On va dans le mur, tu viens ?
De la “Fin de l’Histoire” à l’Histoire de la Fin
Publié le 10 juillet 2008 à 9:54 dans Société
Mots-clés : Jalons
Allocution prononcée par Basile de Koch à l’occasion des Ves Rencontres Internationales
des Intermittents de la Pensée (Paris, 7 juillet 2008).
Merci d’avoir répondu présents à mon Appel solennel pour ces Ves Rencontres Internationales des Intermittents de la Pensée. C’est une preuve de lucidité qui vous honore. Bravo ! C’est aussi une preuve de courage intellectuel. Le thème choisi cette année ne vous a même pas rebutés. Je vous dis : “On va dans le mur !” – et vous venez… Encore bravo !
Pourtant j’en vois qui ne sont pas là – comme disait M. Night Shyamalan. Arrêtons-nous donc un instant sur les motivations de celles et ceux qui ne sont pas venus. Manque de lucidité et de courage ? Je me refuse à y croire ! En vérité l’affaire est plus grave : ces gens-là, comme disait Jacques Brel, ne partagent pas notre vision de l’avenir ! Parmi eux, il convient de distinguer deux sous-catégories pour la clarté du débat – qui d’ailleurs, je vous rassure, n’aura pas lieu.
D’un côté il y a les optimistes irréductibles, qui ne se rendent toujours pas compte qu’on y va, dans le mur ! Ces ravis de la crèche continuent de croire à la fin de l’histoire selon Fukuyama, sans même le connaître ! Alors que ce que nous vivons, c’est l’histoire de la fin – c’est-à-dire l’Apocalypse selon Saint Jean, même sans la connaître !
Il est vrai que ce courant de pensée est aujourd’hui en perte de vitesse. Il a eu son heure de gloire pendant dix ans et quelques ; disons entre la chute du Mur et celle des Twin Towers.
Depuis, la croyance en un avenir radieux, fût-il démocratique, a tendance elle aussi à s’effondrer.
Bien sûr, vous me direz, il n’y a pas que le 11/9 dans la vie, c’est-à-dire dans la mort ! Si on va dans le mur, ce n’est pas seulement à cause du terrorisme islamiste, ni même de son parrain l’errorisme américain.
Simplement, on a ouvert la boîte de Pandore, et voilà que tout ressort :
– la famine progresse ;
– la surpopulation menace ;
– le climat se dérègle ;
– le capitalisme financier fume la moquette ;
– le soleil risque de s’éteindre dans moins d’un milliard d’années ;
– et moi-même ces temps-ci, mon genou me lance.
Faut-il pourtant se résigner à l’inéluctable ? En bon français, oui ! Mais le bon français, c’est le cadet des soucis de nos disparus de la 2e Compagnie. Ces absents-là ont une autre façon d’avoir tort. Ils prétendent – comme j’ai dû le faire au moins cent fois dans mes discours de “nègre” –, “opposer au pessimisme de l’esprit l’optimisme de la volonté” ! Moi au moins, pour écrire des conneries comme ça, j’étais payé !
En un mot, nos “optissimistes” pensent deux choses :
Un : On va dans le mur !
Deux : Rien n’est perdu, parce qu’on peut lutter !
Apparemment, voilà des glands qui n’étaient déjà pas présents l’an dernier aux IVes Rencontres des Intermittents de la Pensée, le jour où j’ai lancé ce cri de désespoir lucide et organisé : “On peut pas lutter !” Eh bien, certains croient quand même avoir un Plan B pour éviter le mur. Les plus raisonnables d’entre eux envisagent de devancer l’appel en organisant des “départs collectifs anticipés”, façon Ordre du Temple Solaire.
Et puis il y a les autres, imperméables hélas à toute transcendance ; ceux-la persistent à placer leurs espoirs dans la politique.
Certains, connus autrefois connus sous le nom de socialistes, vous diront qu’avec eux au moins, dans l’Apocalypse à venir, vos avantages acquis seront préservés.
Et puis en face, vous trouverez l’Union des Moutons de Panurge. En gros, ceux qui font confiance au Président pour résoudre tous les problèmes, et même, le cas échéant pour en créer de nouveaux.
Parce que, l’air de rien – ou presque ! – ce mec préside déjà la République, le Conseil des Ministres en bois, la Chambre d’enregistrement et le Sénat conservateur. Eh bien, il reste toujours demandeur d’emplois !
Pourtant, à ses heures perdues, le même Sarkozy – car c’était lui ! – garde aussi la haute main sur les syndicats et le patronat, la télévision publique et la télévision publicaine, l’Europe (pour six mois) et l’Union pour la Méditerranée (quand elle existera) – sans oublier son leadership incontesté sur la branche française de l’OTAN.
Face à un tel bilan (en moins d’un peu plus d’un an !), nos petits amis les œufs de l’UMP – et souvent aussi nos mamans, il faut bien le dire, – semblent persuadés qu’en cas de nécessité, Sarko-la-Menace peut devenir a tout moment l’incroyable Nick.
Par exemple, si le Président a décidé de renforcer notre engagement militaire en Afghanistan, c’est évidement pour lutter contre le réchauffement climatique. Trois mille soldats français refroidis, ce serait un début, non ? Et puis n’oublions jamais qu’une fois encore, c’est à la France de montrer la voie au monde, après la Saint-Barthélemy, la Terreur, la Commune et la Débâcle.
Plus sérieusement, je voudrais m’adresser à vous (oui, vous qui êtes présents ici ce soir ; de toute façon, je n’ai pas trop le choix.) Eh bien, laissez-moi vous dire à quel point je partage votre enthousiasme concernant les idées que je vais exprimer maintenant.
Les Français sont, paraît-il, plus de 60 millions ; et apparemment, seuls un dix-millième d’entre eux sont mûrs pour aller intelligemment dans le mur – c’est-à-dire à la manière lucide et festive que nous recommandait feu Philippe Muray.
Bref, ça ne fait aucun doute : nous sommes bien ce pusillus grex dont parle la Bible, le petit troupeau, le sel de la terre. Alors “N’ayons pas peur”, comme disait feu Jean-Paul II, pillant allègrement l’œuvre de Jésus-Christ (qui entre temps, il est vrai, était tombée dans le domaine public.)
En vérité, je vous le dis : nous sommes la troisième équipe du Rainbow Warrior. Notre mission, si nous l’acceptons, consiste à faire tout péter avant que ça n’explose.
Bien sûr, c’est déjà un peu tard, et alors ? “What the fuck ?” comme disait Robert de Niro. Il n’est jamais trop tard pour rien faire ! Le pire dans l’Apocalypse, c’est la peur de l’Apocalypse. Or, cette crainte est sans objet, puisque, comme vous n’êtes pas sans l’ignorer, Apocalypse signifie révélation.
Qui a peur d’une révélation, sinon celui qui vit de mensonges ? Or c’est la vérité qui rend libre, comme disait le mec que pille désormais Benoît XVI.
La vérité, mes amis, elle consiste essentiellement à poser les bonnes questions. Et la bonne question sur l’Apocalypse (comme d’ailleurs sur toutes ces petites Apocalypses personnelles qu’on appelle la mort).
C’est évidemment la question de l’after. Eh bien, croyez-en le spécialiste que je suis : on juge une soirée a son after ! Vous-mêmes d’ailleurs, vous préférez quoi ? Une soirée qui commence bien et qui finit mal, ou l’inverse ? Eh bien, si ça se trouve, la vie c’est pareil.
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L'auteur
Basile de Koch est chroniqueur des nuits parisiennes à "Voici" et du PAF à "Valeurs actuelles". Il est aussi essayiste à 16h.
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Woland dit
Qui d’autre que Basile pour remettre au gout du jour un type de litterature tombe en desuetude depuis environ 2000 ans?
Chris dit
c’est comment un after en général? Non, parce que moi je ne reste jamais jusqu’à la fin. Je vais me coucher avant.
Je dois quand même avouer que mourir en dormant m’embêterait un peu. Je ferais un petit effort ce jour là pour rester jusqu’à la fin. J’aimerais bien voir ce qui se passe à ce moment en étant bien lucide.
Pour ce qui est de l’Histoire, ça m’indiffère quelque peu: cette répétition infinie des haines et des bêtises… ça ne donne qu’une envie: tourner la tête et aller marcher dans un coin de verdure.
Ludovic-Lefebvre dit
Bon alors, on y va dans ce mur en riant, c’est que c’est long cette dégringolade qui n’en finit pas.
Ne prépare surtout pas ton casque pour que le choc soit bien rude, mon cher Basile, nous prenons de la vitesse : le citoyen du monde qui aime les joueurs de foot et les arbres, Francis Lalanne rentre en politique en se présentant comme député européen parce que le monde, il n’est vraiment pas juste. Cela fait rire beaucoup de gens dans le show, mais je trouve cette nouvelle afreuse tant pour la politique, que pour la France. Si je ris, ce n’est pas de la même façon que les présentateurs tv, c’est de nous voir sombrer dans le paroxysme du ridicule, de nous sentir nous rapprocher du mur.
Ton titre est excellent, je n’ai pas l’âme d’un ferrailleur en lettres, mais il faut le garder, le développer, en faire un hymne, un livre, ne pas le laisser s’oublier, d’ailleurs, je ne pourrais oublier l’amusement, ta subtilité lorsque je l’ai aperçu pour la première fois il y a quelques jours.
Thery Mry Gilliam dit
Je suis d’accord avec Brazil de Koch. Par principe.
robespierre dit
euh, Sarkozy et Royal, ils y vont aussi à l’after. Parce que moi ca me botte pas trop avec eux. Ou alors bourré d’ectazy.
Caroll de Maistre dit
Cest le genou qui lance! un cri.
Serait-ce le “je” en conflit avec un “nous”?
Florent dit
Claude Allègre, on vous a reconnu !
Mister mystère dit
On va surtout dans le mur car à cause du G8 on va payer très cher, des millions voire des milliards vont être dépensés pour contrer quelque chose qui n’existe plus: Eh oui! Celà fait 10 ans que les températures se sont stabilisées et que nous allons vers un refroidissement (et celà même si le CO2 augmente et augmente encore)!
Alors vous tirez la gueule hein? Vous qui pleuriez car on ne faisait rien pour notre planète! Maintenant vous allez payer pour rien!
PS: c’est l’activité solaire qui domine les changements du climat et non l’homme!
Il faut déresponsabiliser.
Surtout je ne dis pas de continuer à polluer.
Le problème c’est que les gens confondent RC et écologie: c’est pas parce que vous jetez 30 000 litre de fioul dans la mer que le climat va se réchauffer (vous voyez ce que je veux dire?).
Alors positivez!
Ludovic-Lefebvre dit
J’espère que dame Bargeot a participé pour que ce fut une allocution familiale.
Ludovic-Lefebvre dit
De Koch, c’est noble, non ?
Il reste aussi la solution d’être aussi con que de Gaulle et parfois ça marche comme il nous l’a prouvé en 1945, puis désapprouvé après mhhéééé (des moutons qui bêlent fort) 68 !
Et puis tant qu’à se battre autant le faire avec humour et chevalerie : Bayard avec un sifflet, mélanger claques dans la gueule et fluide glacial sous le siège de Carla. Se faire conspuer en garde et le sourire aux lèvres, un sursaut de classe au milieu du mauvais goût qu’engendre la lâcheté avant une sieste, pas même un trépas de soulagement.
Faire des grimaces à Royal, Sarkozy, Besancenot, Aounit, Onfray, Le Pen (pour s’être fait devenir inéligible avec beaucoup d’acharnement), Villiers (vendu en soldes), Lucet, BHL, Plénel, Duhamel etc.
“Je suis légion” peuvent-ils dire tant ils sont nombreux à voir le même dessein, à penser pareil et mal. Saint-Muray, allumez une cigarette en notre honneur.
J’adore cet intitulé, on y retrouve toute votre intelligente lucidité : “on va dans le mur, tu viens ?”
- Non, je ne peux pas mettre d’essence dans mon char de gladiateur. C’est drole aussi, finallement une fois la déception passée et tellement vrai.
Laissez-moi un peu de temps pour me refaire une beauté sociale, pour être financièrement présentable et certainement pas l’ami pauvre à qui est offerte l’assiette éponyme(un péché à conserver que cet orgueil, presque aussi beau que la pudeur contrarié parfois par l’esprit de provocation) et j’arrive avec joie m’oxygéner de votre subtilité, mon cher Basile !
Je reviendrai à Paris comme Lucien de Rubempré revint de ses “illusions perdues” dans “splendeurs et misères des courtisanes”. C’est ainsi qu’il faut aller dans le mur, pas en demandant un ticket de métro à ses amis.
Florentin Piffard dit
Si l’on juge une soirée à son after, est-ce que ça veut dire qu’on juge l’Histoire à son Après? S’il vous a entendu, j’en connais un qui doit se retourner dans sa tombe. Il faut vous taire malheureux, vous aller lui gâcher son after perso!
Florent dit
Oh la la, ça sent le coup de cafard nihiliste, tout ça. Pour retrouver le moral, je conseille à Basile quelques “films de fin du monde” : Armageddon, Je Suis une Légende, Cloverfield…
Cyril de Pins dit
On n’a vraiment pas idée de lancer un tel appel à Paris un 7 juillet, alors que tous les gens normaux sont à Pampelune pour la San Fermin !!! où les afters commencent exactement au moment où commence la fête suivante (car la fête précédente ne s’est jamais arrêté).
Je réponds ainsi aux accusations de Basile en début d’appel. On ne peut être à l’appel et à l’encierro.
EdmondSubtil dit
Excellentissime!!
Julien dit
Allons, écrire ceci:
“Simplement, on a ouvert la boîte de Pandore, et voilà que tout ressort :
– la famine progresse ;
– la surpopulation menace ;
– le climat se dérègle ;
– le capitalisme financier fume la moquette ;
– le soleil risque de s’éteindre dans moins d’un milliard d’années ;
– et moi-même ces temps-ci, mon genou me lance.”
pour quelqu’un qui, il n’y a pas si longtemps, faisait preuve d’un enthousiasme mesuré quant à Pierre Desproges, hein…