Obama : oui, il peut !
Ni cynique, ni angélique, le président américain fait de la realpolitik
Publié le 06 juin 2010 à 12:20 dans Monde
Mots-clés : Barack Obama, États-Unis

Photo Flickr / Barack Obama
Aucun anniversaire ni événement médiatique carillonné ne justifie ce texte : ce qui rend le moment propice pour parler de la présidence d’Obama. La très longue campagne présidentielle de 2007-2008 avait de quoi faire douter de sa capacité à se libérer de la cage dorée des attentes quasi messianiques qui ont accompagné la montée en puissance de sa candidature. Mais comme l’a dit le romancier israélien Amos Oz, le plus surprenant ne fut pas que les Américains aient élu un Noir mais qu’ils aient installé à la Maison-Blanche un véritable intellectuel.
Les premiers mois de sa présidence ont surtout confirmé cette dimension-là du personnage ainsi que ses talents d’orateur, capable de puiser à la fois dans la tradition des preachers, les prédicateurs des Eglises américaines, notamment noires, et dans celle des avocats. Pourtant, Obama n’abuse pas des formules faciles. Dans son adresse au monde musulman prononcée au Caire le 4 juin 2009, le président américain a évoqué les relations “immuables” entre Israël et les Etats-Unis, rappelé le droit des juifs à un Etat-nation en Palestine, sans oublier de parler des coptes et d’appeler à plus de tolérance religieuse en terre d’islam. Certes, ceux qui attendaient une dénonciation des excès de l’islam ont été déçus et beaucoup, en France, ont été agacés par ses critiques à peine voilées des restrictions au port du voile, mais Obama devait se rendre audible avant d’agir.
En réalité, le président démocrate s’inscrit plutôt dans le sillon d’un Richard Nixon que dans celui d’un Carter ou d’un Kennedy, comme en témoigne notamment son discours de réception du prix Nobel de la paix. “Nous n’allons pas éradiquer les conflits violents de notre vivant. Il y aura des moments où des nations, agissant seules ou de concert, trouveront le recours à la force non seulement nécessaire mais aussi moralement justifié.” Evitant à la fois l’angélisme droit-de-l’hommiste et le cynisme, il remet à la mode – et ce n’est pas trop tôt – la realpolitik. C’est ainsi qu’il tarde à faire rentrer les GI d’Irak et envisage de renforcer le dispositif militaire américain en Afghanistan. Tout cela, il l’avait annoncé. Mais ce n’est pas du goût de ceux qui l’adoraient religieusement hier dont certains n’hésitent pas, depuis quelques mois, à le critiquer publiquement.
Pendant presque un an, Obama a pris son temps, parlant plus qu’il n’agissait, soucieux de comprendre et d’être compris avant de prendre des décisions. Contrairement à ses prédécesseurs, il ne croit pas que les choses qui ne sont pas faites pendant les trois premiers mois d’un mandat ne le seront jamais. D’ailleurs, l’une des rares décisions prise à la hâte, la fermeture de Guantanamo, est largement considérée comme une erreur, y compris par lui.
Après l’assurance-maladie, la réforme des banques ?
C’est donc à l’automne que Barack Obama a réellement commencé à agir. Sa politique étrangère est certes critiquable, notamment pour ceux qui croient plus aux bâtons qu’aux carottes, mais elle a le mérite de la cohérence. Exemple : face à l’Iran, il a réussi à rallier Moscou et Pékin aux sanctions, au prix, il est vrai d’une certaine dilution de la menace. Reste qu’il y a un an, ce consensus était difficilement imaginable. Bien sûr, il a aussi commis des erreurs, notamment sur le conflit israélo-palestinien dont il a – selon ses propres dires – mésestimé la complexité. Et sur les dossiers irakien et afghan, seize mois après son entrée à la Maison Blanche, tout reste à faire. Au moins a-t-il appliqué la première règle enseignée aux futurs médecins : primo non nocere, d’abord ne pas nuire.
Sur le front intérieur, la méthode Obama, faite de ténacité et d’intelligence politique, lui a permis de mener à bien le chantier de l’assurance-maladie. Il a négocié, écouté, vu la mouvance Tea party prendre son envol tandis que sa cote de popularité prenait le chemin inverse. On peut critiquer la complexité du nouveau système et l’opacité des arrangements mis au point pour s’assurer une majorité dans les deux chambres et le soutien ou, à tout le moins, la neutralité des assureurs. Reste qu’Obama a réussi là où les Clinton ont échoué il y a quinze ans. Et l’on n’a sans doute pas tout vu. Souvenez-vous des titres annonçant, il y a quelques mois, que les lobbies de Wall Street avaient réussi à enterrer la réforme du secteur bancaire ? Il est pourtant en train d’y arriver. Son texte, sévèrement dilué il est vrai par une série de compromis, a été voté fin mai par le Sénat : un pas décisif vers son adoption.
Bien sûr, rien n’est jamais acquis à l’homme politique. Reste qu’en menant une politique, Obama a su rompre avec l’inquiétante exaltation de l’automne 2008, puis surmonter la déception née de cette exaltation. On peut le critiquer, mais il faut se réjouir que les Etats-Unis soient gouvernés par un véritable homme d’Etat.
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L'auteur
Gil Mihaely est historien et journaliste.
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FREDDY H dit
Sondages sur le job approval d’Obama.
Un sondage n’est pas significatif. Et Jerome a raison: il faut lire real poltics.
Sur le lien qui suit, vous trouvez pratiquemen tous les sondages:
http://www.realclearpolitics.com/epolls/other/president_obama_job_approval-1044.html
Quatre sondages positifs pour O, trois négatifs et un tie, plus une moyenne de 47,1 d’approbation: pour les Etats Unis, ce n’est guère brillant pour un président. C’est pas comparable à l’Europe ou la France.
En outre, ce site montre l’évolution des sondages: rien ne montre une remontée du président. Faut vraiment avoir un agenda pour écrire pareille connerie.
jerome dit
Je conseille aux Obamolatres pathetiques de ce fil de lire la presse americaine (un excellent site realclearpolitics.com, un site de reference) pour se faire une meilleure idee de ce que pensent les Americains de leur president et que mes propos sont relativement consensuels la-bas. C’est au contraire votre obamania qui apparait comme delirante.
turbo 22 dit
Expat, bonjour,
C’est le meme mot en francais :-)
expat dit
@ Dandy : j’ai compris votre réponse. Mais je pense qu’on peut se faire une opinion sans savoir manier un ‘scalpel’ (je n’ai pas trouvé le mot en français – c’est le couteau du chirurgien).
Et pour votre poste de 16:03, pourquoi vous faites une fixation sur les franges d’extrême droite aux USA ? Ce ne sont que des franges et les acteurs ‘sérieux’ de la droite aux USA les déplorent.
Dandy de Grandchemin dit
@Michel. “Les liens d’Obama avec Al Qaeda, quand-même c’était gros.”
Pas tant que ça en fait. Vous trouverez aux Etats-Unis quantité de groupuscules de la droite la plus conservatrice qui croit qu’Obama est le diable réincarné. Et même, pire, qu’il n’est pas américain, comme je l’ai déjà précisé. Tout cela ne serait que ridicule si Obama n’était le président des Etats-Unis qui a explosé le chiffre de menaces de mort quotidiennes reçues. Au pays des Kennedy, ce n’est pas à traiter d’un haussement d’épaules.
Que cette idéologie là ait pu gagner la France pourrait paraître en effet plus étonnant. N’était que les post de Jérôme auquel vous faisiez ironiquement écho témoigne du contraire.
Bibi dit
@Michel1973,
Personne n’est parfait ;-)
(Averell répondait à Juju sur le fil Dumas)
Les reportages du journal turque avaient pour objectif l’humiliation des commandos. Culturellement parlant, il s’agit de revendiquer et de mettre en valeur l’honneur masculin des “batteurs” et de déshonorer les battus, infantilisés.
C’est très intéressant d’observer, plus généralement, comment l’armée israélienne est représentée à la fois comme archi-super puissante (écrasant les pauvres…) et comme des gamins apeurés.
Michel1973 dit
Je pense en effet que le sens du post “doux bruit du char” m’a échappé. Vous seriez bien aimable de m’aider à le retrouver afin que je puisse le relire dans son contexte.
Ceci dit, pointez-vous dans le fort de Nogent (“Legio Patria Nostra”) avec la pucelle d’un régiment d’artillerie, et vous ressemblerez vite à la photo du dénommé O’Keefe dont Bibi nous a proposé le témoignage. Les Légionnaires n’aiment pas les artilleurs, allez savoir pourquoi…
Alpin dit
Il ne s’agit pas d”apologie de la guerre”,comme le post que vous mentionnez vous l’a laissé croire,avec son
caractère un peu provocateur,mais de simple affirmation de ce qui se passe dans
ces cas,on est content de l’approche familière des siens ou de ses alliés avec les
bruits reconnaissables de leurs matériels.
Et pris sous le feu de l’adversaire,on apprécie la voie brutale de l’ artillerie de son camp ,qui vous délivre de l’épreuve.
Quand c’est un”rheinmetall” de 120 mm qui met à la raison la partie d’en face,arrivé avec
des renforts de blindés,son aboiement vous comble d”aise.
Michel1973 dit
@ Bibi
Oui j’ai bien noté qui était l’auteur des déclarations, et ses intentions ne m’échappent pas. Je suis de gauche (bouh !!!) mais je tente de conserver mon esprit critique. Ca existe.
Je relevais juste que les commandos israéliens sont des êtres humains, et pas des robots fanatisés, qui eux auraient choisi le suicide (en criant Banzaï en hébreu) plutôt que la capture. Je m’en réjouis, mais ce n’est pas une surprise pour moi. J’ai beaucoup de respect pour les soldats en général, ceux de Tsahal inclus, même si individuellement certains cas sont des psychopathes.
Je n’ai pas pu retrouver le post concernant le doux bruit du char et de son canon de 120, mais le ton ironique m’avait en effet échappé. Désolé.
@Alpin
Je n’ai pas compris votre message. Je pense que l’usage de la force s’avère parfois indispensable, mais l’apologie de la guerre me laisse pantois. Les auteurs sont, de mon point de vue, soit des gamins qui n’ont jamais combattu, soit des psychopathes comme ceux dont je parlais plus haut.
Bibi dit
@Michel1973,
Tenez-vous compte de l’identité de l’auteur de la citation? Que ce récit a un but qui n’est pas celui de révéler les actes?
Bien-sûr que sous l’uniforme de l’armée israélienne il y a des êtres humains. Et ils ont agi à la manière (code éthique) de l’armée israélienne.
Pour ce qui est des chars, je crains que vous n’ayez saisi l’intention de l’auteur, qui répondait à un commentateur. Tongue-in-cheek.
Alpin dit
@Michel73,
C’est vous ,qui à ce qu’ il apparait , ne comprenez pas ce que je vous ai signifié.Car à l’évidence
la base empirique de votre jugement est trop courte.
Que certains aient appelé leur mère n’est pas impossible,quoique cela soit un pont aux ânes
dans le lieu commun des “contre-cultures” 68tardes,tout ce joli monde des retraités de
l’Histoire unilatéraux.
Pour mon compte la seule chose qui m’importe c’est l’efficacité et si les 1500 ch
d’un diesel suralimenté m’annonce l’approche familière d’un soutien ,cela me réconforte
,comme le bruit des shermans rassurait les canadiens à Caen en 1944.
Henri Marillier dit
les nations d’Europe (l’Europe n’existe pas comme “Etat” et l’idée de “nation” est en lambeau dans les états qui la composent) ont pas mal de raisons d’être “saturées de culpabilité”, il serait même malsain qu’il en fût autrement. La dernière faute de l’Europe, celle qui interdit la paix au monde aujourd’hui, c’est l’ abandon des juifs de son territoire et le mépris des peuples de Palestine lors de la création précipitée de l’état d’Israel. Cette jeune nation dès sa création avait déjà tous les vices des vieilles démocraties décadentes; corruption, propagande vulgarité , violences. en 62 ans elle n’a pas connu un jour de paix et qui plus est ne peut survivre qu’en guerre. Merci aux européens, et à leurs amères loques de rejetons.
Michel1973 dit
@ Bibi
Votre citation et votre lien correspondent exactement à ce que je voulais dire. Face à la mort, le plus entraîné des commandos redevient ce qu’il est : un jeune homme d’une vingtaine d’années qui ne souhaite pas mourir. Je plains ces jeunes soldats, certainement victimes d’une erreur d’appréciation de leur commandement. Suis-je assez explicite ?
@ Alpin
Vous n’avez pas compris ce que je voulais dire, volontairement ou non. Je pense que la riposte de Tsahal pour sauver ses soldats est légitime. Je trouve même que neuf morts, comparés au nombre de personnes présentes, c’est assez peu. En revanche, je ne me délecte pas du bruit des 1500 chevaux d’un char et de ses ordres transmis en hébreu, en anglais ou en espéranto.
L’inventeur de “¡ Viva la muerte !” est aussi celui de “¡ Muera la inteligencia !”. Pour moi ça veut tout dire.
MARIAN dit
” Dans son adresse au monde musulman prononcée au Caire le 4 juin 2009, le président américain a évoqué les relations “immuables” entre Israël et les Etats-Unis, rappelé le droit des juifs à un Etat-nation en Palestine, sans oublier de parler des coptes et d’appeler à plus de tolérance religieuse en terre d’islam.”…
Est-ce que ceux qui l’ont écouté au Caire et à Paris ont entendu cette phrase? Je pense qu’à Paris on a surtout retenu ses courbettes vis-a-vis d’islam !
Bibi dit
@Michel1973,
Puisque vous parlez du regard de l’autre qui pourrait mourir dans vos bras:
http://www.ynetnews.com/articles/0,7340,L-3900842,00.html
Alpin dit
@Michel1973,
Oui et vous qu’avez vous eu à supportez comme épreuve du combat?
A part cet” autrisme “que soulignait Raphaël Drai il y a 6 ans dans un de ses ouvrages:
“La France au crépuscule” Ed:PUF .(2004)
Quand on affronte la violence fanatique,on sait (à moins d’être un masochiste) que la vie
implique la réplique ,…massive ,puissante et efficace.
PS: Ce qui n’exclut pas de doser(pour l’efficacité) ses effets.
Pour mon compte,j’ai eu à me maitriser pour ne pas en finir radicalement avec l’adversaire.
Pour le reste vous ne faites que proliférer cette propagande de la reddition,dans cette
culture européenne moderne,saturée par ses névroses de culpabilité.
Michel1973 dit
@ Expatruc :-) et aux autres
En effet c’était de l’ironie. Les liens d’Obama avec Al Qaeda, quand-même c’était gros.
Je crains que le premier commentaire de jerome ne soit pas du second degré, et je le déplore. On peut critiquer l’analyse de Gil, ça sert à ça les commentaires, mais avec des arguments, pas des invectives !
Quant aux va-t-en-guerre qui apprécient le son du canon de 120, je doute qu’ils aient déjà eu à tuer quelqu’un pour sauver leur peau, le regard de l’autre, putain, le regard ! Je doute aussi qu’ils aient vu un camarade mourir dans leurs bras, encore ce putain de regard. Les photos des commandos blessés publiées par un quotidien turc devraient les faire réfléchir : ce ne sont pas surhommes, mais des gamins apeurés, et pour cause. Toujours le regard…
Enfin, merci à Gil Mihaely pour ses articles. Son analyse sur le déroulement de l’assaut de la “flottille humanitaire” apporte une lumière salutaire sur l’événement. Personnellement, il m’a convaincu. J’attends avec impatience son analyse sur l’efficacité du blocus de Gaza pour affaiblir Hamas.
Rahm Emmanuel Goldstein dit
C’est plutôt des Dandys autoproclamés qu’il faut se garder.
yesroll dit
De fait le monde se redécoupe et pas seulement en rééquilibrage avec la Chine et l’Inde, en normalisation avec la Russie.
Mais aussi en sphères d’influence régionales autour de puissance moyennes. c’est le cas pour l’Australie, le Japon, le Brésil et la Turquie.
En Europe c’est paradoxal avec l’impression d’une sorte de neutralisation d’ensemble, un jeu à somme nulle.
Le style Obama est séduisant, sa méthode didactique et réfléchie sont opérantes.
Je suis moins sur que sa capacité à prendre des décision à risque fasse partie du personnage. Selon moi, c’est tant mieux.
Dandy de Grandchemin dit
@Expat. Je n’ai pas posté sur le dernier fil de Mihaely. Je disais que que ma réponse à votre question s’y trouvait parce que je me sens voisin de la position exprimée par ce journaliste. A savoir que l’on a une foule de ternautes s’improvisant Gazologues et s’autorisant à avoir des avis autorisés, alors même que l’on est dans une situation incroyablement complexe dont personne n’a la clé. Aussi bien dans un camp que dans l’autre. Vous savez, ici, on discute entre gens de bonne compagnie, même si le ton est parfois vif. Ailleurs, dans les banlieues par exemple, les affrontements n’ont pas la même courtoisie.
Méfiez-vous des positions tranchées (j’allais ajouter “et unilatérales” mais ce serait un pléonasme) sur ce genre de sujet.