Obama prend un râteau à l’est

Havel, Walesa et consorts ne sont pas obamaniaques

Publié le 24 juillet 2009 à 15:11 dans Monde

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Avant la chute du communisme, on les appelait les dissidents : Sakharov, Havel, Walesa ont connu la prison, d’autres furent contraints à l’exil. Pendant que les gouvernements de l’Occident démocratique cherchaient des accommodements avec l’Union Soviétique, ils incarnaient la résistance intraitable au totalitarisme communiste. Grâce à eux, quelques intellectuels maoïstes français furent dispensés d’une cure de silence repentant dans une quelconque Trappe laïque, après s’être reconvertis dans la défense des persécutés de derrière le Rideau de fer.

Aujourd’hui, alors que l’on va bientôt célébrer le vingtième anniversaire de la chute du mur de Berlin, cette génération dissidente a, pour l’essentiel, quitté le devant de la scène politique où elle avait été propulsée après l’effondrement des régimes communistes.

Mais elle n’a pas renoncé à s’exprimer publiquement au nom de leur expérience historique, et à dire leur fait sans détour aux dirigeants d’aujourd’hui, comme ils le firent jadis face aux tyrans post-staliniens.

En ce mois de juillet, le Tour de France, les bonbonnes dans les usines en voie de liquidation et la castagne au PS ont barré, à de rares exceptions près, le chemin des médias à une lettre ouverte fort intéressante adressée au président des Etats-Unis par vingt anciens responsables politiques de pays d’Europe centrale et orientale. On retrouve dans cette liste les icônes de la dissidence qui sont encore de ce monde, et même un ex-communiste, l’ancien président polonais Alexander Kwasniewski. Ce sont ceux à qui, en mai 2003, Jacques Chirac avait reproché d’avoir « manqué une bonne occasion de se taire » pour cause de soutien à la guerre d’Irak. L’injonction venue de l’Elysée provoqua chez eux plus d’hilarité que de colère : ils avaient tenu tête à Brejnev et au Kremlin, alors une gueulante de Corrézien, ils pouvaient faire avec.

Ces gens-là ne sont donc pas du genre à se laisser intimider, fût-ce par celui qui dispose à la fois de la puissance militaire la plus considérable et d’une popularité sans égale dans la foule mondialisée, le président des Etats-Unis Barack Obama.

Ils tirent la sonnette d’alarme devant ce qu’ils considèrent comme un désengagement des Etats-Unis de l’Europe centrale et orientale au profit de la recherche d’un accord global avec la Russie de Poutine et Medvedev, notamment sur la réduction des arsenaux nucléaires.

En terme choisis, ils reprochent à Obama de se faire balader par des Russes qui, écrivent-ils, « mènent une politique extérieure comme une puissance du XIXe siècle avec les méthodes du XXIe siècle », cherchant à étendre leur zone d’influence par toutes sortes de moyens, y compris les plus technologiquement sophistiqués, comme la piraterie informatique.

Ils s’inquiètent également de la passivité de cette OTAN à laquelle ils ont adhéré avec enthousiasme devant les agressions militaires ou économiques de pays qui se sont émancipés de la tutelle soviétique et sont sortis de l’orbite russe, comme la Géorgie et l’Ukraine. Ils donnent au passage une petite leçon de kremlinologie moderne à une Administration américaine qui semble avoir oublié les leçons de la Guerre froide, sous prétexte que les Russes ont, pour l’instant renoncé à disputer aux Etats-Unis la suprématie planétaire : « Au niveau mondial, la Russie se comporte, sur la plupart des sujets, comme une puissance soucieuse du maintien du statu quo. Au niveau régional et vis à vis de nos nations, cependant, elle agit comme une puissance révisionniste. Elle conteste nos droits à faire nos propres expériences historiques. Elle revendique une position privilégiée quant à la détermination de nos choix en matière de sécurité. Elle fait usage de tous les moyens, licites et illicites de guerre économique – blocus énergétique, investissements politiquement ciblés, corruption et manipulation des medias – pour faire prévaloir ses intérêts et faire obstacle à l’intégration atlantique de l’Europe centrale et orientale. »

Par ailleurs, ils constatent dans leurs pays respectifs, une désaffection croissante à l’égard des Etats-Unis, et un repli vers des positions nationalistes, voire fascisantes et antisémites dont on a pu voir les effets électoraux lors du dernier scrutin européen.

Il serait pour le moins réducteur de ne voir dans cette lettre qu’un combat d’arrière-garde de ceux qui ont soutenu George W. Bush dans ses entreprises les plus hasardeuses. Ses auteurs, qui ont le nez historiquement fin, sentent dans les premiers pas de la diplomatie est-européenne d’Obama, un parfum de Yalta qui ne leur plait pas du tout, et on les comprend.

Ils le jugeront sur son attitude dans deux dossiers qui leur tiennent particulièrement à cœur : la mise en place, en Pologne et en République Tchèque du système antimissile projeté par l’administration précédente, et le soutien des Etats Unis aux projets de gazoducs permettant d’éviter d’être soumis au chantage énergétique de Moscou.

Enfin, il y a des petites vexations qui sont irritantes lorsqu’elles sont infligées à des gens réputés amis, notamment sur la question des visas. Ainsi, nos épistoliers s’étonnent que Lech Walesa, comme tous les Polonais, soit contraint à demander un visa pour se rendre aux Etats-Unis, alors que notre José Bové national peut, lui, se présenter quand il veut où il veut aux agents US de l’immigration muni de sa moustache et de son seul passeport.

Certes, il existe dans le monde d’autres injustices plus dommageables, mais comme dirait Boris Vian, c’est « en protestant qu’on peut finir par obtenir des ménagements ».

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  • 27 July 2009 à 11h30

    Alain dit

    Ben le rateau s’explique par le fait que les pays d’Europe de l’Est et leurs gouvernements sont profondément racistes, point. Ils se réclament d’une civilisation occidentale auquel ils n’appartiennent pas vraiment, donc ils en ont fait des tonnes avec le cow-boy texan manichéen en quête d’alliés européens bien malléables. Avec un noir d’origine africaine dont la famille était musulmane ( ce qui est plut^tot une exception au Kenya) conscient de la complexité des choses, chiche! Moins évident de prendre le cheval du conflit des civilisations, en lancant l’oukase contre la “civilisation arabo-islamique” pour mieux s’intégrer parmi les gagnants.
    Je note d’ailleurs qu’il ne se passe pas une semaine sans un article critiquant le fait que Barack Hussein Obama ne s’aligne pas sur les factions les plus extrémistes des partis politiques d’autres pays.On le fait peut-être de plus en plus en France mais les résultats se font bien atendre. Comme s’il avait été élu pour faire une politique qui a échoué sur toutes les largeurs?
    Personne ne pose la question de savoir si les Etats-Unis ont les moyens de mener des stratégies de tension tout azimuts, la réponse est non. Elle saurait d’autant plus inadaptée que la Russie sera encore plus affaiblie dans les mois à venir par la crise économique.
    Il sait qu’il ne gagnera pas une élection sur ces questions là, donc ca ne sert à rien de dépenser le fric des contribuables américains pour protéger des gouvernements immatures d’une invasion d’ailleurs peu probable hormis en cas de menace vraiment sérieuse contre Moscou, problème ils n’ont même pas les moyens de se faire, c’est ça l’intérêt américain.
    Luc Rosenzweig peut continuer de ruminer et convoquer tous les jours du fond de leurs maisons de retraites toutes les bonnes consciences “atlantistes” et “démocratiques” pour refaire de manière quasi obessionnelle le portrait d’un Président un peu plus soucieux de l’intérêt américain que celui de Tel Aviv et de Tiblissi.

  • 26 July 2009 à 22h41

    a2lbd dit

    …colon

  • 26 July 2009 à 22h40

    a2lbd dit

    Suis le seul à être plus que dubitatif quant à la capacité des ex-pays du bloc de l’est ou issus de l’URSS à avoir une approche diplomatique décomplexée et saine vis à vis de la Russie.

    A titre de comparaison, peut on considérer que les rapports diplomatiques entretenus par l’Algérie vis à vis de la France sont sains. Serions nous satisfaits, nous Français, si les algériens arrivaient à propager la vision qu’ont bon nombres d’algériens de l’ancien

  • 26 July 2009 à 21h09

    Saul dit

    @ Venik :
    non, désolé je maintiens, Helene Carrere d’Encausse s’ est plantée dans les grandes largeurs. elle prévoyait, si je me souviens bien, que la forte augmentation démographique des républiques asiatiques aboutirait à un déséquilibre avec les autres composantes de l’ URSS ( dont les slaves, qui détenaient selon elle tous les leviers du pouvoir ), et que c’ est de ce déséquilibre que naitrait des nationalismes dans les républiques asiatiques.
    or comme vous le dites si justement, “L’eclatement de l’URSS a surtout ete du a la deliquescence politique et economique du pouvoir sovietique” et non pour des questions nationales. le problème des nationalités s’ est greffé là dessus, les indépendantistes ont profité de l’ occasion. et ce n’ étaient pas ceux d’ Asie Centrale, mais des pays baltes qui ont ouvert le bal. mis à par les baltes ( et encore ), le problème était tellement secondaire que meme lors de la guerre entre Arménie et Azerbaïdajan, commencée en 88, aucun des 2 camps n’ avait proclamé son indépendance avant 91 ( année où la messe était dite ). les déclarations d’ indépendance de 91 de part et d’ autre n’ étaient qu’ une manière de prendre acte de l’ effondrement de l’ URSS. mais beaucoup de ces républiques ( Ukraine, Kazakstan, Ouzbekistan…) souhaitaient meme reconstruire une nouvelle union.
    c’ est Eltsine qui acheva véritablement L’ Urss par la déclaration de souveraineté de la Russie. en cela ( + sa politique d’ alignement sur les USA ) il reprenait une politique “isolationniste” qu’ ont voulu suivre quelques figures de l’ histoire russe au cours des siècles : par exemple le tsarévitch Alexis Pietrovitch, fils de Pierre 1er, qui avec les boyards, tenta un coup d’ état contre son père avec comme programme notamment la restitution des terres conquises par celui ci !
    ou bien encore Pierre III, lors de son avènement en 1762, qui, par prussophilie, se retira de la guerre de 7 ans et rendit tout les territoires conquis à Fréderic II de Prusse, alors que ce dernier était en train d’ etre vaincu !
    Poutine est juste en train de redonner sa place de grande puissance à la Russie dans le concert international ( car contrairement à certain ici, ce n’ est pas à l’ effondrement de ce pays qu’ on assiste mais à une nouvelle montée en puissance )

    le problème des nationalités n’ a été qu’ une conséquense et non la cause de l’ effondrement de l’ Urss. il y a meme eu une république d’ Asie centrale ( je ne me rappelle plus laquelle) qui avait meme gardé son drapeau de république soviétique ( chaque RSS avait son drapeau, tous très ressemblants et similaires ) dans les 1er temps. la Bielorussie a meme songé à revenir dans la fédération de Russie etc….