Not in my Eminem
Rock et rap : torture à Guantanamo, top fun à Paris
Publié le 05 janvier 2009 à 7:30 dans Monde
Mots-clés : Musique
Contrairement à ce que prétendent de méchantes langues ici-même, j’aime bien le rock and roll. Certes, vos enfants, neveux et nièces, chers lecteurs, trouveraient certainement mes goûts désuets, mais non, je n’ai pas bloqué sur les Quatre saisons. Je pense néanmoins qu’infliger aux prisonniers de Guantanamo des heures et des heures de hard rock, de soap pop ou de chansons niaises pour enfants-rivés-à-l’écran est une torture particulièrement raffinée, interdite par toutes les conventions signées par les pays de bonne compagnie.
Il faudrait cependant expliquer par quel tour de passe-passe ce qui est une torture pour les présumés coupables de la prison américaine est tenu pour un délice par une bonne partie de la jeunesse d’Occident. Entrez dans n’importe quel magasin de jeans : torture ! Centre commercial : torture ! Tentez votre chance dans un café chic : torture ! Essayez une fête de trentenaires qui écoutent Chantal Goya en couches-culottes : torture ! Un restau branché : torture, vous dis-je. Partout en Occident de malheureux humains sont soumis au même traitement inhumain, dégradant et illégal que celui qui est réservé aux suspects dans une zone de non-droit sous pavillon américain. Et ils en redemandent. Ils payent même pour se rendre dans des lieux dédiés à ces pratiques obscures que l’on appelle boites de nuit. Torture au-delà de l’Atlantique, plaisir en deçà – allez y comprendre quelque chose.
Au moins les terroristes les plus endurcis (à moins qu’il ne s’agisse de leurs frères ou de leurs cousins) ont-ils envie de se suicider après avoir entendu une centaine de fois We will rock you de Queen, White America d’Eminem ou, peut-être pire encore, le générique de Sesame Street, l’équivalent US de L’Île aux enfants. Or, rien de tel dans tous les lieux où, chez nous, on pratique cette terreur à ciel ouvert, au vu et au su de tous ; aucune réaction de panique ou de révolte ne se lit sur les visages de ceux à qui on inflige cette barbarie sonore. On dirait au contraire qu’un étrange syndrome de Stockholm pousse les victimes à adorer, parfois à idolâtrer leurs tortionnaires et à haïr ceux qui tentent de les délivrer de leurs chaines. Faites l’expérience de demander à un restaurateur de baisser ou, si vous êtes d’humeur gore, d’arrêter la musique et vous verrez bientôt se coaliser contre vous tous les clients dont vous venez pourtant d’essayer de sauver le dîner. (J’ai quasiment déclenché une émeute avec Philippe Muray dans un restaurant de Malaucène, dans le Vaucluse, où nous prétendions avoir une conversation entre grandes personnes. Seule une fuite rapide nous a évité le goudron et les plumes.) Ou demandez à un vendeur comment il tient huit heures sous le pilonnage constant de décibels échappés d’une mauvaise chaine hi-fi et vous lirez dans son regard l’effroi du type qui se retrouverait nez à nez avec un homme des cavernes. Lui se demande plutôt comment on peut tenir sans ce cocooning sonore. Le silence est mort.
Il faut se rendre à l’évidence, une mutation de l’espèce a dû se produire pour que ce qui était hier – et est encore pour une part de l’humanité – synonyme d’horreur soit devenu hautement désirable. Il est permis et même conseillé de se révolter contre le saccage des paysages ou l’éradication des langues vernaculaires, mais se rebeller contre la dictature du bruit, c’est se désigner comme survivant promis à une juste disparition. Cela fait des années que mes copains les plus proches affichent un sourire gêné lorsque, vers le mois de juin, j’entonne mon couplet contre la Fête de la musique. Ça lui reprend, elle fait son numéro de Muray appliqué. Une fois par an, qu’est-ce que ça peut te faire ? Serais-je la seule à pleurer de rage après quatre ou cinq heures de boum-boum durant lesquelles il est inutile de songer à lire, réfléchir, deviser… ou écouter de la musique ? Se trouve-t-il vraiment des adultes consentants à la Techno Parade et ses hordes d’adolescents munis de packs de bière ? Je l’avoue, moi ça me fout les jetons, j’ai l’impression que la guerre commence – et accessoirement, ça fait trembler mon ordinateur, au cinquième étage.
Muray rappelait judicieusement que l’oreille n’a pas de paupière. Face au bruit, nous sommes tous désarmés, le prisonnier de Guantanamo et le bobo du Marais. Sauf que le second a choisi de collaborer à sa propre aliénation (je sais, je sais, le premier est autrement aliéné par ses croyances et comportements archaïques) et même de la brandir comme l’étendard d’une liberté nouvellement conquise. La saturation de l’espace sonore, l’invasion de l’intimité par toutes sortes de bruits – dont certains sont qualifiés de musique – auxquels, serait-on en train de mourir sur un lit d’hôpital, il est impossible d’échapper1 –, ne sont pas considérés comme les symptômes d’une insupportable violence mais comme ceux d’un progrès de la civilisation.
Résultat, nous avons le privilège d’observer en live les effets de l’Evolution. En effet, entre l’habitant des vastes rivages encore livrés à l’archaïsme et à l’oppression et l’individu qui peuple nos contrées post-démocratiques, il n’y a pas seulement un ou plusieurs océans mais des siècles. Le type que l’on torture à coups de hard rock est le même que celui qui bat sa femme (ou bien pire), il n’y a pas de hasard. Sur fond de flonflons, c’est un nouvel épisode, vaguement burlesque, de la bagarre entre le vieux monde et le nouveau qui s’est joué à Guantanamo. Pour en apprécier toutes les subtilités, il faut se glisser dans les pas des fonctionnaires zélés qui ont mis au point cette intéressante technique de terreur par la musique, moins salissante que le Taser, en appliquant un principe simple : ce qui fait horreur là-bas fait jouir ici – ou, si vous suivez vous l’avez compris, ce qui faisait horreur hier fait jouir aujourd’hui. Il faut noter que le théorème n’est pas totalement réversible car bien des joies de la vieille humanité (comme la lecture, la contemplation d’œuvres d’art, un disque des Who passé à un volume raisonnable ou le contage de fleurette) sont étrangères à l’homme des cavernes afghanes autant qu’aux spécimens les plus aboutis d’individus post-historiques. (Au fur et à mesure que j’avance dans cet article, je réalise tout ce qu’il doit à ce lâcheur de Muray, merci Philippe, que serais-je sans toi puisqu’on en est aux chansons). En tout cas, si les djihadistes présumés avaient pris la peine de lire la lettre que Muray leur a adressée après le 11 septembre, ils auraient pu deviner à quoi s’attendre2. Sa conclusion était sans appel. “Nous vaincrons. Parce que nous sommes les plus morts.” Et les plus sourds ?
Essayons de suivre le raisonnement de nos raffinés musicologues. Le programme de rééducation auditif appliqué à Guantanamo repose d’abord sur le volume (le plus élevé possible) et la répétition (infinie) des mêmes airs, au point que n’importe quel chef d’œuvre devient du bruit alors je vous laisse imaginer pour la daube de fabrication courante. Nous avons les moyens de vous obséder. Un entrepreneur qui a passé trois mois dans cet enfer tropical – une regrettable erreur, semble-t-il – a parlé à Associated Press du tabassage sonore qu’il a subi. “Vous n’êtes plus vous-même. Vous ne pouvez plus formuler vos propres pensées dans un tel environnement”, a-t-il notamment déclaré. Voilà qui nous éclaire a contrario sur nos contemporains et concitoyens. Ce qui rend le bruit si désirable, c’est qu’il rend incapable de penser – donc dispense d’avoir à le faire. À quoi il faut ajouter qu’il délivre les humains des délicieuses complications et embûches de la conversation.
Dans ces conditions, les réactions des artistes dont les œuvres figurent dans l’immortelle playlist de Guantanamo (appelée à un avenir aussi flamboyant que celle de Marc Cohen) sont particulièrement hilarantes. Ce n’est pas de gaieté de cœur mais vous pouvez allez les entendre sur backchich, ils ont fait le boulot. Les uns sont furieux, comme Trent Reznor, de Nine Inch Nails dont j’apprends à l’instant l’existence en même temps que l’indignation : “Il m’est difficile d’imaginer quoi que ce soit de plus profondément insultant, dégradant et rageant que d’apprendre que la musique que l’on a créée avec toute son âme est utilisée à des fins de torture”, déclare-t-il sur son site. Pas en mon nom, pas ça, pas moi. Certains, dont Massive Attack et Audioslave (dont je suis en mesure de vous annoncer qu’il – ou elle ? – “entame une carrière solo”) participent à la campagne zéro décibel www.zerodb.org lancée par l’organisation britannique Reprieve et l’Union des musiciens, mais ça n’a pas l’air de se bousculer au portillon. Selon AP, d’autres, l’engagement chevillé au corps, se demandent s’ils pourraient réclamer des droits d’auteurs au Pentagone. “Bien sûr que c’est une torture d’écouter Metallica 24 heures sur 24, dit le chanteur du groupe James Hetfield avec un rire niais, mais une part de moi est fière que cette musique ait été choisie, cela veut dire qu’elle est puissante, forte et qu’elle représente pour les détenus quelque chose d’insupportable, la liberté sans doute. Cela dit, attention, la musique et la politique n’ont rien à voir : la politique divise et, nous, nous voulons unir les gens.” Philosophe, avec ça le chanteur. Sans le savoir, il met dans le mille : le rock (ou ce qui en tient lieu) est une proposition qu’on ne peut pas refuser, la communion universelle et obligatoire. Alors, sans doute les détenus de Guantanamo (en tout cas, ceux qui y sont pour quelque chose) n’aiment-ils pas la démocratie et la liberté, ces conquêtes admirables qu’ils devraient nous envier, mais peut-être refusent-ils aussi de plonger dans le grand bain œcuménique que l’on nous promet pour avenir. Pour l’instant. Ils y viendront. Ils en redemanderont eux aussi du Metallica ou même du Britney Spears. Car s’il faut d’abord terrifier, le but final est de séduire.
Là où les joyeux drilles qui ont pondu cette brillante méthode pédagogique ont vraiment fait fort, c’est avec ce qu’on pourrait appeler la torture par l’infantilisation, une application originale et prometteuse du théorème déjà évoqué – bonheur ici, horreur là-bas. Puisque l’enfance est l’état auquel aspirent les populations d’Occident, ils font le pari que l’infantilisation brisera les plus durs à cuire plus sûrement encore que n’importe quelle musique du genre à donner envie d’envahir la Pologne. Oui, nous voulons que ces maudits barbus qui nous pompent l’air avec leur dieu guerrier, laissent les petites filles aller à l’école, les grandes porter des mini-jupes, et, pour reprendre l’expression fleurie de mon ami Marc Cohen, les garçons de même sexe s’enculer tranquillement, et nous avons bien raison de le vouloir. Mais ce que nous voulons encore plus, c’est qu’ils nous laissent retomber en enfance dans le monde disneylandisé que nous édifions patiemment, et même qu’ils nous rejoignent dans notre Île aux Enfants. Christopher Cerf, l’auteur des chansons de Sesame Street, d’insupportables comptines ânonnées par des marmots à la voix nasillarde dans lesquelles il est question de familles modèles avec réfrigérateur géant et barbecue du samedi, s’est dit horrifié d’apprendre que certaines faisaient partie du programme de rééducation proposé aux hôtes de l’armée US. Il a bien tort. On ne saurait imaginer meilleure arme de destruction massive que ces tartines gluantes d’amour et d’enfance. Il faudra un jour dire ce que la paix mondiale doit au satellite qui a permis d’arroser chaque foyer, jusque dans les coins les plus reculés de la planète et de l’Histoire, de toutes les kitcheries sentimentales, de toutes les fadaises sirupeuses et musicales inventées par l’industrie du divertissement. La rue arabe manifeste son soutien à Ben Laden (ou au Hamas ou au Hezbollah ) mais après avoir proclamé sa juste haine de l’Occident, on rentre à la maison – la Star’Ac, une soupe et au lit. Allez faire la guerre des civilisations avec des gens qui regardent Amour gloire et beauté.
Certes, il y aura toujours des mauvais coucheurs qui, après une semaine de Chantal Goya, persisteront dans l’archaïsme et dans l’adultisme. On imagine que certains prisonniers de Guantanamo vouent à l’Occident et à son désir d’enfance une haine plus féroce encore que celle qu’ils éprouvaient à leur arrivée. L’islamisme terroriste n’est peut-être pas soluble dans la démocratie, mais il ne résistera pas à l’infantilisation du monde. Et “le pays joyeux des enfants heureux, des monstres gentils” vaut tous les paradis. Même – et peut-être surtout- peuplé de vierges.
-
L'auteur
Elisabeth Lévy est journaliste et essayiste.
-
Plus











La rédaction de commentaires est reservée aux abonnés
38Nos offres
1 an : 59 € ............................................ >
1 an : 34,90 € ....................................... >
sasha dit
chère élisabeth lévy, juste un petit conseil d’amie en passant: il y a de charmants petits villages isolés dans le vercors, dans des paysages absolument ma-gni-fi-ques, et en plus, ça coûte pas la peau du cul d’y aller (je vous jure qu’on m’a pas payée pour faire de la pub) donc, à la prochaine fête de la musique, vous savez quoi faire…
ramon mercader dit
lorsque j’étais gosse(ça remonte à ……….très longtemps),ma mère,excellente femme par ailleurs,mais pétrie des préjugés de l’éduc nat (comme quoi ,ça ne se transmet pas génétiquement) m’avais dit que les israeliens,ces brutes ,torturaient par …………le silence!!!!!
c’était ,c’est toujours ,la fameuse méthode dite de privation sensorielle ,lorsque le prisonier devient fou à force d’entendre les battements de son coeur et rien que celà.
comme quoi,jamais content !!!
du bruit ,ça va pas.
du silence ,ça va pas non plus.
et pourtant ,du bruit on en bouffe tous les jours!
métro,parking (pour la plupart) ,ascenseurs ,cafétéria ,magasins
et même les salles d’attente (j’étais contre ,je suis toujours ,je suis devenu “le médecin qui veut pas que les employés se déstressent en écoutant de la muzak” ,une ordure en somme. à érradiquer.à torturer .une question demeure;au bruit ou au silence?)
dom dit
Jeune Peppush, permettez-moi de tenter une réponse à votre question. Dès le début de votre message vous utilisez des mots clés “je choisis…quand je veux…je suis libre d’appuyer sur le bouton stop” ; et si vous aussi considérez qu’une musique que l’on n’a pas choisi d’écouter devient du bruit, alors vous êtes plutôt dans la bonne catégorie !
Madame Lévy, merci, je vais imprimer votre article et le distribuer à tous les responsables d’hôtel qui croient bon d’inonder leurs clients de leur ignoble mélasse sonore dès le petit déjeuner ; c’est bon de se sentir moins seule.
Robert Marchenoir dit
Putain. Il y a de la “musique” dans les restaus de Malaucène. Dans le Vaucluse. On n’est vraiment plus à l’abri nulle part.
Notons le double effet Kiss Kool: à la torture par le bruit, s’ajoute désormais la torture par l’image. Il ne suffisait pas que l’on nous inflige, partout, la musique de merde gratuite, laïque et obligatoire: nous avons, maintenant, l’écran plat dans les lieux publics.
Pas un bistrot, aussi sordide soit-il, pas un magasin, que dis-je: pas un bureau de poste (oui, vous savez, ceux du service public-qui-manque-toujours-de-moyens) qui ne se sente obligé de soumettre le public à un flot d’images qui bougent.
Le plus stupéfiant, c’est que l’imprudent qui se mêlerait de regarder vraiment ces images s’apercevrait que, bien souvent, elles ne montrent rien. Vagues clips vidéo promouvant on ne sait quoi, morceaux de documentaires touristiques irregardables plus de deux secondes…
L’essentiel est de soumettre le cobaye à un bombardement supposé apaisant et hypnotique, dépourvu de tout sens. Quand ce n’est pas la télévision, bien sûr, summum du vide.
Comme disent les marketeurs, ce sont des contenus. Quand vous entendez ce mot, cela signifie, bien évidemment, que le contenant qui contient ces contenus ne contient rien.
Etonnez-vous, après cela, que les enfants du monde développé deviennent agités, intenables, au point que l’on se sente obligé d’inventer de nouvelles “maladies” pour décrire leur comportement (ADD, “attention deficit disorder”), ainsi que les médicaments qui vont avec (Ritaline)…
http://www.chu-rouen.fr/ssf/psy/deficitdelattentionavechyperactivite.html
Il est tout à fait clair que cette maladie a été fabriquée par l’homme. Quand vous bombardez, dès le plus jeune âge, des enfants, dont le cerveau est encore en formation, d’un flot incessant de stimulations sonores et visuelles forcées, artificielles et extrêmes, sous forme de télévision, de jeux vidéos, de baladeurs, de musique et de vidéos d’ambiance dans les lieux publics, il ne faut pas vous étonner d’obtenir, au bout de quelques années, des monstres intenables et violents. (Incultes, aussi. Mais là, je pinaille.)
http://fr.wikipedia.org/wiki/M%C3%A9thylph%C3%A9nidate
J’ajoute que la Fwance immortelle, au modèle social que le monde entier nous envie, a inscrit ce décervelage obligatoire jusque dans ses lois.
La norme NF C 15-100, qui régit les installations électriques des logements neufs et rénovés, oblige à installer au moins deux prises de télévision dans tous les logements de plus de 35 m², dont une dans le salon. Où pensez-vous que seront les autres, sinon dans les chambres? Pas question de protester que vous ne regardez pas la télévision: si la norme n’est pas respectée, EDF ne livre pas le courant.
C’est ainsi que, par le biais de textes très techniques et inconnus de la plupart, on fabrique des malades mentaux sous prétexte de sécurité. Les statistiques, qui commencent à sortir, sur le nombre d’enfants en bas âge qui regardent la télévision dans leur chambre sont effrayantes.
Ah! J’oubliais. Poutine avait résolu (bonne idée…) de buter les terroristes jusque dans les chiottes. La norme recommande de mettre une prise RJ 45 (Internet et télévision) dans toutes les pièces, y compris… la salle de bains et les toilettes.
Si vous trouvez que ça ressemble à Big Brother, vous avez raison. Nous y sommes.
Le restau de Malaucène, c’est de la petite bière. Désormais, les étatistes fous, alliés aux marchands de merde en tube, vous traquent à domicile.
Le fascisme, c’est ça: la police n’a même pas besoin de vous réveiller à cinq heures du matin, puisque la machine administrative a réduit la fracture numérique jusque dans vos chiottes.
Pour perfectionner le système, cette norme est secrète, ou peu s’en faut. Si vous voulez en prendre connaissance, il vous faudra débourser 360 €.
http://www.ute-fr.com/FR/ProductHeadlight.aspx?ProductID=N15100E02
Ainsi meurt la dernière liberté qu’avait encore l’homme le plus misérable, le plus méprisé et le plus opprimé sur cette terre: quand le monde entier et sa femme s’acharnaient sur lui, il pouvait encore trouver un quart d’heure de répit en s’enfermant dans ses chiottes.
Plus maintenant.
Antoninus Lucretius dit
Intermède historico-musical.
L’utilisation de la musique comme arme de guerre et comme instrument de torture pour dîneurs fut utilisée notamment à la fin décembre 1989 par les Américains, pour faire sortir l’ex-dictateur panaméen Manuel Noriega de la nonciature apostolique de Panama city, où il s’était refugié vers le 24 décembre pour échapper aux Marines qui le cherchaient dans toute la ville.
Notons au passage l’esprit d’à-propos de Noriega: se réfugier à la nonciature apostolique la veille de Noël, c’est pas idiot du tout. Il aurait évidemment été mal venu pour les représentants de l’eglise catholique apostolique et romaine de refuser l’asile à un requérant en cette période des plus propices à la charité chrétienne.
Dans l’impossibilité de jouer leur musique habituelle, à base de mitrailleuse lourde, de roquette antichar et d’obusier de campagne –c’est mal vu contre la prêtrise– les Marines firent appel à leurs dons artistique. Ils organisèrent un spectacle son et lumière consistant à braquer des projecteurs ultra puissants sur les fenêtres de la nonciature et en accompagnant l’illumination de “Highway to Hell”, tube de AC/DC, joué en boucle et à plein volume a faire péter les vitres de tout le quartier. Pour les nuits tranquilles, c’était salement compromis.
Saisi par l’esprit de Noël, et probablement fortement incité par le nonce apostolique qui était comme les autres sujet à une forte migraine, Noriega finit par se rendre peu de temps après aux Américains, au grand dam des pharmaciens du quartier qui se constituaient des pécules non négligeables en vendant des quantités impressionnantes de boules Quiès au voisinage.
David Desgouilles dit
Et si on faisait du mauvais esprit ?
Je me suis laissé dire que Pascale Clark non plus n’aimait pas beaucoup le bruit, notamment lorsqu’il est produit par une voix trop puissante…
la borie dit
“L’islamisme terroriste n’est peut-être pas soluble dans la démocratie, mais il ne résistera pas à l’infantilisation du monde. Et “le pays joyeux des enfants heureux, des monstres gentils” vaut tous les paradis. Même – et peut-être surtout- peuplé de vierges.”
Déjà en 1974, lors de son voyage en Chine organisé par Tel Quel, de Philippe SOLLERS, Roland BARTHES notait dans ses carnets après le défilé du 1er mai à Pékin:
“Ce 1er mai donne paradoxalement l’imagination terrifique d’une humanité luttant politiquement à mort pour … s’infantiliser. L’enfant serait-il l’avenir de l’homme? 10h30. Nous sortons de cette séance interminable épuisés et déprimés.”
Le mouvement mondial d’infantilisation touchait aussi le monde mao ..
Nous, les paranos, Topor et Muray compris, avons vraiment des ennemis.
Aux armes, citoyens!!
Le diverti se ment dit
Ma chère E.Levy,
“Trent Reznor, de Nine Inch Nails dont j’apprends à l’instant l’existence”.
Comment voulez-vous ne pas passer aux yeux des moins de 40 ans pour une vieille réac. après ce genre de phrase?
Enfermez n’importe qui cul nul dans la geôle humide, Choisissez Bach, concerto pour violon en la mineur. Réglez vos enceintes au-delà de 80db. Faites mijoter. Et vous rendrez fou n’importe qui.
Le supplice de la goutte d’eau vous connaissez? Est-ce la goûte d’eau ou la méthode qui rend fou?
vingtras dit
“Nous vaincrons. Parce que nous sommes les plus morts.” Merci Madame Elisabeth… et bonne année. Il n’y a pas une semaine, que dis-je : un jour, sans que le grand Muray entre chez moi dans la conversation – ce qui prouve qu’il veille sur ses lecteurs du haut des cieux.
Où êtes-vous encore allée vous promener pour avoir autant de boucan qu’à la saison des raves à la campagne ? Dans le temps, aux prémices de ce que nous subissons aujourd’hui, je mettais plein pot de la musique militaire achetée exprès en 78 tours. “Tiens ! t’auras du boudin !” était très efficace contre la djeunitude (et pas seulement à cause du référent). Question pilonnage, je suis certain que Jean-Seb’ est également d’une grande utilité… Il casse à peu près toutes les “muziks” car c’est de la musique… mais on ne peut pas l’employer dans les restos de bonne compagnie sans y être prié.
Le temps est proche où, à l’instar du l’Huma de l’été 44, dont un titre fut “à chacun son boche”… on lira, vengeant la mort des poulets assassinés par les protégés de Jack Lang, “à chacun sa sono”. Avec une pioche…
PS. Prime serait offerte à qui inventera la machine à ultrasons brouillant l’écoute, comme on disait jadis quand la culture était vraiment générale. Mais gaffe toutefois aux porteurs de “pècemékeurs”.
tovaritch dit
Ce chauffeur n’a pas tort, en fait.
Une musique de fond douce en “easy listening” peut être agréable, j’en ai fait l’expérience dans certains magasins.
Ce qui “tue”, ce sont les Décibels, même du Mozart à 120 Db devient insupportable!
Shane_Fenton dit
Vous avez oublié de mentionner la musique dans les bus ! Torture d’autant plus sournoise qu’elle est survenue dans certaines grandes villes d’un coup, comme ça, sans crier gare.
Quand j’ai interrogé un chauffeur de bus pour savoir pourquoi lui et ses collègues avaient décidé tout d’un coup de nous imposer de la musique pendant les trajets, il m’a sorti deux arguments :
1/ cela leur permet de moins s’ennuyer pendant qu’ils conduisent (argument utilisé également par les automobilistes de tout poil, surtout pendant les longs trajets).
2/ il paraît que cela adoucit les passagers et les incite même à discuter entre eux.
L’Ours dit
C’est vrai béret vert.
Quand les enfants étaient petits et faisaient un séjour en ville à Paris. Il y avait toujours un con pour les réveiller en klaxonnant parce que le gars devant n’avait démarrer au feu vert dans la milli seconde!
Ce sont les mêmes qui, devenant voisins, ne supportent pas les pleurs d’un enfant!
Votre texte est savoureux E. Lévy. Je me suis beaucoup amusé et vous imaginais dans le marais, les baffles hurlant dans les rues pour fêter le travail le dimanche!
tovaritch dit
Trés bien vu.
Il n’empêche que pire que le rap et le rock, la plus importante source de Bruit provient des transports (au dessus de chez moi, à la belle saison, j’ai droit à des ballets d’hélicoptéres, on se croirait dans Apocalypse Now), mais là c’est carrément un tabou d’en parler, les intérêts en jeu sont colossaux.
Mieux vaut “causer” du “réchauffement climatique” qui, lui, est parfaitement silencieux, le traître!
Béret vert dit
Tous les sondages effectués en France sur le sujet indiquent que le bruit est la première nuisance ( avant la pollution de l’air ou autre ) pour nos concitoyens… ce qui ne les empêche nullement de klaxonner à 3 heures du mat’ ou de sonoriser le quartier commerçant.
Peppush dit
J’adore le rock et le hard rock. Quelle différence y a-t -il entre moi et un prisonnier de Guantanamo…? Je choisis quand je veux d’écouter la musique que je veux, de même que je suis libre d’appuyer le bouton “stop” de mon lecteur CD lorsque j’estime que Joe Strummer m’a un peu trop sucé la cervelle…
Autre chose : le goût pour l’altération des tympans n’est pas forcément incompatible avec celui pour la Haute Culture (ne pas lire couture…). J’écoute les Clash et les Ramones, j’aime sentir vibrer les basses dans ma cage thoracique et faire valser ma chevelure à m’en détruire les cervicales, et pourtant, oui pourtant, je me passionne pour la littérature du Moyen Age, Œdipe Roi reste l’un de mes plus grands chocs littéraires, enfin, je suis capable d’entrer en transe devant un tableau du Caravage….Bref j’ai moins de 25 ans, j’aime lire, réfléchir, mais aussi écouter un bon gros rock tout en buvant de la bière, alors question : dans quelle catégorie me placez-vous ? Celle des réacs ou celle des abrutis ?
Merci de répondre à cette question, si vous avez le temps, je suis en pleine recherche de moi-même en ce moment…
Bien à vous
M le Franchouillard dit
Elisabeth,
Ecoutez Unfinished sympathy de Massive Attack (rien qu’une fois), vous allez pleurer.
Tellement c’est mélancoliquement beau.
Pascal Adam dit
J’aime beaucoup cet article, il est d’une mauvaise foi vivifiante. Une seule remarque : Notre taux de suicide n’est tout de même pas si mauvais, il est assez élevé, et j’aurais pensé, naïvement sans doute, que vous en seriez plus fière. Le suicide en chantant nous ouvr la barrière (puisque nous en sommes aux chansons). Merci à vous…
M le Franchouillard dit
Des djihadistes torturés à Guantanamo?
Qui parlait d’Occident civilisé (les femmes, etc) hier?
Sinon “le contage de fleurette”….Love.
waa dit
“un disque des Who …”
Glop
“… passé à un volume raisonnable”
Pas glop
Vinosse dit
Et oui, chère Elizabeth, comme vous avez raison! Il faut voir les listes goûts musicaux des “profils” sur les réseaux… Plus que d’être une manière de se singulariser, c’est devenu une façon de se noyer dans la masse informe du bruit à tous les étages…
J’ai récemment mis en lien sur mon blog ma première vidéo!!! Avant je m’y refusais! Parce qu’un blog sans vidéo, c’est quoi ? (je rigole!)…. bon… mais un Tom Waits, un chanteur qu’on écoute seul dans son coin, doucement, ou en comité restreint!