Suivre Causeur :     

Nucléaire iranien, les choses sérieuses commencent…

Washington étudie toutes les options

Publié le 12 juin 2010 à 18:00 dans Monde

Mots-clés : , , ,

Mahmoud Ahmadinejad

Mahmoud Ahmadinejad.

L’Iran est à nouveau sanctionné par la communauté internationale et Mahmoud Ahmadinejad s’en balance. Il le dit haut et fort : la dernière résolution onusienne en date — la 1929 — “n’aura aucun effet”, elle n’a “aucune valeur légale” et elle est “bonne pour la poubelle”. Barack Obama en prend pour son grade. Il se voit accuser de commettre “une grave erreur” en se rangeant aux côtés d’Israël, pardon, du “régime sioniste” appelé à disparaître puisque “condamné”.

Ahmadinejad : sourd, aveugle mais pas muet

Six résolutions du Conseil de sécurité, dont quatre assorties de sanctions depuis 2006, n’ont pas réussi à faire entendre raison au président iranien. La rhétorique antisioniste et anti-Shoah reste inchangée et il démontre à l’envi qu’il est sourd, aveugle mais pas muet. Ce train de sanctions, adopté une fois n’est pas coutume avec la Chine et la Russie, les deux traîne-patins traditionnels, visent pourtant pour la première fois les Gardiens de la Révolution. Les Pasdarans, véritable Etat dans l’Etat, portent Ahmadinejad à bout de bras depuis sa première élection le 3 août 2005 et la seconde le 12 juin 2009, contrôlent le système financier de l’Iran, ses industries, son armée, son pétrole, son projet nucléaire. Ce sont les investissements et les avoirs financiers des Gardiens à l’étranger qui vont être gelés tandis que l’armée iranienne se voit interdire l’acquisition de plusieurs types d’armements lourds et que les navires iraniens, grands convoyeurs d’outillage nucléaire, seront désormais soumis à des inspections-surprises en haute mer. Les Gardiens eux-mêmes ne sont plus à l’abri puisqu’en cas de déplacement à l’étranger, ils s’exposent à être capturés et jugés.

L’ONU : intentions honorables, inefficacité prévisible

L’intention de l’Onu est donc franchement honorable. Autant que superfétatoire. Pas besoin d’être un grand expert du dossier du nucléaire iranien pour comprendre que ces sanctions, comme les précédentes, risquent de ne pas être efficaces, que l’Iran d’Ahmadinejad va poursuivre son programme, faut-il le rappeler, le plus long de l’histoire mondiale du nucléaire du fait, tout de même, des pressions internationales et, accessoirement, des opérations de sabotages menées régulièrement par divers services secrets. L’on se souvient que les sanctions ou les menaces de sanctions à l’endroit d’autres pays comme l’Inde ou le Pakistan n’ont produit que l’effet inverse, ces deux pays étant entrés de plain-pied dans le club des puissances nucléaires au côté notamment des Etats-Unis. La Corée du nord, pourtant au ban des nations, a elle aussi réussi à les défier en procédant à au moins deux essais nucléaires avérés. Sauf que, sauf que… Et si Obama avait de la chance ? Seul le temps pourra le dire.

Chine et Russie du côté des gentils ?

En attendant, la question de savoir ce que va faire la communauté internationale, Etats-Unis en tête, est donc plus que jamais d’actualité. D’autant que la palette des options diplomatiques et économiques se rétrécit un peu plus à chaque réunion des décisionnaires onusiens. Car qui dit sanctions dit également ralentissement de l’activité diplomatique, surtout si la Chine — qui reçoit ces jours-ci Ahmadinejad — et la Russie se rangent du côté des gentils, les Chinois en paroles (le chef de la diplomatie chinoise M. Yang, avait promis en février que son pays ne s’associerait pas à de nouvelles sanctions contre l’Iran, engagement non tenu), les Russes en actes puisqu’ils renoncent, comme le leur demandait avec insistance Benjamin Netanyahu et comme le stipule la 1929, à une vente de missiles sol-air S-300 qui devaient assurer la défense des installations nucléaires iraniennes.

L’exemple irakien dans tous les esprits

L’exemple de l’Irak est dans tous les esprits. Autrement dit : le lancement d’une offensive contre un “rogue State”, un “Etat voyou”, terminologie en vogue dans les rangs de la précédente administration américaine. Bien-sûr, Obama n’est pas Bush. Autre style, autre charisme, un intellectuel qui a appris à penser avant de parler et pour qui le Texas n’a jamais été au centre de la planète terre. Ni lui ni ses proches n’emploient plus guère ces mots d’un autre temps. Pas plus qu’ils ne parlent ouvertement de la possibilité d’une attaque en règle des dizaines de sites nucléaires iraniens. Ils préfèrent afficher leur pragmatisme, démontrer qu’ils ont des nerfs d’acier, et qu’ils ne se laisseront pas entraîner “comme ça” dans une spirale de violences aux conséquences incertaines. L’exercice diplomatique auquel se livrent la Maison Blanche et le département d’Etat depuis décembre 2009 doit donc être salué pour ce qu’il vaut : une tentative d’éviter une nouvelle guerre.

Washington veut la paix et prépare la guerre

Il n’empêche que les plans pour offensive d’envergure contre les sites nucléaires iraniens existent bel et bien. Ils sont au point depuis longtemps, sont régulièrement peaufinés, portent même un nom (“Braindrain Project”). Plusieurs répétitions générales ont déjà eu lieu et les Américains ne sont pas les seuls à s’entraîner. Les préparatifs israéliens sont un autre secret de polichinelle que les Américains s’appliquent à brandir lorsque cela leur sied, c’est-à-dire lorsqu’ils perçoivent que les limites de leur patience sont atteintes vis-à-vis de Téhéran.

Mais le sablier se vide. Le point de rupture entre l’Iran et l’Agence Internationale à l’Energie Atomique (AIEA) semble plus proche que jamais, le parlement iranien envisageant de voter une loi limitant au strict minimum la collaboration avec cette institution de contrôle basée à Vienne. L’adoption de la résolution 1929 met également en relief le peu de cas qu’ont fait les Etats-Unis et leurs alliés du très récent accord d’échange d’uranium conclu entre l’Iran, le Brésil et la Turquie. La confiance n’est plus de mise entre Washington et Ankara qui semble avoir choisi son camp très clairement en s’opposant jeudi au vote-sanction du Conseil de Sécurité. Un vote qui pourrait bien avoir un peu plus de poids lorsque l’Union européenne et le Congrès américain adopteront à leur tour leur propre train de mesures répressives contre le régime de Téhéran. À cela, si l’on en croit le New York Times, s’ajoute la rédaction d’un mémorandum secret de Robert Gates, le secrétaire américain à la Défense, remis au président Obama et ouvrant le débat sur la question la plus ardue de l’heure : attaquer ou ne pas attaquer.

Dans l’intervalle, la tendance paraît de plus en plus d’être la mise à genoux de l’Iran avant les banderilles les plus meurtrières. Au régime iranien de déterminer à quel moment il sentira que les acquis de 30 ans de révolution islamique sont remis en cause par une éventuelle offensive militaire orchestrée par Washington. Au peuple iranien de déterminer quel degré de souffrance et de privations il est prêt à endurer sous le joug d’Ahmadinejad dont le second mandat s’achève dans trois ans. Aux Israéliens de déterminer à quel moment sera franchi le point de non-retour mettant en cause l’existence de leur pays. Aux Américains et à la communauté internationale de déterminer le seuil de leurs tergiversations. Et en attendant, observons l’Iran plier l’échine encore un peu plus.

envoyer par email autre réseau social

A lire aussi

La rédaction de commentaires est reservée aux abonnés

34

Si vous êtes déjà abonné, connectez-vous

mot de passe oublié | Vous n'arrivez pas à vous connecter ?
 

Nos offres

  • 13 June 2010 à 11h20

    pasdepseudo dit

    Israel va se charger du “sale boulot” avec notre accord silencieux, et après cela, nous dirons : “La réponse était dispsoportionnée, toutes les voies du dialogues n’ont pas été étudiée. C’est une agression inexcusable.”

  • 13 June 2010 à 10h43

    fatback dit

    “However beautiful the strategy, you should occasionally look at the results.”
    – Winston Churchill
    .
    Je ne sais pas si les embargos, blocus et autres sanctions économiques sont beautiful mais il semble avéré que ces stratégies du monde libre destinées à faire tomber des dictateurs ne fonctionnent pas.
    .
    Depuis l’épisode épique de la baie des cochons, le régime de M Castro se porte comme un charme, c’est bien une intervention militaire qui a permis de faire tomber M Hussein et pas les sanctions économiques et je n’ai pas le sentiment que la Corée du nord soit sur le point de changer de cap.
    .
    Je plus grand danger qui guette M Ahmadinejad ce sont les iraniens eux-mêmes. C’est le peuple perse, riche de quelques millénaires d’histoire, et personne d’autre qui fera tomber le régime des gardiens de la révolution.

  • 13 June 2010 à 9h39

    Gwendan dit

    @Olivier

    “Pourquoi pas une guerre civile, un renversement du pouvoir en soutenant les bonnes personnes. La CIA + Israël devraient y arriver. Comme ça pas de mauvaise image à l’international.
    Trop difficile ? Les USA ont perdu le coup de main ?”

    Il est fort probable qu’ils aient envisagé cette solution mais qu’ils n’y arrivent pas.Et pour cause ,les barbus de Teheran sont plutôt paranoiaque,le régime est lui-même né d’une révolution plus où moins aidée ,donc ils connaissent les mécanismes et on peut imaginer qu’ils vérrouillent au maximum toute possibilitées de guerillas, révolutions,guerre civile…
    Si les USA avaient pu renverser les mollahs par l’inbtermédiaire d’opposants,ils l’auraient déja fait mais le golfe n’est pas l’amérique centrale.C’était la même chose avec Saddam,s’ils avaient pu le renverser grace à un simple putsch et éviter une guerre ouverte,ça aurait été fait depuis longtemps.Le problême c’est que Saddam était du genre à faire du grand ménage au moindre haussement de sourcil suspect.

  • 13 June 2010 à 6h20

    Alpin dit

  • 13 June 2010 à 3h43

    Alpin dit

    Une étude qui a déjà 2 ans,mais bien utile:

    http://www.cf2r.org/fr/rapports-de-recherche/menace-iranienne.php

  • 13 June 2010 à 2h47

    aaaaa dit

    Sans rapports avec ce billet mais….
    Qui peut me donner le nom de ce penseur du XIX ème dont il est question dans cette vidéo autour des 3 premières minutes:
    http://www.akadem.org/sommaire/themes/limoud/6/1/module_2073.php

    Il aurait composé des Lettres oû est donnée la démonstration que le judaïsme n’est pas une religion.

    D’avance merci!

  • 12 June 2010 à 23h58

    FAREWELL dit

    Assurément il y a un idéal, c’est de forcer de dénouer la pagaille à ceux qui l’on inspirée.
    Et ce n’est pas Ahmadinejad qui devrait apparaître comme illustration mais Zbigniew Brzeziński, le démiurge polonais de la maison blanche,ex-conseiller diplomatique d’un Jimmy Carter, créature du groupe de Bilderberg.
    Ce trois comparses sont unis surtout par leur “amour” pour le peuple du Livre, mais ca c’est un atout dans l’air du temps.
    Inspirateur du projet Crescent of Crisis (Arc de Crise), on lui doit la révolution khomeiniste presque à lui tout seul. Nous vivons encore sous l’empire de ce Raspoutine-goulash qui n’a pas eu la bonne idée de disparaître en bon cadet polonais sabre au clair contre un panzer.( il était planqué au Canada)
    Avec un tel conseiller, Obama fera surtout preuve d’atermoiement. La maison blanche ne souhaiterait pas renverser le régime, mais le forcer à s’unir avec lui dans une nouvelle version de la carpe et du lapin.

  • 12 June 2010 à 23h36

    expat dit

    @ Bibi ; “Ah, oui. L’irrésistible sourire d’Obama va les dissuader.
    Celui de la mère Michelle, bien entendu. C’est elle qui a la Barack-â.”
    Machiste va !

  • 12 June 2010 à 23h35

    Sineva dit

    En se joignant aux côtés des USA, la Russie attend des actes concrets. Les USA sont donc dans l’obligation d’agir par tous les moyens.
    Car en perdant un pays “neutre” dans la Caspienne (géopolitiquement et économiquement), la Russie ne se contentera pas de gesticulations de la part des USA et d’Israël.

    En second lieu, elle n’est pas contre un renforcement d’Israël dans la région, surtout face à la Turquie. La Turquie qui a d’ailleurs des visées sur le Caucase, voir même jusqu’à l’Altaï.

  • 12 June 2010 à 20h56

    Roba dit

    @Zelast
    Non, la tienne!

  • 12 June 2010 à 20h32

    zelast dit

    @roba

    quelle naïveté ? la tienne ? ;-)

  • 12 June 2010 à 20h30

    zelast dit

    Votre nouvelle tête de Chavez ?

  • 12 June 2010 à 20h16

    Bibi dit

    C’est qui l’auteur de ces /ses non-vues de l’esprit?

    Toute l’Europe et l’Amérique de l’Ouest échappent à sa myopie, mais pas aux missiles du négationniste génocidaire d’Isphahan.
    Et c’est encore le moindre des risques.
    La pieuvre “anti-sioniste” équipant ses bras de “braves résistants” de sales bombinettes à disperser à volonté n’importe où sur la planète… Ah, oui. L’irrésistible sourire d’Obama va les dissuader.
    Celui de la mère Michelle, bien entendu. C’est elle qui a la Barack-â.

  • 12 June 2010 à 19h36

    Ludovic Lefebvre dit

    Le pétrole iranien est encerclé entièrement par les bases américaines depuis la prise de Bagdad. Nous sommes dans Mad Max 2, les vautours sont en circonvolution. S’ils ne font pas haro grâce au nucléaire, ce sera avec les bouteilles de camping gaz ou les loukoums.

    Les néo-cons vont pourrir le golfe comme ils ont pourri l’Europe. Pourquoi cesserait-il l’enlaidissement de ce monde ?

    Plus de nations en occident, plus de civilisation musulmane bientôt et ensuite ce sera la grande muraille de Chine et la cité interdite. Un monde avec des Mc Do et des banques, c’est si joli.

  • 12 June 2010 à 18h57

    olivier dit

    Ce serait une erreur d’attaquer militairement. Pourquoi pas une guerre civile, un renversement du pouvoir en soutenant les bonnes personnes. La CIA + Israël devraient y arriver. Comme ça pas de mauvaise image à l’international.
    Trop difficile ? Les USA ont perdu le coup de main ?

  • 12 June 2010 à 18h17

    Alpin dit

    Russie/Iran,

    Les choses se compliquent (et ce n’est pas le seul écho à ce propos):

    http://www.thememriblog.org/blog_personal/en/27328.htm

  • 12 June 2010 à 18h07

    Roba dit

    Quelle naïveté! Les missiles russes seront vendus à des intermédiaires nord-coréens, syldaves ou moldo-slovaques qui les livreront ensuite en catimini à l’Iran.
    La France a usé des mêmes subterfuges comme tous les marchands de canon de la planète!