Orthodoxie, la voie russe vers la démocratie ?
Entretien avec Jean-François Colosimo
Publié le 26 juin 2008 à 0:10 dans Monde
Mots-clés : Alexandre Soljenitsyne, Entretien, Philosophie, Religion
Editeur et théologien, Jean-François Colosimo poursuit son exploration à la frontière du théologique et du politique, en plongeant au cœur de la “Sainte Russie”. Et il récuse avec la dernière énergie l’idée que le christianisme oriental aurait, par définition, partie liée avec l’oppression.
L’apocalypse russe s’inscrit dans une réflexion globale sur les relations entre religion et politique. Mais ce volet russe et orthodoxe est particulier dans la mesure où vous êtes vous-même professeur de théologie orthodoxe, très engagé dans la vie de votre Eglise. Pensez-vous avoir conservé sur cet objet une position de chercheur ?
Sur cette question, je m’en tiens à la formule de Carl Schmitt, auteur justement décrié mais qui a vu juste sur quelques points. “Les grands concepts politiques modernes, écrit-il, sont des idées théologiques laïcisées.” C’est ce passage de la religion à la politique qui m’intéresse. Pour moi, l’orthodoxie a deux sens très clairs. Il y a d’abord l’orthodoxie de la foi, la tradition indivise du premier millénaire du christianisme, le dogme tel qu’on peut l’étudier dans les écoles. N’oubliez pas que le christianisme est une religion orientale née à Jérusalem. Il y a un mystère dans le fait que la doctrine née avec les Evangiles se soit poursuivie, pendant un petit millénaire, sans rupture dramatique, assurant l’unité spirituelle de ce qu’on nommait alors l’Orient et l’Occident du monde connu.
Voilà pour le théologique. Quid du politique ?
L’orthodoxie n’est pas seulement une religion. C’est aussi une réalité géopolitique, un monde, une civilisation, une culture, un véhicule historique, en bref, une vision théologico-politique qui doit être jugée en tant que telle dans ses présupposés et dans ses effets. Au sein du christianisme, les pays orthodoxes démontrent que les identités politiques ne peuvent pas faire abstraction du fait religieux. D’une part, la Grèce, la Serbie, la Roumanie sont de petites nations qui ont subi l’histoire plus souvent qu’elles ne l’ont dominée ; d’autre part, elles ont en commun d’avoir connu la grande glaciation moderne : sous l’Empire ottoman, elles ont été en quelque sorte stérilisées, avant de renaître au XIXe siècle sous l’impact de l’esprit révolutionnaire, en fait “revivaliste”, du romantisme.
On ne peut pas dire que la Russie tsariste soit caractérisée par le règne de la liberté de conscience !
De fait, pendant tout ce temps-là, en Russie, l’orthodoxie n’est pas libre, mais le rapport que la Russie se choisit à l’orthodoxie est libre. Et, à partir de 1812, la Russie est le seul pays où l’orthodoxie revient de plain-pied comme une culture à prétention planétaire, principalement à travers le roman russe qui se révèle vite une part du patrimoine universel. C’est pour ces raisons que le cas russe est exemplaire : c’est le cas orthodoxe dans le monde moderne. Voilà pourquoi je pense que j’ai pu dépasser mon appartenance. Car si j’appartiens à l’orthodoxie, je n’appartiens pas à la Russie.
En tout cas, en vous lisant, on se demande sans cesse si c’est la Russie qui a fait l’orthodoxie ou l’orthodoxie qui a engendré la Russie.
La Russie est l’un de ces pays où le lien entre culte et culture éclate au grand jour et se montre de manière quasiment permanente. En raison de son identité orientale et de son inspiration biblique très marquée dans la liturgie, l’orthodoxie reprend le modèle de l’ancien Israël : l’identité y est à la fois religieuse, politique, ethnique, linguistique, esthétique. C’est exactement ce qu’opère la mission byzantine : un baptême confessionnel qui est en même temps une naissance culturelle. En effet, à partir du moment où la Russie est le seul pays orthodoxe libre, tandis que, de la Méditerranée aux Balkans, tous les autres peuples orthodoxes sont sous domination ottomane, elle pourrait devenir catholique polonaise, européenne. En gardant l’héritage de Byzance, elle choisit d’être la Russie.
Mais la Russie, c’est aussi le goulag. Ce n’est pas un hasard si votre livre s’ouvre sur une description terrifiante des Solovki, ce site qui abrita un monastère avant de devenir un des lieux concentrationnaires les plus terrifiants du régime communiste.
On ne peut pas parler de modernité sans évoquer l’épreuve totalitaire. Aucun autre pays n’a fait à ce point l’expérience totalitaire. Le communisme a duré soixante-dix ans et le nazisme douze ans, ce qui signifie que les Allemands n’ont jamais cessé d’être contemporains d’une autre Allemagne que l’Allemagne nazie. Les Russes sont devenus les contemporains du seul monde soviétique sans avoir d’accès direct à l’ancien monde.
Justement, un certain nombre de gens pensent que la Russie, de Pierre Le Grand à Poutine, révèle une prédisposition à l’autocratie, voire au totalitarisme – et peut-être que l’orthodoxie n’y est pas étrangère. Qu’en pensez-vous ?
C’est la grande question. Ma réponse est que l’expérience totalitaire est exogène aux cultures. Mais, comme le virus du sida, elle est opportuniste. Dans les cultures, le totalitarisme se saisit de ce qui va lui permettre de s’asseoir définitivement. Ce n’est pas la langue de Luther qui cause le nazisme mais, de fait, le nazisme a pu utiliser un certain anti-judaïsme théologique présent chez Luther et le reprendre à son compte. C’est ce que Spengler appelle une “pseudomorphose” : en minéralogie, c’est le phénomène par lequel une pierre adopte les caractéristiques d’une autre espèce. En Russie, l’expérience totalitaire se retrouve très vite face à la possibilité de son échec. Et pour durer, elle doit procéder à la divinisation du corps social et, pour ce faire, reprendre les symboles d’éternité de l’ancien monde qu’elle prétend détruire. Résultat, le bolchevisme commence par une persécution abominable de la religion orthodoxe, avant d’en récupérer tous les symboles.
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L'auteur
Elisabeth Lévy est journaliste et essayiste.
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Fox dit
Pour l’ours, je n’ai jamais lu nulle part de propos antisémites émanant de quelconques autorités chrétiennes orthodoxes.
En ce qui concerne les “Protocoles des sages de Sion”, ils ont surtout été utilisés par le IIIe Reich, si je ne m’abuse, bien qu’ayant vus le jours au sein de l’Empire russe. Un IIIe Reich qui était très déconnecté du christianisme en général (toutes confessions confondues), cherchant ses racines dans un paganisme réinventé en grande partie, puisque teinté de croyances orientales pas du tout comprises (au travers notamment de l’utilisation totalement détournée des écrits théosophiques).
Mais en ce qui concerne l’orthodoxie, on pourra chercher longtemps la preuve d’une quelconque apologie de l’antisémitisme, elle ne sera jamais trouvée puisque n’ayant jamais existé.
Le seul tort de l’Eglise orthodoxe réside sans doute dans la division territoriale des patriarchies, qui a produit malheureusement des Églises nationales, quand bien même celles-ci s’en défendent. Ce qui est d’ailleurs flagrant de par la volonté de séparation des Églises “macédoniennes” et “monténégrines” de l’Église serbe, une volonté purement politique reléguant au second plan la théologie des sept conciles, ou encore la volonté de scission de l’Eglise ukrainienne de l’Eglise russe. Ces manœuvres de tous bords visant à créer des Eglises orthodoxes autocéphales dans un but clairement politique sont malheureusement directement issues des origines du christianisme orthodoxe. Comme le dit Colosimo, l’orthodoxie reprend le modèle de l’ancien Israël. Or, qu’est-ce qui caractérise, entre autres, l’ancien (comme le nouvel) Israël ? La religion, qui est celle d’un peuple. Ce qu’est exactement l’orthodoxie avec ses Églises nationales (bien qu’officiellement territoriales).
L’OURS dit
N’en déplaise à Fox, l’Eglise Ortodoxe russe n’est-elle pas aujourd’hui, après les pays arabes, un des plus grands diffuseurs du “protocole des sages de sion”?
Or si on reprend le titre de cet article, comment ne pas se poser la question sur le rôle de cette Eglise sur la voie de la démocratie dans de telles conditions?
A suivre en tous cas.
Fox dit
Pour LMD, je réitère que l’interview n’en parle pas, la mention que vous faites concernerait les propos de Luther donc du protestantisme, il ne s’agit que d’une phrase noyée dans tout le reste de l’interview, qui parle d’abord de l’orthodoxie en Russie. L’autre phrase concerne l’orthodoxie même, qui, comme je l’ai dit dans mon premier commentaire, “est ce qu’elle est dans sa définition même, un christianisme qui n’a pas tant changé depuis les origines, contrairement au catholicisme.” Faire référence à Israël est donc tout à fait normal mais ne signifie pas pour autant qu’Israël ou son peuple sont le sujet de l’article.
Hormis cela, félicitations pour votre décompte des messages, pour ma part après relecture il m’apparaît que la plupart des commentaires sont hors de propos, j’ai voulu recentrer le débat, rien de plus.
Si vous y voyez autre chose, navré pour vous.
LMD dit
“Fox” : “Je suis très surpris de lire tous ces commentaires qui ne parlent presque uniquement que des juifs alors que l’interview n’en fait pas mention une seule fois. Je me permets donc de recentrer un peu le débat, après tout, les juifs ne sont pas le centre du monde et l’article parle ici de l’orthodoxie. Nous ne somme pas là pour juger telle ou telle religion ou telle ou telle politique uniquement par son rapport aux juifs, fort heureusement.”…
… Sauf qu’avant votre commentaire, il y a eu 8 commentaires en parlant et 7 n’en parlant pas, donc “tous ces commentaires qui ne parlent presque uniquement que (sic) que des juifs”, eh bien, “Fox”, ils ne sont que dans votre tête …
… Quant au fait que “l’interview n’en fait pas mention une seule fois”, voici ce que je relève sur la seule première page de l’interview :
“Ce n’est pas la langue de Luther qui cause le nazisme mais, de fait, le nazisme a pu utiliser un certain anti-judaïsme théologique présent chez Luther et le reprendre à son compte. ”
et
“En raison de son identité orientale et de son inspiration biblique très marquée dans la liturgie, l’orthodoxie reprend le modèle de l’ancien Israël : l’identité y est à la fois religieuse, politique, ethnique, linguistique, esthétique.”
C’est bon, “Fox”, je crois qu’on a compris…
Fox dit
Je suis très surpris de lire tous ces commentaires qui ne parlent presque uniquement que des juifs alors que l’interview n’en fait pas mention une seule fois. Je me permets donc de recentrer un peu le débat, après tout, les juifs ne sont pas le centre du monde et l’article parle ici de l’orthodoxie. Nous ne somme pas là pour juger telle ou telle religion ou telle ou telle politique uniquement par son rapport aux juifs, fort heureusement.
Je tiens à rebondir sur le commentaire précédent, mentionnant l’apparente dévotion de bien des Russes, qui serait “archaïque” et donc incompatible, selon son auteur, avec la démocratie. En ce qui concerne la ferveur des Russes, je pense qu’elle est tout autant similaire dans deux pays que je connais pour les avoir visités, à savoir la Serbie et la Grèce. Cette foi si caractéristique n’est pas un trait spécifiquement russe, mais partagé de manière générale par les orthodoxes d’après ce qu’il m’a semblé.
Ce n’est pas non plus archaïque, ou plutôt si, c’est bien archaïque dans le sens premier du terme, après tout, l’orthodoxie est ce qu’elle est dans sa définition même, un christianisme qui n’a pas tant changé depuis les origines, contrairement au catholicisme. Mais ce n’est pas archaïque au sens péjoratif, celui signifiant que les fervents orthodoxes seraient trop bornés pour être ouverts à tout ce qui peut permettre une évolution de la condition humaine, en l’occurrence la démocratie. Bien au contraire, un tel concept va forcément de paire avec les valeurs véhiculées par le christianisme.
alba dit
Je trouve notre théologien un peu trop optimiste quant au caractère exogène du totalitarisme dans notre culture.
Il faut tout de même se souvenir que saint Paul a inventé la doctrine de la justification par la foi, qui ne regarde pas seulement les actes pour juger mais l’intention, principe même du totalitarisme…!
Ce qui est frappant, quand on va en Russie, c’est tout de même la dévotion populaire extrêmement forte, notamment dans les monastères célèbres : les femmes, les hommes rampent presque par terre, embrassent avec ferveur les icônes, les foules se bousculent à la messe. La vieille Russie semble toujours présente.
Je dois dire qu’on a beaucoup de mal à imaginer que la démocratie puisse un jour sortir en Russie d’une telle ferveur religieuse, profondément archaïque, arquée sur une vision dogmatique du monde, et non sur le débat démocratique, sans parler du fait qu’elle s’accompagne aujourd’hui encore d’un antisémitisme toujours aussi présent dans les mentalités, même chez les gens cultivés et évolués.
Si on lit les deux tomes qu’a consacré Soljenitzyne à l’histoire des Juifs de Russie, Soljenitzyne ne reproche pas aux Juifs d’avoir été des usuriers mais d’avoir entretenu le penchant naturel des Russes pour la vodka et de les avoir poussé à l’ivrognerie… en étant souvent aubergistes. Cette vision purement fantasmatique de l’histoire, foncièrement antisémite elle-même, s’appuie (faut tout de même oser le faire !) sur des extraits de l’encyclopédia judaïca, habillement arrangés par le grand écrivain à la barbe de sage apprenant à ses deux fils les vieux mots russes d’une langue tombée en désuétude.
Nicolas dit
Carl Schmitt s’écrit Schmitt et non Schmidt. Vous devez confondre avec les célèbres cuisines.
Ludovic-Lefebvre dit
Cher Olivier,
Je pense depuis longtemps sans n’en n’avoir eu jamais confirmation que l’église dans le cas de l’Europe par sa présence spirituelle suscitait ou imposait la morale nécessaire au bon fonctionnement de la vie en société tout en étant suffisamment souple pour y laisser la partie amorale également importante.
Les hommes souvent et en grand nombre sont de si grands enfants en général que sans “code de la route”, surmoi fort, règles de conduites imposées, peur du châtiment qu’il soit un enfer ou une prison, ils se comportent avec l’égoïsme, la cruauté d’un enfant, qu’ils ont besoin d’aide pour grandir quand ils ne sont pas aptes ou désireux de s’inculquer cette sagesse et cette bonté par la réflexion, la lecture, la remise en question .
Bien sûr, les enfermer dans la morale les rendraient fous et c’est en cela que quelques religions sont pertinentes, subtiles.Elles régissent les rapports humains comme le droit leur laissant la disponiblité pour d’autres vacations.
Olivier dit
Le Tiers Etat n’était pas exclu et ne l’a jamais été. De récentes découvertes dans un département du centre de la France d’archives moyen-âgeuses particulièrement bien conservées et volumineuses, ont mis à jour le poids très important dans les relations sociales que tenaient déjà à cette époque certaines lignées de paysans. Les ancêtres des bourgeois modernes en quelque sorte.
L’Eglise Catholique avait des charges temporelles et a occupé parfois, voire souvent, une partie du pouvoir législatif voire exécutif. Mais une partie seulement, et à mon avis jamais la plus décisionnaire. En revanche bien entendu, la foi était le ciment qui reliait l’ensemble des membres du corps social.
Ludovic-Lefebvre dit
Gil, j’ignore si les juifs d’avant guerre étaient majoritèrement usuriers, n’ayant pas fait de recherches en ce sens, mais la littérature antisémite et les caricatures allemandes, austro-hongroises, polonaises, slaves, françaises etc étaient “riches” en ce sens et ce bien avant l’avènement hitlérien !
Ludovic-Lefebvre dit
Vous avez raison, Olivier, je suis allé un peu vite et je pense fondamentalement comme vous sur ce point, le catholicisme est la religion du doûte, du libre arbitre. D’ailleurs lorsqu’il y eut des massacres ordonnés par les chrétiens, ils allaient à l’encontre de la majorité de leur texte. Mais bon ce n’est pas si simple que cela, vous devez savoir que les croisades eurent lieu dans un premier temps pour protéger les riches pélerins qui étaient déjà l’objet de rançons, Aubenas n’est pas une grande première, ça fait des siècles que ça dure.
Ceci dit comment exclure le tiers d’Etat dans les siècles de royauté européenne ? La religion catholique fut tout de même une partie de la gouvernance longtemps, non ?
Olivier dit
Je corrige ma première phrase ambigüe: le catholicisme par nature ne fonde pas de régime théocratique, et si c’est arrivé par erreur (théologique) ce fut à mon avis rare.
Olivier dit
@Ludo: le catholicisme ne peut pas être théocratique et je pense qu’il ne l’a été que très rarement. Le meilleur symbole est la constante opposition entre l’empereur et le pape et c’est cette opposition qui a fondé l’équilibre de l’Occident.
L’orthodoxie a un rapport beaucoup plus ambigü au pouvoir politique depuis Byzance. Je ne saurais dire si c’est un biais de nature théologique, ou simplement reliquat de l’Histoire.
Quant à l’abandon du catholicisme il n’est au plan de la foi, réel qu’en Europe Occidentale. En revanche il y a ce que l’on a appelé la modernité, qui en elle-même est un mythe qui met l’homme à la place de Dieu. Cette modernité est corrosive à l’égard de toutes les religions et de toutes les sociétés, mais on peut raisonnablement penser qu’elle sera sur le recul partout d’ici la fin du siècle. Après quelques déflagrations d’envergure.
Olivier dit
Le fait est que les progroms eurent lieu de tous temps, notamment au Moyen-Age, en Occident comme en Orient chrétien. Je parlais ici surtout de ce qui se passait sporadiquement mais régulièrement en Russie avant 1917. Je ne crois pas que c’était une caricature: le monde chrétien est foncièrement non-matérialiste et anti-libéral et la perception des juifs était bien celle de gens matérialistes. Cette perception a bien existé, partout; elle n’a pas pu perdurer aussi longtemps (à mon avis) sans être confortée par la réalité, ce qui en Occident au moins se matérialisait par l’usure qui fut longtemps réservée aux juifs, puis à quelques autres groupes (lombards, etc…). C’est ce que je dis quand je parle de se retrouver enfermé dans sa caricature, un peu comme le catho catalogué bourgeois de Versailles en France ces dernières décennies.
A partir de 1917, il est bien évident que l’anti-judaïsme se confond avec l’anti-bolchévisme étnt donné l’implication massive des intellectuels juifs dans le mouvement révolutionnaire communiste.
Gil Mihaely dit
Olivier : je crains que vous prenez une caricature pour la réalité… les Juifs et l’argent, les Juifs et l’usure – dans les vastes espaces slavo-russes les “Juifs de l’argent” étaient aussi rares que les Rothschilds en Occident, sinon encore plus. l’antisémitisme moderne qui a servi de cadre pour le développement du sionisme et d’arrière plan pour une vaste d’immigration vers le nouveau monde est lié au passage de sociétés de la région à la modernité avec la montée du nationalisme. dans les années de qui ont suivi la guerre de 14-18 presque tous les protagonistes de l’immense guerre d’après guerre en d’Europe de l’est ont commis de pogromes… c’est quand même hallucinant que ceux-ci massacrent les juifs car ils représentent l’argent (image imputable à une pratique concrète ou plutôt aux fameuses “trente pièces d’argent”?) et ceux-là les égorgent en tant que Bolcheviks… et tout cela quand l’immense majorité des ces Juifs voulaient tout simplement devenir de bons Polonais/Ukrainiens/Lituaniens/Roumains, ce qu’ils montraient aux US, en France, en Australie etc qui les accueillaient et intégraient.
Ludovic-Lefebvre dit
L’ontologie est certainement celle qui a apporté le plus de connaissances à l’Homme par rapport à la théologie, c’est dans la définition du terme même mais aussi celle qu’il l’a le plus fragilisé.
Israël ne peut être qualifié d’Etat religieux avec sa forte proportion de laïcs, le Vatican est dans une telle autarcie directoire qu’elle n’a pour ainsi dire pas de population, je ne connais pas à l’heure actuelle de théocratie occidentale, c’est d’ailleurs intéressant à relever. L’expérience serait on ne peut plus riche à observer.
Dans le monde chrétien, oriental comme occidental, c’est le même cas, quand cela se fera, je pense que ce sera à l’Est dans le dogme orthodoxe. Il y a un curieux abandon du catholicisme auquel tente frileusement de répondre Benoît XVI dans certaines régions du monde qui ne cesse de surprendre. C’est pourtant une religion expansioniste, de conversion. L’absence de relais pour les pays du Sud dans les arcanes du pouvoir, notamment aux amériques qui sont les pays les plus croyants, je l’ai analysé et je crois compris. La désertion, l’absence de soutien pour les fidèles ne peut s’expliquer qu’avec la décolonisation et la négligence ne me semble être la marque de fabrique du Vatican.
Olivier dit
Tout ce que je sais c’est que la quasi-totalité des peuples chrétiens européens jusqu’à des dates assez récentes, avaient la perception des juifs comme d’êtres qui justement, acceptaient d’être soumis à l’implacable loi de l’argent et de son usure, jusqu’à dégrader leur personne même, leur moralité, leur honneur et donc Dieu. Bon aujourd’hui, la presque totalité des Occidentaux en sont esclaves – sauf justement peut-être, les Russes.
Mon opinion – qui n’est donc en rien factuelle – est que cette perception était dans le fond erronée: les juifs portent en eux la même dignité à la personne humaine que les chrétiens (d’un point de vue théologique je veux dire), la source est identique. Dans les faits c’est autre chose, et c’est l’éternel débat: ghetto par choix communautariste ou forcé, usure par vocation ou impossibilité d’exercer d’autres charges, etc… il est certain qu’à un moment donné les juifs se sont retrouvés enfermés dans leur propre caricature, incapables d’en sortir.
Nina dit
Très honnêtement, Olivier, j’avoue que je n’en sais rien. La ghettoïsation était-elle volontaire ou bien forcée ? Je suis humble devant la connaissance et si vous en savez plus, je suis preneuse bien sûr. Il n’y a absolument aucun sarcasme dans mes propos.
Olivier dit
Dommage qu’il ne réponde pas à la dernière question, la seule essentielle. La vraie pierre d’achoppement c’est la question de la hiérarchie et du pape, question donc à la fois politique et théologique.
@Nina: pourquoi, dîtes-vous? vous donnez peut-être vous-même la réponse: “d’une humanité qu’on ne peut acheter ou vendre”. Les Russes pensaient-ils / pensent-ils cela des juifs qui vivaient / vivent parmi eux? A mon avis non, d’où l’antijudaïsme.
Nina dit
Très intéressant mais j’aurais aimé savoir pourquoi hier et aujourd’hui encore l’Eglise orthodoxe Russe prônait un antisémitisme virulent.
Lorsque J-F Colosimo parle d’une humanité qu’on ne peut acheter ou vendre, je ne puis m’empêcher de penser aux terribles pogroms qui ont eu lieu en Russie dans lesquels les Popes étaient souvent en tête du cortège des lyncheurs ?