujours des sujets très positifs). Et voilà comment un prof d’espagnol au lieu de se faire suivre par un psycologue il devient psycanaliste et psychiatre pour tout le monde.
Fiorino dit
@ Lisa
Je vous parle du réel, de la vraie vie, essayez de vous mettre à la place de l’autre pour une fois. Vous avez dix huit ans et vous avez passez votre vie dans la paroisse, où vous avez vos amis et vous êtes croyants il est pratiquement impossible de vivre sereinement dans une paroisse si vous avez une relation homosexuelle. D’ailleurs l’église a même regretté que certains pays levent l’interdiction de l’homosexualité. Alors il ya de masos et c’est leur problème, mais peut être chez les jeunes du kiss-in il ya des personne qui ont subi cette discrimination et cet abandon. Et je pense que ça doit être très violent. Pour moi la solution n’est pas le kiss-in mais ce n’est pas non plus aussi grave que casser de bagnboles ou tirer sur les flics et il faudrait arreter de sauter sur la première et unique occasion pour taper sur les assos homos.
Fiorino dit
(suite)
Les homosexuels idéntitaires (qui evidemment le sont tout pour la même raison sans nuance selon nos amis homophiles) serait la cause de l’homophobie. A-t-on intérrogé les auteurs d’agressions homophobes pour savoir s’il connaissaient Didier Lestrade? Car les comportements que vous haïssez chez les homos des assoss, vous pouvez le trouver aussi au crif dans les assoss musulmanes, femministes, des chasseurs, des cheminots. Pourquoi tant de haine et jamais un mot d’empathie?
Lisa dit
@Fiorino,
“exclu de facto par l »église? ”
Sauf que l’Eglise n’exclut pas les homosexuels.
Fiorino dit
@ Bruno Maillé
Oui bien sûr c’est un peu comme les Indigènes de la République quand il mettent en cause le caractère antisémite du meurtre d’Ilan Halimi en realité ils sont judéophiles (Philippe Ariño met en doute le caractère homophobe du Matthew Shepard)
Très bien ce monsieur est un ésprit libre e non superficiel et sa pensée n’est pas invalidées:
Donc s.v.p.
Donnez moi les chiffres qui montrent que “la dictature homosexuelle maquille les meurtres en suicides” et s’il vous plaît le nom du dictateur de la dictature homosexuelle occidentale. En plus c’est marrant qu’il fasse appelle au livre de Dorais pour nous dire que dans les suicides homosexuels l’homosexualité n’est pas la seule cause (merci comme dans n’importe quel suicide) sans dire que le même auteur arrive à une conclusion totalement différente c.a.d. la société a une responsabilité sur le taux élévé de sucides chez les ados homos (je sais bien que pour votre ami Murray ils se suicident car l’homosexualité et source de malheur). Quand au Kiss-in cela ne vous ai jamais venu à l’ésprit que parmi ces jeunes gays il y en a pas mal qui ont reçu une éducation catholique sans l’avoir demandé et puis ils se sont trouvé exclu de facto par l”église? Un peu d’empathie jamais M. Maillé? Vous sauté sur la seule occasion de l’année pour taper sur les homos donc je comprend que vous partagiez la même haine de Philippe Ariño envers les homosexuels qui s’affichent.
Lisa dit
@Quad pater
C’est la lahallicité à la française.
Bruno Maillé dit
Je confirme ne pas être l’auteur de l’article sur le poisson gay.
J’ignorais que Philippe Arino écrivait sur un site proche de Martine Aubry, mais c’est un esprit libre et sa pensée n’est pas invalidée par les supports qu’elle choisit.
Le résumé que vous avez donné de sa pensée n’est absolument pas fidèle à l’original. Il faut le lire réellement. C’est une pensée infiniment plus “homophile” (au sens d’un amour véritable, non pas superficiel) que celle de n’importe quel militant homo mainstream. C’est une pensée qui refuse les simplifications. C’était également le sens de mon machin sur les Bisounours. J’espère avoir le temps d’écrire un article pour lever ces malentendus.
expat dit
@ Quad : pas mal ça, pas mal. Vous avez envoyé un mail à Impat pour notre déj ? On est maintenant 8 je pense.
Quad Pater dit
Bonjour Souris, je vous invite à lire la transcription écrite de l’interview de Jeannette Bougrab sous la vidéo, et sa superbe coquille :
La HALDE / hallal ? ah la la… la salade ! sale HALDE, halte à Allah, là !
Souris donc dit
Reconduites de Roms: la présidente de la Halde n’est “pas choquée”
Carnet de circulation que les gens du voyage doivent aller faire tamponner tous les 3 mois à la gendarmerie : cela choque Jeannette de la Halde. Pas moi qui suis pistée à tout moment par le fisc, la banque, les assurances, l’EDF, l’eau, le gaz, ça vaut bien un carnet de circulation : dois-je me sentir discriminée ?
Mais Jeannette de la Halde n’est pas choquée pas les reconduites à la frontière des roms.
Jeannette de la Halde n’est fan ni de Sardou ni des Quick halal : nous voilà rassurés.
http://www.rtl.fr/fiche/5949847597/jeannette-bougrab-je-ne-suis-fan-ni-de-sardou-ni-du-quick-hallal.html
Fiorino dit
@ expat
Alors vous allez être gaté avec le site pro-aubry, après nous avoir expliqué que son mari M.Brochen a défendu les assos intégristes musulmanes “car tout le monde a droit à un avocat” (sauf qu’il ne s’est pas limiter à defendre mais aussi à attaquer, voire le procès contre Bourras un ex musulman) voici cet article sans aucune nuance:
http://www.nonfiction.fr/article-3680-freiner_lhomoparente.htm
rackam dit
Fiorino,
“il est tout de même plus facile être catholique à l’école qu’homosexuel.”
Je ne sais pas , je n’ai essayé que l’un des deux.
:)