Nous sommes tous des fils à papa

Jean Sarkozy cancre et martyr

Publié le 15 octobre 2009 à 10:09 dans Politique

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Faut-il se joindre à la meute qui s’est lancée aux basques du jeune Sarkozy, au grand soulagement de Frédéric Mitterrand ? On peut, certes, s’offusquer de voir le fils du président de la République accéder à des fonctions habituellement réservées à des hommes politiques expérimentés. Conseiller général de Neuilly à 22 ans, président du groupe UMP à 23 ans et bientôt président de l’Etablissement public de la défense (EPAD) : une telle carrière n’aurait pas été possible si Jeannot s’était appelé Dugenou et encore moins Mohamed.

Nous sommes là devant un cas flagrant de népotisme politique au sommet qui nous ridiculise aux yeux du monde, et nous disqualifie pour faire la morale aux républiques bananières : la revue de presse internationale sur cette affaire est accablante. Même la télé chinoise se paie la fiole du fils à papa, un comble dans un pays où le comité central du PCC est composé de vieillards, têtes de lignée de familles qui accaparent les postes politiques et administratifs…

Mais examinons les arguments développés par les contempteurs du gendre à Darty : il est, selon eux, scandaleux que la présidence d’un établissement public brassant des sommes d’argent considérables soit confié à un jeune blanc-bec qui rame en deuxième année de Deug de droit à un âge où les brillants sujets terminent leur doctorat.

Si l’on pousse le raisonnement jusqu’au bout, aucun poste politique – car la présidence de l’EPAD en est un – ne pourrait être confié à quelqu’un ne pouvant présenter moins de bac+8 sur son CV…
Il fut un temps où les partis de gauche et les syndicats faisaient office d’universités parallèles pour sélectionner des cadres politiques dans les classes défavorisées : on a connu des titulaires du certificat d’études dont les mérites gestionnaires valaient bien ceux des hyper- diplômés de la classe politique.

Il n’est pas besoin de citer Corneille, ni d’évoquer les généraux de l’an II pour réfuter l’argument de l’âge qui interdirait à un jeune homme ou une jeune femme d’accéder à des postes de responsabilités importantes. Comme dirait Brassens, l’âge ne fait rien à l’affaire et la seule question qui vaille est celle de la capacité politique à assumer les charges que l’on brigue.

En conséquence l’affaire Jean Sarkozy revient à juger de sa taille par rapport au costume qu’il prétend enfiler. Les électeurs de Neuilly, qui n’ont pas l’air d’être des veaux, si l’on considère le sort qu’ils ont réservé au candidat du président lors des municipales, ont élu Jean Sarkozy au poste de conseiller général. En 2014, ils seront amenés à valider ou sanctionner l’action de cet élu local. Entretemps, il est pour le moins prématuré de le démolir au seul motif qu’il est le fils de son père.

Il semble, sous réserve d’inventaire, que Sarko junior soit moins brêle en politique qu’en droit. C’est après 2017 (ou 2012 si papa mord la poussière) que l’on verra à quel niveau il pourra se maintenir par son seul talent. Gilbert Mitterrand, Louis Giscard d’Estaing, Axel Poniatowski, Martine Aubry sont des fils et filles à papa à qui personne, aujourd’hui ne vient reprocher leurs origines, car ils ont gagné leur légitimité par eux-mêmes après le “coup de pouce” initial.

Reste la grave question du népotisme, cette maladie bien française. La Révolution de 1789 a eu beau abolir solennellement les corporations et promouvoir le mérite comme seul critère d’accession aux postes prestigieux de la République, ce népotisme s’insinue par toutes les brèches de l’édifice de nos institutions.

Les fils et filles de… se retrouvent, comme par hasard, aux premiers rangs des nouvelles générations, dans le show-biz, la littérature, le journalisme ou la politique. Les exemples viendront à l’esprit de chacun, chez les gens célèbres comme dans le voisinage. Les classes populaires ne sont pas épargnées par ce phénomène : j’ai conservé d’une vie professionnelle antérieure le souvenir que le Syndicat du Livre, qui jouissait du monopole de l’embauche dans la presse quotidienne ne traitait pas mal les enfants de ses membres…

Le fromage alto-séquanais a une forte tendance à se déguster en famille : Ceccaldi-Raynaud, Balkany et Sarkozy en sont les actuels parrains et marraines. Parfois, des drames cornéliens déchirent ces familles, pour la plus grande joie des gazettes. Ce n’est pas pire que dans le Paris de Jacques Chirac ou le Languedoc-Roussillon de Georges Frêche.

Dans un pays où les Tanguy se multiplient par temps de crise, saluons la belle énergie d’un rejeton de la bourgeoisie francilienne pour se dégager des délices du cocon familial et se plonger dans le monde de brutes des Hauts-de-Seine.

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  • 17 October 2009 à 22h06

    Gwendan dit

    C’est curieux avec les cheveux courts il ressemble à Mickael Vendetta le fiston Sarkozy..

  • 17 October 2009 à 21h53

    Patricien dit

    Excellente plaidoirie, mais il n’empêche que vous ne convaincrez jamais les idiots qui croient à l’idéologie républicaine. Or c’est de ça qu’il s’agit. Le tabou que la famille Sarkozy brise ici – et c’est sans doute le grand mérite qu’on doit lui reconnaître – c’est celui de la soi disant république.

    Le petit Rastgnac Sarkozy arrive au pouvoir, avec un culot et un aplomb sans limites, et il nous dit en pleine figure: Eh! bien voilà. Je suis président de votre “République”, c’est à dire… je suis au pouvoir, quoi. Et j’entends bien en tirer les avantages, pour moi et ma famille comme l’ont toujours fait tous les aventuriers de l’histoire: les Napoléons, les Mazarin, Médicis, Sforza, tous ces gens qui dans l’histoire ont conquis le pouvoir pour s’y installer avec leur descendance. Elus podestats ils sont devenus ducs, et ont fondé des dynasties. Eh! bien moi, Sarko, je vais faire pareil. Et je vous emmerde!

    Bravo Sarko d’avoir brisé le voile de l’hypocrisie républicaine!

  • 17 October 2009 à 20h49

    rackam dit

    Le bon roi Nicolas
    Offrit à Petitjean
    De choisir un présent:
    Froissant la bienséance
    Il choisit La Défense
    Et dit: “Fissa Papa!”

  • 17 October 2009 à 11h36

    Saul dit

    Ludovic Lefebvre :
    assez d’ accord avec votre commentaire..
    mais la corruption généralisée, et de plus en plus visible, n’ est qu’ une caractéristique de cette médiocrité ambiantes.
    difficile de savoir si la corruption et le népotisme sont les causes ou les conséquences de ces 30 piteuses….

  • 17 October 2009 à 11h22

    michel dit

    qui a dit :

    “….La démocratie irréprochable ce n’est pas une démocratie où les nominations se décident en fonction des connivences et des amitiés mais en fonction des compétences. C’est celle dans laquelle l’Etat est impartial. Si l’ Etat veut être respecté, il doit être respectable. Je ne transigerai pas. Pour certains postes il ne doit pas y avoir de nomination sans qu’au préalable celui que l’on envisage de nommer ne soit contraint d’exposer ses vues stratégiques pour l’entreprise ou l’organisme qu’il veut présider. Et de surcroît cette nomination doit être ratifiée par un vote des commissions parlementaires concernées. Le fait du prince n’est pas compatible avec la République irréprochable…..

    Nicolas Sarkozy discours du 14 janvier 2007

  • 17 October 2009 à 9h33

    Ludovic lefebvre dit

    Il faut simplement changer de fils de, en choisir qui portent des valeurs élitistes, morales. Pas des médiocres en politiques, arts et lettres, journalismes etc qui polluent notre vie et baissent la France à un niveau indigne. Nous sommes passés des trente glorieuses aux trente corrompues et nous y restons enlisés.

  • 17 October 2009 à 9h21

    L’Ours dit

    Pirate,
    je viens de vous égratigner sur l’autre fil…

    alors j’espère que nous ne serons pas en accord que lorsque j’attaque la droite!
    Souhaitons que je vous rejoigne plus souvent!

  • 17 October 2009 à 9h09

    Eric dit

    On a recruté Mougeotte à Causeur?
    Gilbert Mitterrand, député en …. 1981. Il avait quel âge? Battu , ensuite réelu.
    Martine Delors ( je ne l’aime pas mais), énarque, auteur des lois Auroux, directrice du travail au ministère des affaires sociales, maintenue à son poste par Séguin lors de la cohabitation, qui comme on le sait adorait Jacques Delors, vice-présidente de Pechiney……etc

  • 17 October 2009 à 8h51

    FélixRenédeSessandre dit

    @ insuline32

    Vos propos sur 14-18 sont un peu exagérés. Mais il y a probablement de quoi réfléchir sur la période de la collaboration. J’ai cru longtemps que la France était majoritairement collaboratrice, mais il m’est apparu récemment que, même si les résistants étaient peu nombreux, ce n’était pas le cas. Seule “l’élite” collaborait en majorité. Elite qui a bien survécu à l’après-guerre.

  • 17 October 2009 à 0h01

    Pirate dit

    Pardon CNT, pas CNC…

  • 16 October 2009 à 22h51

    Thot Har Megiddo dit

    sinon, d’accord avec Luc pour constater que dans cette France du chômage l’hérédité est de plus en plus répandue du haut en bas de l’échelle, syndicat du livre, la poste, grandes entreprises ou hypermarchés qui garantissent les stages d’été aux enfants du personnel, EDF SNCF docker devenu des professions héréditaires, sans parler du showbiz. La France aurait-elle toujours le coeur monarchique ?

  • 16 October 2009 à 22h45

    Pirate dit

    +1 l’Ours, bien d’accord avec vos propos, je me suis évité France 24. Ces formatés là je les ai rencontré dans ma jeunesse, quand Chirac n’était que maire, c’était déjà ceux là ils étaient à peine plus effarant que ceux qui braille sous le drapeau de la CNC en attendant le grand soir (de toute les manifs auxquels j’ai participé, même celle qui les concernait le moins comme celle du 1er décembre). Mais bon est-ce qu’on doit en vouloir à un parti de défendre l’indéfendable, c’est la limite précise des parti que dénonçait Bakounine, ils obéissent à une ligne et peu importe s’ils désaprouvent, on ne leur demande pas leur avis. Coppé dit à peine une vanne, même lui, et on sent pourtant qu’il en a quelques unes qui mûrisse. C’est d’autant pitoyable finalement que ça ne démontre que d’une chose chez le père, sa faiblesse politique et son besoin de rassurer ses arrières.

  • 16 October 2009 à 22h44

    Thot Har Megiddo dit

    @ Nadia, je l’ai envisagé en effet à la fin de mon billet. Mais en réalité oui et non, puisque le journal pour se mettre à l’abri et être sûr de terminer dans le camp du bien se doit de défendre les deux opinions : pour et contre. Comme c’est Atal qui mène la charge, comme un général de l’an deux, c’est au pauvre Luc d’organiser la défense et de se faire l’avocat du diable, tout en essayant de montrer qu’il n’a pas perdu son intégrité intellectuelle mais sans que cela se voit trop… On dirait une affaire d’espionnage iranienne.

  • 16 October 2009 à 22h36

    Thot Har Megiddo dit

    “Gilbert Mitterrand, Louis Giscard d’Estaing, Axel Poniatowski, Martine Aubry sont des fils et filles à papa à qui personne, aujourd’hui ne vient reprocher leurs origines” : justement, là, si on avait un peu de temps, ce ne serait pas de refus… Ce sont les médias qui refusent d’en parler. La peur peut-être