Nicolas est petit

Le Petit Nicolas, symptôme de la France moisie !

Publié le 04 octobre 2009 à 12:00 dans Médias

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Le pPetit Nicolas

Les premiers chiffres l’indiquent : Le Petit Nicolas, long-métrage de Laurent Tirard sorti mercredi dernier dans plusieurs centaines de salles en France, est déjà assuré de rencontrer un franc succès populaire. Il faut dire que le “produit” a été packagé comme il convient par les professionnels du marketing cinématographique : la distribution généreuse n’omet ni Kad Mérad (vice-héros des Ch’tis), ni Michel Galabru (mais si vous savez, l’Adjudant Gerber des Gendarmes) ; la fille de Goscinny, Anne, a apporté sa “caution” officielle à cette adaptation ; la réalisation – plus classique que classique – a été confiée à l’artisan un peu chichiteux et maniéré de Molière (2007). Quant à l’ambition, faire connaître à la stupide génération SMS-MSN cette œuvre graphique et littéraire si importante des années de Gaulle, elle est éminemment louable.

Certes, le film est décevant. Et même globalement raté. Tirard échoue à restituer la poésie légère du trait de Jean-Jacques Sempé et l’humour secrètement désespéré de l’angoissé chronique qu’était Goscinny. Il ne subsiste pas grand-chose, sur l’écran, de l’acide critique de la nature humaine qui suintait littéralement des livres du fameux duo, et qui – de l’enfance à nos jour – nous fait toujours passer des rires aux larmes. Et retour. Devant le film de Tirard on aurait plutôt tendance à regarder sa montre en baillant discrètement.

Seulement, ce n’est pas parce que Tirard a amputé le Petit Nicolas que les médias se montrent circonspects – mais parce qu’il en a encore laissé trop. Pour les journalistes français – toujours à l’affut de la bête immonde et des moindres relents réacs-moisis, ce film est suspect. Le Petit Nicolas ne parle pas en verlan, ne rappe pas, ne porte pas un jogging à capuche (l’uniforme universel des “victimes” de la société), il n’est pas noir et même pas arabe. Autant de choix insupportables pour les chiens de garde de l’orthodoxie morale. Ce qui les gêne n’est pas tant l’impossibilité de rendre sur grand écran l’œuvre de Goscinny/Sempé que l’inadaptation supposée de cette imagerie vintage des années 1950/60, à notre merveilleuse modernité. Pas assez de diversité ! Pas assez de femmes libérées ! Pas assez de hip hop ! Pas assez de Bégaudeau ! Pas assez d’Entre les murs ! Pas assez d’angélisme et de nouvelle pédagogie ! Pas assez de Djamel Debbouze !

Mais lisons plutôt ce que les critiques, guidés par leur amour immodéré de la modernité, et leur haine intransigeante de l’histoire, écrivent en 2009.

Guillaume Loison, chef de cette armée de vigilants qui signe dans la feuille branchée Chronic’Art n’y va pas par quatre chemins : ce “traquenard mou” fait de Laurent Tirard “le plus grand cinéaste balladurien des dix prochaines années”… on sent poindre, sous la critique du goitre balladurien, l’accusation de pétainisme latent. On tremble. Brrrr. Nicolas Azalbert, caporal de la seconde armée du “réseau citoyen pour la modernité”, dénonce dans les Cahiers du Cinéma un film “Cajoline (où tout sent bon et tout est doux)”, qui prône, “à l’instar de son homonyme un discours douteux”… l’homonyme est évidemment Nicolas Sarkozy, appelé parfois par dérision “le petit Nicolas”. L’univers de Goscinny/Sempé, et surtout sa ré-actualisation par le cinéma, seraient outrageusement politiques, et singulièrement marqués à droite.

Marie Sauvion, cantinière générale de la troisième division blindée de lutte contre la France moisie, dénonce – dans les pages du Parisien – un film “dangereux”. Vigilante en diable, la petite Marie hurle dans la radio militaire : “Des costumes aux décors, impeccablement années 1950, en passant par le casting, réussi, tout est tiré à quatre épingles, beau comme un chromo, propre comme un sou neuf. Une stylisation à la fois dépaysante et dangereuse, qui “muséifie” ce Petit Nicolas que rien ne vient décoiffer…” Eh oui, pantalon à pinces et raie bien à droite, le terrible Nicolas est quelque peu décalé par rapport à la génération casquettes-baskets… Mais si cela faisait tout son charme ?

La deuxième classe Cécile Desffontaines, supplétive dans le 2ème régiment de chasseurs parachutistes de protection des acquis de la jeunesse, s’interroge gravement dans Télé Obs : “La génération i-Pod appréciera-t-elle la naïveté surannée du petit Nicolas et de ses copains ?”… C’est l’angoisse… et si la génération I-pod ne supportait plus que le visionnage des programmes de MTV ?

Le soldat anonyme, sous-officier de réserve dans l’armée vendéenne de défense de la citoyenneté diverse, s’indigne, dans Ouest France, de ce que “les protagonistes naviguent dans une France de carte postale”… une triste photo, couleurs sépia, d’une France d’avant où il n’y avait pas l’eau et le gaz à tous les étages, ni la télévision couleur. Ni les “fiertés” en tout genre. Ni l’esprit “cool” des décennies suivantes. Ni le progressisme humaniste parfaitement comique qui en découla…

On pourra s’en étonner : l’une des critiques les plus honnêtes a été publiée par Libération, sous la plume de Mathieu Lindon qui a compris que le film faisait des clins d’œil ludiques à une France de fantaisie, en réalité déjà désuète lors de la publication des albums de Goscinny et Sempé (dans les années 60), une France qui, en vérité, n’a jamais vraiment existé…

Inadapté au monde moderne, l’enfant de Sempé et Goscinny ? – il l’était déjà à sa naissance. Faut-il juger le Petit Nicolas à l’aune de Titeuf et des programmes de télé pour la jeunesse ? Faut-il rejeter la France gaullienne et fantasmée des enfants “petits princes”, pour celle – moderne et sinistre – des “enfants rois” ? Les spectateurs jugeront. Et puis on peut rêver, par exemple que le battage promotionnel autour du film donnera à la sainte génération “I Pod” l’envie de lire les des albums originaux. Ses rejetons les plus futés découvriront peut-être que le classicisme old school déployé par Sempé et Goscinny n’est pas seulement le soubassement de centaines de gags, mais le ressort d’une poésie du quotidien qui a complètement déserté notre époque.

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  • 9 October 2009 à 4h46

    Jean-Marie Achéritéguy dit

    Bonjour Monsieur. Les quinze dernières lignes de votre article m’ont touché en particulier. Le monde présent n’est pas loin de me désespérer, et le monde du Petit Nicolas est-il autre chose que le fruit onirique de deux grands désespérés que leur génie poétique maintenait en vie ? Cette Modernité a le don de tout dessécher, elle abhorre le passé, ne croit plus en l’avenir et invite à jouir autant qu’il est possible pour oublier la mort un instant. Elle instruit un procès permanent contre la vie telle qu’elle est , et qu’elle ne supporte plus. Tout est prétexte à se révolter contre tout. Nous avons perdu le goût de la poésie du quotidien, comme cela est juste. Tout n’a cessé de devenir plus complexe et voilà que nous avons perdu la modestie devant la vie, ses joies et ses candeurs.
    “Mon Dieu, mon Dieu, la vie est là
    Simple et tranquille.
    Cette paisible rumeur-là
    Vient de la ville.
    Qu’as-tu fait, ô toi que voilà
    Pleurant sans cesse,
    Dis, qu’as-tu fait, toi que voilà,
    De ta jeunesse ? “

  • 7 October 2009 à 4h25

    Midas dit

    Petite confidence a l’adresse de ceux qui s’inquiete eventuellement de la perennite du petit Nicolas, bermuda a pinces et raie droite: Versailles a ete concu pour etre aisement demontable en cas d’invasion. Le lieu de remontage est tenu secret pour des raisons evidentes. L’operation “demontage-remontage” prend une dizaine d’annees mais peut etre optimisee. Quant au lieu secret, la rumeur dit que c’est le berceau de notre culture, que dis-je, le couffin. Une idee?

    Petit Nicolas, mefie-toi des etrangers qui t’offrent des bonbons!

  • 6 October 2009 à 22h06

    jjacquesb dit

    @ Têtu

    C’est sûr que lorsque l’on a l’exhibitionnisme pour religion,
    il est difficile de la vivre dans l’intimité…
    pas vrai ?

  • 6 October 2009 à 17h24

    Têtuniçois dit

    Sophie , pour moi c’est la religion qui doit se vivre dans l’intimité ….
    Or à Nice nous avons droit plusieurs jours dans l’année à des exhibtions des religions .

  • 6 October 2009 à 8h05

    Sophie dit

    Bonjou Rackam.

    Mon vaillant époux ne s’engouffre pas dans le métro, il est indépendant et bosse à domicile. Ce qui permet des interludes…

  • 6 October 2009 à 7h56

    rackam dit

    A 6h32, Brussels time, alors que son vaillant époux, épuisé par une nuit de Chine, s’engouffre dans le métro pour aller pointer avant huit heures et pour huit heures, Sophie, volage, envoie des messages esthétisants.
    Toujours des torses, et bien sûr: nus.
    Elle a mis le chauffage au max, le plombier polonais va venir.
    Son berger belge n’a pas démérité pourtant.
    Elle l’attendra, lascivement vautrée sur son chippendale.

  • 6 October 2009 à 6h32

    Sophie dit

    @ Têtu

    Ah, pour les beaux hommes torse nu, nous partageons la même passion. Si ce n’est que, moi, je n’ai jamais perçu l’intérêt de faire un défilé sur la question. Dans mon cas, l’érotisme s’accommode très bien de l’intimité.

  • 6 October 2009 à 0h08

    atahualpa dit

    Un cuistre, en revanche…

  • 5 October 2009 à 23h54

    Raymond2 dit

    A Pirate:
    Je ne suis pas sûr que le “jeune homme” soit un perdreau de l’année…

  • 5 October 2009 à 23h25

    ramon mercader dit

    @ raymond 2
    il va vous mener loin ce “t” surnuméraire ……….
    ménagez le bien……

  • 5 October 2009 à 23h11

    Pirate dit

    Tiens tout cela me rappel une anecdote, un vieux grigou de professeur de français qui s’emporta contre moi et me traita de “jeune gommeux” au fait que je défendais un élève qui affirmait ne pas aimer la poésie, au scandale du professeur. La poésie en question c’était et c’est encore, 27 plus tard, la rose pas éclose de Ronsard, comme 27 ans plus tard c’est le même Albatros avec lequel on assome les mômes. De fait cette poésie là il avait du mal. Le vieux cons d’aller se plaindre auprès du directeur avec convocation express des parents au terme que je sortais trop en boite et ne lisait pas assez. Et mes parents tombant des nus, expliquant que c’était précisément le contraire, et que c’était eux qui me poussait à sortir (et d’ailleus je préférais le cinéma aux discothèques). Pas une seconde il serait venue à cet ahuri pour nous faire découvrir la poésie de nous parler de Mallarmé, Verlaine, Rimbaud, Lorca, Neruda, Eluard ou même, plus moderne, Bukowski, c’était pas au programme…

  • 5 October 2009 à 23h02

    Têtuniçois dit

    Sophie , désolé que vous ne vous soyez pas amusé à la gay pride , ça doit être une question de génération parce que croyez moi à Nice il y avait de nombreux jeunes hétéros qui participaient et qui trouvaient l’ambiance géniale .
    En revanche on voit peu de jeune aux chemins de croix , faut dire que dans le genre sordide , pathétique et sinistre on ne fait pas mieux .
    Chacun son défilé moi je préfère voir de beaux hommes torses nus que des gens tristes comme la mort qui pleurent sur un homme mort il y a 2000 ans .

  • 5 October 2009 à 23h02

    Pirate dit

    Raymond 2, j’aime bien votre façon de moucher les jeunes hommes….

  • 5 October 2009 à 22h32

    Raymond2 dit

    A Mercader qui raille volontiers les fautes d’orthographe des autres:

    …et “massaliote”, comme “c(h)ypriote” et d’autres… ne prend qu’un “t”., mon brave (comme vous dites).

  • 5 October 2009 à 22h26

    ramon mercader dit

    @ raymond 2
    tiens vous avez sorti le petit robert
    vous voilà bien accompagné……….
    ça vous fera de l’usage mon bon
    prenez en soin !

  • 5 October 2009 à 22h11

    Raymond2 dit

    A Ramon Mercader qui dit:
    “raymond 2
    mon brave
    “caguer” n’est pas joli ou laid par lui même
    il est
    il est et même…………il est massaliotte”

    Tout un message pour dire ça… vous nous en apprenez de belles, dites donc….
    Vous avez le tort, Mercader, comme souvent, de croire le reste du monde inculte. Ca doit être la fréquentation d’un certain site se prétendant d’élite qui vous en a persuadé.
    Info pour info:
    1) “caguer” n’est pas spécifiquement marseillais mais est largement employé dans le sud de la France.
    2) “massaliote” ne veut dire “marseillais” que si l’on se réfère à la Marseille du temps de la colonisation grecque.
    3) CUISTRE: ■ Littér. Pédant vaniteux et ridicule (Le Petit Robert)