Obama ou l’Occident triomphant | Causeur

Obama ou l’Occident triomphant

La pire chose qui pouvait arriver au politiquement correct

Auteur

David Martin-Castelnau

David Martin-Castelnau
est grand reporter.

Publié le 05 novembre 2008 / Monde

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Un peu partout dans le monde, les contempteurs de l’Occident se réjouissent ce matin de l’élection de Barack Obama. Altermondialistes, islamo-gauchistes, néo-guévaristes, révolutionnaires et autres non-alignés ont fiévreusement espéré cette victoire dont ils attendent un bouleversement majeur. Laissons-les à leur rêve éveillé : ils réaliseront bien assez tôt que le succès d’Obama pourrait marquer leur complète défaite idéologique.

Son élection aura en effet pour conséquence immédiate de redonner aux valeurs occidentales une force sans précédent, n’en déplaise à tous les contestataires à poncho. Voici un fils d’Africain, d’extraction modeste, qui par son talent et son travail aura d’abord terrassé la dynastie des Clinton, lors des primaires démocrates, avant de triompher du candidat du Great Old Party. Son slogan – Yes We Can ! – a pu sembler furieusement américain ? Il résumait en fait le programme de civilisation occidental : individualisme, méritocratie, démocratie. A tous ceux, et ils sont hélas très nombreux, qui reprochent aux Occidentaux de vouloir exporter des valeurs qu’ils ne respectent pas chez eux, la réponse est cinglante. Dans la grande compétition des civilisations, la charge de la preuve s’en trouvera désormais inversée : que Chavez, Hu Jintao et autres Ahmadinejad édifient donc des sociétés où chacun, femmes comprises, puisse rêver un tel destin ! Car depuis ce 4 novembre, la démonstration a été faite qu’aux Etats-Unis, censément racistes et ploutocratiques, un métis issu de la lower middle class peut devenir Président – et que nos valeurs s’appliquent réellement à tous.

Autre surprise prévisible : Obama à la Maison Blanche marquera non pas le ralentissement de l’américanisation de la planète, mais au contraire sa reprise – et probablement son accélération. L’état des lieux ne devrait pas nous tromper : c’est uniquement le leadership américain qui a été compromis par la présidence Bush, et non pas l’occidentalisation des peuples. Notre mode de vie (codes vestimentaires, alimentaires, culturels, etc.), comme nos principes (individualisme, habeas corpus, féminisme, etc.) n’ont jamais été autant désirés – leur acclimatation, en revanche, a été considérablement compliquée par le comportement de l’administration Bush. Il n’empêche : l’occidentalisation est un référendum, et un référendum quotidiennement gagné dans les esprits. Un verrou vient de sauter, qui freinait tout : l’antipathie. Le retour au multilatéralisme, la renonciation à la violence comme première option, le regret exprimé pour certains crimes (Guantanamo) ou mensonges (ADM en Irak) : autant de décisions annoncées par le nouveau président, qui contribueront à réconcilier le monde et l’Amérique. La tâche est immense, à en juger par l’impopularité des USA ? Soit. Mais l’attente aussi : si le monde vote Obama, c’est avant tout parce qu’il souhaite retrouver son leader, l’Amérique de Roosevelt et de Kennedy. De Caracas à Téhéran, il faudra s’y faire : dans le cœur des peuples, l’Amérique redevient aimable.

Au sein de nos sociétés, la victoire d’Obama devrait également porter un coup fatal au politiquement correct. Tablons, tout d’abord, sur la fin du chantage racial quand vient l’heure d’une quelconque sélection. De la Star Academy à la Maison Blanche, on nous sert depuis quelques années la même sinistre blague : si le candidat au profil le plus éloigné de l’archétype “majoritaire” (blanc, chrétien) n’est pas choisi, alors le soupçon plane aussitôt – le “minoritaire” a été écarté par racisme. Oseront-ils l’élire ?, titrait ainsi cette semaine Courrier International. Comprenez : si Obama n’avait pas gagné hier, c’est que le racisme, une fois encore, aurait prévalu. Eh bien, avec la désignation d’Obama, métis et fils d’un musulman kenyan, à la plus haute fonction mondiale, ce chantage deviendra inopérant : on choisit son chanteur préféré, son gardien de but, son DRH ou son président en fonction de ce qu’il inspire. Point barre. Voilà qui rendra l’air plus respirable. Et encouragera les bosseurs plutôt que les geignards.

Car il faudra se rendre à l’évidence et écouter enfin ce que Barack Obama ne cesse de proclamer : il n’est pas le candidat de l’affirmative action. Le jeune sénateur a été élu par la grâce de ses seuls mérites. Par la force de son seul acharnement. Et non à la faveur de quotas ou d’un quelconque favoritisme racial (il s’est du reste plu, tout au long de la campagne, à rappeler qu’il venait à peine de rembourser le crédit contracté jadis pour payer ses études). Le principe même de la discrimination « positive » devrait sérieusement en pâtir. On s’en félicitera, évidemment : d’une part, parce qu’elle discrimine certains individus en raison de leur origine (les Asiatiques et les Blancs, pour faire vite) ; d’autre part, parce qu’elle est humiliante pour les “minorités”, donc chaque diplômé ou dirigeant est désormais soupçonné d’avoir bénéficié d’une promotion ethnique ; enfin, parce que, ruinant le principe méritocratique, elle dévalue et méprise l’exemple des enfants de Vietnamiens, de Kabyles ou d’Indiens, qui ont prouvé que l’on pouvait parfaitement réussir avec un nom ou un visage “exotiques”. Si un “Noir” peut accéder au pouvoir suprême en Amérique, nul n’est besoin à Londres, Paris ou Miami de défavoriser certains étudiants ou employés au motif qu’ils auraient eu la fâcheuse idée de naître avec les yeux bridés ou les cheveux blonds. La présidence Obama est assurément la pire chose qui pouvait arriver au politiquement correct et à son cortège de généreuses idées réactionnaires.

Pour finir, la victoire de Barack Obama devrait également redorer le blason de l’économie de marché – ou du libéralisme économique, ou du capitalisme, à votre guise… Une des contradictions majeures du gauchisme, tel qu’il est professé tant par les liberals qu’au NPA de Besancenot, tient en effet à la certitude que le capitalisme est un système “prêt à tout” et, dans le même temps, un système profondément raciste. Or, si le capitalisme est prêt à tout, cela signifie en bonne logique qu’il est également prêt à mettre un métis à la tête de la patrie du dollar. C’est ce qu’il vient de faire. Et pas par mégarde ! Dès les primaires, Obama a levé des fonds considérables, soutenus par des milliardaires tels Warren Buffet et Bill Gates ; une fois investi, la manne financière est devenue torrentielle, pulvérisant tous les records et reléguant loin, très loin, le candidat supposé du Capital, John McCain. La bible du business américain, le Wall Street Journal, comme celle de l’élite mondialisée, The Economist, ont apporté un soutien clair et net au démocrate, appelant les électeurs à en “faire le prochain leader du monde libre”. Telle est la réalité : indifférent à ses origines, séduits par ses capacités, le business et ses médias ont fait du métis Obama leur candidat. La boucle est ainsi bouclée : le système politique, culturel et économique occidental, que l’on disait en perdition, vient de trouver son champion. Croyez-moi, la surprise Obama ne fait que commencer.

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    • 12 Novembre 2008 à 18h45

      calamita dit

      Lien invalide, benêt.

    • 12 Novembre 2008 à 12h42

      Frère Sclérose dit

      Vous employez le terme d’”islamogauchiste”. Nous vous renvoyons, avec le bonnet d’âne que vous méritez, sur notre étude. (En lien sur notre nom.)

    • 8 Novembre 2008 à 7h23

      Pirée dit

      Pas fleurissent, fleurit

    • 8 Novembre 2008 à 7h09

      Pirée dit

      La toile est une poubelle. C’est dire que les sites recommandés par le citoyen Solitude ne sont point les seuls où fleurissent le sectarisme le plus républicain. Il en est aussi de marxistes, dont on se demande pourquoi le tovarich à la casquette ne les soutient pas de son talent. Il en est encore de musulmans, quand même moins antipathiques. Vive le premier amendement de la constitution américaine!

    • 8 Novembre 2008 à 1h22

      solitude dit

      @”y-a-t-il un autre site que causeur.fr où le sens critique existe encore ? Pas totalement sûr. Je dois m’abonner”

      J’en vois deux très documentés et sans concession et surtout : qui n’épargnent aucune dérive de TOUS les communautarismes religieux, ethniques, sexuels …etc

      -« Riposte laïque » dans lequel Cyrano vient de sortir un papier intéressant sur l’élection d’Obama. Cet homme prend des risques, il a déjà quitté ceux qui font des concessions aux extrémistes et il n’a pas peur de prendre position, de questionner au risque de déplaire. C’est ce que j’aime aussi sur causeur .Mais ce n’est pas un salon, il y a la volonté d’empêcher concrètement la destruction de la laïcité par exemple avec un soutien indéfectible à Fanny Truchelot condamnée après un procès avec une militante voilée.

      Et -«l’observatoire du communautarisme »
      Avec un dernier papier qui fait froid dans le dos sur les derniers coups de butoir de la HALDE pour modeler les jeunes esprits :
      Les manuels scolaires deviennent une proie de choix pour remodeler l’histoire, la littérature … selon des modèles militants. De quoi rendre fou. Il faudrait que lorsque l’analyse, passionnante, de la folie éditoriale sur les élections marquera une pause, causeur s’empare de cette question. Les interprétations de l’élection d’Obama par les médias et les pouvoirs de gauche et de droite vont renforcer le pouvoir incroyable de la halde.

      Ma question très pragmatique sera : Comment réduire à néant le pouvoir de nuisance de cette officine qui n’a aucune légitimité et qui est un ferment destructeur de la pensée ? C’est un appel à idées.
      Manuels scolaires : «Halde au sketch» !

      Il y a urgence et il faut commencer par du concret.empêcher que le totalitarisme s’installe dans les écoles .
      Il faut que ces infos passent , que la population empêche d’installer ces outils qui complèteront l’action des médias de façon dramatique: on peut couper la télé….Comment échapper aux cours envahis par les associations qui fonctionnent sur la culpabilité?Quand des pans entiers du savoir seront réécrits et que les anciens enseignants seront peu à peu remplacés par les nouveaux formatés?

      http://www.communautarisme.net/Manuels-scolaires-Halde-au-sketch-!_a1028.html?preaction=nl&id=636972&idnl=41322&

      Merci de tout cœur à Elisabeth et à Cyril Bennasar de s’être déjà emparés de cette question essentielle qui pèsera lourd pour l’avenir dans « ROMEO et JULES »
      Je compte sur eux pour donner de l’ampleur au sujet .

    • 7 Novembre 2008 à 17h56

      Winston W. dit

      Sinon je pratique Montaigne depuis longtemps.

    • 7 Novembre 2008 à 17h55

      Zoran dit

      Même l’écrivain préféré d’Alain Finkielkraut s’y est mis : quel horrible scandale !

      Philip Roth confiait à un site anglais:
      «Le fait qu’Obama soit noir m’intéresse beaucoup. J’estime que le problème du racisme dans ce pays est plus importante que celle du féminisme. L’élection d’Obama aurait une importance énorme pour les communautés noires. C’est un homme attirant, intelligent, et clair».

    • 7 Novembre 2008 à 16h58

      Rotil dit

      Attention à ne pas abuser des hypnotiques.

      D’ailleurs, le rohypnol n’est plus en vente depuis des années…

      Lisez plutôt Montaigne. C’est radical.

    • 7 Novembre 2008 à 15h53

      Winston W. dit

      Je viens d’apprendre qu’une question beaucoup plus importante que l’élection d’Obama agitait trois députés écologistes parisiens, les terrasses de café chauffées pour les fumeurs. C’est largement plus important tout comme de savoir quelle motion va passer au PS.

    • 7 Novembre 2008 à 15h48

      Pirée dit

      Le futur président Obama a fréquenté une bonne école grâce à sa famille, puis fait d’excellentes études dans une université prestigieuse grâce à ses aptitudes.

    • 7 Novembre 2008 à 14h50

      Three piglets dit

      Tiens, on m’informe qu’XP et Obama doivent affronter un chômage de 6;5% aux Usa…
      Bon, vite, un article sur les catholiques à babouches, phénomène ô combien inquiétant n’est ce pas, pour faire diversion.
      Ou bien, on doit avoir une ou deux photos de femmes à poil sous la main, cela fera l’affaire…

    • 7 Novembre 2008 à 14h45

      Three piglets dit

      “Le raciste pense que si tu n’es pas 100% blanc c’est que tu es noir.”

      Donc tous les journalistes sont racistes.
      CQFD.

      (n’y allez pas trop fort avec Xp, cet homme de foi doit digérer la crise financière, la crise économique, l’élection d’un métis aux Usa, une raclée en Géorgie, le mea-culpa de Greenspan, et un plongeon du Cac40 de -7% hier, alors du calme avec lui, son mur de Berlin vient de tomber plus fois de suite…)

    • 7 Novembre 2008 à 11h44

      Winston W. dit

      A XP,
      Vous voyez, je me goure sur les dates, mais on se trouve une ou deux accointances grâce à Montaigne.
      A Calamita,
      Je suis stupéfait et je trouve ça grotesque qu’autant de types de gôche soutiennent Obama qui est à droite de l’UMP. La liste de ces collaborateurs est logique.
      J’ai entendu ce matin Annie Lemoine, qui n’est pas la moitié d’une conne, prétendre qu’Obama avait un programme social…

    • 7 Novembre 2008 à 11h31

      Calamita dit

      Consultez la liste, amis “à poncho”, partisans de l’alterdiplomatie, etc, de ceux qu’Obama vient d’appeler ce matin – toujours d’Attac ??
      :)))))))))))))))))