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Orwell, connais pas !

Dans son Atlas, Le Monde oublie la dimension totalitaire des utopies

Publié le 04 janvier 2013 à 14:30 dans Culture

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orwell le monde

Une carte est souvent moins intéressante par ce qu’elle montre que par ce qu’elle cache et, sur une mappemonde ancienne, le curieux négligera les côtes aux contours précis pour scruter le rose tendre des terres inconnues ou le bleu vide de l’océan, là où devraient figurer des îles ou des continents. Ce qui happe le regard, ce ne sont pas les pleins, mais les creux et les trous.

Tel est précisément le cas de l’Atlas des utopies, numéro hors-série du Monde qui vient de sortir en librairie, faisant suite à quelques opus mémorables, comme les Atlas des religions, des migrations ou des civilisations. Un Atlas qui, en outre, s’amuse à jouer sur les mots, l’utopie étant étymologiquement le « lieu qui n’est pas ». Sauf que, bien entendu, elle n’est pas que cela. Dès l’origine, en effet, dès le livre de l’humaniste anglais Thomas More qui, en 1516, donne son nom au genre, se dévoile l’oscillation qui en constitue l’essence : le balancement entre rêve et projet, entre l’espoir et le souhait, entre u-topie, le lieu qui n’est pas,  et eu-topie, le pays du bien, la république parfaite. Trois siècles plus tard, le Dictionnaire de l’Académie, qui consacre l’entrée dans la langue française de ce qui est devenu un nom commun, définit l’utopie comme « un plan de gouvernement imaginaire où tout est parfaitement réglé pour le bonheur commun ». Ce qui se cartographie, ce sont donc ces projets imaginaires − lesquels supposent que l’on peut passer du rêve à la réalité et que par ses propres forces, par la technique et par la science, l’homme est en mesure de construire une société parfaite, réunifiée, réconciliée. À cet égard, l’Atlas des utopies offre aux lecteurs un panorama qui, au premier abord, semble presque exhaustif, évoquant aussi bien  les sources de la pensée utopique que les « utopies en marche » des XIXe et XXe siècles, ou les « utopies de demain ». Bref, de quoi alimenter en sujets divertissants les longues soirées d’hiver et les dîners où l’on s’ennuie. Pourtant, le plus intéressant est sans doute ailleurs : dans les trous de la carte. Dans les sujets qui n’ont pas été abordés ou à peine, et qui, au fond, nous en disent plus que les articles des « experts » réunis pour l’occasion.

[...]

Atlas des utopies, numéro hors-série Le Monde / La Vie, 188 p., 12 euros.

  1. M. Abensour, Le Procès des maîtres rêveurs, Arles, Sulliver, 2000, p. 42.
  2. 2. Cf « L’utopie, c’est le goulag ! », Magazine littéraire, juillet 1978.
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  • 12 Janvier 2013 à 21h41

    StefanR dit

    Les mondes de Platon, de Campanella et d’autres auteurs restent dans un monde honorable, justement parce qu’elle sont des utopies, autrement dit de la littérature. Des qu’on les mets en pratique elle ont montre leur côté criminogène. Malheureusement l’écologie, le politiquement correct ou l’Islam ne sont pas de la littérature…
     

  • 7 Janvier 2013 à 13h28

    pascal.solal@cegetel.net dit

    Le libéralisme économique est une utopie, car il prétend, lui aussi, faire le bonheur des peuples.

  • 5 Janvier 2013 à 13h05

    mathieu coutisse dit

    Mr. Rouvillois ne nous invite pas à chasser ou diaboliser l’utopie, mais à faire preuve, à ce sujet, d’un esprit de discernement. Je le remercie pour ce partage de connaissances, de réflexions et de mémoire. Mathieu Coutisse

  • 5 Janvier 2013 à 9h39

    ylx dit

    de Jesse Darvas @l’auteur: avez-vous un exemple concret, un seul, d’un chef de régime totalitaire qui se serait revendiqué d’une “utopie”(en utilisant ce mot)?
    Bien entendu, car les promoteurs des régimes totalitaires croyaient dur comme fer que leur projet était réaliste et réalisable…d’où les désillusions de leurs peuples quand ils ont comparé le rêve (de ces promoteurs) et la réalité (de leurs vies qotidiennes).

  • 5 Janvier 2013 à 0h22

    Jesse Darvas dit

    pour compléter, et comme je suis d’un naturel curieux, je suis allé voir les pages française et anglaise de Wikipedia sur “utopie” et “utopia”: nulle référence aux régimes totalitaires, mais des mentions d’ouvrages littéraires, philosophiques, et à quelques expériences localisées proprement “utopiques” de “communautés libres”.
    Il n’y a pas que le Monde et Abensour pour ne pas partager votre définition du mot “utopie”.

  • 5 Janvier 2013 à 0h13

    Jesse Darvas dit

    @l’auteur: avez-vous un exemple concret, un seul, d’un chef de régime totalitaire qui se serait revendiqué d’une “utopie”(en utilisant ce mot)? 
    Pour la part je n’en vois pas.
    Lénine n’a jamais considéré le parti bolchevique comme un parti “utopique” (à la rigueur, il aurait pu utiliser ce terme pour qualifier les gauchistes, atteints de la “maladie infantile du communisme”) 
    Quant à Hitler il lui est arrivé de parler de la “providence”… Qui est presque le contraire de l’utopie.mais je doute que l’on trouve le mot utopie dans Mein Kampf et encore moins dans ses discours des années 1930. 
    Mao n’a jamais parlé d’utopie non plus. On peut même considérer qu’il s’en prenait précisément aux utopistes lorsqu’il disait “la révolution n’est pas un dîner de gala”.

      Bref, rien dans votre article ne dément  l’analyse d’Abensour, que vous raillez sans aucune munition intellectuelle, sur la seule base d’un appel au “sens commun” de peu de secours pour procéder à l’analyse d’un terme aussi difficile à cerner.

  • 4 Janvier 2013 à 23h19

    viaval dit

    Je note que les régimes totalitaires s’appuient toujours sur quelques esprits talentueux pour, sinon défendre, à tout le moins justifier leurs forfaitures. Le plupart du temps, cela se passait au début de la prise de pouvoir, dans ces moments de fièvre où les excès étaient glorifiés comme autant de gestes nécessaires à l’édification d’un nouveau monde, dépouillé de toutes les injustices, construit par et pour des hommes redevenus bons, car l’homme, disent-ils, est bon naturellement…
    Relativement vite, ces intellectuels retrouvaient leur lucidité perdue et le payaient alors de leur vie ou d’un exil cruel ; ceux qui tenaient les rênes n’avaient plus besoin d’eux, ni du moindre alibi pour donner libre cours à leurs réelles intentions.
    Cela s’est toujours passé ainsi, 1793, 1917, 1933, 1975, etc., sous toutes les latitudes, avec des mots différents, pour un même résultat. Une sorte de fatalité…
    Peut-on dire que si ces écrivains avaient fait preuve, plus tôt, d’un peu plus de discernement, les choses se seraient déroulées autrement ? C’est peut-être leur reconnaître un pouvoir qu’ils n’ont malheureusement pas, mais on comprend mal que l’Histoire semble passer sur eux comme la brise sur le plumage d’un canard et qu’il suffise qu’un tribun talentueux embrase un auditoire désorienté pour qu’aussitôt ils trempent leur plume dans l’encre de l’utopie la plus pernicieuse.
    Aujourd’hui, on parle à nouveau de révolution, d’un ordre juste, d’un égoïsme définitivement proscrit, d’une égalité totale enfin établie, et d’un Père Noël généreux pour tous. La propriété est redevenue objet d’opprobre, le mariage, passé de la case religion à la case citoyenne, doit dorénavant se dépouiller de tout attribut anthropologique, l’égalitarisme jette aux poubelles le mérite et le talent, la précaution remplace l’audace et l’aléa de la recherche, créant de ce fait une humanité immobile, peureuse et inculte.
    Tout cela se fait, évidemment, au nom de la modernité et il va de soi que penser autrement c’est aller contre le mouvement naturel des choses. Pour bien faire passer ce message, on mobilise toutes les forces médiatiques lesquelles, à chaque heure de la journée, instillent la propagande officielle via les écrans, les ondes et les journaux.
    Orwell était assurément un grand écrivain, clairvoyant et, partant, pessimiste, car comment ne pas l’être lorsqu’on s’essaie à imaginer un monde idéal construit par des hommes ?

    Fuyez comme la peste celui qui dit que l’argent est le mal absolu. Cette phrase doit vous alerter : le pillard n’est pas loin.
    Ayn Rand

    • 5 Janvier 2013 à 9h23

      Jesse Darvas dit

      Any Rand était une utopiste radicale. son refuge de Galt est un modèle de société parfaite, a l’écart du monde. Pour faire advenir cette utopie, elle n’hésite pas dans son roman a sacrifier la plus grande partie de l’humanité. La dimension sacrificielle est paticulierement remarquable dans l’épisode de l’accident de train, qui lu permet de liquider tous ses adversaires ou supposés tels. La manie dont elle dirigea son petit groupe d’objectivistes n’a rien a envier d’ailleurs au sectarisme et au culte de la personnalité des groupuscules révolutionnaires. Ceci n’ôte rien bien sur à son talent d’écrivain.

    • 5 Janvier 2013 à 10h00

      ylx dit

      Que c’est bien dit !
      J’ajouterais à vos 4 dates 1947 pour l’utopie chinoise, cinq dates, cinq utopies qui se sont écrasées sur le dur mur des réalités …de la misère, et de l’enfer policier et concentrationnaire, cinq régimes comme le disait JF Revel “privatifs à la fois des biens matériels et des libertés individuelles”. 5 régimes qui reposaient sur une utopie (quand bien même ils n’auraient jamais utilisé le mot, mais ont-ils jamais utilisé celui de génocide, et pourtant ?). Sans la nommer, évidemment, ces 5 reposaient sur la même utopie celle d ‘un monde parfait d’où seraient éradiquées toutes les “différences” de pensée, d’intelligence, de talent, d’aptitude, un “meilleur des mondes” de robots décervelés.
      Ce qui est frappant, et inquiétant, quand on compare ces 5 “utopies” historiques ce sont leurs traits communs quant aux discours, quant aux principes, quant aux moyens utilisés, quant aux justifications. Par exemple Robespierre, Lenine et Hitler étaient obsédés par la pureté. Leur utopie ne pouvait se concrétiser que par l’élimination des éléments impurs, d’où leur obsession de faire disparaître tous les éléments “impurs” à leurs yeux.

  • 4 Janvier 2013 à 20h17

    rroseselavy38 dit

    Oh… comme cela fait du bien de lire ici de telles choses… merci Monsieur Rouvillois… Mais Le Monde ne cessera jamais d’étonner par sa mauvaise foi… ses pétitions de principe permanentes… Bonne année, tout de même… dans le réel et le champ des possibles…

  • 4 Janvier 2013 à 17h20

    Mangouste1 dit

    Dans le même ordre d’idée, je me souviens d’avoir lu avec circonspection bien des pages de la République, de Platon. Ce fut pour moi une révélation : je pouvais être en désaccord avec une grande figure de l’histoire intellectuelle.