L’élection de Trump est pain bénit pour Moscou | Causeur

L’élection de Trump est pain bénit pour Moscou

Entretien avec le général Richard Shirreff

Auteur

Ana Pouvreau et Mark Porter
Ana Pouvreau, est consultante en géopolitique. Mark Porter est journaliste britannique.

Publié le 09 novembre 2016 / Monde

Mots-clés : , , ,

trump russie otan schireff

Sipa. Numéro de reportage : AP21973239_000002.

Ana Pouvreau et Mark Porter. Dans votre roman, la Russie de Poutine, devenue l’adversaire stratégique de l’Occident, se prépare à une collision frontale avec l’OTAN. Pour passer de la fiction à la réalité, comment évaluez-vous les intentions géopolitiques de Vladimir Poutine ? Est-il décidé à rétablir les frontières de l’ex-URSS ?

Sir Richard Shirreff.1 Je ne pense pas que cela soit son objectif, bien qu’il ait déclaré, à plusieurs reprises, qu’il considérait que l’effondrement de l’Union soviétique constituait pour lui la plus grande catastrophe géopolitique du xxe siècle. Son but principal est de redonner à la Russie son statut de grande puissance, comme le montre de manière flagrante la politique russe menée au Moyen-Orient. Dans les anciennes républiques soviétiques qui constituent leur « étranger proche », les Russes souhaitent rétablir leur domination sur cet espace, ce qui n’est pas la même chose que de rétablir les frontières de l’ex-URSS.

Poutine est-il un personnage aussi dangereux que le président russe que vous décrivez dans votre livre ?

Oui, le danger me paraît réel car Poutine est un opportuniste sans scrupules. En Crimée et en Syrie, il a saisi l’occasion quand elle s’est présentée. Cela ne veut pas dire qu’il ne réfléchit pas en véritable stratège. Les Russes sont enclins à penser de manière stratégique et à établir des listes de priorités. C’est dans leur ADN, car ils doivent englober, dans leur analyse, à la fois l’Europe occidentale, la mer Noire, l’Asie centrale et l’Extrême-Orient.

De plus, Poutine n’est nullement soumis aux contraintes habituelles qu’impose la démocratie. Il dirige entouré d’une clique de conseillers qui n’osent pas le contredire. Il se serait, dit-on, complètement investi dans la spiritualité orthodoxe et se serait même doté d’un conseiller spirituel. Enfin, il sait être extrêmement persuasif. Porté par sa voix onctueuse, on peut l’écouter pendant des heures. Il est donc en mesure de tirer des ficelles émotionnelles, ce qui fait de lui un sérieux danger.

[...]

  1. Général à la retraite, sir Richard Shirreff a passé toute sa carrière dans les troupes blindées au sein desquelles il a pris part aux guerres du Golfe et d’ex-Yougoslavie. Ex-commandant suprême adjoint des forces alliées en Europe (2011-2014), il vient de publier 2017 War with Russia: An Urgent Warning from Senior Military Command (Houder and Stoughton, Londres, 2016).
  2. Elbridge Colby, « Russia’s Evolving Nuclear Doctrine and its Implications », note de la Fondation pour la recherche stratégique (FRS), 12 janvier 2016.

  • causeur.#40.bd.couv

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    publié dans le Magazine Causeur n° 40 - Novembre 2016

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    • 15 Novembre 2016 à 12h06

      Pol&Mic dit

      “ils” (de tous bords) roulaient des mécaniques en permanence……
      comme quoi, rien n’est jamais gagné !……..

    • 11 Novembre 2016 à 8h07

      Pol&Mic dit

      OBAMA ou POUTINE… l’un vaut l’autre avec des méthodes très différentes !
      mais ils sont tous les deux des “politiciens”…… ça veut tout dire!)

    • 10 Novembre 2016 à 21h01

      Fontsiou dit

      D’où sort ce faucon déplumé?

      On pourrait lui rappeler quelques faits: la Russie a occupé la Crimée favorable à la Russie: les Criméens sont majoritairement Russes et le gouvernement maffiocratique qui la dirige, avec des partis ouvertement nazis dans la majorité, voulait interdire l’usage de la langue russe. Mais la RUssie n’a pas envahi l’est de l’Ukraine comme le prétend Shirref, ce sont des russophones d’Ukraine qui combattent. La Russie les aide, certes, comme l’UE et les USA aident le gouvernement ukrainien…
      Etonnant de voir interviewer dans Causeur un belliciste US de ce niveau. A moins que ce ne soit un coup de billard à deux bandes?

    • 10 Novembre 2016 à 20h54

      Fontsiou dit

      D’où sort ce faucon déplumé?
      On pourrait lui rappeler quelques faits: la Russie a occupé la Crimée favorable à la Russie: les Criméens sont majoritairement Russes et le gouvernement maffiocratique qui la dirige, avec des partis ouvertement nazis dans la majorité, voulait interdire l’usage de la langue russe. Mais la RUssie n’a pas envahi l’est de l’Ukraine comme le prétend Shirref, ce sont des russophones d’Ukraine qui coma

    • 10 Novembre 2016 à 20h52

      André Plougardel dit

      Une souris verte qui courait dans l’herbe
      Je l’attrape par la queue
      Je la montre à ces messieurs
      Ces messieurs me disent:”trumpez”la dans l’eau,
      “trumpez la dans l’huile ça fera un “fuck off” tout chaud

      André Plougardel militant FN ,chômeur

    • 10 Novembre 2016 à 2h40

      bu2bu dit

      Poutine a une politique étrangére,
      Il tire de sa compréhension de la géopolitique internationale, les actions qu’il juge utiles pour son pays,
      qu’il défend nonobstant les cris d’orfraies des uns et des autres.
      Et ça fait de lui un “opportuniste sans scrupules” ?
      N’importe quoi.

    • 9 Novembre 2016 à 23h14

      Pepe de la Luna dit

      Le début pathétique de l’interview ne donne pas envie de lire le reste… Ca tombe bien, c’est réservé aux abonnés, aucun regret.

    • 9 Novembre 2016 à 20h41

      saintex dit

      excellent !!!
      Entretien avec le général Richard Shirreff sur son livre, “L’interprétation de Michel de Nostredame appliquée à la géopolitique binaire moderne”.
      Moment fort : Nous avons activé une opposition pour destituer le Président pro-russe en Georgie et prévu la réaction des Russes. Nous avons fait de même en Ukraine et n’avons rien vu venir. Il est fort ce Poutine.

    • 9 Novembre 2016 à 20h34

      abilliard dit

      Pain béni oui; Pain bénit non !
      Désolé,
      AB

    • 9 Novembre 2016 à 17h23

      dov kravi דוב קרבי dit

      La synecdoque du titre laisse songeur : j’ignorais que les dirigeants russes eussent le droit de bénir le pain.
      Mais en ces temps bénis où le peuple retrouve (un peu, et pour combien de temps ?) le droit de penser par lui-même et de voter en conséquence, tout redevient possible.

    • 9 Novembre 2016 à 16h10

      steed59 dit

      tiens c’est curieux ce galonné semble souffrir de troubles de la mémoire : rien sur la multiplication des bases OTAN autour de l’ex-URSS (Balkans, Europe de l’est, Asie centrale ..), rien sur les grandes manœuvres otaniennes en europe de l’est, rien sur l’ingérence des USA contre un président démocratiquement élu en Ukraine.

      Je crois qu’un petit rappel des actualités récentes lui ferait le plus grand bien.

      • 9 Novembre 2016 à 16h19

        Flo dit

        Ce général est probablement un faucon. Le clan des faucons américain est terriblement agressif, on ne s’en rend pas compte ici où on ne connaît pratiquement pas ce phénomène.

        • 9 Novembre 2016 à 22h58

          Pierre Jolibert dit

          Mais il est britannique, un faucon maltais peut-être.

    • 9 Novembre 2016 à 15h58

      steed59 dit

      comme quoi c’est là où on voit qu’un militaire, c’est pas fait pour réfléchir

    • 9 Novembre 2016 à 15h25

      silco dit

      Les anti américains vont être satisfait. Trump ne veut plus s’occuper de l’Europe: Poutine va prendre le relai.

      • 9 Novembre 2016 à 15h32

        Flo dit

        Ohé mon petit silco, faut grandir un jour ! Les Européens peuvent fort bien s’occuper d’eux-mêmes. Ils sont grands. Ce ne sont plus des enfants.

        • 9 Novembre 2016 à 15h34

          lisa dit

          Oui mais certains (dans les dirigeants) sont les toutous de l’oncle Sam

        • 9 Novembre 2016 à 16h00

          Flo dit

          Oui lisa, mais peut-être qu’ils vont être eux aussi renvoyés dans les poubelles de l’histoire :-D

        • 11 Novembre 2016 à 17h24

          silco dit

          Cher Flo
          A part se regarder le nombril, que savent faire les européens qui ont raté une belle occasion de s’affirmer avec la crise des Balkans et que, piteux, ils ont demander aux Américains de venir les aider?

      • 9 Novembre 2016 à 15h36

        Pierre Jolibert dit

        Et ce qui est génial, c’est que ça ne représente aucune rupture avec ce qui a précédé, si on en croit en tout cas Icre Mermouz :
        L’offensive russe en Syrie est tout sauf un camouflet. Obama laisse faire. Obama est complice. Obama et Poutine ont fait un deal. (…) Grâce à Poutine, Obama a démasqué les traîtres de comédie (…) Par son inaction, il a révélé l’impuissance des Européens qui ont désarmé et attendent tout de l’oncle Sam. (…) Des Européens persuadés que le soldat Ryan viendra toujours les sauver. Contre les chars russes ou les hordes de migrants, contre l’argent de la Chine. Mais le soldat Ryan ne reviendra pas. Il s’appelle désormais Manolito [on pouvait trouver mieux, 2 syllabes ça fait plus sérieux]
        mais comment se fait-il que ces phrases d’Icre Mermouz n’aient suscité aucun commentaire dans aucun sens, lui dont on scrute jusqu’au procès le moindre pet de travers sur tout autre sujet ?

        • 9 Novembre 2016 à 15h42

          thd o dit

          Quels européens ? La France et le Royaume-Uni font leur travail.

          Bien sûr, les gens de l’RPS sont en train de passer l’industrie de l’armement française sous contrôle allemand (une vieille coutume chez les collabos germanophiles) mais cela n’engage pas le pays réel.

        • 9 Novembre 2016 à 15h56

          steed59 dit

          c’est qui icre mermouz ? Et pourquoi raconte-t-il tant de bêtises ? La Russie intervient en Syrie, elle n’a pas envahi l’Europe occidentale.

        • 9 Novembre 2016 à 16h25

          Pierre Jolibert dit

          Cette chronique est un peu outrée et date de février dernier (citation plus longue sous le fil Obamania). J’hésite à rétablir le nom en anagramme de l’auteur : imaginez que son “Plaidoyer pour Obama” (sous-titre de cette page reparue dans le recueil imprimé il y a deux mois par les bons soins d’Albin Michel, p. 472-473) aggrave le tort qu’on lui fait déjà concernant une prétendue apologie du terrorisme de sa part.
          Vous avez raison sans doute de protester quant à la faiblesse des pays européens : c’est exactement ce que je pense d’ailleurs dans la fameuse phrase prononcée en entretien pour Causeur qui a suscité les reproches d’apologie : elle exagère la faiblesse. Je ne prends plaisir à citer tout ça que parce que ça contrevient aux jugements les plus courants tout en leur prenant l’idée de la dissimulation : Il a compris que les Printemps arabes étaient un mythe. Il n’a pas voulu recommencer l’expérience en Syrie. Sous son air idéaliste, Obama est un cynique.
          C’est quelque chose de difficile à prouver, mais c’est tellement beau, j’aime tant la dissimulation, le machiavélisme, le contrôle de son image et de son allure ; le plaisir qu’on a à voir des foules entubées est si grand. J’espère bien que c’est au moins assez vrai.

        • 9 Novembre 2016 à 16h31

          steed59 dit

          avant de parler de faiblesse, encore faut-il comparer les puissances de frappe et de défense, et encore faut-il veiller à bien définir son ennemi – si jamais on en a.
          Pour l’instant j’ai entendu dire qu’on était en guerre “contre le terrorisme” (a priori pas contre la Russie, donc). Et à ce jour j’ignore combien le terrorisme possède de divisions, de tête nucléaire, de vecteurs de projection, de sous-marins, porte-avions, chasseurs etc…

          Quand on aura répondu à ces questions, on pourra avoir un vrai débat

        • 9 Novembre 2016 à 23h01

          Pierre Jolibert dit

          Il y a bien des éléments de comparaison dans l’entretien.
          Bon de toute façon, je ne parle de ça que pour le plaisir de citer un éloge d’Obama par Zemmour dans des colonnes où abondent en temps normal les éloges de Zemmour et les lazzi contre Obama.
          Géopolitique d’abord.