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On ne peut pas vivre ensemble sans culture commune

Entretien avec Pierre Nora 1/2

Publié le 23 février 2012 à 18:21 dans Société

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Photo : roger.salz

Propos recueillis par Basile de Koch, Jérôme Leroy, Isabelle Marchandier et Gil Mihaely

Jérôme Leroy. Dans un entretien sur l’identité nationale paru dans Le Monde, vous déclarez : « On passe dans la douleur d’un modèle de nation à un autre qui ne s’est pas encore trouvé. » Pourriez-vous préciser ?
Au cours des années 1970, la France a connu une transformation profonde de son rapport au passé. Un étrange métabolisme. Ce qu’elle avait vécu comme son « histoire » − une grande histoire −, s’est trouvé transformé en « mémoire ». L’identité républicaine a été forgée par un modèle national, étatique, impérialiste, providentialiste et universaliste dans une nation essentiellement paysanne. À la fin des Trente Glorieuses, toutes ces composantes du modèle national-républicain ont été ébranlées, se sont évaporées…

Gil Mihaely. La crise de 1974 a touché l’ensemble du monde occidental. Pourquoi la France aurait-elle été particulièrement affectée ?
De fait, de nombreux pays qui souffraient, eux aussi, de traumatismes identitaires − par exemple l’Angleterre et les Pays-Bas après la perte de leur empire − ont été touchés par cette vague mémorielle, l’Europe désoviétisée aussi ; et le monde décolonisé également. Le choc a été en France insidieux, précoce et radical. Tout d’abord, c’est seulement en 1975 que la proportion de paysans − qui étaient déjà des agriculteurs − passe en dessous du seuil fatidique des 10% de la population. Le retentissement de l’émission Apostrophes, à laquelle participaient Pierre-Jakez Hélias, Georges Duby pour L’Histoire de la vie rurale et Emmanuel Le Roy-Ladurie pour Montaillou montre combien cette coupure avec un monde à jamais disparu fut douloureusement ressentie comme une amputation. Si on ajoute que Vatican II avait sonné le glas de la messe en latin, on comprend que la France vivait l’arrachement définitif à un passé millénaire, rural et catholique.

[...]

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  • 24 February 2012 à 18h00

    sausage dit

    Et BdK, il n’avait pas le droit de poser des questions ?

  • 24 February 2012 à 17h33

    Fiorino dit

  • 24 February 2012 à 17h30

    Patrick dit

    les « Français de souche » sont devenus une communauté comme les autres
    C’est inquiétant.
    Un jour les « Français de souche » seront minoritaires. Alors deux possibilités :
    - soit un communautarisme sera dominant et écrasera les autres,
    - soit il coexistera plusieurs communautarisme et on connaîtra la balkanisation du pays.
    Dans un cas comme dans l’autre, l’avenir s’annonce sombre.

  • 24 February 2012 à 11h58

    Corinne dit

    Et aujourd’hui, c’est surtout l’effet de masse ou plutôt massue de la mondialisation qui a fait renaître les communautarismes comme une forme de résistance, puisque la lutte des classes a été abolie, à cause, sans doute, comme c’est dit plus haut, de la décrédibilisation du marxisme. Ce sera sans doute abordé dans le volet -2.
    « La seule manière de résister au mondial, c’est la singularité. »
    Jean Baudrillard

  • 24 February 2012 à 8h27

    L'Ours dit

    Impeccable! Corinne.

    • 24 February 2012 à 9h33

      Corinne dit

      Merci L’Ours !

    • 24 February 2012 à 9h39

      Corinne dit

      Mais j’avoue n’avoir que très peu d’espoir pour la suite. Rien ne sera possible du jour au lendemain. Et en attendant, il y a des crispations qui se cristallisent, aussi bien d’un côté que de l’autre.

      • 26 February 2012 à 15h39

        Dio Gêne dit

        Ne pas sous estimer la force de l’être. Regarde l’évolution, nous ne sommes plus des chimpanzés. Je te le confère il reste encore des gorilles voulant se prendre pour des humains mais avec quelques bananes ont peut changer le monde…lol

  • 23 February 2012 à 20h47

    Corinne dit

    Passionnant échange. Le tronc commun est indispensable, et passe par l’enseignement avant tout, ça semble évident. Mais pas de roman, les faits, intégrer les ratés de l’Histoire au même titre que les réussites. Ne plus se raconter d’histoires mais l’histoire, peut-être avec un peu plus d’honnêteté et d’humilité sans pour autant tomber dans l’auto-flagellation. Les Juifs Français d’Algérie en effet se sont sentis lâchés puis apatrides alors qu’ils l’avaient tant aimé cette France. C’est très vrai. Ils n’ont pas eu de place dans le roman national. Le mot clef c’est surtout reconnaissance, pas au sens de “merci pour votre participation, on vous rappellera”, mais reconnaissance en tant qu’acteurs à part entière de l’Histoire. Pour eux c’était surtout comme une grande déception amoureuse dont on ne se remet pas. Pour ceux d’aujourd’hui qui se replient sur leurs identités propres, franchement, je ne sais pas si c’est comparable. D’abord la barrière de la langue, la culture foncièrement différente pour la plupart, l’émigration forcée par les besoins matériels et pas par libre choix. Tiens, et puisque j’en suis là, j’en profite pour faire un peu de publicité pour un roman écrit par deux amis qui sera bientôt de sortie (en avril), je suis certaine qu’il pourra éclairer le débat, “Alger sans Mozart”.. http://lesyndromedelazare.blog.fr/2012/02/06/alger-sans-mozart-12680981/