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Terminus Orlando

Le fondamentalisme n’est pas le mieux placé pour combattre le fondamentalisme

Auteur

Jérôme Leroy

Jérôme Leroy
Ecrivain et rédacteur en chef culture de Causeur.

Publié le 14 juin 2016 / Monde Religion

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Des Républicains américains tendance dure, dont certains chrétiens ultras flirtent avec l'homophobie, ont condamné la tuerie d'Orlando. On croit rêver.
ted cruz orlando homophobie

Ted Cruz, février 2016. Sipa. Numéro de reportage : AP21852383_000004.

C’est toujours un peu étonnant, le cynisme des Républicains américains, tendance Tea-party ou Donald Trump, ce Le Pen père américain mâtiné de Berlusconi. Ils n’ont pas attendu que les cadavres des cinquante victimes soient froids pour récupérer le massacre de la boîte LGBT d’Orlando afin de nous servir leur théorie habituelle : celle du choc des civilisations, théorie qui gagne d’ailleurs en France, de la droite de droite à la droite de Manuel Valls. Avec le choc des civilisations,  voilà que tout devient simple : nous sommes revenus à l’époque des croisades avec d’un côté l’Occident blanc et chrétien et de l’autre le monde musulman tout entier, en oubliant au passage que les premières victimes des fondamentalistes de l’Islam sont d’abord les musulmans eux-mêmes.

Chez nous, Sarkozy continue ainsi sans cesse d’insister sur les racines chrétiennes de la France, ce qui sous-entend à un moment ou à un autre, qu’on le veuille ou non, que celui qui n’est pas chrétien ne peut pas se dire complètement français. Alors que j’étais persuadé que moi, baptisé et confirmé, ce n’était pas ce qui définissait ma citoyenneté mais avant tout le fait d’être né en France.

Mais revenons aux USA. L’aile dure qui a pris le contrôle du Parti Républicain vomit les gays à longueur d’année, veut les envoyer en enfer ou en hôpital psychiatrique et bien sûr leur interdire de se marier ou d’adopter des enfants. C’est que pour eux, le premier droit de l’homme est avant tout de disposer individuellement de la puissance de feu d’un petit porte-avion et de pouvoir acheter sa mitrailleuse lourde au Wal-Mart, entre un paquet de corn-flakes et un pack de Budweiser, juste avant d’aller prier à l’Eglise et écouter le sermon d’un pasteur créationniste.

Et là, divine surprise pour eux (c’est le cas de le dire !) le tueur d’Orlando est un américain d’origine afghane et les fous furieux de l’Etat islamique – mais néanmoins habiles propagandistes – s’empressent de revendiquer l’attentat sur la foi d’un coup de fil passé par Omar Mateen à la police  indiquant son « allégeance » pendant l’action. Quelle importance que le responsable du massacre se soit surtout radicalisé sur Internet, qu’il n’ait manifestement pas été très à l’aise avec sa propre sexualité puisqu’il fréquentait Le Pulse la nuit et tenait des propos homophobes le jour comme l’indiquent les premiers éléments de l’enquête.

Non, in fine, c’est forcément la faute du laxisme face aux musulmans, ce carnage…

Ce n’est pas du tout comme si les USA n’avaient pas une longue histoire de tueries de masse qui n’avaient rien à voir avec l’Islam et beaucoup avec leur refoulement puritain qui se lâche dans une des pires pornographies qui soit,  avec la violence de leurs rapports sociaux et avec le culte du cow-boy qui confond son membre viril et son flingue.

Voir un Marco Rubio pleurer sur les gays, cela ferait rire si ça ne donnait pas envie de pleurer.  On oublie que si les Rubio, les Ted Cruz avaient le pouvoir aux USA,  -et même un Trump s’il y trouve son intérêt,  ils seraient tout à fait capable de transformer leur pays en une théocratie qui pourrait faire concurrence sans problème à nos amis saoudiens. Un Cruz et un Al-Baghdadi font partie, à des degrés certes différents, de la même totalité structurante: celle qui estime que la religion doit concerner tous les aspects de la société et les textes sacrés être la seule constitution possible.  Il ne s’agit pas de les renvoyer dos à dos, ce qui serait absurde. Ils ne sont pas dos à dos, ils sont face à face, et celui qui vit dans un califat obscurantiste comme celui qui est l’enfant d’une des plus belles démocraties du monde, finissent par parler la même langue. On pourra lire, à tout hasard, sur la façon dont les USA pourraient très bien basculer dans une dictature religieuse fondamentaliste, La Servante écarlate de la grande Margaret Atwood, publié en 1985.

Au Pulse d’Orlando comme au Bataclan de Paris, qui se ressemblent tragiquement, une même question se pose : est-ce que le fondamentalisme religieux est la meilleure arme contre le fondamentalisme religieux ? J’ai, pour ma part, de sérieux doutes.

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    La rédaction de commentaires est impossible pour cet article

    • 18 Juin 2016 à 23h55

      Léveillé dit

      Les fondamentalistes protestants américains sont peut-être créationnistes, mais ils n’ont jamais recommandé le meurtre des infidèles. L’Islam le fait (y compris le Coran). Cela fait quand même une différence! Votre article est plein d’amalgames de ce genre, assez superficiels et rudimentaires. Je ne connais guère ce Rubio ni ce Cruz, mais ce sont quand même des exemples d’étrangers au départ qui se sont bien intégrés dans leur société d’accueil. On ne peut en dire autant de tout le monde ni de toutes les origines. Là aussi, il y a des différences.

    • 18 Juin 2016 à 18h17

      Grouex dit

      Tous ces gens de gauche qui vomissent et insultent “la droite” sont aussi vains que fatiguants.