Les dieux de l’Olympia | Causeur

Les dieux de l’Olympia

Entretien avec Jean-Michel Boris

Publié le 29 mai 2016 / Culture

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Comment une banale salle de spectacle des Grands Boulevards devient-elle une légende ? Le magicien porte un nom, Bruno Coquatrix. Entretien avec son successeur, véritable mémoire du music-hall.

Bruno Coquatrix et Georges Brassens à l'Olympia, le 7 décembre 1962 (Photo : AFP)

Causeur. Contrairement à ce qui se répète, vous n’étiez pas le neveu de Bruno Coquatrix, mais de Paulette Coquatrix, son épouse.
J.-M. B. Exactement, de Paulette, la sœur de mon père ; elle va avoir 100 ans, cette année.

Comment le rencontrez-vous ?
Bruno est un homme du Nord. Sa mère était mercière au Petit Ronchin. Arnaud Delbarre, directeur général de l’Olympia de 2002 à 2015, dit qu’il appartient à la « Ch’ti connexion » ! Moi, je suis bordelais d’origine. Mon père a rencontré ma mère sur le bassin d’Arcachon, ils ont éprouvé un fol amour, se sont mariés en 1931, je suis arrivé en 1933, ils ont divorcé en 1936. J’ai mal supporté l’étiquette de « fils de divorcés ». En juillet 1954, mon père, qui habite Paris, me demande de venir le visiter. On se voyait une fois par an, à peu près, j’étais heureux d’aller le retrouver. Après quelque temps, il me dit : « Jean-Michel, j’ai des soucis financiers, accepterais-tu de passer le reste de tes vacances chez ma sœur, Paulette ? » Me voilà chez Paulette et Bruno Coquatrix, son mari, qui dirige l’Olympia depuis le 5 février de cette année. Il m’interroge sur mes projets d’avenir : « Devenir médecin ! » Du côté de ma mère, il y avait des médecins, la profession m’attirait. Il me parle de l’Olympia : « Pour l’an prochain, j’ai engagé, parmi d’autres, Georges Brassens. » C’est un dieu pour moi, Brassens ! Bruno comprend qu’il m’a « hameçonné », il pousse son avantage : « Viens travailler avec moi ! Ta mère va devoir consentir à des sacrifices pendant de longues années, moi je t’offre une place, j’ai de grandes ambitions pour l’Olympia. » Je suis rentré à Bordeaux : « Maman, je vais travailler avec Bruno. » Ma mère a pris des renseignements sur Coquatrix, et elle a consenti. Le 5 novembre 1954, Bruno me tendait un bleu de travail : j’étais machiniste à l’Olympia. Cet homme m’a construit, avec mes défauts et mes qualités, il a été mon père de substitution, mon vrai père étant mort à l’âge de 52 ans ; il m’a entraîné dans son aventure, je l’ai suivi et servi jusqu’à sa mort, en 1979 : je ne l’ai jamais regretté.

Ce lieu a une longue histoire, mais considérons seulement l’Olympia de Bruno Coquatrix. Il n’est pas propriétaire des murs ?
Il n’en est que locataire, par contrat avec la SATO, Société anonyme du Théâtre de l’Olympia, dont la présidente est madame Haïk, veuve de Jacques Haïk, fondateur du Grand Rex, qui possédait l’Olympia et Le Français. Bruno Coquatrix l’exploite donc d’abord comme salle de cinéma.

En 1954, tout s’enchaîne rapidement, n’est-ce pas ?
Oui, il inaugure le music-hall avec Lucienne Delyle, accompagnée par Aimé Barelli et son orchestre. Ils occupent la scène pendant trois semaines, durée fixée alors par Bruno pour tout spectacle. Dans la première partie, comme souvent, il a donné sa chance à un talent neuf : Gilbert Bécaud. Bruno lui prédit un bel avenir : « L’année prochaine, tu seras une vedette ! » Ce statut de vedette, il l’accorde d’emblée, en mars 1954, à Georges Brassens, qu’il a vu chez Patachou. En 1955, le triomphe de Charles Trenet, artiste d’avant-garde, envié, respecté, donne à l’Olympia un prestige nécessaire, bien propre à lever les réserves des autres artistes, qui ne voulaient pas essuyer les plâtres. En mars 1955, Bécaud est tête d’affiche à l’Olympia. Bruno risquait tout, lançait des paris. Les lendemains n’étaient jamais sûrs, jusqu’en 1959, où tout sembla perdu : c’est alors que Piaf a sauvé l’Olympia.

Terrible année 1959 : dans Paris, la rumeur se répand, selon laquelle Coquatrix jette l’éponge, l’Olympia va fermer !
Tout le métier le croit, oui ! Financièrement, la situation semble sans issue. Mais Bruno Coquatrix peut compter sur ses amis, et en particulier sur Édith Piaf, et sur son imprésario, Loulou Barrier. Piaf a très envie de passer à l’Alhambra, mais, cédant aux instances de Loulou, elle vient à l’Olympia. Heureusement ! Sans elle, à ce moment précis, l’Olympia n’existerait plus. Elle reste là douze semaines !

Pendant douze semaines, tous les soirs, elle est sur scène ?
Elle est là, on joue à guichets fermés, c’est la folie autour et dans la salle. Et elle est extrêmement fatiguée, mais elle assume.

Évidemment, les caisses se remplissent.
Grâce à Piaf, nous sommes sortis d’affaire… momentanément.

[...]

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    publié dans le Magazine Causeur n° 94 - Mai 2016

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    • 29 Mai 2016 à 17h19

      clark gable dit

      Dernièrement il y avait Hanouna , et peu de chance qu`on en parle dans 50 ans
      A part peut étre quelques simplets qui étaient présents ce soir là

      • 29 Mai 2016 à 18h25

        laborie dit

        Comment pourrait-on se souvenir d’un ectoplasme?