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No future pour le rock n’roll ?

Après les subprimes, la déprime !

Publié le 25 mars 2009 à 10:12 dans Culture

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Certains oiseaux de mauvais augure, hélas généralement bien informés, prévoient la fin prochaine de la vague rock n’roll à forte coloration punk qui a submergé les USA depuis quinze ans, dans la foulée de Greenday et d’Offspring, et l’Europe depuis six ou sept ans, y compris depuis 2007, ses marches les plus culturellement attardées (la France, donc) où elle avait tout de même fini par crever l’abcès techno…

Cause de ce décès annoncé, le caractère foncièrement joyeux de ce type de musique. Les consommateurs, dont les ados constituent le noyau dur, se sentant un besoin irrépressible de souffrir plus fort que tous les autres crétins d’humains, alors que la Fin du Monde menace. D’où le retour annoncé d’un pseudo-rock dépressif, à l’image de celui qui succéda à la première vague punk et dont les lamentables Cure furent le plus sinistre ornement. Il paraîtrait même que chez nous, leurs clones geignards, trotskisants et xanaxés d’Indochine croient leurs heures de gloire revenues – et je ne vous parle même pas de Noir Désir en embuscade. Si ces faits s’avéraient, alors, définitivement, il ne faudra plus parler de récession, mais de Grande Dépression.

Tous aux abris, donc, sauf que cette mutation a tout pour réjouir. Le rock n’roll va retrouver ses fondamentaux identitaires, minoritaires, catacombaires, et c’est très bien comme ça. Les DJ acnéiques ou les groupes pré-pubères l’oublieront et retourneront à leurs synthés. Hedi Slimane ou Jean-Paul Huchon n’essaieront plus de nous faire croire qu’ils font partie de la famille rock, ce qui était à peu près aussi dégoûtant que de voir Lescure, Guillon ou Muhlmann se faire passer pour des subversifs. On va pouvoir enfin se retrouver entre nous, sans être pris chaque semaine en otage par la presse ou la pub.

Car hélas, ce retour en grâce du rock s’est accompagné d’un retour en masse des conneries écrites sur le rock. Deux de ces lieux communs, où il est à la fois question de rock et de Crise ont ainsi fait un retour en force dans les conversations en ville et dans les articles d’ignorantins ; nos copieurs-colleurs ont ressuscité des contresens vieux de trente ans à propos de deux fleurons du répertoire de la Renaissance britannique de la fin des seventies – sous ce terme, on agrégera, circa 1977, la new wave issue du pub rock et l’explosion punk.

Côté pub rock, ou plutôt postpub rock, c’est le fabuleux Sex and drugs and rock n’roll de Ian Dury and the Blockheads, qui depuis sa création fait l’objet d’un inoxydable malentendu. Son titre, et son refrain (Sex and drugs and rock n’roll are very good indeed) systématiquement vendus par les gazettes comme une sorte de manifeste générationnel et néo-hédoniste, ne sont en fait qu’une impitoyable moquerie de tous ceux qui, dans les milieux lancés, avaient érigé le sexe, la drogue et le rock en nouveaux piliers de la sagesse.

Coté punk, c’est très exactement le même naufrage interprétatif qu’on nous ressasse, de TF1 aux Inrocks à propos du God Save the Queen des Sex Pistols et plus précisément du No future qui le conclut. Là encore, on nous raconte en général n’importe quoi : il ne s’agit pas d’un manifeste, d’un credo nihiliste, ni même d’une sorte de hurlement pré-fukuyamien, mais d’un constat rageur et clairvoyant, sur la catastrophe qui attend les jeunes prolétaires de l’Empire une fois closes les Trente Glorieuses et donc les mines et les usines. Ce No Future n’est donc pas la traduction anarchiste de l’amusant Viva la Muerte1, lancé au début de la Guerre civile par le général franquiste José Millán-Astray, mais son exact contraire, et pour tout dire, presqu’un mot d’ordre syndical…

Hisser ce No Future en étendard, comme le font certains révoltados crasseux est un bel exercice de crétinerie adolescente. L’ignorance de la langue anglaise – et de tout le reste – aidant, les mêmes finiront par croire que ce God save the queen là est vraiment un hommage à Sa très gracieuse majesté, voire une ode à Lady Di.

C’est donc vraiment une très bonne nouvelle de voir revenir en force une musique dominante inepte et malsaine, accompagnée de paroles idoines. Une musique suicidogène qui enfoncera dans la Crise ceux qui sont assez glands pour rêver s’y noyer. Ça fera de l’air pour les survivants ! Que renaisse le darwinisme rockistique ! Que règne le tri sélectif. On ne jettera plus mes perles à des pourceaux, No more margaritas ante porcos, comme disait saint Matthieu. Plus de squatters pouilleux dans mon jardin secret. Ce qui nous attend : une musique de crétins, adulée par des crétins avec des paroles de crétins commentées par des crétins. C’est bien.


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  1. La citation intégrale est : “A bas l’intelligence, Vive La mort !” et répondait aux velléités neutralistes du philosophe de centre-droit Miguel de Unamuno.
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  • 30 March 2009 à 14h11

    thomas dit

    oui pourquoi pas,…, pourquoi pas quoi d’ailleurs?, pourquoi…?… bref.

    avez-vous lu “un démocrate mik jagger” paru chez naïve au printemps 2006. Le rock est né, le rock est vivant, le rock est mort, comme tout l’monde, dix fois par vie.

    Il s’agit de musique, on écoute, on danse, on est jeune, on fait c’qu’on veut, on danse, on joue, on musique…

    et pour le reste noyez-vous bien dans vos pensées, mais y’a des disques à aimer partout quand même, et puis s’il n’y a plus d’disques y’a des sons, des groupes des concerts de la musique, de la vibration, de la gratte, de l’électrique de la puissance de l’énergétique…

    bref.

  • 30 March 2009 à 9h51

    Gawell dit

    Cet article respire l’ouverture culturelle, la bonne foi, le respect inter-générationnel, la tolérance des différences de goût, etc.
    Un peu facile de prendre les meilleurs d’une époque et de les comparer avec les pires d’une autre. Je pourrais comparer Johnny Halliday et the Virgins par exemple…
    Au passage, si j’avais des envies de suicide, une musique festive m’inciterait plus à passer à l’acte qu’une musique déprimée (où on se sent compris et on se reconnaît).
    Enfin, le développement des lecteurs mp3 et la disponibilité “gratuite” des titres en ligne, on passe beaucoup plus de temps à écouter de la musique qu’avant. Et ça devient vite fatiguant d’écouter du punk survolté quand on somnole dans un train.

  • 29 March 2009 à 18h54

    kr0neaus dit

    Sa sent un peu le vieux reac’ cet article quand meme, avec juste ce qu’il faut de sarcasme certes, mais un peu react quand meme. J’aime ni Noir Desir ni Inodchine, mais je n’irais pas jusqu’a mettre tout le dark rock dans le meme sac, bien sur il y a beaucoup de soupe, mais meme pendant l’ge d’or du rock on ne peut pas dire que tout fut absolument parfait si? Il y a du rock melancolique magnifique aussi. Il ne faut pas tout confondre, et le fait que le rock originel s’effrite c’est normal, on ne regrette pas la fin de la musique sur bouts de bois de la préhistoire si??

  • 28 March 2009 à 16h43

    Milla dit

    hello,
    j’ai suivi le lien via Marianne !
    J’ai vécu les années Dury, totalement déjanté avec son Hit Me ou son Wake Up, les années 75 a 80, c’est vrai qu’à l’époque nous étions dingues de musiques psychédéliques.

    Puis toute la période qui a suivie était tout de même teintée de genre multiples, punk, hard rock et de néo romantique new wave… sans oublier le groupe culte Dire straight, des génies mais encore The talking heads, The Clash, The Cars et leur fameux « All mixed up » !!

    C’était une période très riche en nouveauté mais il est vrai que pour être à la page, il fallait aller en Belgique…

    Mais curieux ce style rock dépresif, j’avais pourtant l’impression que ces derniers mois, on revenait quand même un peu un néo romantisme avec Charlie Winston et son Hobo ou Katie Melua par exemple que la jeunesse semble beaucoup apprécier…

    je crois c’est un cap sur le du RAP qui marquait une période de contestation, mais après la contestation la déprime peut être lol

    cordialement…

  • 26 March 2009 à 21h16

    mafraise dit

    Sur l’album “We’re only in it for the money”, Frank Zappa a pondu un bien curieux morceau qui ressemble furieusement à du punk (chant, rythme, guitare), et qui est intitulé “Flower Punk”, en 1968!!!
    Et comme il n’avait pas que ça à faire, il est aussitôt passé à tout autre chose…

  • 26 March 2009 à 14h21

    marc cohen dit

    @XP Oui, c’est grave. Mais en vrai, tout ce qui est grave n’est pas très grave.
    @ Ho: mon problème, avec Coupat, n’est pas d’ordre juridique -il faut qu’il sorte, point barre- mais politique: je persiste à penser que “l’insurrection qui vient” est un texte calamiteux, ahistorique, acnéique et liquidateur. On se référera avec beaucoup plus d’intéret au texte “Critique de l’autonomie politique” que les amateurs avisés de litterature ultra-gauche connaissent déjà, et que les autres pourront retrouver sans peine en googlant
    @ Raymond, faut être de mauvaise foi pour prétendre que Causeur se désintéresse de Coupat, ou alors prouver que mes amis Leroy et Maillé n’ont jamais existé: on frise le négationisme, j’appelle la police!
    @ tous les autres (je sens une petite flemme accompagnée de l’envie d’aller m’en jeter un qui monte) : J’aime le punk arrogant, binaire et moqueur, qui résume, mieux que tout autre type de musique, ce que doit être le rock, et aussi, un peu, la vie.
    Le voir sortir de la sphère d’intêret des crétins est donc une bonne nouvelle. Am I clear?Pas sûr…
    Mais on en recausera, si les petits cochons ne nous mangent pas
    Bises

  • 26 March 2009 à 13h32

    XP dit

    @Marc

    Moi j’aime bien Indochine. C’est grave docteur?

    j’ai bien conscience que ce n’est pas génial;, mais j’aime bien…. Et Cure aussi….

  • 26 March 2009 à 11h00

    hO-Chi-Binh dit

    @ Raymond2 : sur Causeur, les “dedroites” – pour pasticher certains causeurs – s’emperlousent de liberté et de faits-qui-sont-vrais, mais, bling blang blong, quand un “gaucho”certifié ISO9001 en prend plein le fion dans le seul but de faire briller MAM et ses employés, bah, alors là, c’est limite si le Coupat ne l’a pas un peu méritée sa carcérisation, après tout, hein.
    Quant à mes deux chouchous sur ce site : Jérôme Leroy ne peut pas être partout, et peut être que Marc Cohen s’en fout.
    (j’ai trois chouchous en fait, avec Trudi Kohl, qu’on lit trop peu à mon goût)

  • 26 March 2009 à 8h13

    ramon mercader dit

    moi j’aime le rock !
    le bas-rock
    le baroque ,quoi .

  • 26 March 2009 à 2h34

    Albert dit

    Le rock n’a pas d’avenir parce que plus personne n’achete de disques.

    La musique de ce genre ne genere plus assez d’argent donc elle fait partie du passé…

  • 26 March 2009 à 0h58

    Nicolas dit

    Organisons un concert de soutien !