Noël pour tous !
Le non anniversaire du petit Jésus
Publié le 03 janvier 2010 à 11:42 dans Société

Giotto, Nativité.
Vous avez tenu bon. Bravo ! Vous qui lisez ce texte, vous avez survécu à cette franche joie de Noël et du jour de l’An, au sapin, aux guirlandes, à la belle-mère débarquant encore svelte, tout ça pour faire joli, au salon. Les chocolats. Le foie gras, le vin précieux, et la belle-mère donc, débarquant disais-je, fraîchement décorée des palmes académiques. Au téléphone, j’ai failli lui demander si je pourrais les suspendre au Nordmann acheté pour 45 euros au Rom du coin. Je ne sais pas d’où il sortait ça. Sur l’asphalte, il y en avait tout un wagon. S’il avait voulu, il aurait pu s’en construire, une belle cabane, plutôt que de traîner ses guêtres, tout le reste de l’hiver, à la sortie du métro. Mystère et boule de neige. Pourvu qu’il neige, papa ! On verra bien. Serais-je l’entremetteur du Ciel ?
Les cadeaux, les cadeaux bien sûr. On n’est pas des chiens ! Le père Noël ne voit jamais qu’on n’a pas été sages. Comme Gilbert Montagné à l’UMP, il conduit en aveugle son traîneau façon 4×4. Et puis quand même, quand même, le petit Jésus, ajusté dans sa crèche, avec autour de lui l’âne, les bergers, les rois mages.
Vous avez oublié pour un temps vos peines, vos rancœurs et à Saint Aubin d’Aubigné, la grippe A. Vous avez fait comme moi, mis vos petits souliers sous le séquoia. En attendant le lendemain. Papa, papa, tu crois qui va y avoir dl’a neige, hein ? Tu sais, fiston, il se réchauffe, le climat. Contente-toi des cadeaux.
Avouez que vous les attendiez, ces cadeaux, vous, là, derrière l’écran. Avouez même que vous n’attendiez que ça. Et puis de vous empiffrer, de vous goinfrer de truffes, chocolats, dinde ou je ne sais quoi, jusqu’à l’indigestion. D’en reprendre et d’en reprendre du blanc et du rouge et du champagne. Et d’en reprendre encore. Je me souviens d’une collègue, tiens, appelons-la Fabienne, qui disait que les soirs de réveillon, elle mettait un point d’honneur à choper une crise de foie. Véridique. Si le lendemain, elle quittait son lit sans le moindre signe de nausée, elle se sentait mal, si j’ose dire. Et donc elle remettait ça, toute la journée du 25 et du premier de l’An. Ah, elle finirait par l’avoir sa crise ! Elle les vomirait, ses dix litres de champagne ! On est des Français, ou quoi ?
Je l’aimais bien, moi, Fabienne, cette collègue. Un tempérament comme ça, vous imaginez ce qu’on pouvait en faire. Ah, je lui ai fêté, son identité nationale, pour arroser ma naturalisation toute fraîche ! Mon passeport italien, peut-être qu’il traîne encore quelque part, chez elle. Peut-être qu’elle l’a retrouvé, le 26 décembre, lorsqu’elle a fait le ménage, sous son lit, parmi les cadavres de bouteilles.
Je l’aimais bien. C’est le petit Jésus qui nous a séparés.
Que voulez-vous, ça a fini par m’énerver qu’elle vante ses crises de foie de Noël. Car Noël, pour elle, comme pour vous, là, c’était donc la bouffe façon Gargantua, Pantagruel et puis les fameux cadeaux, sous l’séquoia. Le reste, poubelle ! C’est elle qui a prononcé le mot, elle qui a ouvert les hostilités, donc. Poubelle ? Elle jetait le petit Jésus avec l’eau du bain. Jésus, disait-elle, j’ai jamais pu le lire, moi, l’Ancien Testament. Imaginez ma tête. Professeur de lettres, la donzelle, paraît-il, des diplômes quand même, et elle refaisait l’histoire d’une façon bien cruelle. Dans sa soulographie perpétuelle, elle anachronisait les personnages de la crèche. Jésus, la belle, c’est dans le Nouveau Testament, mets-ça dans ta caboche ! Et elle : mais qu’est-ce que ça peut faire ? Tu y crois à tout ça, toi ? Minute. Ça peut faire par exemple, répondais-je, que si tu confonds tout ça, tu leur répondras quoi, à tes élèves, lorsque, en plein commentaire de Baudelaire ou Victor Hugo, ils te poseront des questions au sujet de la Bible, tu auras l’air bien tarte, eh, mirabelle ! Elle n’a pas aimé la crème. Eût-elle eu une Bible, sous sa main mignonne, qu’elle me l’envoyait presto dans la figure. Au lieu de ça, c’est la trousse de la collègue d’histoire qui a volé, façon obus de Verdun, à travers la salle des profs. Fichu tempérament.
Il y a des jours comme ça.
Je n’en suis pas resté là. J’avais l’anathème facile, à l’époque. Je lui ai servi le couplet de tout à l’heure : toutes les fêtes, pour vous, pour nous, sont devenues prétextes à se goinfrer, à se vautrer dans la mauvaise graisse du commerce, des marchandises perpétuelles. Bon Dieu, mais pourquoi fêtez-vous donc encore Noël, si vous vous fichez de Jésus, si vous ne savez même plus ce que signifie cette crèche que vous placez sous le sapin ? Malgré tout le respect que je leur porte, comme il se doit, à mes amis juifs ou musulmans, est-ce que je fête Kippour, moi, ou l’Aïd, encore ?
Ils ont commencé à s’y mettre, tous. Ils m’ont répondu par les couplets habituels : occasion de se retrouver en famille, de simplement faire la fête, de faire plaisir aux petits nenfants, tout ça. Et d’ailleurs, même les Juifs et les musulmans fêtent Noël, pour les mêmes raisons. Tatitata. Et encore, nous ne savions pas, à l’époque que d’aucuns viendraient à demander bientôt que tout le monde fête toutes les fêtes, question de prouver qu’on est bien tous tolérants. Drôle de conception de la laïcité : croire que respecter les religions, c’est s’inviter à toutes les fêtes ; alors qu’il me semblait plutôt, moi, que les respecter, c’était ne pas les galvauder et laisser chacune d’entre elles communier dans l’intimité.
Ils ont commencé à s’y mettre, tous. On approchait de la fin décembre et je les voyais prêts, soudain, à faire d’une pierre deux coups, à fêter Noël et Pâques en hiver, avec votre serviteur en ragout d’agneau ou de mouton, pardon. C’est que je l’avais un peu cherché : je les ai traités soudain de schizophrènes. Je m’incluais dans le lot, mais ça, ils ne l’ont pas vu : schizophrènes, oui, disais-je ; les mêmes qui prêchaient toute l’année contre la société de consommation et qui se goinfraient à Noël ; les mêmes qui militaient pour l’école publique et qui, à la première occasion, mettraient leur progéniture dans une école privée ; les mêmes qui crachaient à longueur de salle des professeurs sur le christianisme, et qui poussaient les hauts cris dès qu’on se permettait de critiquer le bouddhisme ou l’islam. Schizophrènes, oui, j’y tenais.
J’y tiens toujours, d’ailleurs. Schizophrène, tous.
Deux exemples authentiques, tiens : du temps que j’assurais des formations pour mes collègues, m’appliquant à faire qu’ils deviennent un peu moins ignares, en matière de religions, l’un d’eux, devenu pour l’occasion un de mes stagiaires, comme on dit, n’arrêtait pas de plaisanter, de sortir des blagues à deux euros sur les curés, sur l’église, sur Jésus. Quelques-uns riaient, bien entendu. J’ai voulu rire, moi aussi, et me suis donc mis en tête de faire comme si j’allais faire une blague sur l’islam. Pour rigoler. Juste pour voir la tête qu’il ferait. Il s’est aussitôt arrêté, m’a regardé d’un air drôle et m’a dit : non, on n’a pas le droit de critiquer l’islam. Tiens donc… Ai-je besoin de préciser qu’il n’était pas musulman ?
L’autre exemple ? Un autre collègue, professeur de mathématiques : j’étais dans cette fichue salle des profs, à faire des photocopies, pour préparer un stage prochain sur la Bible et l’islam. Et donc moi de photocopier des passages du Coran. Le collègue s’approche, gentiment. Tiens, tu t’intéresses à l’islam, dit-il. Oui oui, je lui explique l’affaire, les stages, tout ça. Moi, répond-il, ça ne m’intéresse pas du tout, j’avoue – il était français, d’origine algérienne ; je ne suis même pas croyant, ajoute-t-il. Je lui réponds à mon tour que je peux comprendre, que chacun tatatitatata… Et puis le sel de l’histoire : mais, dit-il, tu lis le Coran en français? Ben oui, réponds-je, je maîtrise mal l’arabe. Mais..mais..mais.. tu n’as PAS LE DROIT !!!!
Schizophrènes, vous dis-je, tous, musulmans ou chrétiens, bouddhistes ou auvergnats.
Vous vous êtes goinfrés en moquant le petit Jésus, dans sa crèche. Des blagues à deux balles. Et vous les avez eus vos cadeaux, quand même. Pas eu besoin d’aller à la messe de minuit.
Et pour ceux qui auront été bien sages, du 26 décembre au 15 février, c’est galette à volonté – 30 euros l’unité quand même ! Schizophrènes, vous dis-je, et gogos toute l’année !
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L'auteur
Nunzio Casalaspro est professeur.
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souris donc dit
Nunzio, à chaque fois que j’ai cliqué sur “causer!” pour mettre mon grain de sel, zut, j’avais oublié quelque chose d’important : merci pour cette nativité de Giotto, très belle comme toute la peinture de Giotto.
Venik dit
@Nunzio
Votre post me peine : ils ont tort d’être mal à l’aise,c’est un sentiment à écarter,la Joie doit les soutenir,ou plus simplement la confiance en soi.
Sinon,les marxistes et affiliés sont très dialectiques,ils ne respectent en général que ceux qui leur font face.Mon conseil pour la nouvelle année.
Nunzio dit
exact, souris donc, merci de le rappeler !
“Bienheureux ceux qui savent rire d’eux-mêmes, car ils n’ont pas fini de s’amuser” !
souris donc dit
Et le clip en question est lui-même une citation, je n’ose pas dire un clin d’oeil, d’un clip publicitaire pour je ne sais plus quelle marque de voiture, avec un Ray Charles hilare au volant.
Nunzio dit
Regiscas, je n’ai rien de spécial contre les aveugles, rassurez-vous, ni contre Gilbert Montagné en particulier ; simplement, avouez que le voir au volant d’une voiture, pour un clip bidon de l’UMP, avouez que c’est …cocasse !
Spiruline dit
Lalla baldi comme toi je suis plus jeun jeune mais je rnonce pas a dire ce que je pesne au début avec sourire mais faut pas me chrcher. et qand un gamin me dit la vioque, je l mouche. et avec les amis de ma petit fille pareille. il me disent que j’ai pas peur de faché, ben j’ai pas peur de dir c que je pense.meme si j ai pas autan de mot que d’autre
Lalla Baldi dit
Bien dit: tous des schizophrènes! Et on n’a pas besoin d’être catho por le voir. je suis assez âgée pour me rendre compte qu’on ne peux plus parler de rien, avec personne, sans faire attention à ce qu’on dit. “Politiquement correct” que ça s’appelle. Par contre lorsqu’il s’âgit de s’empiffrer et de faire la fête, là, tout le monde est d’accord. Drôle de société, j’ai de plus en plus du mal à communiquer.
nunzio dit
venik, je vais vous dire un secret : des profs cathos, comme vous dites, il y en a pas mal ; simplement, ils ne le disent pas : parce qu’ils sont en même temps respectueux de la laïcité ; peut-être aussi parce qu’ils sont parfois mal à l’aise, dans un milieu qui ne porte pas toujours le christianisme dans son coeur.
Bonne année !
Regiscas dit
J’ai un peu de mal sur la blague sur Gilbert Montagné.
L’engagement vous gêne-t-il ? Les artistes qui ont laissé une trace n’étaient-ils pas engagés ?
Faites-vous partie de ces intellos qui ne supportent pas qu’un artiste s’investisse en politique, c’est-à-dire -contrairement à ce que nous dicte la pensée unique- une des activités humaines les plus nobles qui soit ?
Je désapprouve que l’on veuille blesser, tacler un homme comme lui, qui plus est, non-voyant mais dont la cessité fait apparamment bien rire.
J’aimerai vous y voir ! Fermez donc les yeux pendant 5 minutes et déplacez-vous. Vous découvrirez ce que l’homme a oublié: la véritable tolérance, celle d’adapter son monde à tous, quelque soient leur handicap.
LA BARBE, vous dis-je !
Attention, si vous ne voyez plus, vous marcherez dessus !
Salutations
Venik dit
Un prof catho..Mais où sont nos marxistes d’antan ?!
Sophie dit
Bonsoir Lady,
Je viens de voir votre lien, des plus réjouissant! J’ai bien ri, grand merci.
Lisa,
Oui, priez Pie XII. Je vous promets que s’il fait un miracle, je file en avertir la nonciature pour faire avancer un dossier qui agite beaucoup de monde en ce moment!
Lisa dit
@Gris sel
Merci,
J’avais lu votre post mais avais compris que aujourd’hui 4 janvier il y avait une “punition” spéciale.
Merci encore.
tonio dit
“à Saint Aubin d’Aubigné, la grippe A” ; bien vu : il est vrai que ce bon Agrippa d’Aubigné n’avait pas son pareil pour décrire les épidémies…guerrières !
Gris sel dit
Lisa,
je vous rmets mon post de tou a l’heure
“e 30/12 à 23h50 sophie annonçait sa mise au placard sur le fil “obamania”
ce fil était joyeux et amical ce qui deplait a certains ici, jusqu’à ce qu’elle nous annonce sa tristesse et demande qu’on pense a elle aujourdhui specialement.”
bonne année a vous
Spiruline dit
je me souvient de la creche quand j’etais mioche, comme on avait pas trois sous pour en acheter une vrai avec des santons en couleur mamère en avait fabriquée avec de la mie de pain, j’avis fais des mouton. ca je m’en souviendrai toujours alors que les caeeaux.;.pfft
Lisa dit
@Sophie,
Je n’ai pas bien compris l’histoire du placard, mais je veux bien penser à vous aujourd’hui, je prie Pie XII pour un miracle ?
@Payalba
Nous non plus, pas de télé, ça aide !
Lisa dit
@Têtu,
“A propos d’accouchement , à signaler que “saint” Pie XII avait condamné l’accouchement sans douleur !!!! Les femmes doivent souffrir tel est le message des sorciers du Vatican .”
C’est pas ce qu’on m’a dit quand je me suis convertie (je me suis tuyautée sur ce genre de sujet), c’est quoi vos sources.
Bonne année sinon.
Payalba dit
@sophie @souris
Pourquoi devoir se retrouver à lutter ? L’éducation chrétienne débute dès la naissance. Il est important dès le plus jeune age d’expliquer le sens aux fêtes et aux cadeaux.
Aussi nous n’avons jamais cherché à faire croire au père noël.
Pour le moment, je parle de mon cas (J’ai des enfants de 1an à 14ans) , je n’ai pas à me plaindre ni à lutter contre cette société de consommation. Noël, les anniversaires se passent sans revendications, ni excès de toutes sortes (L’absence de télé à la maison aide y est peut être aussi pour quelque chose).
Pouvu que ça dure !
Sophie dit
@ souris donc dit :
“comment voulez-vous lutter ?”
C’est vrai que la lutte est inégale. On a beau les faire participer à la déco, leur expliquer les santons, les faire collaborer à la confection des agapes, coller Mon Chéri au piano et leur faire chanter “Minuit Chrétien”, on sent bien qu’ils lorgnent sous le sapin pour voir si on a pas oublié l’I Pod sans lequel, comme chacun sait, la vie ne vaut pas la peine d’être vécue!
Sophie dit
Lady, je dégusterai ça ce soir, avec un verre de Bordeaux et Mon Chéri et en pensant à vous, parce que mon accès internet made in placard me bloque à peu prêt tous les sites.