Orban fait risette à Strasbourg
A-t-il mis de l’eau dans son Tokay ?
Publié le 21 janvier 2012 à 9:25 dans Monde
Mots-clés : Hongrie, Parlement européen, Viktor Orban

Photo : European Parliament
Quoi qu’on en dise, le Premier ministre hongrois Viktor Orbán aura eu le mérite de faire savoir au monde occidental que la Hongrie existe (même si beaucoup ont encore du mal à la situer sur une carte). Ce n’est déjà pas si mal ! La Hongrie, ce petit pays d’à peine 10 millions d’âmes dont personne ne se souciait juqu’ici – mis à part les intermèdes Sissi-Romy Schneider, 1956, Rubik’s Cube… et Sarkozy – occupe aujourd’hui les unes des journaux et soulève des vagues d’indignation à Bruxelles, Strasbourg et Washington. Du jamais vu depuis 1956 !
La Hongrie monopolisa justement des heures durant les débats au Parlement européen mercredi dernier à Strasbourg. Débats que j’ai suivis dans leur intégralité (en traduction hongroise). Quelle que soit sa position, on ne peut qu’être effaré par la faiblesse des interventions. La plupart des orateurs, visiblement mal informés, se contentaient de belles phrases creuses ou d’allégations gratuites et infondées, qualifiant par exemple l’ancienne constitution de stalinienne1. En fait, si la constitution hongroise remonte à 1949, elle a été largement refondue en 1989 et plusieurs fois amendée par la suite puis mise aux normes de Bruxelles lors de l’adhésion de la Hongrie en 2004. Bref, stalinienne pure et dure ! De plus, voulant sans doute profiter de la couverture médiatique qui leur était offerte, les parlementaires étaient bien trop nombreux (peut-être une bonne trentaine) à vouloir prendre la parole pour que chacun puisse ajouter son petit grain de sel pendant les trois-quatre minutes d’intervention réglementaires. En fait de discussions, cela donna un verbiage pénible et ennuyeux comme tout.
Au milieu de ces arguties, Viktor Orbán s’est montré particulièrement habile. Souriant, calme et attentif, il s’est présenté comme un ami de l’Europe, voire (inspiration géniale !) en grand gaulliste. Le problème est que tous ces bons députés ignorent sa maîtrise du double langage. Depuis les bords du Rhin, ces dames et ces messsieurs de bonne volonté n’entendent pas les beaux discours nationalistes et xénophobes qu’il nous réserve sur les rives du Danube. C’est ainsi qu’ils ignorent comment, pas plus tard que lundi dernier, Viktor Orbán a qualifié les produits étrangers – et donc les produits de leuurs industries nationales respectives – de “déchets” (sic : “hulladék”) à rejeter, exemple qui illustre bien sa propagande haineuse2. Ces mêmes députés ne voient pas non plus, à moins qu’ils ne regardent les chaînes de télévision hongroises, ce beau décor d’immenses drapeaux hongrois – sans le moindre drapeau européen – qui constitue le fond de ses interventions. Un détail qui en dit long sur ce grand ami de l’Europe.
A la réflexion, le cas hongrois met tristement en évidence les faiblesses criantes de l’assemblée strasbourgeoise. Probablement compétente en matière de principes généraux et de défense abstraite des valeurs communes de l’Union. Mais dès lors qu’il s’agit de traiter de la situation très particulière et complexe (une constitution, 30 lois organiques, plus de 250 lois votées en 18 mois) de l’un des ses membres, comme ce fut le cas mercredi, le doute est permis.
À la décharge des 754 députés européens : comment peuvent-ils, entre membres de 27 Etats de langues et cultures différentes (23 langues officielles), se prononcer sur la situation de l’un des leurs dont il ne pratiquent pas la langue, ne peuvent lire les textes qu’en diagonale et par traduction interposée, et, surtout, ne vivent pas au quotidien le climat social de pays où ils n’ont peut-être même jamais mis les pieds ? C’est là une différence de taille avec nos assemblées nationales.
Enfin, le regroupement artificiel entre partis (issus de 27 pays !) censés partager les mêmes valeurs complique encore la donne. Quoi de commun entre la droite hyper conservatrice hongroise, le Fidesz, et notre UMP, pourtant rassemblés au sein du même Parti populaire européen ? Je pourrais en dire autant au sujet du MSZP (parti socialiste) hongrois et de notre PS au passé et aux traditions on ne peut plus différentes. Voilà de quoi nous rendre bien sceptiques quant à la solidarité de façade entre faux partis frères.
Sans sombrer dans l’euroscepticisme, on peut donc douter de la compétence, de la crédibilité et de l’efficacité d’une telle assemblée, dès lors qu’il s’agit d’examiner un cas aussi complexe que la Hongrie.
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Saul dit
@ Hathorique,
bonjour, je crois que vous vous êtes planté de fil, je réponds sur celui ci ;-)
“il me semblait que nôtre était un adjectif possessif exprimant l’appartenance donc si je comprends vous êtes donc des nôtres : de ceux qui respectent le drapeau européen”
non, “notres” désignant “nos” politiques. “notres” car ce sont “nos” représentants. même si je ne suis pas de leur bord et qu’à mon sens ils méritent le sort réservé aux traitres, ils ont pour eux l’onction de l’élection, et sont donc “notres”
(dommage pour ceux qui seraient offensés pour ce “torchon”, cela ne les vise aucunement bien entendu, mais ce “drapeau” étranger n’est pas “notre et la différence avec le soviétique, c’est que le drapeau rouge n’a pas été imposé à notre nation.
le dodeco-étoilé mérite donc ce qualificatif…brulé et foulé aux pieds, c’est tout ce qu’il mérite ;-)
Pierre Waline dit
Non, le MSZP est le Parti socialiste hongrois (Magyar Szocialista Párt) et non l’ancien parti communiste. Avec meme des positions souvent tres libérales. Losrqu’il était venu en visite officielle, Sarkozy s’était ouvertement affiché avec le Premier ministre de l’époque, socialiste (Gyurcsány), annulant meme un RV avec Viktor Orbán (sous prétexte d’emploi du temps).
Par contre, le gvt de Viktor Orbán vient de faire passer une loi rendant l’actuel “MSZP” responsable du passé communiste (et pouvant meme etre poursuivi devant les tribunaux). Nous vivons ici un monde fou.
Que l’on ne se méprenne pas sur me porpos: les différences que je constate entre les partis, qu’ils soient de droite ou de gauche, de nos deux pays, résultent d”un simple constat et je ne prétends a aucun jugement ou prise de position. D’une facon générale, mon semtiment est que les partis sont tous d’une quart de tour plus a doite en Hongrie que leur équivalent francais.
De meme que le SPD allemand est tres différent du PS (ici encore, aucun jugement… mais je le sais pour avoir vécu 6 ans en Allemagne)
Pierre Waline dit
Petite précision, Saul, pour étoffer mon propos: le MSZP a deja gouverné sous 3 législatures (donc pas si “communiste” que ca!): 1994-1998, 2002-2006 et 2006-2010.
Saul dit
thanks pour cette précision.
mais vous savez, notre PS n’est pas vraiment si de gauche que ça, il n’y a plus que le nom qui le soit : totalement converti au libéralisme, il n’y a qu’à voir la campagne actuelle pour s’apercevoir que les différences avec la droite n’est que cosmétique, pas de propositions ou positions vraiment clivantes, juste sur des détails.
Le PS n’a plus rien à voir de celui des années 70/80 (ce dernier ferait passer Besancenot et Melanchon pour de gentils centristes de gauche)
Saul dit
j’ai v comme tout le monde aux infos, le show de Cohn Bendit.
Comment ce gonze, pourtant loin d’être con, peut il étre aussi contre productif ? par son outrance habituelle il ne peut que susciter de la sympathie pour Orban.
(d’autant plus perso, qu’il ne met pas de drapeau européen ? ah ça ça me plait ! quand on voit les notres, non seulement avec ce torchon aux 12 étoiles, mais même pas foutus d’avoir le bon drapeau tricolore ! étonné que personne n’en parle, regardez bien à la prochaine diffusion d’une allocution de sarko, le drapeau français, et dites moi si ça ne vous choque pas, cette bande blanche riquiqui sur le drapeau…un merde in china à coup sur…)
un truc qui demande une précision :
“en dire autant au sujet du MSZP (parti socialiste) hongrois et de notre PS au passé et aux traditions on ne peut plus différentes”
c’est à dire ? le MSZP, c’est l’ancien parti communiste hongrois ?
eclair dit
@saul
la bande blanche plus étroite c’est pour la télé.
Il y a également le rouge vif qui est passé au rouge clair.
Et le bleu sombre au bleu clair.
Et cela pour la télé aussi
Saul dit
peut être en ce qui concerne les couleurs, s’agit il d’un effet d’optique..
mais pas pour la taille des bandes : lors de l’interview à l’Elysée, sarko avait ce “faux” drapeau derrière lui, et les journalistes avaient derrière eux, le “vrai”. La différence était très nette, il ne s’agit pas d’un effet d’optique, mais bien d’un drapeau mal confectionné (à tout les coups sur le “faux”, ils ont fait 3 bandes égales, à 33% chacune, ce qui donne cet effet d’optique d’une bande blanche riquiqui)
Saul dit
ici par ex :
http://www.google.fr/url?sa=t&rct=j&q=interview%20sarkozy%20pernaut%20calvi&source=video&cd=4&ved=0CEsQtwIwAw&url=http%3A%2F%2Fwww.telleestmatele.com%2Farticle-video-en-direct-de-l-elysee-face-a-la-crise-tf1-france-2—nicolas-sarkozy-pas-encore-candidat-mais–87442468.html&ei=aJQaT8KCF8ij8QPmj-WuCw&usg=AFQjCNGmRO3guLeSOdDEg1gtbmhipgygng&sig2=GhZdyob6ZmANAc7oSfKJ3g
à 0’09secondes, derrière Calvi
à 0’23secondes, derrière sarko
et 0’25secondes, encore celui derrière les joiurnaleux.
différence très nette
eclair dit
@saul
cela est changé pour passer à la télé.
C’est pas l’image qui donne un aperçu optique différent.
C’est qu’ils changent les couleurs et la taille des bandes pour avoir un meilleur rendu à la télévision.
C’est pas des drapeaux mal confectionnés. C’est des drapeaux spécialement confectionnés pour passer à la télévision.
La bande blanche plus étroite c’est une question que sinon on voyait trop le blanc dans un plan resseré.
Saul dit
ouais ben là pour le rendu, c’est plutôt raté, tellement ça choque à l’oeil.
en tout cas merci pour cette explication Eclair
Mangouste1 dit
Pierre Waline,
“De plus, voulant sans doute profiter de la couverture médiatique qui leur était offerte, les parlementaires étaient bien trop nombreux (peut-être une bonne trentaine) à vouloir prendre la parole pour que chacun puisse ajouter son petit grain de sel…”
L’occasion était trop belle, remarquez bien. Pouvoir, une fois dans sa vie, affronter un épigone de la “bête” les yeux dans les yeux, et s’assurer ainsi la possibilité de dire à ses petits-enfants : “j’y étais”, c’est absolument irrésistible et, contrairement à d’autres circonstances, parfaitement sans danger.