photo : UPI/Kevin Dietsch

Ben Laden est mort depuis deux jours et les commentaires télévisés n’en finissent pas de se multiplier, pas toujours très heureusement. L’appel de Marc Cohen qui engageait les tenants de « l’assassinat de Ben Laden » à ouvrir un dictionnaire a été, semble-t-il, entendu mais, à l’évidence, mal compris. Ainsi durant la matinale de Canal+ un intervenant, certainement lecteur studieux de Causeur, a donc préféré parler, lui, du « meurtre du Cheikh Oussama Ben Laden ».

Eh oui, « meurtre » et non plus « assassinat », car il n’y aurait pas de préméditation et il s’agirait donc d’un simple homicide volontaire perpétré par les Américains. Et puis « Cheikh » car il est inimaginable de perdre le sens des convenances avec les victimes.

On se pince. C’est un peu comme si à l’annonce du suicide de Hitler, des journalistes plus pointilleux que la moyenne avaient corrigé leurs confrères en exigeant qu’on parlât du « suicide de Môssieur Hitler, s’il vous plaît ! » Ce même intervenant, à moins que cela en soit un autre, mais disons du même acabit, indiquait sur France 24, que la mort de Ben Laden (Môssieur Ben Laden pardon !) ne changerait rien, car il n’était plus qu’un symbole et pas un chef de guerre. Le même en rajoutait, nous exposant son malaise face à la joie manifestée par certains Américains dès l’annonce faite par Barack Obama.

Résumons, si vous le voulez bien : les Américains, qui sont démesurément rancuniers, ont choisi de tuer un simple symbole en s’exonérant du respect du droit et de la politesse et, cerise sur le Mac Do, ils ont fait preuve d’une grossièreté insigne en fêtant la commission de l’infraction. Bref, il eût été préférable de laisser le Cheikh couler des jours pépères à Abbottabad.

En plus d’inviter certains à consulter des dictionnaires, pourrions-nous avoir l’audace de leur conseiller de réfléchir deux secondes ? Doit-on rappeler que le 11 septembre 2001, les Etats-Unis ont fait l’objet sur leur territoire d’une attaque encore plus meurtrière que celle de Pearl Harbor et qu’il s’agissait là d’une véritable déclaration de guerre ? Une guerre certes moins classique que toutes celles passées, mais une guerre malgré tout, voulue au nom d’un djihadisme global et animée par Ben Laden.

Aussi, présenter l’opération militaire visant à le capturer et l’exécution qui s’en est suivie comme un fait divers ou comme une opération purement symbolique pour ne pas dire de vil marketing, laisse un peu interdit.

Quant à la satisfaction manifestée par certains citoyens américains, comment la leur reprocher ? Il est vrai qu’en France nous sommes so chic et pouvons donc prétendre à être les arbitres des élégances éthiques. Serons-nous bientôt sommés de dire notre malaise rétrospectif quant à l’explosion de joie de millions d’Américains le 15 août 1945, à l’annonce de la reddition du Japon alors que deux bombes atomiques avaient rasé Hiroshima et Nagasaki – qui n’étaient même pas des symboles ?

À rebours de nos moralistes télévisuels et à l’unisson avec Barack Obama, je dis simplement que justice est faite.

Lire la suite