Aménagements de façade à la Maison-Blanche
Pas de révolution pour la politique étrangère des Etats-Unis
Publié le 04 novembre 2008 à 14:53 dans Monde
Mots-clés : Barack Obama, États-Unis
À en croire les augures les plus sérieux, la présidentielle américaine est donc pliée depuis longtemps. Soit. L’élection d’Obama sera bien évidemment décrétée historique par les commentateurs du monde entier, pour l’unique raison qu’elle ferait entrer les Etats-Unis dans une “ère post-raciale” dont les contours, valeurs et agencements politiques et sociaux sont encore bien flous. Mais bon, on ne pourra empêcher les thuriféraires français du métissage généralisé des races et des cultures de faire de cette victoire la leur, et de devenir pour quelques mois des americanolâtres aussi béats qu’ils furent des américanophobes rabiques au temps de George W.Bush.
Ils risquent pourtant d’être rapidement désappointés s’ils croient que l’entrée d’un métis à la Maison Blanche entraînera une révision déchirante de la politique extérieure des Etats-Unis. Le scénario selon lequel le gendarme du monde se métamorphoserait à partir de janvier 2009 en grand frère sympa de tous les peuples de la terre, compatissant aux misères des pauvres, jetant aux orties le concept “d’axe du Mal” et prenant ses distances avec Israël est sans aucun doute le moins probable.
On avait certes pu entretenir quelques illusions – ou craintes – en ce sens à l’écoute des propos d’Obama pendant les primaires démocrates qui l’ont opposé à Hillary Clinton. Son discours sur l’Irak, l’Iran et le conflit du Proche-Orient sonnait alors plus “à gauche” que celui de sa rivale. Retrait sans délai des troupes d’Irak, dialogue sans conditions avec Téhéran : sur ces questions cruciales, le candidat à l’investiture Obama s’était posé en champion de la rupture radicale avec la politique extérieure de l’administration Bush.
Une fois la nomination acquise, les choses ont rapidement changé. L’arrivée massive des “clintoniens” dans l’entourage du candidat – qui a d’ailleurs provoqué quelques frictions avec les fidèles de la première heure du sénateur de l’Illinois – pousse le candidat vers des positions plus centristes et l’incite à gommer les aspects les plus radicaux de la doctrine Obama première manière.
Le tournant a lieu au cours de l’été 2008, quand d’anciens membres de l’administration Clinton prennent les commandes d’un imposant staff de conseillers en politique étrangère qui ne compte pas moins de trois cents personnes réparties en vingt groupes régionaux et thématiques. Anthony Lake, ancien président du Conseil national de sécurité, en assure la coordination. Il s’appuie sur des “sages” comme les deux anciens secrétaires d’Etat Madeleine Albright et Warren Christopher, et sur des “pointures” comme Dennis Ross pour le Moyen-Orient et Susan Rice pour l’Afrique.
La plupart ont été, au moins au début, favorables à l’intervention en Irak, et ne remettent pas en cause la priorité accordée à la lutte contre le terrorisme par tous les moyens – y compris militaires. Ils critiquent néanmoins vivement l’administration Bush pour le caractère primitif de sa gestion des conflits et sa propension à négliger la diplomatie, cet “art politique d’Etat” (statecraft). Or, selon eux, la défense des intérêts américains dans le monde repose sur une combinaison sans cesse réactualisée de diplomatie et de hard power militaire.
Ces conseillers observent que le refus obstiné du dialogue avec l’Iran d’Ahmadinejad n’a pas freiné l’avancée de ce pays vers l’acquisition de l’arme nucléaire, bien au contraire. Pour autant, l’équipe d’Obama ne fait pas sienne l’idée de certains analystes militaires et stratégiques qui pensent que les Etats-Unis pourraient très bien vivre avec un Iran nucléarisé, et même que la région en serait stabilisée grâce à l’équilibre de la terreur ainsi établi avec l’autre puissance nucléaire régionale, Israël. Résultat, le discours d’Obama sur la nécessité d’entamer sans condition préalable un dialogue au sommet avec Ahmadinejad a été relativisé au point d’être rendu inopérant : “Pour être fructueux, ce dialogue doit être préparé en amont, déclare ainsi Dennis Ross au quotidien israélien Haaretz, aussi bien avec nos alliés européens et israéliens qu’avec les dirigeants de Téhéran. (… ) J’estime pour ma part qu’un Iran nucléaire est aussi une menace pour les Etats-Unis.” Bref, ce “dialogue sans condition” a tout d’un dernier avertissement avant l’escalade.
La rupture avec l’utopie néo-conservatrice d’un “grand Moyen-Orient prospère et démocratique” ayant déjà été opérée au cours du second mandat de G.W. Bush, il y a donc fort à parier que, concernant les principaux dossiers qu’il trouvera dans le bureau ovale, Barack Obama pratiquera le changement dans la continuité. Il pourrait même dès son arrivée engranger les premiers succès liés à la politique de son prédécesseur : stabilisation de la situation en Irak grâce au surge (sursaut) du général Petraeus, et renforcement de l’autorité de Mahmoud Abbas en Cisjordanie, liée à la mise sur pied d’une force de sécurité performante qui doit beaucoup au général américain Dayton.
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L'auteur
Luc Rosenzweig est journaliste.
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hopfrog dit
@ Agathon
Cet article me semble reposer davantage sur l’usage immodéré du wishful thinking que sur des bases sérieuses. Parlons plutôt de ce qu’il ne faut jamais oublier : l’argent, nerf de la guerre mais aussi de la politique étrangère. Vu la situation catastrophique de l’économie US, on ne voit pas comment Obama pourrait (en admettant su’il le veuille) assurer l’an prochain au Pentagone la pharaonique rente de situation (700 milliards de $, soit l’équivalent du plan Paulson, sans parler des financements annexes ou “exceptionnels”) à laquelle il est habitué. La précarisation montant en flèche à l’intérieur des USA, il sera vite très difficie de continuer les deux ruineuses guerres que le pays a actuellement sur les bras. Bref, la politique étrangère US risque fort d’être drastiquement reformatée à la baisse, la réduction des ambitions s’ensuivant immanquablement de celle des moyens. Et si les USA veulent continuer à ignorer cette contrainte, ils risquent fort de connaître le sort qui fut celui de l’URSS, et pour les mêmes raisons : l’effondrement complet. Je croirais volontiers qu’Obama est trop intelligent pour prendre ce risque.
uppercut dit
La naiveté d’Obama sera testé dans les 6 mois à venir.
Les russes vont profité du vide présidentiel en amerique pour chercher à prendre l’Ukraine pendant les prochains 2 mois.
Obama risque de faire cavalier seul dans les negociations avec l’Iran, l’equipe de Satkozy n’a reçu aucune assurance des conseillers d’Obama quand ils sont passé à Paris.
Les ennemis de l’amerique sont toujours les mémes, ils n’aiment pas l’amerique, ils n’aiment pas le multiculturalisme, ils n’aiment pas les musulmans convertis au christianisme, ils n’aiment pas l’esprit democratique, ni la discrimination positive: toutes choses qu’ils pronnent pour les autres mais pas pour eux !
L’epouvantail amerique est trop commode a tous ces regimes et ideologues pour l’abandonner, l’amerique n’est pas hait pour ce qu’elle fait mais pour ce qu’elle est. Ainsi les ennemis de l’amerique et du monde libre vont pousser Obama a passer des bonnes paroles à l’action.
conclusion: majeur crise politique international dans les 6 mois: soit Obama réagit violement et s’en est finit de la lune de miel d’Obama avec le monde, soit il a une reaction soft/integrative, et s’en est finit des avancées de l’esprit democratique/liberale/moderé/reformateur dans le monde…
Les prochains temps au contraire seront dur.
Rosenzweig qui a toujours été un esprit libre semble plein d’esperance, mais est il réelement convaincu?… quels sont les elements concrets? pour le moment les clintoniens ont pris le dessus dans l’equioe d’Obama?
Quand la crise surviendra, (parcequ’elle surviendra) Obama va t il reagir comme tout le monde a réagit aux derniere crises? en abandonnant la georgie en chantant que “c’est la faute aux georgiens”, en abandonnant gaza en chantant que “le hamas est une creation d’israel” en abandonnant le liban au hezbollah et à la syrie en chantant “la victoire de la paix”?… la paix des cimetieres et la presence de Bush et de Rice n’a rien changé, imaginons avec Obama!.
Esperont que Luc R a raison, mais la presence de Ross et méme de Powell semblent étres des elements suffisants pour que l’on illusionne.
robespierre dit
Voilà un papier remarquable de synthèse sans a-priori : facts !
Je retiens quand même qu’il risque de ne pas être confortable d’être Géorgien dans les années qui suivent. Tant pis. Par contre pour l’Ukraine, en tant qu’européen, je considère qu’on ne doit rien lâcher. C’est un grenier à blé et un matelas géographique amortisseur considérable. La question pour nous, français, est donc une fois de plus l’Europe et en grande partie l’Allemagne qui sent plus que nous français que l’Europe pourrait être le dindon de la farce entre ce grand deal Chine/Russie/MO/USA. En gros, il nous resterait seulement le dossier “hyper-stratégique” de l’immigration clandestine par delà la méditerranée. Un dossier à la hauteur de nos moyens ou de nos ambitions ? On verra si Merkel a le temps et la volonté d’aller vers une défense européenne en commençant par l’industrie de l’armement et comment réagira Sarko.
Reste un autre problème : toute politique doit être financé. Même les USA arrivent à la limite surtout si les russes et les chinois commencent et arrivent à s’engager sérieusement vers une devise autre que le dollar, pas l’euro mais un truc différent….
Quand au conflit Israélo/Palestinien, je suis totalement isolationniste !
Pour la bombe iranienne, tant que la seule solution pour l’empêcher, reste de détruire Téhéran, les Iraniens …..n’ont rien à craindre.
Nina dit
Il y a un autre paramètre Monsieur Rosenzweig dont vous ne tenez pas compte.
Certes les “clintoniens” ont pris leurs marques, les stratèges envisagent des discussions diplomatiques avec l’Iran etc…mais la CIA roule pour elle.
Ce n’est à minorer comme élément aux USA.
En toute logique des services secrets défendent le programme du gouvernement et du Président élu. En toute logique.
Or, par le passé, on s’est bien aperçu que la CIA a profité des démocrates au pouvoir pour faire ce qu’elle avait envie et plus occasionnellement elle a fourni ses gros bras aux grosses firmes américaines et à ses petits agents qui ouvraient de petits paradis fiscaux en vendant des armes aux méchants terroristes.
Nos ricains espions se tiennent tout de même moins bien lorsque les démocrates sont aux affaires et ce n’est pas à ignorer.
Une petite chose encore : il y a plus que “quelques” stratèges dans l’entourage d’Obama qui avancent l’idée d’un Iran nucléarisé avec lequel on pourrait s’entendre.
Si les têtes pensantes des services secrets ne mettent pas dans la caboche du futur président (admettons…Obama) combien le chiisme iranien est redoutable, on peut entrevoir une guerre imminente sur le front du Liban via le Hezbollah !
Les Mollahrrr sont comme ça : vieux et sur le point de se la glisser, ils sont nihilistes et prêts à sacrifier des millions de vies humaines pour leur putain de djihad.
Cette guerre en Irak fut très mal préparée par le Pentagone. Un Etat mosaïque ne peut et ne veut pas de démocratie chez lui car le concept de Nation leur échappe totalement.
Il en sera de même pour tous les Etats arabes de la région.
PS : Monsieur Rosenzweig, je vous conseille de vous procurer rapidement la saison 6 de MI5 (série britannique) qui évoque assez justement le cas de figure dont vous parlez : Un Iran nucléarisé. Passionnant !
Ludovic Lefebvre dit
Ce sont bien les USA qui ont reçu les avions bombes, Agathon. Il se sont défendus et l’idée de semer la discorde dans une région où les conflits sunnites, chiites, mais aussi tribaux et ethniques en prenant un peu de pétrole au passage est géniale. Ils n’ont plus eu d’attentats depuis !
Agathon dit
Cet article sonne comme un voeu.
Personne n’en sait rien pour le moment.
La planète est sous tension, des conflits, des guerres(les USa en sont, en grande partie responsable) et une nouvelle ère dans la phase de la mondialisation, avec de nouvelles puissances économiques:Chine, Russie, Inde…
et de nouvelles redistributions des cartes et des stratégies de chacune d’elles, avec des moyennes puissances et de toutes petites.
L’Empire(du Mal) va très mal et la confrontation s’avère difficile.
Nous assistons à une Rupture dans la stratégie américaine.
On jugera sur pièces comme disent les professionnels de la profession.
Que des inconnues.
Humblement.