Sipa. Numéro de reportage: SIPA/00749825_000004.

J’ai assisté hier soir à une scène extrêmement violente. Quand je dis extrême, c’est extrême. J’accompagnais les Veilleurs, un groupe de cathos issus de la Manif pour tous qui se réunissent depuis 2013 pour lire des poèmes, assis par terre dans les rues de Paris, de façon itinérante. Ni catho, ni Veilleuse, j’ai été embarquée par un ami qui avait besoin d’éléments pour son livre.

Barres de fer et poings américains

Ce groupe de catholiques avait demandé à rejoindre le mouvement Nuit debout, le temps d’une soirée, mais il s’est vu opposer une fin de non-recevoir. Les Veilleurs se sont donc assis quelques rues plus loin, sur une passerelle quai de Valmy. On y trouvait des gens de tous âges : de vieilles dames, de vieux messieurs, des jeunes. Ils ont improvisé une petite chorale – et je me suis demandé s’ils chantaient des chants chrétiens parce que je n’avais jamais entendu ça de ma vie. Ils chantaient, puis une fille a lu un poème. On pourra dire que c’était niais, mais ce qui est sûr, c’est qu’ils n’emmerdaient personne.

Puis une dizaine de punks à chien est arrivée en furie équipée de barres de fer, de battes de baseball, de poings américains (sans rire, je me suis alors dit : « On va tous mourir »). Tandis qu’ils criaient le slogan des antifascistes, leur chef de meute a avancé pour dire aux Veilleurs que s’ils ne déguerpissaient pas immédiatement, ils risquaient vraiment gros. Et le leader de soulever son t-shirt en vociférant : « Connards d’homophobes, d’ailleurs, j’ai des seins ! » On y apercevait deux bandages. La meute venait apparemment de Nuit debout, comportant des filles comme je n’en ai jamais vu : complètement droguées, au crâne rasé, beuglant comme des animaux « Dégagez, dégagez ». Les antifas ont avancé, ont donné des coups sur quelques Veilleurs, notamment ceux qui filmaient. Mais pas n’importe quels coups : de gros coups de casque, des coups de pied, certains atteignant la tête de Veilleurs. Tout cela allait très mal finir, d’autant que les assaillants disposaient d’armes sérieuses et exprimaient de la violence dans leurs yeux, laissant entendre qu’il aurait suffi d’une petite résistance pour que survienne un meurtre.

L’antifascisme n’est pas un humanisme

Devant tant de violence, le groupe des Veilleurs s’est dispersé avant de se reconstituer un peu plus loin, au niveau du Boulevard du Temple. C’est alors que les antifas sont revenus en plus grand nombre, sans hésiter à frapper le groupe assis par terre. N’écoutant que leur lâcheté, les agresseurs –certains avec leurs chiens – assénaient des coups dans le ventre. À l’idée que j’aurais pu moi aussi me faire tabasser, j’ai senti mon corps terriblement fragile et vulnérable.

Le groupe de Veilleurs s’est de nouveau dispersé (avant de se rassembler ailleurs, selon une amie). En pleine nuit, j’ai fini par prendre un taxi pour quitter cette horreur. Pire que les coups, la folie d’empêcher le camp adverse de s’exprimer a quelque chose d’effrayant. « Antifascistes », comme ils disent…

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