Oradour: Macron, l’anti-Najat | Causeur

Oradour: Macron, l’anti-Najat

Honorer un lieu de mémoire, c’est respecter l’histoire de France

Auteur

Jean-Paul Brighelli

Jean-Paul Brighelli
Enseignant et essayiste, anime le blog "Bonnet d'âne" hébergé par Causeur.

Publié le 14 juin 2017 / Politique

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Emmanuel Macron à Oradour-sur-Glane, juin 2017. Sipa. Numéro de reportage : 00810609_000039.

Il faisait chaud et beau, les calvities précoces ou tardives rissolaient sèchement, en cette fin de matinée.
Le 10 juin 44, si j’en crois la rumeur, il avait d’abord fait lourd, puis le ciel s’était dégagé. Il faut de la chaleur et beaucoup de soleil pour donner à une division SS l’idée de tout passer par le feu — les vivants et les morts.
Belle idée d’avoir gardé les ruines en l’état. Lisbonne de même n’a jamais voulu rebâtir le couvent des Carmes, mis à bas par le tremblement de terre du 1er novembre 1755 — celui même dont Candide tire la preuve que tout n’est peut-être pas pour le mieux dans le meilleur des mondes.

En ce 10 juin 2017, les cameramen escaladaient les tas de pierres pour obtenir le plan le plus significatif sur le président de la République qui remontait les rues du village dévasté, escorté par une noria d’élèves venus de toute la France1.

Éloge de la transmission

Comme personne ne peut me soupçonner de macronisme aigu, et que d’aucuns me reprochent de ne pas avoir hurlé avec les lèche-culs entre les deux tours de la présidentielle, j’ai d’autant plus de liberté pour dire que le discours que prononça samedi dernier le président de la république était un bon discours. Qu’il ait été écrit, dit-on, par Sylvain Fort2 importe guère, et l’ex-nègre que je suis sait reconnaître de la belle ouvrage. Il y est question d’histoire, forcément, mais surtout de transmission.

>> A lire aussi: Education: déconstruire la réforme de Najat Vallaud-Belkacem

« Voyez ces ruines qui sont derrière vous, déjà la pluie et le soleil après tant de décennies ont effacé les traces noires de l’incendie dévastateur. L’herbe du Limousin a repoussé dans ce sanctuaire, l’impact des balles tirées ce jour-là sur les hommes, les femmes, les enfants s’est poli sur ces murs et se confond avec l’érosion de la pierre.
« Il en va de même la mémoire, elle aussi forcément s’érode.
« Ce qui se transmet risque de s’affadir, sans cesse nous devons raviver la flamme et lui redonner sens. C’est pourquoi j’ai voulu que vous soyez présents ici, présents au côté des enfants d’Oradour et de Limoges, vous, centaines d’enfants des écoles de France, pour que la mémoire soit transmise dans sa substance par la vision des ruines, des tombes, des noms.
Je sais que cette journée restera pour vous un moment singulier, parce que vous aurez vu ces lieux de vos yeux, parce que vous aurez serré la main du dernier rescapé. C’est ainsi que se perpétue le fil de l’histoire. J’ai voulu que vous deveniez vous aussi des témoins. »

C’est reparti comme sous Ferry?

Ce que j’ai entendu là — peut-être la présence de Jean-Michel Blanquer est-elle pour quelque chose dans l’enchaînement de mes idées —, c’est une condamnation de l’enseignement de l’Histoire tel qu’il est censé être pratiqué au nom des programmes de Najat Vallaud-Belkacem…

Lisez la suite de l’article sur le blog de Jean-Paul Brighelli.

  1. Je signale à ce propos au rédacteur qui a publié sur le site de l’Elysée le discours de l’événement que Riom s’écrit avec un « m », et non un « n »…
  2. Nous avons un point de contact : j’ai jadis servi de nègre à Pierre Brunel, qui fut son patron de thèse.

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    La rédaction de commentaires est impossible pour cet article

    • 19 Juin 2017 à 12h33

      DG511 dit

      Sur le sujet des massacres collectifs:
      le 23 mars 1944, les Fosses Ardéatines, 335 exécutés d’une balle dans la tête. Je me souviens d’un film là-dessus (dont on ne retrouve pas la trace sur Wikipédia), que j’avais programmé alors que j’étais responsable de la salle lorsque j’étais à l’armée (en lieu et place du choix de mon capitaine de supérieur…). Les condamnés étaient amenés à la file indienne et tués dans le dos à la mitraillette  par des bilous ordinaires alimentés de schnaps.
       Les auteurs des crimes étaient des gens ordinaires, obéissant aux ordres ce dont ils se sont justifié lors de leur procès, pour ceux qui en eu un. Mi-février 63 une douzaine de “sélectionnés” pour un entrainement spcial: comment exécuter par un peloton désigné! Je demande:<c'est à nous, appelés, de faire çà? Ouh là on ne discute pas! Un mois après: tenue de garde, allez percevoir les armes et en route. Nous voilà partis et arrivés dans une clairière de la forêt de Compiègne on nous fais des cendre du camion et..remonhtés une heure après, manœuvre terminée…. Quelle manœuvre, qu'est-ce qu'on est venus faire ici?
      Je n'ai jamais eu de réponse et quand j'ai questionné les bouches se sont, systématiquement, fermées… La question me taraudant l'esprit j'ai fait un rapprochement avec le 11 mars 1964: l'exécution de Bastien Thiry au fort d'Ivry, qui se serait mal passé, une seule balle, l'adjudant qui loupe, temps perdu pour d'autres balles, un quart d'heure à gémir dans le fossé (à moins que ce ne soit, six mois auparavant pour un certain Degueldre?). Quant à moi je n'ai jamais eu de réponse….. 

    • 17 Juin 2017 à 18h56

      QLURON dit

      Oradour, c’est la réciproque à la déclaration à Alger de crimes contre l’humanité, dont il convient de se remémorer le vécu d’un enfant: Max Fréret.
      En principe , tout le monde sait que la mémoire ouvre sur le monde, (libère) ,alors que l’oubli asservit. Et quant à la repentance, de circonstance, à distance, tue la véracité des vécus.

    • 16 Juin 2017 à 19h56

      ebolavir dit

      Tiens, ma réaction où je disais combien Oradour, la destination touristique, m’écoeure, n’est plus en ligne (ou bien je ne sais pas la trouver).

      • 17 Juin 2017 à 15h57

        Bacara dit

        A moins d’être un débile profond , chacun sait où “trouver” Oradour . Tant de bêtise m’étonnera toujours.

    • 16 Juin 2017 à 8h40

      Amaury-Grandgil dit

      C’était une jolie mascarade cynique tout comme au mémorial de la Shoah. Que l’auteur de l’article s’y laisse prendre me sidère.

      • 16 Juin 2017 à 8h56

        steed59 dit

        la concordance avec le calendrier électoral n’y est d’ailleurs que purement fortuit.

        • 17 Juin 2017 à 15h52

          Bacara dit

          Obnubilé que vous êtes avec ces élections , vous oubliez votre humanité.

    • 15 Juin 2017 à 18h25

      Populiste dit

      La transmission est par excellence l’acte vertical intergénérationnel qui consiste à choisir ce qui mérite d’être transporté à travers le temps quand la communication obéit à une logique horizontale et démocratique de diffusion non critique et non sélective dans l’espace. De ce point de vue, le profil du nouveau ministre de l’Education nationale, Jean-Michel Blanquer, est sans doute le seul vrai signe encourageant.

      P. Buisson  

    • 15 Juin 2017 à 17h07

      Don QuiRote dit

      Que ce petit littérateur n’en dise pas davantage pour sa cause, une gazette influente l’a remercié sèchement, il n’y a rien à dire de plus que la raison en est qu’il lui prit fantaisie dernièrement de choisir pour maîtresse publique, une duègne revêche et offensante, à la cervelle alambiquée ! Parbleu, il n’aurait pas été bienséant pour cette gazette, toute miséricordieuse qu’elle fût envers ses valets, de tolérer une inconduite si perverse !
      Mais faisons fi de cette disgrâce. Je veux m’en tenir pour l’heure au discours du roi de France qui se fit fort de rapporter publiquement, pour la seconde fois, la tragique histoire lémovicienne, et qui empli de gravité, s’employa discrètement à amender la profession d’historien des écoles, à qui l’on a fait beaucoup de tort ces derniers temps, selon les propos du sieur Brighelli.
      Et je veux dire maintenant, nonobstant les réticences d’icelui, l’admiration que j’ai pour ce fort beau conte, Le Tour de la France par deux Enfants, riche d’un docte enseignement, dont la renommée s’est étendue sur l’ensemble du siècle passé.
      Par quoi s’ouvre ce remarquable ouvrage ? Par ceci : “Rien ne soutient mieux notre courage que la pensée d’un devoir à remplir”. Et c’est une douce chose de voir que cette sentence a procuré un grand profit à notre roi Emmanuel 1er, et par lui, à l’ensemble du royaume, car en effet, quand d’aucuns quémandent, sollicitent, importunent, corrompent et n’obtiennent point ce qu’ils prétendent, un autre arrive, et, lorsqu’il est guidé par les plus nobles vertus humaines, et que son esprit s’emplit d’ardeur, de constance et de témérité, se retrouve possesseur de l’office dont maints autres rêvaient.

    • 15 Juin 2017 à 15h52

      mirliane 83 dit

      Il est étonnant de constater dans l’article de Mr Brighelli, que j’admire par ailleurs, que le mot ou celui de national-socialisme n’apparait alors que la tuerie nauséabonde est bien l’oeuvre de SS; ces mots là aussi font partie de la mémoire mais peut-être pas du discours politiquement correct. Cependant, 73 ans après le drame il n’est pas permis d’oublier les atrocités commises par le Furher et ses commandos d’assassins !

      • 15 Juin 2017 à 17h20

        Muys dit

        Le massacre d’Oradour sur Glane a été perpétré par des militaires, certes membres d’une unité de Waffen SS, mais militaires tout de même.
        En fait, les Waffen SS n’avaient quasiment rien à voir avec les fonctionnaires SS qui sévissaient dans les camps de concentration et d’extermination, en dehors d’un rattachement à Himmler. Les Waffen SS étaient des unités d’élite, dans lesquelles on trouvait beaucoup d’anciens des Jeunesses Hitlériennes. Les gardes-chiourmes SS des camps de concentration étaient des fonctionnaires recrutés souvent parmi les voyous, ou parmi des prisonniers de guerre (ukrainiens notamment). Eux étaient des bourreaux sadiques, qui tuaient de sang froid, souvent juste par plaisir (il faut d’ailleurs rappeler qu’il y avait parmi ces salauds un certain nombre de salopes, pas moins folles et sadiques que leurs homologues masculins).

        Pourquoi dis-je cela ? parce que le crime d’Oradour n’est pas le fait d’une bande de fanatiques nazis, mais de soldats poussés à bout et qui pètent un cable. Dans tous les conflits, ce type de crime se produit. IL ne s’agit pas d’exonérer les coupables, mais de souligner que cela peut se reproduire n’importe où, et pas seulement dans l’armée d’un système totalitaire.
        Vous voulez un exemple ? My Lai au Vietnam, environ 500 morts.
        Ou comme le rappelle DG511, Les Lucs-sur-Boulogne.
        Dans les trois cas, des soldats harcelés par des partisans et qui deviennent fous. Mais il y a plein d’autres cas, et pratiquement aucun pays ne peut dire qu’il n’a pas un tel crime à se reprocher.

        C’est pourquoi il me semble qu’on a tord de présenter Oradour comme le résultat d’une idéologie débile. Oradour est le produit de la guerre, et de la folie des hommes.

        • 15 Juin 2017 à 23h04

          DG511 dit

          Bien noté la mention DG511, merci, attention cependant aux Lucs sur Boulogne il s’agissait d’une décision politique du plus haut niveau: la Convention.
          Les massacres des Colonnes Infernales de Turreau ont commencé en janvier 1794 et se sont terminés d’eux-mêmes en avril, quatre mois, quand même.
          L’affaire de My-Lai au Vietnam partait d’un niveau, d’un lieutenant, disons local.
          Pour Oradour les “festivités” ont commencé à Tulle et peut-être d’autres moins connus, d’un niveau “local”, d’un général, plus élevé. Question d’échelle….

    • 15 Juin 2017 à 14h43

      DG511 dit

      A propos d’Oradour sur Glane, à 220 kms et 150 ans d’intervalle: un autre exemple de “bestialité infâme”, sur décision de la Convention du 03 août 1793, le 28 février 1794, 564 hommes, femmes enfants, vieillards, dont les noms sont inscrits sur les murs de la chapelle reconstruite des Lucs sur Boulogne. Pour une façon de faire identique mais, par des français, appartenant à la Colonne Infernale Le Cordelier, dito celle de Das Reich de Lammerding. Par nous, les français donneurs de leçon…. (je l’ai dit en 2015 à deux professeurs  venus faire visiter les lieux à leurs élèves d’un collège de Nuremberg et, tant qu’à faire du tourisme, comparer les savoir-faire..)

      • 17 Juin 2017 à 15h38

        DG511 dit

        Oradour-Les Lucs sur Boulogne-Vendée  suite: les massacres, sur ordre du 03 août 1793 ont fait environ 172 000 morts, de janvier à avril 1794. Eradiquez la Vendée avaient-ils ordonné aux 12 Colonnes Infernales de Turreau. D’est en Ouest, du nord au sud, puis inversement. Ils se sont arrêtés parce qu’ils n’en pouvaient plus de tuer. Das Reich, les Einsatzgruppen allemands d’Himler-Hitler ont fait pareil que les sbires français de la Convention, 150 ans après. Avec des gens et des moyens, artisanaux, ordinaires. Les camps d’extermination d’Auschwitz et les bombes atomiques, industrielles, sont d’un autre débat. Je vous laisse réfléchir là-dessus…….
        Pour approfondir le sujet de la Vendée, qui nous occupe, se reporter au livre, Vendée-Vengé de Reynald Secher