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Obama repart en campagne

Faire payer les riches pour faire voter les pauvres

Publié le 18 octobre 2011 à 9:37 dans Monde

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Image : gademocrats

Ça y est. Trois ans après son élection, Barack Obama vient de lancer sa nouvelle campagne présidentielle. Désormais, sa priorité est de marquer ses différences avec les Républicains en les accusant d’empêcher le gouvernement de prendre les mesures économiques nécessaires pour relancer l’économie, l’emploi et le pouvoir d’achat.

Jusqu’à l’été dernier, pendant les trente premiers mois de son mandat, le président démocrate avait toujours recherché le compromis. Bénéficiant initialement de la majorité démocrate dans les deux chambres, Obama avait tenu à négocier avec les Républicains, sans jamais leur forcer la main ni leur imposer ses solutions. Il voulait rassembler et proposer une politique non partisane. A l’intérieur comme à l’extérieur, ses discours ont d’ailleurs toujours été suivis d’actes inscrits dans la tradition de la plus pure realpolitik.

Or, non seulement cette stratégie politique n’a pas eu les résultats escomptés, mais le raidissement idéologique des Républicains a rendu son exercice impossible. Depuis cet été et l’échec des négociations entre Obama et les leaders républicains sur la question de la dette, il est devenu évident que le Tea Party, relayé par ses militants sur le terrain et ses élus à Washington, enferme le camp républicain dans le piège du puritanisme idéologique. En campagne pour sa réélection, Obama a compris le message et essaie de prendre ses rivaux à leur propre jeu. Le rassembleur au-dessus de la mêlée a ainsi laissé place au candidat démocrate à sa propre succession. C’est ce changement de stratégie politique qui explique l’échec de son plan emploi, que le Sénat a rejeté le 11 octobre malgré une campagne de terrain vigoureuse menée en fanfare par Obama. En fait, l’échec prévisible de ce plan constitue une manœuvre politicienne d’Obama et des Démocrates pour mettre les Républicains dans l’embarras.

Pris dans sa globalité, le plan pour l’emploi d’Obama avait en effet toutes les chances de bénéficier d’un soutien bipartisan confortable. Il s’agissait d’une série de mesures d’un coût total de 447 milliards de dollars : des grands chantiers de travaux publics, impulsés et pilotés par les Etats et financés par Washington, des subventions permettant aux Etats de ne pas licencier de fonctionnaires (enseignants, policiers et pompiers…) et des réductions d’impôts plafonnées à 106 000 dollars de revenu annuel dont profiteraient 160 millions d’Américains. Il y a un an, ou même il y a trois mois, Obama se serait réjoui de voir ce package adopté à une large majorité, jusque chez les républicains.

Mais aujourd’hui, le consensus n’est plus son objectif. Ainsi, les stratèges politiques démocrates ont décidé d’ajouter une mesure symbolique forte : une surtaxe de 5,6 % sur les revenus annuels dépassant le million de dollars par an. En promouvant cette « taxe des riches » (ou « Buffet tax », du nom du milliardaire américain qui l’a proposée), Obama pousse les républicains dans leurs retranchements, entravant le soutien des plus ouverts d’entre eux, qui approuvent par ailleurs l’essentiel du plan présidentiel. Obama sait que la taxe des millionnaires est une mesure très populaire et il n’ignore pas que la pression des militants Tea Party qui exigent moins d’impôts et moins d’Etat lie les mains de sénateurs républicains. Le piège parfait se referme sur ses proies.

Contrairement à ce qu’il aurait fait jusqu’à récemment, Obama ne s’est pas efforcé de négocier un compromis avec les républicains, mais il a parcouru les Etats-Unis pour marteler son message dans ce qui ressemble à une primaire solitaire : « La taxe des riches est juste, mon plan va créer de l’emploi et mettre de l’argent dans vos poches mais les Républicains le bloquent parce qu’ils servent un intérêt partisan plutôt que l’intérêt général de la nation ».

Mardi 11 octobre, en s’opposant au vote du plan, les républicains ont foncé tout droit dans l’embuscade qui leur était tendue par la Maison Blanche et les Démocrates. Ils ne pouvaient probablement pas faire autrement et leur embarras était palpable : aussitôt connus les résultats du vote, certains sénateurs ont fait savoir qu’ils ne feraient aucune obstruction si ces mesures étaient présentées une par une, plutôt que sous la forme globale d’un « à prendre ou à laisser » sans nuances.

Toute la question est de savoir si la stratégie présidentielle de refus des compromis sera payante et si le chef de l’exécutif pourra passer, aux yeux de l’opinion publique, pour la victime impuissante des manœuvres politiciennes de ses adversaires républicains. L’enjeu est de taille, car sur le terrain, les chiffres sont cruels : quand Barack Obama a emménagé à la Maison-Blanche, il y avait 132,8 millions de salariés aux Etats-Unis. Aujourd’hui, 32 mois et des centaines de milliards de dollars plus tard, ils ne sont plus que 131,3 millions…

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  • 19 Octobre 2011 à 11h42

    kacyj dit

    Naif,

    Je ne comprends pas très bien votre commentaire. Cet article, de Gil Mihaely, est de mon point de vue un modèle qui devrait être enseigné dans les écoles de journalisme.
    Il ne vous dit pas ce qui est bien ou ce qui est mal, les démocrates ou les républicains, les républicains ou les Tea party. Il analyse une situation, et plus particulièrement la stratégie politicienne d’Obama, telle qu’il l’observe. Il peut se tromper, comme tout un chacun. Mais je ne vois pas à quel moment il soutient le creusement de la dette. D’ailleurs, du point de vue du seul titre de cet article, Sarkozy fait exactement la même chose en France. La stratégie d’Obama est de lier cette mesure au plan emploi.
     

    • 20 Octobre 2011 à 6h03

      Naif dit

      Est ce que Gil Mihaely à bien écrit “il est devenu évident que le Tea Party, relayé par ses militants sur le terrain et ses élus à Washington, enferme le camp républicain dans le piège du puritanisme ” ?
      Oui, je vois difficilement comment vous pouvez dire le contraire. enfermé un parti, jusqu’à preuve du contraire, ce n’est pas l’ouvrir de plus le sens de la phrase est le tea party piège le parti républicain. et Gil Mihaely n’analyse pas une situation il critique la stratégie de compromis d’Obama face au républicains laissant supposer qu’une stratégie de confrontation aurait été plus payante. Laissant de côté le fait qu’Obama a obtenu les crédits qu’il souhaitait pour relancer l’économie et que c’est son plan qui a foiré.
      Donc que les républicains s’oppose à un nouveau “super plan qui va résoudre les problèmes que vous allez voir ce que vous allez voir” n’est pas comme le laisse entendre un piège du Tea party, les républicains ont toujours eu de grosse réticences à augmenter les impôts et visiblement cela déplait à GM.  

  • 18 Octobre 2011 à 21h11

    Naif dit

    Aie aie aie y a rien à faire voilà un tea que les journaliste français ont du mal à digérer même en party. Prétendre que le tea party “enferme” les républicains c’est laisser entendre qu’il existe d’autre solutions bien sûr plus “libre” plus “ouverte” parce que limiter la dette en limitant les dépenses c’est s’enfermer peut être. Dites moi si je me comportais comme Obama avec mon comptes en banque vous croyez que mon banquier me dirait : c’est bien libérez vous, ouvrez vos horizon et puis pour la petite note faite moi confiance je la présenterais à Gil Mihaely qui se fera un plaisir de vous la réglée. 

  • 18 Octobre 2011 à 12h20

    L'Ours dit

    GM,

    j’adore votre sous-titre “Faire payer les riches pour faire voter les pauvres”

    A lui tout seul, il vaut article, et il pourrait se prêter à tous nos politiques. 

    • 18 Octobre 2011 à 12h39

      Gil Mihaely dit

      c’est à Marc Cohen qu’il faut adresser ces compliments que je partage !  

  • 18 Octobre 2011 à 11h32

    skardanelli dit

    Oui, vraiment intéressant Agatha…

  • 18 Octobre 2011 à 11h32

    Impat1 dit

    Gil Mihaely et Skardanelli, Merci, ce sondage répond à ma question et lève presque mes doutes. 

  • 18 Octobre 2011 à 11h29

    Marie dit

    Ma famille aux Us électeurs d’Obama sont tr-ès déçus de ce qu’il a fait, ils lui reprochent son incapacité à trancher et décider en fait Obama c’est la gauche molle:)

    • 18 Octobre 2011 à 12h37

      eclair dit

      non c’est pas la gauche molle. C’est le centre.

      Et le centre est par définition mou plein de compromis incapable de trancher.

  • 18 Octobre 2011 à 11h16

    agatha dit

    http://www.atlantico.fr/decryptage/grece-californie-dette-crise-deficit-196763.html

    Pour élargir le cadre de la discussion, cet article étonnant et peu réjouissant.

  • 18 Octobre 2011 à 10h59

    Bibi dit

    Divine surprise. Un cas inédit.
    En effet, son prédécesseur à la Maison Incolore a bénéficié, lui, d’une contestation parfaitement démocratique et populaire.
    Au Congrès comme à la rue. Et n’oublions pas les médias.
     

  • 18 Octobre 2011 à 10h51

    skardanelli dit

    Cher Impat, tout dépend des américains que vous connaissez ! Voici un sondage/a>, il ne faut pas oublier que les États-Unis sont la patrie du grand Roosevelt.

  • 18 Octobre 2011 à 10h47

    Georges_Kaplan dit

    « La taxe des riches est juste, mon plan va créer de l’emploi et mettre de l’argent dans vos poches mais les Républicains le bloquent parce qu’ils servent un intérêt partisan plutôt que l’intérêt général de la nation. »
    Traduction : si vous votez pour moi, je vais prendre leur argent aux riches et vous le donner ; les républicains servent les intérêts des riches et veulent m’en empêcher.
    J’aimerais croire qu’Obama est juste aveugle est continue à croire qu’une Nième relance budgétaire créera effectivement des emplois. J’aimerais avoir encore quelques illusions sur la chose politique. 

    • 18 Octobre 2011 à 11h16

      eclair dit

      A part qu’aux USA les riches ne payent quasiment pas d’impôt.

  • 18 Octobre 2011 à 10h34

    l’oiseau bleu dit

    Apprès avoir fait porter la responsabilité de ses échecs sur  tout le monde et sa mère, il décide de faire payer les riches.

    Cela impressionera une frange de sa clientèle, mais je pense que la majorité des électeurs US croyant encore en la magie du rêve américain  ne suivront pas.

  • 18 Octobre 2011 à 10h14

    Impat1 dit

    …” Obama sait que la taxe des millionnaires est une mesure très populaire “…
    Si Obama le sait, et que Gil Mihaely le dit, ce doit être vrai..
    Mais connaissant un peu les Américains j’ai quelque doute. Ce serait une mesure très populaire en France, certes, mais outre Atlantique…
    A-t-on un sondage ?