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On ne peut pas faire l’économie de la politique

Protectionnisme : réponse à Georges Kaplan

Publié le 01 avril 2011 à 7:00 dans Économie

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Il y a quelques siècles, la discipline naissante consacrée à la répartition de ressources rares1, la création et la distribution de richesses s’est-elle même nommée « Economie politique ». Débarrassée de cet adjectif gênant, l’Economie, devenue science, a oublié son rôle originel : analyser et quantifier certains phénomènes et comportements humains pour comprendre le fonctionnement des sociétés mais aussi pour permettre aux acteurs de prendre des décisions raisonnables. Pour aller vite, calculer le coût de quelque chose permet de comparer des pommes et des poires et de hiérarchiser les besoins et les choix. Rien de moins.

À l’évidence, l’Economie telle qu’on la conçoit aujourd’hui n’est pas capable de répondre aux questions les plus importantes que pose toute société humaine : comment souhaite-elle organiser la vie et les relations entre ses membres ? Quel niveau d’inégalités est-elle prête à supporter pour équilibrer libertés et paix sociale ? Comment équilibrer et concilier intérêt général et intérêts privés ? Les réponses à toutes ces questions-là sont négociées dans le cadre de ce qu’on appelle la Politique.
L’Economie éclaire – ou devrait éclairer – la Politique sur trois plans : elle colle des étiquettes de prix sur les choix, propose la manière la plus efficace d’atteindre des objectifs définis notamment par les préférences exprimées par les électeurs et elle améliore l’adéquation des moyens et des fins en évaluant l’impact des mesures prises.

Ce rappel peut sembler scolaire. À la lecture des récentes contributions de Georges Kaplan, en particulier de son texte sur la politique industrielle de la France, il me semble particulièrement nécessaire. De même que l’officier de renseignement conseille le chef de guerre sans se substituer à lui, l’économiste doit éclairer ou même critiquer les décisions du politique, pas les prendre à sa place. Il a le droit voire le devoir d’évaluer les conséquences économiques des différentes options pour obliger les décideurs à dévoiler le prix à payer – c’est-à-dire à quoi il faut renoncer – pour chacune d’elles. Mais il ne saurait récuser une politique même armé d’une avalanche de statistiques.

En réalité, Georges Kaplan prétend démontrer la supériorité « rationnelle » des solutions libérales. Je ne discuterai pas ici la validité de ses démonstrations, souvent très convaincantes car l’ami connaît son sujet. Il me semble important de rappeler que l’Economie n’a pas à déterminer les finalités et que la rationalité comptable ne saurait être le seul critère de choix de nos gouvernants. C’est encore plus vrai dans un pays où la puissance publique n’est pas seulement un arbitre mais un acteur du jeu économique. Or, ce rôle spécifique de l’Etat correspond à ce que veulent la plupart des citoyens. Si Georges Kaplan pense que la solution de tous nos problèmes se trouve dans le laissez-faire, il lui faut d’abord en convaincre ses concitoyens.

En clair, même si le peuple a économiquement tort, il a politiquement raison. Peut-être a-t-il par exemple excellentes raisons de vouloir conserver les usines en France quand bien même il serait prouvé que cela n’a aucun intérêt économique. D’ailleurs, si ces raisons étaient mauvaises ou jugées telles par Georges Kaplan, cela ne changerait rien au raisonnement. En conséquence, même s’il existait une vérité économique irréfutable, ce dont on peut douter, elle ne saurait être l’unique boussole des gouvernants : ou alors, confions la gestion du pays à un ordinateur bien programmé. L’action politique ne peut pas être menée par un logiciel de gestion.

Le point de vue de Kaplan sur la politique industrielle illustre bien cette confusion entre fins et moyens. On ne voit pas pourquoi, en effet, une nation ne pourrait pas choisir entre l’intégration dans un ensemble plus large, comme c’est le cas de la France avec l’Union européenne, et le maintien de son indépendance – en l’occurrence, il s’agit plutôt de définir l’équilibre entre ce qui est mutualisé et ce qui reste géré au niveau national. Ainsi, fabriquer des avions de chasse et des lanceurs de satellites au lieu de les acheter moins cher ailleurs est, à mon avis, une excellente décision, même si elle a un effet négatif sur la comptabilité nationale. Si on suivait le dogme libéral, la France abandonnerait les industries de la défense aux Etats-Unis et consacrerait les moyens ainsi libérés aux secteurs où elle jouit d’un avantage comparatif. Fermer Dassault et Thales pour développer Hermès et des Chanel ? Non merci !

Par ailleurs, aucune politique économique démocratique ne peut ignorer ses conséquences sociales. On peut me fournir tous les tableaux Excel du monde prouvant que la France gagnerait à ne conserver que les secteurs les plus innovants à forte valeur ajoutée – ce qui supposerait d’ailleurs que les Brésiliens et les autres acceptent aimablement de fabriquer des T-shirts. Je ne vois pas pourquoi nous accepterions de rejeter hors du marché du travail tous ceux à qui nous n’avons pas su donner une formation de haut niveau. Peut-être que dans le monde merveilleux du marché, il serait moins coûteux de les payer à ne rien faire. Seulement, voilà, je n’ai pas envie de vivre dans cette société-là. Permettre aux gens non-qualifiés de trouver du boulot est une preuve de civilisation. Nous ne sommes pas tous X-Mines ou Normale-ENA ! Que fera-t-on des gamins qui quittent l’école à 15 ou 16 ans quand les emplois peu qualifiés auront tous été délocalisés en Asie du Sud ou en Afrique du Nord ? Est-il aussi insensé que cela de soutenir des secteurs qu’un laisser-faire général condamnerait à la disparition ?

Quid de ceux qui ne peuvent pas passer d’un secteur agonisant à un autre en forte croissance ? Derrière les chiffres, se profile une mort sociale pour toute une partie de la population, à cause de leur âge, de leurs compétences ou de leur lieu de vie. Et en admettant que Kaplan ait raison et qu’on ne fasse que retarder de 10 ans une évolution inéluctable, dix ans de vie digne pour des centaines de milliers de nos concitoyens seraient-ils si négligeables ? Permettre à une génération de quinquas de partir à la retraite dignement, sauver les commerces et les PME d’une petite ville et le tissu social d’une région sont des objectifs aussi louables et légitimes que d’améliorer la productivité et la compétitivité de la France.

L’intervention de l’Etat – exécuteur des choix politiques décidés par la société – a sans doute des effets pervers, mais un libéralisme sans bornes en aurait peut-être de plus déplaisants encore. La concurrence est-elle toujours une bénédiction ? La gestion privée est-elle toujours heureuse ? Les réponses me semblent évidentes. Au lieu de brandir des dogmes, posons-nous de manière pragmatique la seule question qui vaille : il ne s’agit pas de savoir si l’Etat doit intervenir ou pas mais comment il doit le faire. La transformation de millions d’égoïsmes individuels en intérêt général est un exercice trop compliqué pour le laisser à la seule « main invisible ».

  1. merci à Bibi de m’avoir signalé cette lacune!
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32

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  • 2 April 2011 à 12h32

    red benjamin dit

    Bravo Gil!

    C’est au politique que revient la création et le maintien de la société. Le marché géant n’est qu’un lieu de bataille ou le darwinisme le plus brutal règne.
    Oui le politique doit avoir le prima sur l’économique. L’addition des intérêts seulement privés d’une flopée d’agents économiques n’a jamais été transcendé en un intérêt général: un intérêt de caste, une loi des plus forts/mieux dotés/mieux formés, plutôt.

    • 7 April 2011 à 11h36

      isa dit

      Je suis bien d’accord, mais c’est juste impossible.
      Dans la mondialisation, et même avant d’ailleurs, il est impossible même à un chef d’état qui le voudrait vraiment et qui poursuivrait ses objectifs sans défaillir, de changer quoi que ce soit à ce que peuvent organiser les énormes groupes internationaux.
      et ce tant que des salaires seront plus bas dans d’autres pays, et que des pays ne font pas payer d’impôts.
      avez-vous vu ou envisager d’imaginer un temps où cela se passerait autrement?

      • 7 April 2011 à 12h47

        samuel_ dit

        La mise en concurrence sur le cout du travail de certains travailleurs français avec ceux des pays émergents, qui provoque chômage et pression à la baisse sur certains salaires en France, n’a rien d’inéluctable, elle dépend de choses qui sont choisies par les dirigeants politiques de la France. Ces choses sont les modalités d’intégration de l’économie française dans l’économie mondiale, et dans une moindre mesure le régime monétaire.

        Pour les modalités d’intégration, les dirigeants peuvent choisir le libre-échange et la liberté de circulation des capitaux, qui ont pour conséquence cette mise en concurrence des entreprises de France sur le critère du cout du travail, vis à vis des consommateurs au moment de vendre leurs produits, et vis à vis des investisseurs au moment d’obtenir des capitaux pour financer des agrandissements de leur appareil productif. Mais ils peuvent aussi choisir des droits de douane qui compensent la différence de cout du travail dans les pays émergents, et un contrôle des flux de capitaux pour empêcher aux capitaux français de fuir le cout du travail en France qui réduit leurs rendements.

        Pour le régime monétaire, les dirigeants peuvent choisir qu’il n’y ait pas de crédits facilités pour les projets industriels, et que l’Etat ne puisse pas emprunter auprès de sa banque centrale. Cette raréfaction des capitaux rend l’Etat et les projets industriels privés plus dépendants des capitaux issus de l’épargne, ce qui augmente leur pouvoir et leur rendement, et leur pouvoir et leur rendement sont encore plus grands si ils ont la liberté de circulation.

        Aujourd’hui le respect des traités européens oblige à avoir libre-échange, liberté de circulation des capitaux, absence de crédits industriels facilités, et interdiction pour l’Etat de se financer auprès de sa banque centrale. Mais respecter les traités européens n’est pas absolument nécessaire, c’est seulement un choix politique du PS, d’Europe Ecologie, du Modem et de l’UMP.

  • 1 April 2011 à 22h31

    Lady dit

    Gil merci pour cette analyse à mesure humaine.

  • 1 April 2011 à 22h21

    Lady dit

    Gil, merci pour cette analyse à mesure humaine!

    • 2 April 2011 à 0h35

      Lady dit

      On aura compris!
      Mystères de la technique…Causeurienne

  • 1 April 2011 à 19h39

    Libero dit

    « [Les] hommes de gouvernement justifient de nos jours leurs décisions au nom de l’économie comme, au Moyen Âge, ils s’appuyaient sur l’Eglise et sur la science théologique. A l’instar du haut clergé et des théologiens-juristes d’autrefois, les économistes orthodoxes ont la charge d’ajuster les inégalités sociales dans le tableau d’un ordre nécessaire et justifié. » Je crois, Gil, que cette remarque de François Flahault va dans le sens de votre réflexion. Je l’ai extraite de son dernier bouquin, dont le titre me semble le préalable de tout programme politique : « Où est passé le bien commun ? »

  • 1 April 2011 à 18h19

    Mangouste1 dit

    Merci!

  • 1 April 2011 à 15h14

    samuel_ dit

    Du factuel au moral, en passant par l’analyse des intérêts des groupes, quelques autres critiques qu’aurait pu faire Mihaely contre ce que dit Kaplan.

    Kaplan sait quelle a été l’évolution du volume de biens industriels produits en France. Mais sait-il quelle a été l’évolution du volume de biens industriels consommés en France ? Il faut savoir cela pour savoir s’il y a réciprocité ou non réciprocité des échanges avec les pays émergents, conservation ou destruction de l’appareil productif français, qu’on peut voir comme la source à long terme de la prospérité de la France.

    Kaplan sait-il aussi combien d’emplois il faudrait mobiliser en France pour produire ce que nous importons des pays émergents, et combien d’emplois sont mobilisés en France pour produire ce que nous y exportons ? C’est une donnée qui serait intéressante pour avoir une idée de l’importance de l’impact de l’absence de protectionnisme sur l’emploi en France.

    Je pense que ça ne serait pas très sérieux, de dire que l’on sait qu’il ne faut pas de protectionnisme, sans connaitre les réponses factuelles à ces deux questions. Or il me semble qu’aucun économiste ne connait ces réponses factuelles.

    D’autre part, il ne suffit pas de dire que ceci ou cela profite ou nuit au pays dans son ensemble. Il faut, comme Pierre-Noël Giraud, analyser quels groupes profitent ou pâtissent de quelle manière. Les travailleurs exposés à la concurrence des pays émergents, rendus chômeurs ou travailleurs pauvres, à cause des pressions à la baisse sur les salaires, pâtissent du libre-échange plus qu’ils en profitent en tant que consommateurs. Les consommateurs qui achètent des biens pour moins cher sans être exposés à la concurrence des pays émergents, les épargnants dont l’épargne gagne en rendement grâce au bas cout du travail, les possesseurs des entreprises, à l’instar de ceux de la chaine Walmart, dont les profits augmentent grâce au bas cout du travail, profitent du libre-échange plus qu’ils en pâtissent.

    Le bon choix entre protectionnisme et libre échange est donc, au sein d’une société, un compromis entre des intérêts divergents.

    Enfin, une fois d’accord sur les conséquences factuelles du libre échange et du protectionnisme, une fois vu comment les intérêts divergent, il faut se poser la question de l’enjeu moral du choix.

    La société française d’aujourd’hui, dont certains membres profitent du libre échange, et d’autres en pâtissent, est une société dont les membres se désolidarisent, chacun à la poursuite de son intérêt propre. Le problème de l’intégration de l’économie française dans l’économie mondiale n’est pas abordé de manière solidaire. Pardon donc d’être attaché à une valeur traditionnelle, mais pour moi “tout fout le camp” dans une société si ses membres n’ont pas un minimum de loyauté les uns envers les autres. On ne peut avoir confiance les uns dans les autres, on ne peut transmettre des valeurs à nos enfants, et on pâtit peut-être encore de biens d’autres maux, si on n’a pas un minimum de loyauté envers les membres de son peuple. Une question de fond est donc celle de l’importance pour le bonheur d’une société, des valeurs traditionnelles telles que la loyauté envers son peuple, valeurs ignorées par les économistes libéraux.

    • 2 April 2011 à 7h48

      isa dit

      Découvrez-vous la lutte des classes?

  • 1 April 2011 à 14h46

    eclair dit

    gil mihaely d’accord avec vous.

    J’ai pas le temps de répondre aux inepties de kaplan sur ces 2 derniers articles j’essaierais ce week end mais bourrés de contre verité et cela en est inquiétant pour quelqu’un qui se dis économiste.

    @leroy oui causeur est devenu chiant depuis la sélection des commenttaires. 

  • 1 April 2011 à 14h13

    Saul dit

    là, une seule chose à dire : BRAVO

    “À l’évidence, l’Economie telle qu’on la conçoit aujourd’hui n’est pas capable de répondre aux questions les plus importantes que pose toute société humaine ”

    enfin du bon sens…mais allez dire ça à ces idéologues…

    car, non L’Ours et Impat, même si Kaplan s’en défend (et mollement…) tout son discours est basé sur la primauté de l’économique en tout.
    aucune complémentarité, ce sont bien deux visions radicalement opposés

    @ Maquisart
    et dans les cordes…

    • 1 April 2011 à 14h38

      Bibi dit

      Il paraît que même les néandertaliens ne faisaient pas l’économie de l’économie.
       
       

      • 1 April 2011 à 14h46

        Saul dit

        c’est le problème Bibi, même pour des liberaux kaplanesques, le fait de se reproduire est un fait économique…vision totalement idéologique et dénaturée

      • 1 April 2011 à 15h20

        Bibi dit

        Tiens, je croyais que vous étiez d’accord avec Gil – y compris sur la nécessaire pluralité des points de vue.
         

      • 1 April 2011 à 15h35

        Saul dit

        je ne vois pas en quoi ça contredit ; Gil ne dit pas que tout est économique….

  • 1 April 2011 à 13h08

    L'Ours dit

    Comme Impat,

    excellents non pas contradiction totale mais correctif et complément des thèses des thèses de GK!

  • 1 April 2011 à 12h19

    Iakkhos dit

    Un article très intéressant, en effet le peuple peut se tromper mais si ca lui fait plaisir pourquoi lui retirer ce plaisir ! :)

  • 1 April 2011 à 12h05

    Guenièvre dit

    …je m’y perds un peu…

  • 1 April 2011 à 12h03

    Guenièvre dit

    Un texte clair et précis avec des vérités qu’il est bon d’entendre en ces temps où l’on a parfois l’impression que le monde marche sur la tête :

    “« L’Economie n’a pas à déterminer les finalités et la rationalité comptable ne saurait être le seul critère de choix de nos gouvernants.”
    “Permettre aux gens non-qualifiés de trouver du boulot est une preuve de civilisation.” magnifique !
    « La transformation de millions d’égoïsmes individuels en intérêt général est un exercice trop compliqué pour le laisser à la seule « main invisible ».

    Mais je ne suis pas assez calée pour dire si cela s’oppose réellement à la pensée de G.Kaplan. J’attends avec impatience que celui-ci réponde.
    Mon “libéral préféré” lui, dit à peu près la même chose que Gil alors je m’y perd un peu :
    «toute politique doit marier le choix et la nécessité. En France, les libéraux nous tordent le cou pour nous forcer à voir la nécessité de la mondialisation, de la construction européenne etc. La mondialisation est un «fait», certes, mais cette constatation ne fait pas une politique.» Pierre Manent

  • 1 April 2011 à 11h25

    livia dit

    G.K et G.M se complètent parfaitement (au lieu de s’affronter, ce qui nous change de certains ) et nous apportent des sujets de réflexion. Bravo aux 2, chacun dans son domaine et à suivre…

  • 1 April 2011 à 11h22

    Alpheratz51 dit

    “Ainsi, fabriquer des avions de chasse et des lanceurs de satellites au lieu de les acheter moins cher ailleurs est, à mon avis, une excellente décision, même si elle a un effet négatif sur la comptabilité nationale. Si on suivait le dogme libéral, la France abandonnerait les industries de la défense aux Etats-Unis et consacrerait les moyens ainsi libérés aux secteurs où elle jouit d’un avantage comparatif. Fermer Dassault et Thales pour développer Hermès et des Chanel ? Non merci ! “……

    Je bois du petit lait. Merci.

  • 1 April 2011 à 11h06

    Bibi dit

    Pas si vite.
    D’abord plutôt que la science de “distribution de richesse” c’est celle de répartition de ressources limitées, dont s’est séparée non seulement la politique mais aussi la gestion. 
    Ensuite, le rôle comportant devoirs et droits du conseiller du dirigeant vaut pour tout domaine “spécialisé”: en effet, c’est du tableau d’ensemble que le dirigeant devrait disposer et tenir compte, et non d’un seul prisme (c’était un peu dur à faire avaler aux économistes qui présupposaient cette capacité chez le commun des mortels mais une bonne partie s’est rangée du côté de l’évidence).
    Enfin, “posons-nous de manière pragmatique la seule question qui vaille : il ne s’agit pas de savoir si l’Etat doit intervenir ou pas mais comment il doit le faire.” contredit le point précédent (c’est la seule qui vaille du point de vue mihaelien). Et “comment intervenir” comprend l’option de “intervenir – ou pas”. 
     

    • 1 April 2011 à 11h26

      Gil Mihaely dit

      Vous avez absolument raison de souligner la répartition de ressources rares, c’est une erreur de ma part de ne pas l’avoir mis en avant.  

  • 1 April 2011 à 10h57

    Jérôme Leroy dit

    Ouf, merci Gil.
    Parce que là, Causeur commençait à ressembler aux amphis de Paris Dauphine vers 85 ou au Chili vers 75.
    Si on m’avait dit un jour que Pascal Salin me ferait l’effet d’un bolchévique en comparaison…

    • 2 April 2011 à 7h58

      isa dit

      Quel manichéïsme!
      Vous étiez dans les amphis de Dauphine, vous?
      Chez Pinochet, je ne pense pas.

      J(y étais, moi, un peu plus tôt, et je puis vous assurer que, comme ici, nous avions des profs de tous bords et que nous y étudiions l’hitoire de la pansée économique, aussi bien Marx que milton Friedman; et nous avions même eu le conseil d’un des profs de lire” le capital”, je l’ai encore, en “la pléiade”, j’avoue n’avoir lu que les passages que l’on m’avait conseillé, et je crois bien qu’il y a vait du Proudon avant, faudrait que je vérifie;
      Dites vous qu’il y avait autant de profs de gauche qu’ailleurs, comme toujours.

      • 2 April 2011 à 20h59

        Jérôme Leroy dit

        Non, mais j’y avais une petite amie, pour tout vous dire. A Dauphine. Pas chez Pinochet.

  • 1 April 2011 à 10h20

    Impat1 dit

    Gil Mihaely a raison en tous points dans cet article. Mais on aurait tort d’y voir une contradiction avec les thèses de G.Kaplan. Ce dernier explique le fonctionnement plus efficace de l’économie lorsque l’Etat ne s’en mêle pas trop. Il ne met pas en cause pour autant la primauté du politique.
    L’Etat a le droit, et peut avoir parfois le devoir, de choisir des solutions qui au seul plan économique ne seraient pas optimales.
    Exemple extrême: déclencher une guerre peut être désastreux au plan économique, et pourtant nécessaire et justifié politiquement.  

  • 1 April 2011 à 9h52

    Maquisart dit

    Kaplan, dans tes dents!!!!!

    Merci Gil d’avoir des mots sur ce que je pensais!
     

  • 1 April 2011 à 8h45

    Florence dit

    Bravo Gil pour cet article qui souligne parfaitement bien des points primordiaux, notamment sur l’indépendance d’un pays et l’importance de garder la main sur des activités stratégiques ( je pense aussi à l’énergie ).
    L’importance de donner aussi la possibilité de travailler aux personnes peu qualifiées sans vouloir toutes les cantonner dans l’aide à la personne. Il en faut pour tout le monde et comme vous je ne souhaite pas vivre dans une société où l’on paie les gens non qualifiés à ne rien faire. On voit bien que l’on arrive au bout du système RMI/RSA. Cela devient insupportable pour les assistés comme pour les ponctionnés.

    Il me semble qu’il est bien plus prudent et sain pour un pays de diversifier ses activités économiques. De même, il me semble plus sain d’avoir une balance commerciale relativement équilibrée. On est allé trop loin dans la spécialisation sur le plan des activités économiques, comme sur celui des balances commerciales,