OTAN: coup de semonce des États-Unis | Causeur

OTAN: coup de semonce des États-Unis

Quand Trump accule les dirigeants européens

Auteur

Jean-Claude Allard
est Général de division (2° S).

Publié le 02 mars 2017 / Monde

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Trump ne veut plus participer au traitement de toutes les crises. A l’inverse, pour les pays européens, la dimension militaire de l'OTAN importe de plus en plus, car elle est garante de l’existence d’une capacité de défense, à moindre coût, grâce à la puissance américaine. Analyse d'intérêts divergents.

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D’invitation à faire quelque chose, le mot semonce a changé de sens, jusqu’à désigner une mise en garde ferme. Un glissement sémantique qui se retrouve dans les rapports États-Unis – Europe au sein de l’OTAN.

Alors qu’il était seulement candidat, le président américain a tout au long de l’année 2016, multiplié les déclarations sur sa volonté de faire payer ses alliés, notamment européens, pour la contribution que les États-Unis apportent à leur défense. Il estime que les Européens ne font pas les efforts suffisants pour équilibrer la contribution américaine au sein de l’OTAN, allant même jusqu’à menacer de ne pas remplir ses obligations si les Européens ne remplissait pas les leurs.

Trump accuse le laxisme européen

Ce message a été retransmis le  15 février 2017 aux ministres de la défense européens, lors d’une réunion à Bruxelles, par Jim Mattis, le ministre de la Défense américain. Une intervention vue comme un « ultimatum » par la presse américaine et comme « rassurante » par la presse européenne. Une différence d’analyse qui reflète bien les positions politiques de chaque côté de l’Atlantique. Les Européens estiment avoir besoin de la puissance militaire américaine alors que les États-Unis, qui sont fortement investis militairement depuis 2001 au Proche Orient, veulent, et cela depuis la chute de l’URSS et la montée en puissance de la Chine reporter leurs efforts militaires sur le Pacifique. Les accusations portées par le président Trump contre le laxisme européen en matière de défense ne sont donc pas nouveaux mais la critique contre l’OTAN en tant que telle est un fait nouveau plus surprenant.

Il faut mettre en évidence les lignes de forces structurant la relation transatlantique pour comprendre la portée des multiples déclarations sur la question de la défense de l’Europe et de l’OTAN.

Le traité de Washington (4 avril 1949) scellait, dans son article 5, un pacte de défense entre 12 pays1 pour faire face collectivement à toute attaque contre le territoire de l’un des signataires. Afin de parfaire la capacité à répondre à la menace militaire de l’URSS implicitement désignée comme l’ennemi potentiel, une organisation civilo-militaire fut mise en place.

Une OTAN en plusieurs strates

L’organisation civile, avec notamment le Conseil de l’Atlantique nord (CAN), régule les processus de la décision politique alors que l’organisation militaire intégrée, sous les ordres du SACEUR (Supreme Allied Command in Europe ou Commandant suprême des forces alliées en Europe) constitue une architecture d’états-majors et de troupes prêts à réagir. Cette structure permanente combinée et ses efforts d’harmonisation des procédures et des matériels (interopérabilité) en ont fait une remarquable mécanique d’intégration pour des forces multinationales. C’est pourquoi, après la disparition de l’ennemi soviétique, elle a pu perdurer pour remplir des missions en liens de plus en plus lâches avec son objectif initial de défense du territoire européen des pays membres, qu’il s’agisse d’opérations coercitives (Bosnie Herzégovine – 1992/ ; Kosovo-depuis 1999/ ; Afghanistan-2003/2014, …), de lutte contre le terrorisme islamiste, la piraterie ou de secours aux populations. Elle a été, dans plusieurs de ces opérations, le bras armé du Conseil de sécurité.

Il faut donc d’abord comprendre que « l’organisation » n’est qu’un outil bifide (politique/militaire) de « l’Alliance ». L’administration américaine prend bien en compte cette distinction pour porter ses critiques sur un rééquilibrage entre États membres pour la création et l’entretien de la caisse à outils militaires et non les chantiers sur lesquels les employer (décision politique).

En effet, l’organisation politique (CAN) est la seule instance dans laquelle États-Unis et autres pays occidentaux peuvent se retrouver pour parler de sujets politiques. Et les États-Unis ne veulent pas céder sur cet avantage : les nouvelles autorités américaines se sont rendues au siège de l’OTAN, le président Trump doit rencontrer les dirigeants des pays de l’OTAN en mai 2017. Dans les autres instances internationales sont présents des pays tiers. Quant à l’Union européenne, aucun contact n’a été pris à ce stade. De leurs côtés, les pays membres ont intérêt à conserver cette organisation politique qui leur permet d’avoir un droit de regard sur toute opération de l’OTAN même s’ils n’y participent pas (raisons pour lesquelles, par exemple, les pays membres avaient insisté pour faire conduire les opérations en Libye par l’OTAN).

Pour la Maison blanche, le volet militaire de l’Alliance importait lorsqu’il était vu comme un outil pour renforcer (Afghanistan), voire remplacer (Libye) un engagement direct américain. Mais le nouveau président ne veut plus participer au traitement de toutes les crises, donc l’outil devient moins utile pour lui. A l’inverse, pour les pays européens, la dimension militaire importe de plus en plus, car elle est garante de l’existence d’une capacité de défense, à moindre coût, grâce à la puissance américaine. Ainsi, le budget de défense des États-Unis représente 70% du total des budgets militaires des pays membres. Ils sont quasiment les seuls à appliquer la règle d’affectation de 2 % du PIB à la défense2. C’est bien ce que les États-Unis reprochent depuis la fin de la guerre froide à leurs partenaires européens qui ont glissé vers la facilité de « toucher les dividendes de la paix ». Après les supplications, puis les injonctions, voici maintenant venu le temps des mises en garde, dans le style direct du nouveau président, sur l’idée de « pas d’engagement militaire américain, s’il n’y a pas un meilleur partage du fardeau financier ».

Des Européens conscients mais coincés

Certes, l’on peut supposer que les dirigeants européens sont conscients de la vulnérabilité de leur défense face aux menaces grandissantes. Qu’elles soient sur leurs frontières Est ou résultent du développement d’une idéologie islamiste fortement anti-occidentale en voie de s’installer solidement, si elle n’est pas contrecarrée à temps, sur ses frontières sud, de l’Atlantique jusqu’en Asie centrale. Mais ils sont bloqués par la situation de fait créée par leurs politiques d’augmentation des dépenses publiques corrélées à une diminution des dépenses de défense. Ils savent qu’inverser la tendance pour répondre à l’attente du président Trump, c’est brusquer des opinions publiques bercées par les doux chants de la paix. Comme il s’y ajoute des affinités modérées pour la nouvelle Administration américaine, des incertitudes sur l’avenir politique dans chaque pays européen, une propension à édulcorer les menaces, l’Europe semble saisie d’une lassitude identique à celle qui a saisi la France dans les années 1930.

Il ne s’agit donc pas d’un bras de fer entre un président « imprévisible » et des dirigeants plus enclins aux formes diplomatiques classiques mais de répondre à une question de fond : les Etats-Unis reviendront-ils en Europe, en cas de besoin, au cri de « Lafayette, nous voici » ?

La réponse est dans une appréciation de situation géopolitique partagée sur deux sujets majeurs : la Russie, et les dossiers conflictuels ouverts par la précédente Administration rejointe par de nombreux pays européens ; l’islamisme, comme idéologie conquérante. Sur tous les autres dossiers, et notamment la Chine ou les principes du commerce international, l’administration Trump semblerait avoir fait le choix de ne plus y associer l’Europe. Et elle est ensuite sur la nature de la stratégie à mettre en place face à ces différents sujets.

Et, qu’il s’agisse d’analyse géopolitique ou de stratégie, le président Trump ouvre clairement de nouvelles perspectives, qu’il s’agit désormais d’explorer.

  1. Belgique, Canada, Danemark, États-Unis, France, Islande, Italie, Luxembourg, Norvège, Pays-Bas, Portugal et Royaume-Uni.
  2. Une règle fixée pour tenter d’enrayer la décroissance des budgets de défense au sein de l’Alliance. Outre les États-Unis avec un taux de 3,6 % représentant 664 058 millions de $, seuls le Royaume uni, la Grèce, l’Estonie et la Pologne dépassent ce seuil pour un total cumulé de 77 656 millions de $.

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    • 2 Mars 2017 à 19h30

      Letchetchene dit

      Aujourd’hui quelle armée en Europe!

      Aucune , 200 soldats , 20 000 administratifs !!!!! Cela je ne l’invente pas , je l’ai appris un soir dans une conférence d’officiers supérieurs français au fort GANTEAUME à Marseille , cette conférence avait pour débat:
      “Europe quelle défense , avec quelle armée”!!

      Je peux vous dire que nous avons de gros soucis à nous faire si demain un quelconque ennemi devait nous attaquer (genre E.I.) car les officiers supérieurs présents on clairement dit qu’ils ne pensaient à aucun moment à une attaque venant de la RUSSIE !!!

      Alors qui pour construire cette fantomatique armée de l’UE:
      la Belgique, le Luxembourg , les Pays Bas , la Norvège, l’Autriche , l’Italie , l’Espagne ,l’Allemagne !!!

      Allez arrêtons de rire est dissolutions de l’UE par la sortie de notre pays de cette entreprise de comique……….

      • 3 Mars 2017 à 0h11

        Alex Z dit

        La défense européenne n’existe pas et n’existera jamais. De Gaulle avait parfaitement compris, déjà dans les années 50/60, que les américains ne s’engageraient pas dans une guerre nucléaire qui signifierait la destruction des Etats-Unis, sous prétexte que l’une ou l’autre des nations européennes serait attaquée.
        Il en avait conclu que la dissuasion nucléaire française était la SEULE garante de notre indépendance, et le seul bouclier contre une attaque ennemie.
        Depuis la chute du mur de Berlin, nous avons à tort pensé que désormais tout le monde il était beau, tout le monde il était gentil ! Résultat, on a diminué drastiquement le budget de l’armée française, on a supprimé la conscription, dissous des régiments à tour de bras, si bien qu’aujourd’hui, je me demande encore si on a une vraie armée.
        Aujourd’hui le risque d’une conflagration mondiale, est à mon avis plus grand que durant la guerre froide. La Russie montre les dents et multiplie les provocations, la Chine augmente son budget militaire, tout cela ne présage rien de bon. Au point que les pays baltes voient revenir avec effroi la menace russe, et que la Suède vient de rétablir le service militaire face aux provocations incessantes de leur immense voisin.
        Je me demande bien quelle sera l’issue de tout cela, et franchement, j’avoue que je ne suis pas très optimiste.
        Une Amérique qui prend ses distances avec l’alliance de l’Atlantique Nord, et avec ses alliés de toujours, l’Europe, une défense européenne totalement utopique qui ne verra jamais le jour, une armée française réduite à la portion congrue….
        Nous sommes dans la même situation qu’en 39. Nous nous croyions alors la première armée du monde. Une déculottée sans précédent a suivi. Parce que que tous les signaux d’alerte, et il y en a eu, ont tous été ignorés.
        Aujourd’hui les signaux d’alerte, c’est pas ce qui manque, et encore une fois, en France, tout le monde les ignore.
        Aura-t-on cette fois-ci encore un autre homme providentiel ? J’en doute.

        • 3 Mars 2017 à 13h10

          Lecteur 92 dit

          Disons que quand on regarde ou écoute les médias français, hormis la présidentielle, il n’y a aucun autre problème dans le monde.
          Quand on lit ou on écoute des média étrangers, et quand on voit le nombre de militaires et de moyens militaires que l’on met sur le front de l’Est, on s’aperçoit qu’il y a peut être d’autre sujets de préoccupation.
          De toute façon en France, la réponse est toujours que c’est la faute aux autres.

    • 2 Mars 2017 à 17h40

      Naif dit

      Cet article répond admirablement à celui sur les politiciens professionnels qui seraient, soit disant, indispensable. Merci ! 

    • 2 Mars 2017 à 11h57

      François dit

      Demander à cette vieille Europe (Donald Rumsfeld) ou à une Europe en vieille femme stérile (Pape François) de relever le gant d’une nécessaire et saine virilité à reconstruire pour retrouver. C’est pas gagné.
      L’étude des genres se charge d’y faire barrage.

    • 2 Mars 2017 à 11h20

      Philvar dit

      L’Otan est un bon exemple d’une Europe mal construite, mal dirigée par des instances plutôt plus que moins corrompues par l’action des innombrables lobbies qui s’empressent de les tenter. Un peu comme les spermatozoïdes autour de l’ovule ! C’est là où l’action de nos juges impartiaux et honnêtes jusqu’aux os, pourraient être les plus utiles; les sommes en jeu sont sans commune mesure avec les quelques utilisations mal définies d’indemnités aléatoires quant à leur réelle utilisation. Y compris les différentes règles fiscales des pays composant cette “Europe” qui la transforme ce qu’en d’autres temps nous nommions “républiques bananières”!

    • 2 Mars 2017 à 10h32

      A mon humble avis dit

      Le vrai problème est que les militaires existent pour faire la guerre, et que quand il n’y a pas de conflits, ils en cherchent… et en trouvent souvent.
      Le Vietnam répondait à “l’envie” du Pentagone de guerroyer quelque part après la Corée, et “on” a fait croire au peuple américain que c’était nécessaire pour la sécurité des États-Unis.
      Ce qui se passe pour l’Ukraine est du même ordre: l’Otan invente un casus belli avec la Russie uniquement pour justifier son existence, en surfant sur les anciennes peurs du temps de l’URSS. Les dirigeants européens ont fait ce qu’il fallait en 1914 pour déclencher une guerre mondiale à partir d’un assassinat politique qui ne concernait qu’un seul pays, l’Autriche-Hongrie. Ils ne sont pas loin de recommencer un siècle après…
      Ce qui importe aux peuples est donc plus de pouvoir museler le zèle belliqueux de certains généraux et dirigeants politiques, que de trouver une utilité quelconque à l’Otan, en Europe centrale, en Afghanistan, en Afrique et -pourquoi pas?- sur la lune.
      Une fois cela garanti, alors nous, peuples d’Europe, seront d’accord pour financer une armée qui pourra nous défendre efficacement, avec ou sans les Américains.
      Cela passe nécessairement par une redéfinition formelle de l’Alliance atlantique, et donc par des changements majeurs dans les traités: l’Otan doit mourir pour renaître sous une forme adaptée à notre époque, et pas perdurer avec une organisation politique qui date de l’après-guerre, plus ou moins triturée pour essayer tant bien que mal -et plutôt mal que bien- de répondre aux besoins actuels et futurs.

      • 2 Mars 2017 à 11h10

        Philvar dit

        L’Ukraine n’est pas un trop bon exemple. De nombreux ukrainiens regrettent l’URSS qui leur interdisait la comparaison de niveau de vie avec l’Occident. Et comme maintenant ils sont colonisés par la Russie qui leur achète tout à bas prix et leur revend à prix d’or, ils sont plutôt anti-poutine comme cause de tous leurs maux. En réalité ce sont leurs dirigeants qui ont bradé leur pays avec des accords commerciaux léonins avec la Russie. Toujours manipulation des foules !

    • 2 Mars 2017 à 10h30

      Philvar dit

      “” brusquer des opinions publiques bercées par les doux chants de la paix. “” Quand on connait la facilité déconcertante de manipulation des foules je crois que le vrai sens de cette phrase est plutôt l’invention d’opinion publique pacifiste pour justifier la position retenue. Par ailleurs il serait intéressant de connaître la part US dans les dépenses d’équipement des troupes de l’OTAN y compris les retombées annexes telles que l’achat d’avions US par la Pologne et probablement d’autres.

      • 2 Mars 2017 à 17h18

        Philvar dit

        Je n’aurais pas dû écrire “dépenses” mais bien fournitures d’équipements et de matériel. Car cela c’est du commerce !

    • 2 Mars 2017 à 10h09

      Mkutch dit

      Cette manie de voir, souhaiter,désirer, nécessiter,etc…la Russie comme un menace!

    • 2 Mars 2017 à 10h01

      Polush dit

      N’y aurait-il pas une faute dans votre titre, à moins que cela soit une contrepèterie??

    • 2 Mars 2017 à 8h19

      Phifi dit

      Comme disait l’autre
      - Si vis pacem para bellum