Orelsan : droit d’auteur, devoir d’homme
Entre la liberté d’expression et ma fille, je choisis ma fille
Publié le 17 juillet 2009 à 11:59 dans Société
Mots-clés : Musique
Dans l’affaire du chanteur de rap Orelsan et sa déprogrammation des Francofolies de La Rochelle, les grands esprits que nous sommes n’ont pas besoin de réfléchir très longtemps pour désavouer les pouvoirs publics censeurs et prendre la défense de la liberté d’expression.
C’est peut être ça le problème. Soumis à nos réflexes, nous croyons faire l’économie d’une réflexion appropriée à cette histoire. Entre un jeune artiste et une bande de mères-la-vertu féministes, entre la transgression et l’ordre moral, nos cœurs ne balancent pas longtemps. Pourtant ils devraient.
D’abord il faut préciser que personne ne censure Orelsan en l’empêchant de chanter. Je ne vois pas en quoi ce « chantage aux subventions » dénoncé de toutes parts par les défenseurs de la liberté est choquant. Si les politiques (que nous avons élus, faut-il le rappeler) n’ont plus le droit de contrôler l’usage fait des subventions qu’ils allouent, alors autant verser directement nos impôts à cette caste d’intouchables que sont devenus les artistes. De plus, que ces derniers ne puissent s’exprimer sans aides publiques en dit long sur l’assistanat dans lequel s’est fourvoyé cette corporation. Mais passons.
Entre interdire et ne pas souhaiter financer, il y a une marge dans laquelle les décideurs ont toute leur place, même Ségolène Royale.
Les défenseurs du rappeur nous affirment que cette chanson où l’on entend 23 fois les mots « sale pute » (j’ai du mal à saisir la filiation avec Rimbaud mais je ne suis pas ministre de la Culture), est une fiction. C’est du second degré.
Je veux bien le croire et vous aussi j’en suis sûr. Le problème, c’est que nous ne sommes pas seuls dans ce pays. Comme je le répète, nous sommes obligés de le partager avec une armée de crétins pourvus de deux neurones chacun à moins que ce ne soit deux par bande et tous ces demeurés ignorent qu’il existe un second degré.
Je doute que l’expression artistique la plus libre produise toujours les meilleurs effets sur les jeunes gens qui ont quitté l’école avant de parvenir à distinguer la réalité de la fiction. À moins que le problème vienne d’ailleurs. Si les rappeurs n’attaquaient la police qu’en vers ou en prose, ça se saurait.
Si la police a les moyens de se défendre (pas assez à mon goût mais je sens que ça vient) qu’en est-il des filles ? Il n’y aura peut être pas de liens directs entre les paroles de cette chanson et les violences faites aux femmes mais qu’on le veuille ou non, les termes que charrient les médias influent sur les comportements et ce qui passe à la télé repousse forcément les limites de ce qui se dit et de ce qui se fait dans la vie des gens.
Je me demande si les institutrices qui en entendent déjà beaucoup apprécieront que l’expression «sale pute», cautionnée par des diffusions radio, se normalise dans les cours et dans les classes. On a beau me dire que le mot « chien » ne mord pas, j’en suis de moins en moins sûr. Enfin ça dépend dans l’oreille de qui.
Dans les années 1980, je jouais de la guitare derrière un type en soutane qui chantait Adolf mon amour1. À l’époque, personne ne nous soupçonnait de sympathies néo-nazies. La provocation et la transgression n’avaient pas besoin de sous-titres. C’était à peu près l’année où Rachid Taha, chanteur de Carte de séjour, reprenait Douce France.
Aujourd’hui, je doute qu’une telle liberté soit possible parce qu’un pan entier de la population pourrait bien applaudir au premier degré. (Adolf pas la France). On se demande souvent pourquoi la liberté d’expression a reculé, on ferait mieux de se demander pour qui. La tiers-mondisation de la société française a aussi amené cette régression-là.
Alors faut-il aligner le niveau de liberté et d’expression sur ceux de nos concitoyens les plus attardés qui ignorent le second degré et les délices de la fiction ? En principe non mais en réalité oui. Et c’est dans la réalité que nous vivons.
Quand ma fille prend le RER, je lui conseille de cacher son étoile de David sous son corsage. (Je sais, on ne dit plus corsage ni institutrice. Moi si.) Je n’aimerais pas qu’elle croise des jeunes discriminés et stigmatisés et donc en état de légitime défense qui interprètent les textes d’Orelsan comme les versets du Coran : au pied de la lettre. C’est sans doute un renoncement au droit de porter des bijoux connotés mais je ne mènerai pas ce combat en envoyant ma fille en première ligne. Pas plus que je ne défendrai la liberté des artistes de chanter les violences conjugales, même fantasmatiques et inspirées par le dépit amoureux. Et sur ce coup-là, toutes les bonnes volontés sont les bienvenues, même Isabelle Alonso.
Bien sûr, il serait plus juste de sécuriser l’espace public et de libérer la parole que de brimer ma fille. En attendant ce monde plus juste, entre la justice et ma fille, je choisis ma fille.
On pourrait m’objecter Brassens. Peut être qu’entre le rap et lui, c’est le style qui fait la différence. Quand il choisit le mot « gendarmicide », il ne peut être compris par des élèves de maternelle. Aujourd’hui, « nique la police » semble être le mot d’ordre d’une génération dès le plus jeune âge et on en voit le résultat. Alors on peut rester attaché à des principes comme celui de la liberté d’expression mais pas éternellement aveugles aux résultats.
Et puis hier Brassens nous implorait de ne pas jeter la pierre à la femme adultère, et pour cause. Aujourd’hui, un cocu dépité promet à sa promise une vengeance à coups de poings.
Manifestement, le monde a changé. Et nous ?
- Gogol 1er et la horde. ↩
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L'auteur
Cyril Bennasar est menuisier.
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expat dit
@ Barry : Ohhhhh , vous êtes là pour cogner ! Je suis un peu lente parfois, maintenant je comprends tout ! Je pensais qu’on était là pour débattre, shame on me ! Vous ne brillez pas par votre ‘cultureux’, donc je comprends que vous le remplacez par les coups.
expat dit
et Emilie, je ne l’ai pas encore lu (mais c’est prévu) mais vu le titre = Defending the West, aie le rage !
J’adore les arguments de Barry contre Warraq, très crédibles, n’est-ce pas ? Drôle qu’il n’y a aucun commentaire sur son hero Said.. Well comme ça je n’aurais pas besoin de le lire (ouf).
Bon, mon fils est rentré de son camping, je lui fais un steak et puis au lit. bonne nuit
Emilie dit
En effet, BArry, je n’aime pas spécialement les débats qui se prolongent, je ne me prends pas assez au sérieux pour cela, mais j’aime lire ce qu’écrivent les autres, surtout lorsqu’ils sont spirituels et incisifs, ce qui n’est pas votre cas.
Emilie dit
Nadia, il faut comprendre aussi que le bouquin de Warraq “Pourquoi je ne suis pas musulman” puisse mettre notre BArry en rage et lui donne envie de se taper la tête contre les portes, le moyen le plus simple et le plus rapide qu’il ait trouvé pour réaliser l’adage : “la culture c’est ce qui reste quand on a tout oublié” !
BArry dit
Ca fait des générations!
BArry dit
Ma mère a acheté cette maison, sans lui. Elle est infirmière. On est des cultureux chez les Barry.
expat dit
Barry, ok vous le dites, mais cela ne me suffit pas – des citations ? des preuves ? et les infos sur SAID ? J’ai lu une critique, il se peut que s’est erronée – en même temps elle vient d’une source que je connais et que je respecte – si c’est le cas, j’aimerais avoir des PREUVES. Des FAITS. Merci ça me changera.
BArry dit
Nadia, incroyable, j’arriverai pas à bouger.
Mon père, comptable, est mort il y a huit ans, en Guinée. Il adorait les bédés. Les littéraires, ce sont nous, ses enfants.
BArry dit
Il ne vous restait plus que ça, Emilie, je vous le laisse. Je vous ai quand même bien cognée, il me faut vous l’avouer. Je dirai quand-même que je suis plus équilibré que vous dans le choix de mes lectures, et que les débats ne sont pas faits pour vous, finalement.
nadia comaneci dit
Tout en évitant de se fracasser le crâne sur le chambranle de la porte de son papa.
nadia comaneci dit
Emilie. Excellent. Il est temps maintenant que Barry aille lire les livres de son papa.
BArry dit
Expat, ça fait une heure que j’aurais dû bouger d’ici. Je reste encore 2 min. rien que pour vous. J’ai cassé ma clé 3G, je ne pourrai plus suivre la conversation (j’ai été un peu méchant), une fois que j’aurai pris le chemin de mon domicile. Warraq, c’est un pseudo. Il édite des bouquins, c’est donc un éditeur. Il est antimusulman tout en se faisant passer pour un humaniste. Pour lui le Coran c’est l’oeuvre du diable (je sais, il est athée), je suis donc un crétin.
Emilie dit
Expat, BArry a beaucoup de livres mais il n’a lu que les titres. BArry, lisez plus de romans, moins de socio, bref, lisez mieux, ainsi vous saurez écrire “le chambranle” d’une porte .
Ne me remerciez pas, je ne fais que mon devoir.
Averell dit
Primo Levi fait référence au livre d’Hermann Langbein : “Hommes et femmes à Auschwitz” que je n’ai pas lu. L’autre jour c’est moi qui avait pété un plomb, maintenant c’est au tour de Barry me semble-t-il. .
Averell dit
Ce que je viens d’avancer sur l’éducation est contenu dans “Le devoir de mémoire”, un entretien Primo Levi, Anna Bravo / Federico Cereja, page 53 dans la collection Mille et une nuit.
BArry dit
Ah les libertariens!
expat dit
Barry, pour être tout à fait franche avec vous, je n’ai lu ni l’un ni l’autre. Je me prête à lire Warraq gracea cette critique que j’ai lue – je ne me prête pas de tout à lire Said également à cause de cette critique, donc si vous pouvez me donner des arguments qui réfutent ces éléments je suis preneuse.
Mais tous ce que j’entends (parce que je ne suis pas de ‘vôtre’ côté) sont les insultes – par ex. je ne sais toujours pas de quoi vous parliez concernant le pseudo et l’éditeur.
BArry dit
xly
C’était très fin!
Bon, je suis parti!
BArry dit
Je n’ai lu qu’un livre de l’autre guignol, Warraq, un de vos héros, et ça m’a suffit. J’ai tout oublié mis à part que c’était nul bulle. Tu parles d’un spécialiste!
xly dit
@CB
Et si on allait prendre l’air en sortant de l’Hexagone.
Le lien suivant intitulé “What it is to teach black students” :
http://martynemko.blogspot.com/2009/06/white-teacher-speaks-out-what-is-it.html
illustre la difficulté d’assimilation de certaines communautés, soit par trop grande différence culturelle, soit par refus “idéologique” (voir l’exemple de la burka).
Après tout pourquoi vouloir à tout prix assimiler ? Mais si on y renonce il faut renoncer à la sacro-saint égalité, et chaque in-assimilé doit assumer ses choix avec ses avantages et ses inconvénients. Une femme emburquassée ne pourra plus venir se plaindre à la Halde q’un employeur lui a refusé un emploi de maquilleuse-esthéticienne !