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Niquez la crise !

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Publié le 14 mars 2009 à 12h55 32 réactionsImprimer

Ridicules. Profondément ridicules, les news magazines, qui se nomment hebdomadaires d’information, parce que ça en jette et que ça fait sérieux. Les lecteurs vont donc se bouffer du franc-mac, comme tous les ans une fois au moins. Et deux fois la même semaine, pour deux fois le prix… Il s’agit de démontrer que les Frères noyautent la présidence, le gouvernement et le Parlement. Comme on nous l’a annoncé et vendu déjà pour tous les présidents, tous les gouvernements, tous les Parlements. Rien de neuf donc, dormez braves gens, on se fout de vous, on vous fourgue de la daube, parce qu’on vous prend pour des gogos, des cibles de marketing.

Pire encore, si les Rouletabille du Point et de L’Express avaient fait leurs propres enquêtes, on aurait pu se dire que c’était du journalisme d’investigation, vous savez, cet alpha et cet oméga des gens de plume. Eh bien, non ! Voilà deux hebdos qui font en couv la promotion d’un bouquin, même pas encore paru, de Sophie Coignard, intitulé Un Etat dans l’Etat. Le nouveau journalisme consiste à faire du copié-collé !

Rassurez-vous, personne, dans les rédactions concernées, ne se mettra en grève. La semaine prochaine nous aurons droit au salaire des cadres, ou à Sarkozy et l’argent, à moins que cela n’ait déjà été fait. Encore que les bis repetita ne font pas peur à FOG et Barbier. Plutôt que de porter dans tous les médias la bonne parole hypertinente, on aimerait qu’ils se comportent en laborieux besogneux, et fassent preuve d’imagination.

Et L’Obs, alors ? Le roi des hebdos n’a rien publié sur les francs-maçons, qui pire que les trotskystes noyautent, vérolent et prébendent. Là-bas, un crétin, qu’il me pardonne ma franchise confraternelle, un crétin impardonnable, prétendait tout m’apprendre sur les prix de l’immobilier dans ma région. Peut-être bien que je l’ai attendu ce crétin-marketingueur pour savoir comment se portent les prix de l’immobilier chez moi. Pour cela, j’ai une presse locale et régionale, des journaux d’annonces et des agences à la pelle à un bistrot de distance. Et je n’ai pas attendu qu’un veni-vidi-connerie vienne m’apprendre ce que je sais mieux et plus vite que lui. Mais, dans ce cas encore, il doit se trouver des gogos qui s’imaginent que c’est mieux quand ça vient de Paris, sur papier glacé.

Quand des types payés très cher pour penser, pour réfléchir, pour imaginer, comprendront que ce marketing à la noix, qu’ils mettent à la une chaque semaine est éculé, en dessous de la ligne de flottaison, qu’ils déshonorent une profession entière et qu’ils ne respectent pas leurs clients, qui vont les quitter de plus en plus nombreux, on aura avancé. On peut les prendre pour des prunes, les lecteurs, mais jamais trop longtemps, ils finissent par s’en apercevoir et désertent les kiosques.

Ces remarques, je le sais, sont bien peu confraternelles, mais je n’en retire pas un mot. Parce que ce que tous ces myopes à l’égo enflé sont en train de faire gonfler la bulle qui va les faire crever. Tous ceux qui ne le savaient pas avant l’auront appris de la crise. Une bulle se forme toujours quand on vend quelque chose qui n’a pas de contrepartie. Des actions pourries, des certificats de dette vérolés, et de l’information qui n’en est pas. Pas grave. Ensuite, on ira mendier du fric à l’Etat. Tout en défendant avec des trémolos dans la voix la pluralité, la liberté de la presse et la démocratie et tutti quanti.

Vous, je ne sais pas, mais moi j’ai décidé de ne plus les acheter ces « hebdomadaires d’information », j’aime qu’on me respecte et que pour trois euros cinquante je n’aie pas en plus l’impression, qu’une fois encore, on m’a pris pour une bille. Trois mags à trois cinquante la semaine, multiplié par 52 cela me fait économiser 546 euros par an. En pleine crise, ce n’est pas rien. Cela me rembourse en tout cas largement le prix de ma liaison haut débit. Et, vous allez rire, on en apprend plus et mieux sur la France dans la presse étrangère disponible sur internet que dans nos feuilles nationales. Tant mieux pour elle, tant pis pour elles. Dona eis requiem.

Texte paru sur Homoimbecillus, le carnet de Gérard Scheer.

L'auteur

Gérard Scheer

Gérard Scheer est journaliste et traducteur.

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